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HiUMÂN, CATTOIR ET COMPAGME.
Ce qu'on va lire n'est point un roman historique sur la vie de Luther , pas davantage une histoire de la fondation du luthéranisme. C'est une biographie , composée d'une suite de traductions. Sauf les premières années, que Luther ne pouvait raconter lui-même , le traducteur a eu rarement besoin de prendre la parole. Il n'a guère fait autre chose que choisir, dater , ordonner les textes épars. Cest constamment Luther qui parle , toujours Luther raconté par Luther. Qui serait assez hardi pour mêler ses paroles à celles d'un tel homme ? Il fal- TOMB 1 1
lait se taire, et le laisser dire. C'est ce que l'on a fait, autant qu'il était possible.
Ce travail , publié en 183a, a été fait presque entièrement dans les années 1828 et 1829. Le traducteur de la Scienza nuova sentait vivement à cette époque le besoin de redescendre des théories aux applications, d'étudier le général dans l'individuel, l'histoire dans la biographie, l'humanité dans un homme. Il lui fallait un homme qui eût été homme à la plus haute puissance , un individu qui fût à la fois une personne réelle et une idée ; de plus , un homme complet , de pensée et d'action; unhomme enfin dont la vie fût connue tout entière , et dans le plus grand détail , dont tous les actes , toutes les paroles , eussent été notés et recueillis.
Si Luther n'a pas fait lui-même ses mémoires , il les a du moins admirablement préparés (1). Sa
(i) Nous avons suivi pour les œuvres allemandes l'édilion de Wiltembcrg, eu la vol. in-folio, i53g-i559J
— TU — correspondauce n'est guère inoins volumineuse' que celle de Voltaire. De plus il n'est aucun de ses ouvrages dogmatiques ou polémiques où il n'ait, sans y songer, déposé quelque détail dont le biographe peut faire son profit. Ajoutez que toutes ses paroles ont été avidement recueillies par ses disciples. Le bon, le mauvais, l'insignifiant, ils ont tout pris ; ce que Luther laissait échapper dans la conversation la plus familière , au coin du feu , au jardin, à table, après souper, la moindre chose qu'il disait à sa femme , à ses enfans, à lui-même,
pour les œuvres latines , celle de Wittemberg , en 7 voL in-folio, 1 545-1 558, quelquefois celle d'Icna, i6oo-i6ia, en 4 vol. in-folio ; pour les Tischreden, l'édition de Francfort i568, in-folio. On trouvera à la fin du second volume des renvois qui permettent de vérifier chaque passage.
Quant aux citations tirées des Lettres , elles ont été exactement datées dans le texte. La date rend tout renvoi superflu ; elle suffit pour faire trouver aisément ces passages dans l'excellente édition de M. De Wette, 5 vol. "m-S"' ; Berlin, iSaS. Indépendamment desœuvres de Luther, nous avons mis à profit quelques autres ouvrages: Ukert , Sechendorf, Mareineke , etc.
vite ils l'écrivaient. Un homme, observé et suivi de si près , a dû à chaque instant laisser tomber des mots qu'il eût voulu ravoir. Plus tard les luthériens y ont eu regret. Ils auraient bien voulu rayer telle ligne , arracher telle page. Quod scriptum est , scriptum est.
C'est donc ici le vrai livre des Confessions de Luther, confessions négligées, éparses, involontaires , et d'autant plus vraies. Celles de Rousseau sont à coup sûr moins naïves , celles de saint Augustin moins complètes et moins variées.
Comme biographie , celle-ci se placerait , s'il l'eût écrite lui-même en entier, entre les deux au-> très dont nous venons de ftiire mention. Elle pré^ sente réunies les deux faces qu'elles offrent sépa-rées. Dans saint Augustin , la passion , la nature , l'individualité humaine , n'apparaissent que pour être immolées à la grâce divine. C'est l'histoire ^l'une crise de l'âme, d'une renaissance, d'une