‹ MémoiresChapitre 5 sur 154 · CHAPITRE I. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. i

égarer ceux qu'ils sont chargés de conduire dans la bonne voie.

La supercherie des uns , la peur et Taveuglement des autres , viennent fausser de la sorte la sincérité des élections.

Au lieu de temporiser, la partie démocratique du Gouvernement provisoire aurait sagement fait d'adopter la proposition de Louis Blanc : la révolution de Février, disait-il , nous impose le devoir de rédiger sans délai une constitution véritablement républicaine, qui sera présentée à la sanction d'une assemblée nationale.

Il est évident qu'une pareille constitution , en rapport avec les besoins du pays, et acclamée d'abord parle peuple, eût été ensuite votée d'enthousiasme par les élus du suffrage universel. Nul, alors, n'aurait osé attaquer l'inviolabilité des représentants, et les fatales journées de Juin n'entacheraient pas l'histoire de la France.

L'hésitation du pouvoir à réaliser des réformes indispensables , les intrigues des réactionnaires , la violence de certains patriotes imprudents, devaient bientôt détruire l'harmonie qu'on avait cherché à établu* entre toutes les classes.

Les bons citoyens , justement effrayés de la ten-

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(lance des choses , prévoyant d'inévitables conflits, venaient dénoncer les espérances coupables des ennemis de la République.

En même temps , Blanqui , dans son club, continuait sa guerre haineuse contre le Gouvernement, dont il signalait, chaque soir, les allures boiteuses. Il traitait également de suspects et d'ennemis tous les démocrates qui n'approuvaient pas exclusivement ses idées et qui ne partageaient pas ses passions. Aussi, la contre-révolution ne manquait pas d'exploiter les emportements insensés de ce club, pour inquiéter la France.

Cette excitation des esprits préoccupait forte^ ment les hommes de l'Hôtel de ville.

Moi aussi , je voyais avec douleur se multiplier des complications périlleuses. 11 me répugnait de penser que peut-être bientôt la raison et la justice devraient recourir à la force.

J'invitai quelques amis dévoués, qui avaient pied dans la bourgeoisie, à lui faire comprendre combien elle avait intérêt au maintien de la paix; qu'elle ne devait point obséder le pouvoir, ni le compromettre dans une politique rétrograde.

J'en causai avec M. Lamartine, qui vint me voir. Il me manifesta , à son tour, des craintes sur les

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