‹ MémoiresChapitre 2 sur 8 · DORCHESTER · texte numérisé non relu

DORCHESTER

Samedi, 8 septembre, entre une et deux heures de l'aprèsmidi. Son Altesse Royale k^ prince Guillaume Henry fit son entrée publique en la ville de Montréal d'une manière convenable à la naissance et aux ardents désirs des habitants.

Son Altesse Royale accompagnée de Son Excellence le gouverneur général et autres officiers de distinction, depuis la Pointe aux Trembles, fut reçue dans le faubourg de Québec, par le coadjuteur et le clergé, les membres du Conseil résidants à Montréal, par le grand juge et le corps de justice, qui y était pour lors, par la noblesse du lieu et circonvoisine, ainsi que par tous les notables citoyens, non sous les armes, qui escortèrent Son Altesse Royale par les rues, lesquelles étaient bordées par le 1er bataillon du 60ième Régiment et par un ample corps de milice britannique et canadienne, jusqu'à la maison de M. Deschambault, qui était préparée pour sii réception.

Son Altesse Royale dîna avec Lord Dorchester; le soir un

feu de joie fut tiré par la troupe et la milice, sur le Champ de Mars, et la ville fut magnifiquement illuminée à cette occasion si rare.

Les dames furent présentées au prince, lundi, l'après-midi; et mardi au soir, le gouverneur-général donna un bal magnifique à une ample compagnie que Son Altesse honora de sa présence.

I^ 10, l'adresse suivante fut présentée à Son Altesse Royale par les magistrats et citoyens de la ville de Montréal, tant anglais que fran^'ais indistinctement.*

Qu'il plaise à Votre Altesse Royale.

Nous avons appris, avec la plus grande satisfaction que Votre Altesse Royale était arrivée dans la capitale de cette province, et nous avons attendu jusqu'à présent, à exprimer «nos pins sincères sentiments, dans la douce espérance de l'occasion qui, heureusement pour nous, se présente actuellement ; mais nous avons eu d? la peine à nous contenir si longtemps impatients de témoigner notre joie, de ce que nous possédons en notre province, un fils de notre auguste Souverain.

Prompts à saisir toutes les occasions, nous avons naturellement saisis celle-ci, pour exprimer ce que nous sentons bien mieux, notre loyauté et vif attachement à la personne sacrée de Sa Majesté, et à sa famille royale, dont les soins paternels sont toujours de s'occui)er de la prospérité et bonheur de son peuple dans les parties mêmes les plus éloignées; et en ceci nous voyons avec reconnaissance la preuve, dans le choix et nomination du noble Lord qui est à la tête de l'administration de cette province.

En Votre AltevSse, nous contemplons les soins certains de Sa Majesté pour tout son empire, en plaçant un de ses fils illustres,dans un état, qui bien rempli, en est le principal boulevard, surtout à cette province; commerce qui est le seul, ou principal retour que nous pouvons faire à la Mère-patrie, ponr des soins et largesses.

Et c'est avec la plus grande vérité que nous nous l'éjouissons, de ce que Votre Altesse Royale persévère dans l'étude et pra-

tique d'un état si dur, à un âge si peu avancé; agréable et certain augure de la protection, sécurité et gloire qui en résultera à la nation dans aucun temps à venir.

Que vos illustres parents puissent vivre bien des années, pour le bonheur du peuple^ étant le modèle et la gloire ; quoique dans leur état élevé, de toutes les vertus privées aussi bien que publique, et que Votre Altesse Eoyale jouisse longtemps d'une f)arfaite santé, sont nos voeux les plus sincères.

A laquelle Son Altesse Royale a fait la réponse suivante :

Messieurs,

Je reçois avec vrai plaisir cette adresse, au nom de tous les états des fidèles sujets de Sa Majesté, dans le district de Montréal. Je ne manquerai point de saisir la première occasion, pOur faire parvenir au roi, mon père, ces preuves d'attachement que donnent les habitants de cette colonie florissante et étendue pour sa personne sacrée et du bonheur dont ils jouissent sous un gouvernement doux et sage. Sa Majesté ne pouvait donner une plus forte preuve de sa bonté paternelle, que dans le choix qu'elle a fait du Lord QDorchester, qui possède à si justes titres la considération de son Souverain, pour lui confier les provinces britanniques sur ce continent; et par ses soins, aidé des efforts distingués du Canada, ses habitants auront l'occasion de donner des preuves convamcantes de leur loyauté et affection pour Sa Majesté, et se conserveront ee bonheur, dont on jouit seulement sous la couronne de la Grande Bretagne, i ^ i

Les expressions favorables dont vous m'avez honoré, Messieurs, méritent ma plus vive reconnaissance, et je les considère comme un motif nouveau pour m'engager à poursuivre la profession navale, afin de me rendre digne et capable, quand il plaira à Sa Majesté, de commander sa flotte, et par là, protéger le commerce qui est la source d^où notre nation puise ses richesses et qui soutient son importance.

William.

Adresse des habitants de la ville des T rois-Rivières.

L'attachement respectueux et les* sentimeut^^ yraîment loyaux des anciens et nouveaux sujets de Sa Très Gracieuse Majesté en la ville et du district des 3 Rivières seront (nous osons nous en flatter) un témoignage non équivoque pour Votre Altesse Royale de la joie la plus vive que nous ressentons de son heureuse arrivée dans cette province.

Cette époque mémorable et à jamais flatteuse ornera notre histoire, et sera transmise à la plus grande satisfaction de la postérité. Un témoignage aussi flatteur d'affection de la part de Votre Altesse Royale imprime dans tous les coeurs les sentiments de la plus amx)le et de la plus respectueuse reconnaissance. Les succès glorieux des premières campagnes de Votre Altesse Royale fcmt notre admiration, et nous font entrevoir que l'empire maritime, se perpétuera sous vos auspices en faveur de la Grande-Bretagne.

