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DE LA PLANCHE DES SCEAUX

La plaoche que nous joignons à notre travail reproduit quelques sceaux inédits dont la plupart sont encore pendants aux comptes des communes picardes. Quant à ceux de ces cachets qui ont disparu des pièces, la collection des moules aux Archives de l*Ëmpire nous a. fourni les éléments nécessaires pour les faire connaître.

Sans vouloir entrer ici dans des considérations historiques qui demanderaient quelque^développement , nous ferons remarquer que l'emploi des sceaux par les villes a été une conséquence nécessaire de leur affranchissement. C'est en Picardie que le grand mouvement communal qui a agité la France au xii" siècle a tout d'abord éclaté ; aussi n'hésitons-nous pas à attribuer à cette province le premier usage que les villes aient fait de sceaux en cire. En recouvrant le droit de s'administrer elles-mêmes, les communautés d'habitants devaient tenir à manifester leur puissance nouvelle sous la même forme que les seigneurs dont elles venaient de secouer l'autorité.

Or, les feudataires s'étaient arrogé le privilège de sceller leurs actes. Pour leur donner un caractère d'authenticité , ils ne manquaient pas de se faire représentera cheval , le casque en tête , l'épée au poing et couverts du

Mem. Soc. Ant. do Pic pi.vir.

bouclier; ils cherchaient ainsi à symboliser la force qui protège ou qui domine.

Cet emblème devait plaire aux communes et flatter leur esprit d'indépendance ; aussi se sont-elles empressées de l'accepter pour le sujet de leurs sceaux. La plupart des empreintes nous offrent en effet la représentation du mayeur monté sur son palerroi et armé de toutes pièces, dans Tatlltude d*un combattant. Quelquefois, au lieu de représenter la force matérielle , on emprunte à la justice le prestige de son autorité, parce que le chef de la commune réunissait, comme les seigneurs, tous les pouvoirs, et qu'il exerçait le droitdejuger, non moins que celui de commander la milice.

Quelques communes de la Picardie ont tiré de leur nom même le sujet à faire graver sur leurs cachets ; ainsi à Âsnières-sur-Oise on figure des ânes ; à Beauquesne , un bouquet de chêne; àPontoise, un pont; àCerny, un cerf. Le goût des allégories s'est plus tard développé dans notre province , dont les rébus ont déjà occupé l'attention des savants ' .

L'emploi presque général de la fleur de lys sur le contre-scel témoigne que les communes tenaient à hon* neur de rappeler le lien qui les attachait désormais à la couronne de France ; l'uniformité de ce type nous dissuade de reproduire le revers des sceaux picards.

Avant de décrire les empreintes que renferme la planche VII , nous dirons un mot de celles que nous ne pu-

1 Voir r introduction de M. Leber, dans Touvrage de M. RigoUpt sur les monnaies de plomb des innocents et des foux. — Paris., Huzard,

biions pas , parce que déjà elles sont connues. Nos observations se renfermeront à cet égard , et nous devons le rappeler, dans. le cadre que nous tracent les comptes qui précèdent.

Le sceau de la commune d*Amiens a été fidèlement reproduit sur les deux faces dans Touvrage d'Augustin Thierry ' ; la notice qu'il en a donnée ' se trouvera complétée par un renseignement que nous puisons dans les noies historiques que nous a léguées notre honorable collègue et ami, M. Guerard. En dépouillant le cartalaire G. des archives municipales d'Amiens , il a trouvé au f.*" 43 la copie des lettres données par Renaud de Canchy', garde de la Mairie et de la Pré voté de cette ville, député par le Roi pour prononcer sur les contestations existantes entre la commune d'Amiens et le chapitre, à l'occasion du droit de tonlieu dont les habitants de Camon étaient tenus. A la suite de cette copie il est fait mention que les lettres, scellées en août 1307 par Renaud de Canchy du scel aux causes dont on se servait autrefois, l'ont été aujourd'hui (14 novembre 1380) avec le nouveau scel aux causes de la ville. C'est donc de 1307 à 1380 que le scel dit aux Marmousets aurait cessé d'être en usage à Amiens. En effet un procès-

* Becueil des monuments inédits de l'histoire du Tiers-Etat ^ t. l.**, planche en regard de la page 63.

