CHAPITRE IT
THotel de ville; et c'est ainsi que la bourgeoisie de la garde nationale cria toute la soirée : « A bas les socialistes/ » c'est-à-dire : «A bas la révolution de Février! » tandis que le Peuple criait : « A bas le prolétariat ! »
Aussi le 16 avril fut-il surnommé la journée des dupes.
La réaction seule y trouva son compte.
Ce qui n'empêcha pas le Gouvernement provisoire de comparer, le lendemain, dans ses proclamations, la journée bourgeoise du 16 avril à la journée populaire du 17 mars.
On lisait dans la proclamation du 17 :
« Le 1 6 avril n'a fait qu'ajouter une consécration à ce qu'avait si puissamment inauguré le 1 7 mars. De même que le 17 mars, le 16 avril a montré combien sont inébranlables les fondements de la République. Citoyens, Vunité du Gouvernement provisoire représente l'unité de la patrie. C'est ce que vous avez compris ; grâces vous en soient rendues î »
Effectivement, il y avait dans la nation la même harmonie qu'à l'Hôtel de ville : une scission profonde, hélas î entre les deux classes de citoyens ; — l'anarchie !
26 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
Il est manifeste, d'après ces aveux et ceux de M. Lamartine, dans ses éloquents discours aux députations, que le 16 avril fut provoqué et exploité par la majorité réactionnaire du Gouvernement, et servit à sa consolidation.
Et cependant, le lendemain, les ouvriers du Luxembourg protestèrent par une adresse publique. La presse et Topinion interprétèrent de mille façons cette journée énigmatique, et le Gouvernement lui-même, le 18 avril, fut obligé de rappeler à la concorde les citoyens des diverses classes, recommençant, depuis deux jours, de déplorables hostilités.
Les vrais républicains, les partisans de la République démocratique et sociale, ne se trompèrent point, cependant, sur la signification du 16 avril et sur la fatalité de ses conséquences.
Ils comprirent, à ce moment, qu'on trahissait la révolution, et que la destinée de la République était compromise.