Permettez-nous de supplier Votre Altesse R<^ate, de vouloir bien présenter aux pieds du trône nos assurance^ sincères de fidélité et attachement respectueux pour la personne sacrée de notre auguste Monarque, et lui faire agréer les voeux constants que forment pour la prospérité de la famille royale, ceux qui ont l'honneur de se professer très respectueusement, de Votre Altesse, les trè.s humbles et très obéissants serviteurs.

Datée des 3 Rivières du 6 septembre 1787.

Réponse de ^on Altesse Royale

Les expressions de loyauté contenues dans cette adresse qui m'est présentée au nom des anciens et nouveaux sujets du roi mon père, dans la ville et district des Trois-Rivières ne peuvent que m'être bien agréables; soyez persuadés, Messieurs, que j'aurai un vrai plaisir à les faire parvenir à Sa Majesté.

Pour les sentiments favorables qui me regardent personnellement, je vous remercie.

William.

Naïveté d'un habitant de nie ^aint-Laurcnt (Orléans) nommé G. (Jrépeau, chantre de la paroisse Saint-Pierre en ll'Sl'.

Mgr D'Esgly, évê(iiie tl:^ QuébcM-, étant fort âgé, chanta sans y faire attention un alléluia un dimanche où l'on m^ devait pas le chanter, mais bien le dimanche précédent, jour que Sa Grandeur n'avait pas chanté la messe par maladie. Comme je demandais à Crépeau pourquoi l'évêque avait chanté l'alleluia ce jour-là, il me répondit avec tranquillité:

— Mais, monsieur, il fallait bien qu'il le chanta aujourd'hui, il ne l'a pas chanté dimanche dernier.

1787. — Jxi 3 sept:,Mnbre, entre trois et quatre heures du soir arriva en la ville des Trois-Rivières, le très honorable Lord Dorchester en route pour Montréal. Sa Seigneurie fut reçue au bord de la grève, par la nobl3sse, le clergé et un nombre de citoveiiç; d^e la ville, qui le félicitèrent sur son heureuse arrivée, et lui témpignèrentla satisfaction qu'ils avaient de la revoir. La compagnie de njiliç? de la ville, commandée par le capitaine L. S. Leproust, bordait la rive par où elle passa ; un détachement de cavalerie accompagna Sa Seigneurie jusqu'à la Pointe du Lac. La joie et la satisfaction brillait de tout côté, et on ne regrettait que de ne pouvoir pas faire plus dans un jour aussi honorable et aussi flatteur pour l'endroit.

Le 7 septembre, à dix heures du matin, arriva aux Trois- Rivières Son Altesse Royale le prince Williaui-Henry, accompagné du colonel Dundas. Le clergé, la noblesse et un nombre de citoyens furent le recevoir au bord de la grève; dix compagnies de milice, commandées par le capitaine L. S. Leproust, saluèrent Son Altesse Rovale de trois décharges de mousqueterie, cette troupe bordait la rue depuis la grève jusqu'à la maison où débar(iua Son Altesse Royale. Vers les onze heures. Son Altesse Royale partit et marcha à pied jusqu'en dehors de la ville, la rue où elle passa était bordée de troupe miliciennes et

d'un corps de cavalerie préparé pour l'escorter jusqu'à la Pointe-du-Lac. Mais Son Altesse Royale ayant témoigné qu'elle désirait aller sans suite, le détachement de cavaleria rentra dans la ville dans le plus grand ordre. La satisfaction, l'empressement, le zèle que montrèrent les milices dans cette rare occasion, ne peuvent être que la suite d'un attachement sincère pour le gouvernement.

Le 17 septembre après-midi, vers 4 heures. Son Altesse Roj aie le prince, en son retour de Montréal et de Chambly, fit une visite à Sorel appelé à présent de son nom, William-Henry. Son Altesse Royale fut saluée d'une décharge de l'artillerie de la garnison. Lorsqu'il mit pied à terre à la maison seigneuriale, où l'honorable Samuel Holland, écuier arpenteur-général de la province, lui ayant présenté un plan de la nouvelle ville, il plut à Son Altesse Royale de nous permettre l'honneur de lui donner son illustre nom, William Henry. Après avoir dîné à la maison Seigneuriale, Son Altesse Royale fut conduite à la place d'armes (actuellement la Place Royale) où elle fut salué derechef j^ar la garnison, après quoi ayant fait une légère visite du magasin, etc., elle traversa à Berthier, accompagné du colonel Dundas et du capitaine Smith, de l'artillerie. Son Altesse Royale fut saluée une troisième fois en entrant dans le bateau, par la garnison et par la milice canadienne, dont l'agréable régularité, accompagnée de leurs acclamations, semblait la pénétrer de leurs acclamations.

Son Altesse Royale arriva à Québec le 20 septembre uu peu avant dix heures du soir, sur quoi une salve royale fut tirée d(i la grande batterie.

Un mari qui perd sa femme sans s'en apercevoir (1787). — Le 30 septembre, un dimanche, j'allai entendre les vêpres à Saint-Laurent. Après les vêpres, une personne de qualité qui y assistait avec sa femme, me demanda si je pouvais faire route avec eux. Je lui répondis qu'il me faisait beaucoup d'honneur et que je l'accompagnerais avec plaisir.

Nous avions plus de deux lieues à faire pour nous rendre

chacun à notre logis. Nous montâmes donc tous trois sur deux chevaux. Le monsieur monta avec sa femme sur un, et moi sur l'autre. Comme le temps était beau, 5e lui proposâFd 'aller voir quelque chose de curieux à un endroit nommé le trou Saint- Patrice. C'est une pyramide renversée que Fauteur de la nature a placé près de cet endroit sur un rocher. Sa curiosité lui coûta bien chère ainsi qu'on va le voir.

