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CHAPITRE I

Je redoublai de soins et d'activité, afin de ne laisser aucune prise à la malveillance.

La République, en effet, était déjà vivement menacée. De toutes parts, mes agents me dénonçaient l'espoir avoué par le parti royaliste de tourner les élections à son profit. On colportait les contes les plus absurdes sur les candidats patriotes. De nombreuses lettres de province m'entretenaient aussi des menées réactionnaires. Les membres du Gouvernement provisoire n'étaient point épargnés. On les peignait comme des buveurs de sang et des provocateurs de pillage, bien que leur conduite ne prêtât pointa de semblables accusations.

Calomniez, il en restera toujours quelque cbose. Ainsi, dans les campagnes, on disait que Ledru- Rollin puisait à millions..., on n''indiquait pas dans quelle caisse; qu'il passait ses nuits en orgies avec des filles déboutées , telles que « la Marie » et nia Martine, » (ces deux noms au féminin.) On ajoutait alors qu'il fallait nommer des représentants de la vieille roche, qui empêcheraient le partage des biens.

Ce n'est pas de la tête des vrais démocrates qu'était sortie cette utopie du partage des biens,

qu'on suspendit alors, comme une épée de Damoclès, sur la tête des propriétaires.

Le mot magique, qui devait terrifier la bourgeoisie, fut emprunté par les conservateurs euxmêmes, à une affiche du citoyen Cabet, et faussement interprété contre le parti populaire.

Les communistes remplacèrent les sans-culottes et devinrent les croquemitaines à la mode. Aussi, ce fut merveille d'entendre les modérés parlant de fusiller et d'exterminer tout ce qui était suspect de communisme. Les républicains blancs poussaient à la haine contre les rouges, en les accusant de communisme. Ils ne prévoyaient pas alors que cette^ccusation serait retournée contre eux — par plus blancs qu'eux.

Ainsi , dans les salons aristocratiques de Paris , MM. CavaignaCjMarrast, Sénard et consorts, passent-ils pour des républicains rouges et forcenés ; et M. B...d, représentant légitimiste j disait dans une soirée , « qu'il y avait tout à craindre de ces gens-là. » C'est bien mon opinion, mais dans quel sens l'entendait-il? à coup sûr ce n'était pas dans le mien.

A Troyes, à Amiens, à Rouen, à Bordeaux , et dans quelques villes du Midi, les réactionnaires^

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