‹ MémoiresChapitre 103 sur 154 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

saient les plus exaltés, détruire cet arrondissement pour sauver les onze autres. »

Le canon grondait ; le sang coulait à flots. Ce n'était plus une émeute, mais une insurrection comme Paris n'en avait point encore subi. Il est impossible de donner une idée de l'exaltation qui régnait dans les esprits, et du désordre universel qu'avait amené cette terrible guerre.

Des républicains prirent parti contre l'insurrection et payèrent de leurs personnes, persuadés que cette attaque avait été dirigée par des agents légitimistes et bonapartistes. Dans leurs rangs, le bruit courait que la République était menacée ; que l'or de l'étranger fomentait ces troubles ; qu'une quantité de forçais occupaient les barricades ; que le pillage et l'incendie seraient les inévitables conséquences de leur succès.

Les gardes mobiles, qui sortaient des barricades de Février, tournèrent leurs armes contre les barricades de Juin, et ensanglantèrent les faubourgs du sang de leurs familles!

La magnanimité du Peuple français fut voilée. L'esprit de destruction avait attisé le feu du combat. La boucherie d'hommes se continua après la vic'oire.

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Que d'audace dépensée en trois jours ! Pourtant il n'y avait point de plan organisé, point de chefs de direction.

Le Peuple, trompé, voyant la misère en permanence dans ses foyers, se jeta dans cette insurrection du désespoir.

Pendant qu'on l'accusait de pillage et d'incendie, il avait inscrit sur son drapeau : Respect aux personnes et aux propriétés ; mort aux voleurs î et il se battait seulement pour avoir la réalité d'une République démocratique et sociale. Partout où il fut maître, il se comporta avec sagesse et modération. Sa bannière fut conservée pure de toute improbité. Il défendait spontanément son droit, même sans le secours et les conseils de ses devanciers en insurrection, auxquels il n'avait point fait part de ses projets. Il s'était fortement retranché et luttait vaillamment; mais ce qui prouve l'absence d'organisation, c'est que bon nombre d'ouvriers restèrent dans l'incertitude et ne se mêlèrent point à la révolte.

D'un autre côté, les communications de quartier à quartier n'avaient point été maintenues. Il n'y avait pas d'ensemble. Les insurgés se barricadèrent chez eux, au lieu d'avancer et d'établir un

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quartier général au centre de la ville, afin de pouvoir rayonner sur tous les points.

Une insurrection doit viser, avant tout, à gagner du terrain et à percer jusqu'au cœur de Tenneini. Toutes les fois qu'elle restera dans ses limites priniitives, elle sera anéantie, son moyen principal de réussite étant dans son extension.

Elle devait aussi intercepter les boulevards et les quais, pour empêcher l'arrivage des troupes , et tenir des postes en éclaireurs sur les boulevards qui entourent Paris.

Je m'abstiendrai de parler de moyens pratiques, c;ir on ne manquerait pas de dire que j'entends donner des conseils pour l'avenir.

Cette guerre sociale avait surpris TAssemblée, et principalement les représentants de la Montagne.

C'est à la Chambre seulement que j'appris que les rumeurs et'menaces qui agitaient Paris depuis quelques jours s'étaient transformées en collision ; car je n'habitais plus le centre de la ville, et je m'étais relégué à la barrière de l'Étoile, chez un ami, pour achever ma guérison et me livrer à l'étude de certaines questions que je me proposais de traiter.

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