Pour arriver à cet endroit, nou.s étions obligés de prendre la grève où il n'y a aucun chemin que quelques traces encavées dans le sable que nous voyions de temps à autre et qui nous faisaient penser que quelques mortels y avaient passé et nous servaient ainsi de guides. Nous allongeâmes par ce moyen notre route d'une demi-lieue. Nous y arrivâmes cependant très facilement, et après avoir examiné cette curiosité naturelle, nous remontâmes sur nos chevaux et poursuivîmes notre route jusqu'à ce'îque nous eûmes trouvé un chemin de montée, ce que nous rencontrâmes peu de temps après.

Il nous fallait monter une côte très escarpée couverte d'un feuillage si épais que nous étions obligés de nous courber sur nos chevaux pour nous garantir les yeux. Au milieu de la côte, mon compagnon me dit : " — ^Je crois que les branches vont nous jeter à bas de nos montures et que nous allons perdre la vie ici." Quelques instants après, je vis bien quelque chose s'échapper de la monture de mon compagnon mais j'étais tellement occupé à me garantir des branches que je n'y portai pas attention. Nous arrivâmes enfin au haut de la côte. Nous nous arrêtâmes pour examiner la belle persi>ective qui* s'offrait à nos yeux de toutes parts et qui les frappait tant que le monsieur en question ni moi ne nous aperçûmes de la perte que nous venions de faire. Après avoir rassassié nos yeux du beau paysage que nous avions sous les yeux, nous tournâmes bride, en repassant dans notre esprit les objets qui nous avaient le plus frappés. Nous marchâmes ainsi <'nviron une lieue lorsque tout à coup mon compagnon s'arrêtant me dit d'une voix effarée:— "Ah! ma femme! ma femme! où est-elle? qu'est-eUe devenue? Elle n'est plus derrière moi. Où peut-elle être tombée? Comment se ^ait-il que nous ne nous en isoyons pas aperçus?

Il me semblait que lorsque nous avions quitté cette pyramide

renversée elle n'était plus avec nous. Mon compagnon m'assura du contraire. Tout ce que je crains, ajouta- t-il, c'est qu'elle ne soit tombée dans une petite rivière que nous avons traversée. Je répliquai à cela que le bruit de la chute dans l'eau aurait certainement attiré notre attention. Le lecteur va peut-être nous accuser de distraction ou, ce qui est pire, de folie; mais qu'il continue de lire et il va voir que pareil accident pouvait bien nous arriver et qu'il lui est peut-être déjà arriA'é à lui-même. Enfin, après avoir bien représenté à notre cerveau tous les différents endroits où nous avions passé, mon compagnon me dit d'un air joyeux: — Ah! je me souviens qu'en montant la côte, les branches ont détaché quelque chose en arrière de moi. C'était probablement ma femme qui tombait. Je me rappelai alors que mon cheval avait touché quelque chose de ses pieds, et nous nous accordâmes à dire que c'était elle qui était tombée.

Nous nous rassurâmes bientôt et mon compagnon de route me dit : — Oh ! je ne snis plus inquiet à présent. Je sais où elle est. Puis il retourna sur ses pas pour l'aller rejoindre. Mais s'arrêtant tout à coup, il tira sa montre et voyant qu'il était déjà cinq heures et que nous avions encore loin à ilous rendre, il me dit qui'l était trop tard pour retourner, qu'il nous fallait poursuivre notre chemin, qu'il était obligé de retourner à Saint- Laurent le lendemain et qu'il la prendrait en passant. Voilà un homme bien tranquille sur le sort de sa femme, me dira-t-on peut-être. Je répondrai qn'il agit très bien, et que c'est ainsi que l'on doit agir dans ce qui arrive de fâcheux. Il ne faut pas se laisser aller à la tristesse pour la. moindre perte. Nous partîmes ensuite, bien décidé à la laisser coucher une nuit dehors, morte ou vivante, dans l'eau ou dans les branches. Nous fîmes encore une lieue ensemble et prîmes chacun notre chemin pour gagner nos logis respectifs. En me laissant, il me dit, après m'avoir tout joyeux souhaité le bonsoir: — Si vous trouvez ma femme, je vous prie de me la renvoyer.

J'appris le lendemain qu'ayant retourné à Tendroit oïl nous avions été, il trouva sa femme dans la côte en question, sans aucun mal, quoique sans parole. Mais comment aurait-elle pu avoir du mal, puisque la femme dont je parle était un bréviaire.

et le monsieur un prêtre (M. Gatien, vicaire de Mgr D'Esgly, évêque de Québec ) .

Le mariage des habitants de la campagne autrefois. — Lorsqu'un Canadien veut se marier, s'il est parent de la fille qu'il veut épouser, il est obligé d'avoir dispense de son évêque, ce qu'on obtient jusqu'au troisième degré (quant à ce point on obtient la même chose dans les villes). Si quelquefois l'évê- (jue en accorde au second degré, il faut qu'il y ait de grandes raisons, comme à ceux qui habitent des îles, vu qu'ils sont obligés de faire des traverses et qu'il leur en coûterait beaucoup, on leur accorde dispense au deuxième degré, ce qui est cependant bien rare; lors donc qu'ils sont parents et qu'ils ont obtenus dispense, le curé où résid;^ la future épouse en voyant la dispense, publie pendant trois dimanches consécutifs les bancs des futurs époux, ce qui se fait aussi quoiqu'ils ne soient pas alliés : quelquefois on ne publie qu'un ou deux bancs, mais il faut alors une seconde dispens? de l'évêque diocésain, et l'argent provenant des disi>enses est employé pour la nourriture des pauvres.

La publication des bancs étant faite, s'il ne se trouve personne qui ne s'oppose au mariaga, le curé préside à la célébration, le mardi d'après le dimanche de la dernière publication; ce jour a été changé du lundi, parce que les habitants employaient ordinairement le dimanche à préparer le festin et c'est pour éviter cela que l'évêque a sagement remis au mardi.

Le samedi d'avant le dimanche à la dernière publication les futurs époux, font faire devant un notaire leur contrat de mariage auxquels assistent tous leurs parents.

T^e jour du mariage venu, 1? futur époux se rend de grand matin à la maison de la future épouse avec tous les parents et amis des deux parties, et font à leur façon le compliment à la future épouse sur son mariag?.