* Op. cit., p. 62, note.

* Ce nom a été étrangement défiguré par Augustin Thierry, qui en a fait Renaud du Canech (voir p. 329). CTest là une mauvaise lecture contre laquelle aurait dû le mettre en garde le nom même du village de Canchy, canton de Nouvion (Sonwne).

verbal dressé au mois de mars 1345 conslale que Von commeDce à user du scel as causes nouvellement ordené en la ville d'Amiens , à une grant fleur de lis et deux escuchons des armes de la ville et le contre-scel à un escu des armes de la ville , et cessa on à user du scel de coivre à une grant fleur de lis seulement , ou quel temps sire Jehan du Cange estait maire de la dicte ville \ c'est-à-dire en 1334.

Cette description se rapporte parfaitement au sceau gravé en 1586 et qui a été également publié dans Touvrage d'Aug. Thierry • ; il faut en conclure que celui dont la Société des Antiquaires de Picardie conserve , dans son musée , la matrice en cuivre , n'est que la reproduction de celui de 1345 , au contre-scel près que nous ne connaissons pas.

On a remarqué que les termes du procès-verbal de 1345 font mention d'un scel en cuivre à une grant fleur de lis seulement dont on ne se sert plus. Cette description ne concorde nullement avec le sceau dit des Marmousets; la fleur de lis du contre-scel a des proportions très-ordinaires , nous la trouvons même plutôt petite que grande. La légende secretum meum mihi exclut d'ailleurs la pensée qu'on en aurait fait usage pour Içs causes ou procès. Ces observations- nous amènent à conclure que le sceau dit des Marmousets , le plus ancien que nous connaissions, et qui était spécialement réservé

* Voir cet Extrait du registre aux chartes coté E aux Archives municipales d'Amiens, dans Touvrage d'Aug. Thierry, 1. 1, p. 509.

* Voir la planche citée plus haut dans son Recueil de Documente inédits du Tiers-Etat.

pour les actes d'admiDislration , était en usage à Amiens concurremment avec un autre sceau en cuivre à unegrant fleur de lis seulement qu*on employait aux causes de la yille , ou à authentiquer les actes de la juridiction communale.

Lamorlière ^ prétend que de son temps on se servait encore du sceau des Marmousets pour les affaires les plus importantes ; nous n'acceptons ce renseignement qu'avec une extrême réserve , et , comme le bon clianoine , nou$ laisserons à chacun la Inerte d'en dire sa râtelée.

On trouvera le sceau de la commuue de Beaumont-sur- Oise dans Touvrage de M. Douet d'Ârcq S et sur la carte qu'il a publiée du comté de ce nom. Il représente une porte de ville crénelée et flanquée de deux tours.

Le sceau de la commune de Noyon que nous fait connattre le Traité de glyptique ', se distingue par sa forme ogivale de tous les sceaux des communes picardes , qui sont circulaires. On y voit le maire de la ville , debout sur les remparts, levant d'une main son épée et de l'autre une bannière.

Le même ouvrage a publié également le sceau de la commune de Péronne\ mais la notice qu'il en

ï Voir ses Antiquités d* Amiens , édit. de 1642, p. 77. — Cet auteur est assurément le premier qui ait donné le nom de Marmousets au sceau que nous décrivons ; je doute fort qu'avant lui on ait songé à dénommer ainsi les six têtes figurées sur Tempreinte.

* Recherches historiques et critiques sur les cmciens comtes de Beaunumtsur-Oise , dans le t. m de la collection des Documents inédits , publiée par la Société des Antiquaires de Picardie.

