CHAPITRE XI. m
Le dimanche, 14, les délégués des départements se réunirent au palais National, et se concertèrent sur la conduite qu'ils devaient tenir par suite de ce renvoi au 21 mai.
Ils nommèrent des commissaires chargés de demander explication au ministre de l'intérieur. Ceux ci , après avoir .fait antichambre pendant trois heures, commençaient à manifester leur impatience, lorsque le nouveau ministre, M. Recurt, se montra, et leur dit qu'il ne pouvait prendre sur lui de fixer la fête au mardi, 16, ainsi qu'ils le désiraient, mais qu'il allait en référer à la Commission executive, et qu'il leur rendrait réponse sur la place Vendôme.
Ils attendirent là encore vainement plusieurs heures; et, ne recevant aucune réponse, ils envoyèrent une seconde commission dans la cour du ministère de la justice, pour y délibérer. Le citoyen Flocon, qui descendait au même instant, essaya de calmer l'irritation que tous ces délais avaient produite; il n'y réussit point, et fut même saisi au collet par plusieurs d'entre eux.
Alors arriva le citoyen Recurt, qui offrit aux délégués, comme dédommagement, quatre représentations gratuites dans divers théâtres de Paris. La
H2 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
plaisanterie étant très-mal reçue, le citoyen Recurt ajouta qu'il y aurait une revue le mardi suivant; que les délégués y seraient appelés pour fraterniser, et qu'on distribuerait des drapeaux.
Dans la soirée du même jour, se prépara pour le lendemain une nouvelle manifestation en faveur de la Pologne. La plupart des délégués de la province se promirent de s'y rendre.
Ces incertitudes et ces retards irritèrent les niasses et soulevèrent les plus étranges conjectures. Si la fête avait été donnée le 14, il est probable que nous n'eussions pas eu la journée du 15. La popidation entière, réunie au champ de Mars, aurait défilé aux cris de : Vive la Pologne! ainsi qu'on en était convenu entre grand nombre de citoyens. Une manifestation si unanime, en indiquant à l'Assemblée le sentiment populaire, l'aurait obligée à faire droit aux pétitions précédentes et aurait prévenu ainsi toute démonstration ultérieure.
Cette fête alors aurait été une journée de concorde. Elle eût rallié tous les citoyens dans une pensée commune et empêché pour longtemps des tentatives périlleuses.
Il ne dépend pas des gouvernements de compri-