Vers les sept heures du matin, la future épouse conduite par son père ou son plus proche parent, ainsi que le futur époux, montent dans leur voiture avec tous les autres parents et se

reiKlent (deux ou trois par voiture) à l'église de la paroisse de la future épouse (ear c'est toujours daus le lieu où elle demeure que le mariage se célèbre).

Dès qu'ils sont arrivés, le père conduit sa fille par la main à la Sainte Table Û2 l'église et le garçon va se mettre à son côté à genoux; le curé vient aussitôt avec ses habits sacerdotaux, et prend leur consentement mutuel ; après quoi le marié prend l'anneau (|u'il avait mis auparavant sur une assiette et béni par le curé, et le met au doigt de la mariée, ce qui est le signe du mariage. Le curé dit ensuite quelques prières et va célébrer la sainte messe pour les mariés, qui deux jours auparavant se sont mis 'àu état de recevoir ce sacrement par une confession et communion.

^Vprès la messe, les mariés se rendent avec toute leur suite à la maison presbitérale, où le curé écrit leur mutuel consente- UK'nt av?c l'avis des parents, sur deux registres, un desquels reste à la fabrique du lieu, et l'autre se porte tous les ans au greff(» des Archives dans la ville de Québec, pour servir de minute déposée, afin d'y avoir recours dans le besoin.

I^' mariage transcrit sur les registres, le marié donne seulement cinq chelins au curé pour les honoraires, et les mariés suivis de leurs conviés, s'en retournent dans l3 même ordre qu'ils sont venus (à l'exception que les mariés sont dans la même voiture) à la maison du père de la mariée, pour y faire les noces; en y entrant les mariés s'embrassent et le sont ensuite tous deux par leurs parents, ce qui marque la parfaite union (jui doit subsister dans les deux familles qui se lient ensemble. Ils boivent ensuite chacun un coup d'eau-de-vie.

Après nuoi, ne serait-il que dix ou onze heures, ils se mettent tous à table, excepté le marié, son beau-père, et sa belle-mère qui restent debout et servent la mariét^ qui est au haut de la table, ayant à ses côtés son frèra ou autre proche parent, et la soeur ou autre proche parente du marié, qu'ils nomment garçon et fille d'honneur pour les cérémonies de la noce; le nombre de convives est toujours de près de cent i)ersonnes.

T^ repas est toujours composé de pièces de lard frais et de moutons qu'ils font cuire dans le four, ou qu'ils font bouillir, les deux seules manières de faire cuire leur viande, ils. ont aussi quelquefois mais très rarement des volailles.

Vers le milieu du repas, ils font chanter la mariée, qui le fait bien ou mal, et chacun ensuite chante sa chanson qui ne finit guère sans boire un coup d'eau de vie, étant la seule liqueur qu'ils y boivent, et ce en grande quantité.

Lorsque les esprits commencent à s'échauffer, on voit avec un oeil surpris le père s'approcher de son fils qui quelquefois n'a pas quinze ans, on le voit, dis-je, boire avec lui pendant plus d'une heure et se saluer réciproquement, et déchirer avec un appétit incroyable des morceaux de viande d'une énorme grosseur, ainsi que des pâtés à demi-cuits composés de pommes et de mélasse qu'ils trouvent meilleurs qne nous des chapons rôtis ; ce qui me surprend le plus c'est qu'ils en sont très rarement incommodés; il faut croire que l'eau-de-vie qu'ils boivent recuit les aliments qu'ils mangent et les fait digérer aussitôt. J'en ai cependant vu un qui en fut malade. Je lui conseillai de boire de l'eau chaude; quand il m'entendit parler d'eau chaude il se mit à rire, et demanda au contraire encore à- manger, cela, me dit-il, fera passer le reste.

Le dîner de' la noce fait, qui dure une heure et demi, le garçon d'honneur tenant un gant va prendre le marié par la main, et la fille d'honneur la mariée et les conduisent ainsi au milieu de la chambre, où un mauvais joueur de violon leur fait danser un menuet. Dès qu'ils ont fini, on prie quatre autres couples qui dansent aussi tous ensemble le menuet, dans une chambre qui souvent n'a pas dix pieds en carré. Je fus prié un jour à une de ces noces et je me perdis si bien en dansant de la sorte, que je ne pouvais plus trouver ma partenaire. Quant à eux ils sont si bien accoutumés qu'ils ne se trompent jamais.

Tjcur danse qui n'est composée que de menuet et de quelques contredanses, dure ainsi jusqu'au soleil couché, temxxs où ils se remettent à table et soupent avec le même appétit et agissent de la même manière qu'au dîner.

Dès que le souper est fini, on voit entrer en foules de jeunes hommes et de jeunes filles que l'on admet toujours pour danser, ils les nomment les surA-enants. I^es jeunes gens ont pour coutume et ne manquent jamais de porter chacun une bouteille d'eau-de-vie sous le bras qu'ils cachent autour de la maison de la mariée, ou dans des bûchers, et vont de temps à autre boire

un coup pendant la danse; ils se croiraient déshonorés s'ils n'étaient pas ainsi muni chacun de leur bouteille; on ne voit jamais de vin dans un repas, ils disent pour raison négative, que le vin n'a pas assez de force; ils le donnent cependant quelquefois à leur femme dans les maladies de leur sexe, auxquelles oalles-ei sont assez sujettes, ne prenant aucune précaution; quant aux hommes ils sont très rarement malades.

Mais je m'écarte, ce me semble de mon sujet, voici donc ce qu'ils font après le souper de noces. La danse recommence de la même manière qu'après le dîner et avec les mêmes cérémonies, ce qui continue ordinairement jusqu'à minuit, heure où les mariés se retirent incognito et les convives en font autant peu de temps après.