3 Voir la série des Sceaux des communes , pi. ii, n* 15.

* Planche xi, n® 10.

doDDQ, signale le mayeur comme ayant la tète nue; sur Tempreinle que nous avons sous les yeux , il nous parait être au contraire coiffé de la cotte de mailles qui lui garantit le corps. L'homme d'armes qui le suit ne porte-t-il pas une arbalète plutôt qu'un bâton ou une épée ?

Dans le même ouvrage » on rencontre deux sceaux de la commune de Crépy en Valois ; l'un de 1 228 représente un tigre courant à droite ; sur l'autre de 1260, on a repré* sente saint Pierre , debout , vu à mi-corps.^

Nous abordons maintenant la série des sceaux inédits que nous publions , et nous suivrons Tordre adopté par le dessinateur pour les classer sur la planche.

N^ 1 . CAPPY. — Le mayeur revélu d'une cotte de mailles , sa hache d'arme sur l'épaule droite et couvert de son bouclier , se tient sur un pont crénelé » surmonté à ses extrémités de deux tourelles et au-dessous duquel est gravée une fleur de lys. Légende : S. Maioris et ivra- TORVM DE GAP.... Nolrc empreinte a été prise sur un acte de 1228 aux Archives impériales (J. 627 n'. 8''}.

N^ 2. BRAY-SUR SOMME.— Le mayeur montésur un cheval lancé au galop est couvert de la cotte de mailles qui lui recouvre la léte. Dans la main droite , une épée ou un bâton. Légende: f sigillvm haioris gommvnie.... raiio.

Sur le conlre-scel une fleur de lys avec cette légende :

t SI GOMMVNIE DE BRAIIO.

L'empreinte du même sceau se retrouve encore en 1 260 sur une pièce des Archives impériales.

« Planche m , n ° 7.

N/ 3 ATHIES. — Le mayeur assis tient, comme celui d'Asnières, la main gauche tendue dans l'attitude d*un juge qui rend une sentence ' ; la droite posée sur le banc qui lui sert de siège porte un bâton, qui nous paraitêtre ici Temblème de la justice , et qui aura donné naissance à la verge de Thuissier. Il y aurait tout un travail à faire sur ce symbole qui a toujours été un signe d'autorité au moyen-âge, et dont la tradition historique nous a été transmise par les insignes du maréchalat^parla crosse de l'évèque , par les attributs du chantre d'église et par le titre d'honneur qui appartient dans le barreau au chef de l'ordre des avocats. Dans le sceau d'Âthies , le graveur s'est assurément inspiré de l'antiquité ; on croirait avoir sous les yeux une belle médaille romaine; la pose, comme les draperies , rappelle un type d'une bonne époque , et fait de ce cachet une œuvre remarquable qui le place sous le rapport de l'art bien au. dessus de tous les sceaux du XIII.* siècle que nous connaissons. Légende : f sigiuvh GOHMVNiE DE ...TiES, Ce sceau était en usage avant 1259 ; on le trouve en effet sur une pièce de 1228 aux archives de l'Empire (J. 627 n.'» 8).

N*. 4. ASNIÈRES-SUR-OISE.— Le mayeur, deboul, vêtu d'une longue robe , tient la main gauche tendue et de la droite il porte un bâton sur l'épaule. De chaque côté du personnage une fleur de lys et un âne au dessous. Légende : f siGiLLVM coMMVNiE DE ASNiERES. L'empreinte

1 N'est-ce point 1h Torigine de la main de justice qui figure dans les attributs du Souverain ?

de ce sceau a élé prise sur le compte môme de cette com^ mane,que nous donnons plus haut.

N*. 5. CERNY. — Un cerf dans le champ , qu1l serait difficile de distinguer , si le contre-scel en figurant ce quadrupède n*enlevail toute incertitude sur la représentation de Tavers. La légende, effacée en grande partie, ne

contient plus que ces mots... Ivratorvm gvhvnie

Sur le contre-scel un cerf lancé avec celle légende : t Secrètvm coMVNiE Cerni. Ce sceau se retrouve , avec Tavers et le revers , aux Archives de l'Empire sur un acte de 1303 (J. 406 n\ 389).

