CHAPITRE XX
donner une proclamation qui calmât les insurgés (H leur fit quitter les barricades.
Nous arrivâmes ainsi à la présidence, oii se trouvaient le général Cavaignac, M. Sénard, M. Degousée et un autre représentant dont le nom ne m'est pas connu.
Nous exposâmes que l'envoyé désirait une lettre de moi, à défaut de ma présence, mais que je ne croyais pas que ma présence ou une lettre pussent rien faire, dans Fétat où en étaient les choses; j'ajoutai qu'il fallait plutôt une proclamation d'oubli et de pardon du passé.
M. Sénard, répondit qu'en effet, dans ma position, il ne me conseillait pas cette démarche.
Alors le général Cavaignac, dont la figure bouleversée annonçait une agitation intérieure extraordinaire, me demanda brusquement :
a Qui êtes-vous?
— Je suis Caussidiere.
— Si vous n'étiez pas aussi bon républicain, vous ne seriez point ici !
— C'est possible, mais je crois qu'il est urgent d'en finir parla conciliation. Mettez pardon et oubli, dans un manifeste, peut-être serez-vous. écouté. »
230 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
Les citoyens Demontry et Signard, joignant leurs instances aux miennes , le général Cavaignac se mit à rédiger une proclamation.
Lorsqu*il en fit lecture, M. Degousée répliqua vivement qu'il ne fallait « point de concession avec des rebelles et des assassins; » il paraissait ivre de colère, et insista tellement que la proclamation fut modifiée par des expressions moins fraternelles!...
Le lunçli l'insurrection était vaincue. Le Peuple du faubourg Saint-Antoine cessa le feu pour éviter de plus grands désastres.
Je ne parlerai point des honneurs rendus aux gardes mobiles apportant des drapeaux. Toutes ces choses me paraissent si tristes que je laisse à d'autres le soin de les détailler,
L'Assemblée s'occupa aussitôt d'une loi de répression ou de transportation. Les divers propos que j'avais entendu tenir depuis vingt-quatre heures de succès, et la joie que je voyais rayonner sur les figures réactionnaires, me poussèrent à prendre la parole pour intercéder en faveur des vaincus ; car on racontait bien des violences commises, et on craignait de funestes vengeances.
Vingt fois je voulus parler ; mais, chaque fois,