Le lendemain, de grand matin, les convives viennent rejoindre les nmrlés et partent tous ensemble de la maison de la mariée et se rendent dans celle de l'époux et passent encore la journée à faire les mêmes suites de repas, danses et cérémonies qu'ils avaient fait la veille, ce qui dure souvent chez ceux qui sont riches deux ou trois jours. De sorte qu'ils mangent et boivent pendant ces jours, ce qui leur suffirait pour un an.

Ils se mettent ensuite à travailler la terre, ce qu'ils continuent de faire toute l'année de la manière suivante : —

Le printemps qui commence dans ce pays vers le 25 ou 26 avril, ils ensemencent leur terre ce qui dure environ quatre semaines, pendant laquelle ils sèment du blé, de l'avoine, des pois et des patates pour engraisser leurs animaux, du lin dont ils se font des cliemises et autres vêtements, ils ont aussi des moutons avec la laine desquels, mêlée avec du fil, ils se font de bons habits. De sorte qu'ils n'ont recours aux villes marchandes que pour certaines choses dont ils ne x>euvent absolument se passer, ou qu'ils ne recueillent pas sur leurs terres, telle que l'eau-de-vie, la mélasse dont ils se servent pour sucre, le tabac en poudre, car pour celui à fumer ils en vendent en quantité chaque année. L'huile qui leur sert de chandelle ; et un habillement complet d'étoffe étrangère qu'ils achètent tous les deux ou trois ans, le conservant pour les fêtes et les dimanches.

Lorsqu'un habitant a fini ses «emences, il raccommode ou fait des clôtures, dont toutes leurs terres sont séparées pour éviter le dommage que pourrait faire les animaux d'un chacun sur la terre de son voisin ; ils font ou nettoyant les fossés pour égouter les eaux qui sans cela inonderaient leurs terres.

Ils font ensuite leurs foins pour hiverner leurs animaux. Ijes foins faits ils commencent à couper leurs grains, ce qui dure cinq ou six semaines, suivant le beau ou mauvais temps. Suivent immédiatement les labours qu'ils font ainsi l'automne par rapport au printemps trop tardif dans ces contrées; à peine ont-ils fini leur labour, que Fhiver s'avance à grands pas et amènent au commencement de novembre chaque anné<i une quantité de neige dont ils profitent pour couper leur bois qu'ils traînent aussitôt pour se garantir du froid de 25 et 30 degrés qui dure très souvent six mois.

Dès qu'ils ont fini de traîner leur bois, qui souvent est éloigné de deux lieues de leur maison, ils commencent à battre leurs grains pour en séparer le froment d'avec la paille dont ils nourrissent avec le foin leurs animaux j)endant l'hiver; il leur en faut une grande quantité, car chaque animal mange par hiver 250 bottes de foin et paille, la botte du poids de 15 Ibs.

Par cette suite de travaux, on peut conclure qu'un habitant qui n'est point paresseux, ne peut jamais dire: Je n'ai rien à faire aujourd'hui; mais n'en sont-ils pas que plus heureux! ils sont exempts de soucis, ils travaillent beaucoup, il est vrai, et c'est ce travail même qui leur procure un bon appétit, un sommeil exempt de ces songes voltigeants qui nous fatiguent souvent, ils voient naître avec joie des enfants qui dès l'âge de dix ans emploient déjà leurs faibles mains à l'agriculture, ce qui leur donne en peu de temps une force surprenante et leur fait par conséquent un corps robuste et en état de soutenir à 15 ans les travaux les plus fatigants. ^Sitôt qu'un habitant a cinquante ans, et qu'il a un fils de dix-huit à vingt ans, il lui fait un abandon de son bien à condition qu'il lui donnera une rente annuelle pour le nourrir, et souvent ils vivent tous ensemble, et alors le fils fait son profit de l'excédant de leurs besoins. Il est seulement obligé, et ce justement, de donner une certaine somme à ses frères ou soeurs s'il en a. Lorsqu'ils

ou qu'elles sont majeures, c'est-ù^ire à vingt-un an accomplis, suivant les ordonnances de ce pays, cette maniera d'agir des pères envers leurs enfants est très avantageuse à ces derniers, car sans cela ils seraient contraints de voyager ou d'aller ouvrir d3 nouvelles terres; il n'y a que ceux qui ont une nombreuse famille qui agissent ainsi.

Ives habitants canadiens sont tous assez dévots, mais faciles à faire tomber' dans la superstition, mais ce n'est pas surprenant, le manque d'éducation en est la cause.

On y voit guère parmi eux d'ivrognes passionnés; s'ils boivent ce n'est que quand ils se trouvent en compagnie, ce qui arrive lorsqu'ils sont dans les villss ou à leurs noces. C'est alors que vous les rencontrez couchés dans leur voiture et laissant aller leurs chevaux qui les conduisent à demi-mort de boisson et toujours sans accident à la porte de leur maison.

Quant à la politesse ils n'en sont pas beaucoup munis, il est vrai, ils sont au contraire la plupart bien grossiers: ils entreront chez vous le bonnet sur la tête (je dis bonnet car il ne porte pas souvent de chapeau ) la pipe à la bouche, s'assoleront sur une chaise, et y resteront souvent un quart d'heure sans vous dire un mot, attendant que vous leur demandiez le sujet de leur visite, c'est alors qu'ils vous répondront en ôtant k'ur bonnet à demi et en se grattant l'oreille; mais nous regarderons tout cela comme peu de chose, dès que nous penserons que c'est leur manière d'agir, et qu'ils n'ont point ce que nous nommons Civilité.

Ce qu'on pourrait peut-être leur reprocher c'est d'être un peu trop intéressé, faisant souvent quatre lieues ou même six, s'ils savent avoir pour deux coppes meilleur marché lorsqu'ils ont quelque chose à acheter; mais encore, aurait-on peut-être tort de les blâmer; ils travaillent beaucoup, font très peu d'argent et c'est presque juste qu'ils, le ménagent.