N*. 6. CHAUNY. — Le mayeur à cheval, le casque en tète, lient' de la main droite un bâton armé de pointes de fer. Derrière lui les hommes de la milice armés de lances et de bâches d'armes. La légende est entièrement effacée sur le moule de la collection des Archives impériales, qui a été pris sur un acte de 1303. Au revers une fleur de lys avec la légende : f Secrètvm com- MVïtiE Galniâgi.

N*. 7. BEAUQUESNE. — Sur l'avers des rameaux de chêne , affectant la forme d'une fleur de lys. Légende : t SiGiLLVM DE Beavgaine. Sur le contre-scel , un bouquet de glands. Légende: f Bellaqvergvs. Ce sceau, qui est appendu au compte de cette commune, était encore employé en 1860.

N". 8. ROYE. — Le maire monté sur son cheval tient de la main droite un bâton de la même nature qhe sur le n\ 6. C'est sans doute son bouclier que Von aper-, çoit à gauche. Légende : f Sigillvm m aioris et jvrato«»

RYM RoiE. Le conlre-sOel représente un lion avec une légende que nous donnons û'^prèsle^ Eléments de paiéogrth phie \ car elle est Illisible sur notre empreinte : f SsCftE- TVM SI6ILLVM GOMMVNiK RoiE. Ce scedu était en usage dès

N«. ». VAILLY-SUR-AISNE. — Le mayenr monté sur une mule au pas et couvert d*un casque tient de la main droite un bâton. Derrière lui des lances et san^ doute les hommes de la milice qui les portaient ; notre empreinte prise sur un acte de 1303 est très défectueuse; aussi la légende ne nous donne-t-elle que ces

mots: SiGiLLv. ma Sur lecontre-scel, un oiseau,

peut-être un aigle , et la légende : f S. de Yeilliago.

N\ 10. MONTREUIL.— Le mayeur à cheval est armé d*un long bouclier et tient une épée de la main droite : deux fleurs de lys dans le champ. La légende est effacée en partie sur l'empreinte qui a servi au dessin ; nous la rétablissons d'après le sceau que M. De Wailly a retrouvé sur un acte de 1210: f Sigillvm maioris commvnie MoNSTEROLLi. Sur Ic coutrc scel une fleur de lys est figurée entre quatre pelîles, deux en haut, deux en bas, avec ôetle légende : Sigill. secret * Mosterolli.

N*. 1 1 . BEAUV Aïs. — Les Eléments de Paléographie • renferment un sceau de la commune de Beauvaîs , qnî représente une vue de la ville; l'auteur ajoute qu*il n'existe point de contre-sceau. Nous sommes cependant bien

^ Tom. Ey p. 203.

s n y a sans doute ici une mauvaise lecture ; le mot Sbcreti doit être là pour Secret: (vm).

« Tom/n, p\. P., A* U et pàg. )M.

porté à croire que le n''. 11 de notre plaoche n'est rien antre chose que le contre-scel du sceau publié par M. De Wailly. La fleur de lys qui en forme l*uniqne sujet et qui s'épanouit entre deux tourelles semble le démontrer. La légende est presqu'entiërement effacée ; on distingue

à peine les dernières lettres Belv... Si cependant

cette empreinte est celle d'un sceau , comme elle a été en usage après 1888 , il faudrait alors que l'emploi de celui qu'a reproduit M. De Wailly eût cessé à cette époque.

N'. 18. St.-RIQUIER. — Le maire à cbeval , vêtu d'une cotte de mailles qui lui recouvre la t6te> tient de la main gauche sa masse d'armes. Légende: t SioiLLVM GOMVNioms Sci RiGARii. AU revors : Gapvt Sti RiGARii avec le buste du patron de la ville au milieu. Ce sceau était encore en usage en 1 291 .

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