Ils sont d'ailleurs très charitables, au point que si un d'entre eux brûle sa maison ou sa grange, vous la voyez quinze jours après rebâtie sans qu'il lui en coûte une cope, chacun se port« avec plaisir à secourir le malheureux, sans attendre que celuici vienne leur demander.

Le prince William-Henry à Lévis. — La Pointe-Lévy n'est distante de la ville de 'Québec que par la traverse du fleuve Saint- Laurent qui a une demie lieue de large. C'est un endroit très agréable. Son Altesse Royale le prince William-Henry a été s'y promener plusieurs fois pendant son séjour dans ce pays, et principalement la 6 octobre 1787, où il y débarqua avec plusieurs de ses officiers, dans le dessein d'aller visiter par curiosité quelques maisons d'habitants, sans y être eonnu, ce qui était facile à faire parmi eux qui s'occupent plutôt à leurs travaux champêtres qu'à savoir distinguer un prince d'avec une personne de qualité inférieure.

Le prince entra donc dans une maison oii il ne trouva qu'une femme, mais une de celles qui sont vigoureuses et qui ne craignent rien, et qui feraient volontiers le coup de poing avec plusieurs hommes si l'occasion s'en présentait. Il demande à cette femme une terrine de lait à boire: Elle lui répondit d'un air faronche, qii'elle lui en donnerait s'il voulait la payer et ne pas faire, comme quantité d'autres jeunes étourdis d'officiers qui venaient tous les jours ehez elle lui demander du lait à acheter, et qui, quand ils l'avaient bu ou mangé s'en retournaient sans payer. Le prince lui dit qu'il n'en agirait pas ainsi, et après l'avoir assnré qu'elle ne perdrait rien avec lui, elle fut enfin ehercber une terrine de lait.

Son Altesse Royale, après l'avoir bu avec des officiers, tira de sa poche une portugaise et la présenta à la femme qui la voyant se mit à lui dire avec colère: Aha! Voilà bien de mes geus, on voit bien que vous ne valez pas mieux que les autres! C'est ainsi qu'ils font, ils me présentent des portugaises à changer pour un fiemi schelling; c'est bien me dire qu'ils ne veulent pas payer, car le moyen, poursuivit-elle, qu'une pauvre femme eomme moi puisse changer une portugaise, moi qui ai à peine de quoi aeheter du pain. Les officiers de Son Altesse? Royale l'ayant averti qu'elle parlait au prince: Quand ce serait le roi, répondit-elle, ce serait tout la même chose, il ne doit pas prendre ce qui m'appartient sans me le payer. Le prince à qui l'histoire plaisait et qui en reçoit beaucoup avec sa suite, lui

dit : — Eh ! bien ne vous fâchez pas la bonne mère, prenez cetteportugaise, c'est pour vous récompenser de ceux qui ne vous ontpas payé.

Jeudi, le 4 octobre 1787, on fit des feux d'artifices sur le Cap- Diamant dans la ville de Québec en l'honneur du prince AVilliam-Henry, qui furent exécutés de manière à donner beaucoup de satisfaction et de plaisir à un concours nombreux de monde qui s'était assemblé à cette occasion.

Les lundi et mardi suivants, les transports ayant à bord le» 29e, 31e et 34e régiments partirent du port de Québec pour l'Angleterre.

Le mercredi, 10 du même mois, vers sept heures du matin, partit de Québec le navire de Sa Majesté Pegasus, commandé par Son Altesse Royale le prince AMlliam-Henry, lequel fut suivi par le Leander, navire commodore, et la Resource, capitaine Minchin.

Moyen d'empêcher les banqueroutes si fréquentes dans ce pays, et cela par la trop grande facilité des marchands en gros à faire des avances à des gens qu'ils ne connaissent pas :

S'il est des banqueroutes exemptes de mauvaise foi, il n^ea est guère où il n'y ait de la témérité. Si l'on employait les règles suivantes, il serait très difficile de faire banqueroute. W faudrait :

1° Etablir des magistrats ou commissaires à qui les marchands rendraient compte de leurs effets, de leurs profits, de leurs dépenses et de leurs entreprises ; et ce chaque année.

2° Leur défendre de risquer le bien d'autrui, et ne leur ]>ermettre mênie de ne risquer que la moitié du leur.

3° Permettre ù ceux qui ne pourraie^nt gérer seuls leurs affaires de s'associer quehiu'un avec eux, et rendre la police de^ ces sociétés inviolable par la rigueur des peines imposées àL ceux qui ne les suivraient pas.

4° Laisser la liberté du commerce entière.

Si l'on agissait ainsi, on verrait bien vite le commerce du pays semblable au flux et reflux de la mer. Les trésors y entreraient comme les flots viennent sur l'autre. La franchise, la bonne foi, la candeur sembleraient du haut des montagnes de ce Canada appeler les marchands des terres les plus éloignées. Tous ces marchands vivraient tranquilles comme dans leur patrie.

M. McDonell, prêtre écossais dont j'ai parlé précédemment, était à Québec depuis près d'un an, quoique destiné i>our aller en mission au fort Beauharnois, au sud de la ville de Montréal. Mgr Briand, ancien évêque du pays, lui demanda un jour pourquoi il ne se rendait pas à sa mission. Il lui répondit en mauvais français: "Mgr, j'irai quand je puis." Plusieurs mois s'écoulèrent encore sans qu'il parlât de partir. Il faut observer qu'il avait sa mère qu'il était obligé de soutenir et qu'il avait placé à l'Hôpital-Général de Québec. Elle était extrêmement âgée et infirme, et malgré tout cela bien-aimée de son fils, ainsi qu'on le va voir.

M. Gravé, grand-vicaire du district de Québec, eut enfin ordre de Mgr d'Esgly, évêque du lieu, de lui signifier son départ, en lui faisant voir qu'il était plus nécessaire en qualité de pasteur auprès de son troupeau qu'auprès de sa mère, et qu'il avait dû prévoir avant d'entrer dans son état qu'il serait dans le cas d'abandonner ses parents. A quoi le missionnaire répliqua: — ^Mais, mon grand-vicaire, j'étais fils avant d'être prêtre.

20 décembre 1787. — Etablissement d'une malle pour Halifax, qui partira de cette dernière ville tous les premiers lundis de chaque mois à . . . heure de relevée, qui passera par Frédéricton et la ville de iSaint-Jean, dans la province du Nouveau- Brunswick, par Digby, Annapolis, Horton et Windsor, dans la !Nouvelle-Ecosse. Le directeur-général est M. Hugh Finlay.

Le 15 mai 1788, a sorti une ordonnance qui défend à qui que ce soit de pratiquer la médecine et la chirurgie dans la province de Québec, ou la profession d'accouclteur dans les villes de Québec et Montréal, sans une permission du gouverneur ou du lieut-enant-gouverneur pour lors.

Les médecins et chirurgiens dans l'armée ou dans la marine en sont exemptés.

Du même jour. — ^tJne autre ordonnance du même Conseil change la présente méthode des traînes et carrioles.

Il est donc ordonné par cette ordonnance qu'après le 10 novembre prochain, aucune voiture d'hiver ne sera employée, qui ne sera point fixéi3 à sa menoire, conformément à un des modèles qui sera vu chez les clercs des marchés de Québec ou Montréiil, ou chez chaque capitaine de milice des campagnes, sous peine d'amendes.

Mort de Mgr D'Esgl^, évêque de Québec, décédé à Saint-Pierre,

île d'Orléans. '

Le 28 mai 1788, Sa Grandeur Mgr Louis-Philippe Mariaucheau D'Esgly, évêque de Québec, tomba malade à sept heures du soir d'une fièvre intermittente accompagnée de frisson. On dépêcha aussitôt chez le docteur Just à la Sainte-Famille, qui s'y rendit. Il trouva la fièvre de Sa Grandeur très mauvaise et jugea à propos de le saigner; il put à peine lui tirer quelques gouttes de sang. Mgr demanda à se faire purger. Le docteur lui dit que cela ne pouvait lui faire que du bien. Il lui donna en conséquence une médecine qui le fit un peu évacuer.

Le lendemain, la fièvre augmenta. Sa Grandeur passa une mauvaise journée.

Le vendredi, son secrétaire, M. Hamel, envoya un courrier avertir le confesseur ordinaire de Mgr (le P. Glapion, jésuite), qui arriva à huit heures du soir avec M. le docteur Badelard. Ils trouvèrent Sa Grandeur bien mal et en danger de mort. Toute la nuit snivante, grosse fièvre.

Le lendemain, à huit heures, Mgr demanda à se lever. On le mit dans son fauteuil et on le porta à quatre dans sa chambre. A dix heures, il se confessa avec une entière connaissance, A midi, M. Badelard lui donna un grain d'émétique qui le fit vomir deux fois.

Il passa le reste de la journée et la nuit dans une grande faiblesse, ne prenant, de deux heures en deux heures, qu'une cuillerée d'eau et de vin, .seule chose qu'il voulut prendre pendant isa maladie.

Le lendemain, 3 juin, à sept heures du matin, M. le secrétaire Hamel lui demanda s'il désirait recevoir le Saint- Viatique. Il répondit qu'il fallait attendre encore un peu, qu'il désirait que toute sa paroisse fut avertie. Mais comme l'on vit qu'il affaiblissait de plus en plus et qu'il perdait même connaissance de temps à autre, M. Pinet, curé de Saint-Jean, en cette île d'Orléans, lui adressa ces paroles à quatre heures de l'aprèsmidi:

— Monseigneur, j'ose me présenter à vous comme votre enfant pour vous prier de vouloir bien permettre que nous vous procurions ce que vous avez procuré à tant d'autres.

A quoi, Mgr répliqua qu'il désirait recevoir les derniers sacrements, mais qu'il fallait au préalable qu'on lui donna le Saint Viatique, qui lui fut donné aussitôt par M. Hamel, qui lui fit recevoir ensuite l'extrême-onetion. Sa Grandeur présenta elle-même ses mains, récita le credo, et paraphrasa plusieurs versets des psaumes, entr'autres ceux-ci :

'' Lan date Dominum omnes génies, laudate eum omnes populi.

" Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus, et Veritas Domini, manet in aeternum.

" Gloria Patri, etcJ'

M. son secrétaire lui fit ensuite une lecture qu'il écouta attentivement. Il eut ensuite una si forte crise que l'on crût qu'il allait expirer : on lui lut les prières des agonisants, il revint un peu de cette crise qui fut suivie de bien d'autres toute la nuit.

Le lendemain, 4 juin, à huit heures du matin, son poulx était très faible et s'arrêtait pendant près d'une minute par temps;

de sorte que le docteur Just ne pouvait comprendre comment il I)ouvait vivre. Vers neuf lieures, M. Hamel lui demandia, s'il voulait qu'il lui fit une lecture, à quoi il répondit: — ^Sans doute. Pendant cette lecture on le vit faire des élévations de coeur à Dieu. A dix heures, on lui récita une quantiti^, d'actes de foi et autres qu'il écouta attentivement, jetant les yeux sur un crucifix qui était au pied de son lit.

A onze heurta et demi, il eut une crise très forte suivi d'un râle. M. Hamel acheva les prières des agonisants, récita les litanies et plusieurs oremus.. A midi, il revint de cette crise. A une heure après-midi, arriva de Québec M. Dupré, conseiller et neveu du prélat. Il s'approcha du lit de son oncle à qui il parla mais il ne put proférer que ce mot : — Ah !... Enfin, il resta depuis ce moment jusqu'à cinq heures sans parole, mais ayant toujours connaissance et rendit doucement l'esprit à cinq heures huit minutes, dans la soixante dix-huitième année de son âge, sa cinquante-deuxième de prêtrise et la quatrième de son épiscopat. Il avait été coadjuteur et évêqne de Dorylée.

Dès qu'il fut mort, M. Hamel écrivit à Mgr l'ancien, (Mgr Briand) afin d'ordonner le lieu et le temps de' l'inhùînation. Mgr Briand remit le soin de cette affaire entre les mains de M. Gravé, ci-devant grand-vicaire, qui fit la réponse suivante à M. le secrétaire Hamel:

"Monsieur,

"Mgr l'ancien, après la triste lecture de votre lettre, m'a chargé de présider le clergé en son nom jusqu'à révocation de Mgr d'Almyre (c'est le coadjuteur de Mgr de Québec qui était pour lors en visite dans le district de Montréal) et de régler toutes choses le mieux qu'il se pourrait. Je ne sais pas qui est l'exécuteur testamentaire, c'est à lui et aux parents de ré|;ler le temps de l'inhumation. MM. de Tjéry, Dupi*é et mademoiselle Bonfit (ce sont les seuls x>arents de l'évêque), consultés,' in'ont répondu que je ferais pour le mieux, et qu'étant impossible de l'éihbàumer il serait plus impossible encore de retarder l'inhuihàtion plus loin que vendredi à onze heures; qu'ils pensaient qu'ail serait mieux de l'enterrer à Saint-Pierre que dans là cathé- "'drale. . ^v' • ,^• ''- • ^ .. -x--;*

"Quant à la manière: 1° TençK le corps Is plus fraîchement que vous pourrez pour éviter la corruption. 2° I^es prêtres ou ecclésiasti(iues doivent l'ensevelir, et s'il est passible, il faut l'exposer avec ses habits pontificaux dans sa ehambre. 3° Vous, M. Gatieu et autres direz demain la messe dans sa chapelle domestique. J'irai demain y dire la. messe et les ecclésiastiques iront après-midi dans notre bat(>au, jusqu'au moulin, ils y chanteront et psalmodieront l'office ordonné par le cérémonial des évêques.

Je suis, etc.,

Ensuite est écrit

Gravé, Ptre.''

"Vous tendrez l'église en noir, le mieux que vous pourrez. Vous mettrez des eierges è Féglise le plus possible; dans sa chambre six suffisent."

Tout cela fut exécuté de point en point par M'M. Hamel et Gatien. Le lendenmin, 5 juin, AI, Gravé arriva à dix heures du matin, et ordonna à M. Hamel d'ouvrir 1? t(»stament que Sa Grandeur avait fait, ce qu'il fit en présence de mon père, moi et plusieurs autres témoins. Mon x>ère y était nommé exécuteur testamentaire. M. TTamel y était légataire de plus grande partie de son ménage, du cheval, calèche, vache et autres animaux. La moitié de son argenterie. Il y avait 600 à chacun de s<\s. domestiques, 600 à sii nièce Bonfit. Il ordonna que son portrait restât dans sa. chambre, etc. Le testament est du mois de mars dernier passé devant M. Crépin, notaire, en présence de MM. Pinet et Gatien, prêtres.

Après la lecture du testament, M. Gravé célébra la sainte messe dans la chapelle domesti(iue du prélat, en présence du corps du défunt, revêtu de ses ornements pontificaux.

Ive 10 juin, à huit heures du matin, on transporta le corps à l'église avec toute la pompe due à un évêque. Il y fut exposé sous un mausolée près du choeur. On y chanta les matines et laudes, ce qui dura jusqu'à dix heures et demi. A onze heures, M. Gravé commença le service auquel étaient présents MM. de Lery, Dupré, Duchesnay, Perrault, Dechesnaux fils, et M. Tas-

chereau, et plus de quarante prêtres ou ecclésiastiques. I^e service fut chanté en musique et dura jusqu'à une heure aprèsmidi.

Le corps de l'illustre prélat fut ensuite embaumé dans l'église, avec une partie de s(»s habits pontificaux, sous la lampe à l'entrée du choeur.

Ainsi furent ordonnées et exécutées les funérailles de Mgr D'Esgly, évêque de Québec, auxquelles assista un concours de peuple considérable, de qui il fut généralement regretté.

Installation de Mgr cVAlmyre. — Le 12 juin 1788, arriva à Québec un Sauvage qui annonça avec grands cris de joie dans toute l(^s rues de la ville que Mgr d'Almyre ('M. Hubert) allait arriver. Le Sauvage était parti en même temps que Sa Grandeur de dix-huit lieues au-dessus de Québec le même jour, et précédait la poste de beaucoup. Mgr d'Almyre arriva quelque temps après lui et lui donna pour récompense une portugaise.

lye 13, à cinq heures du soir, Sa Grandeur fut installée évêque de Québec, et prit en conséquence possession de, sa cathédrale au son de toutes les cloches de la ville. On chanta le Te Deuni et Sa Grandeur accorda 40 jours d'indulgences à toutes les personnes présentes.

Le lendemain, Mgr Hubert fit visite à lord Dorchester, qui le complimenta sur son avènement à l'épiscopat. Il lui demanda ensuite si ce n'était pas la coutume de nommer un coadjuteur en cas de mort. Mgr Hubert lui répondit que c'était en effet la coutume, mais qu'il fallait pour cela l'approbation du gouvernement. Sur quoi lord Dorchester répliqua qu'il en avait un en vue, M. Bailly (il avait été précepteur des enfants de lord Dorchester à Londres). Mgr Hubert répondit qu'il l'acceptait avec plaisir. On écrivit en conséquence à M. Bailly, curé de la Pointe-anx-Trembles. Celui-ci se transporta à Québec, et fut reçu coadjuteur de Mgr Hubert avec l'approbation de tout le clergé. Il dîna chez lord Dorchester avec Mgr Hubert et partit le lendemain pour sa cure.

CHANSONS SUR LA OONVALESCEUNOE DÉ LORD DORCHBlSTEB

(juillet 1788).

Air: Du haut en bas.

Ami très cher, Nous devons tous à ton exemple

Ami très cher, Chanter l'illustre Dorohester ; Sa vertu offre un sujet ample Et notre amour lui doit un temple.

Ami très cher.

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