‹ MémoiresChapitre 8 sur 8 · DESCRIPTION DES EMBARRAS DE LA VILLE (QUEBEC · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES EMBARRAS DE LA VILLE (QUEBEC

Qui Êrappe l'air, bon Dieu! de ces tristes échecs, Est-ce donc pour veiller qu'on ®e couche à Québec ? Et qucil fâcheux démon durant les nuits entières RassemWe ici les chats de toutes les gouttières. L'un miaule en grondant commie un tigre en furie, L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie. Ce n'est pas tout encor, les souris et les rats Semblent pour m'éveiller, s'entendre avec les chats. Tout conspire à la fois, à troubler mon repos, Et je me plains ici du moindre de mes maux; Car à peine les coqs commençant leur ramage. Auront de cris aigus, frappé le voisinage, Qu'un affreux serrurier, laborieux vulcain. Qu'éveillera bientôt l'ardente soif du gain. Avec un fer noirci, qu'à grand bruit il affrète, De cent coups de marteau, me va fendre la tête. J'entend déjà partout les charettes courir. Les maçotis travailler, les boutiques s'ouvrir; Tandis que dans les airs mille clochers émues, D'un funèbre concert font retentir les nues. Et se mêlant au bruit de la grêle et des vents, Pour honorer les morts, réveillent les vivants. Mais si seul en mon lit, je peste avec raison. C'est encor pis vingt fois en quittant la maison. En quelqu'endroit que j'aille, il faut fendre la presse D'un peuple d'importeurs qui fourmillent sans cesse ; L'une me heurt d'un air, dont je suis tout froissé. Je vois d'un autre coup mon chapeau renversé. Là d'un enterrement la funèbre ordonnance D'un pas lugubre et lent, vers l'église s'avance, Et plus loin des laquais; l'un l'autre s'agaçans

Font aboyer les chiens et jurer les passants.

La crainte en ce lieu me bouche le passage,

Là je trouve une croix (1) die funeste présage.

Et des couvreurs grimpés au toit d'une maison.

En font pleuvoir l'ardoise et le bardeau à foison.

Là sur une charette uiie poutre branlante

Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente,

iSix chevaux attelés à ce fardeau pesant

Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant

D'une calèche en tournant il accroche une roue.

Et du choc la renverse en un grand tas de boue.

Quand un autre à rinstant s'efforçant de passer

Dans le même embarras se vient embarrasser.

Vingt calèches bientôt arrivant à la file,

Y sont en moins d© rien suivi de près de 'mille,

Et par surcroît de maux, un sort malencontreux

Conduit en cet endroit un grand troupeau de boeufs.

Chacun prétend passer, l'un mugit, l'autre jure.

Des vaches en passant, augmente le murmure.

Aussitôt, cent chevaux dans la foule appelés

De l'embarras qui croît, ferment les défilés,

Et partout des passants enchaînant les birigades,

Au m^ilieu de la paix font voir les bariricades.

On n'entend que des cris pousser confusément,

Le tonnerre serait entendu difficilement.

Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre,

Le jour déjà baissant, et qui isuis las d'attendre.

Ne sachant -^lus tantôt à quel saint me vouer.

Je me mets au hasard de me faire rouer.

Je saute vingt ipuisseaux, j'esquive, je me ipousse,

Un cavalier en passant vite, m'éclabouse.

Et n'osant plus paraître en l'état où je suis;

Sans songer où je vais, je me sauve ou je puis.

Tandis que dans un coin en grondant je m'essuie,

'Souvent pour m'achever il survient '•une pluie.

On dirait que le ciel qui se fond en eau.

Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau.

Pour traverser la rue, au milieu de l'orage.

Un air sur deux pavés forme un étroit passage.

Le plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant.

Il faut pourtant passer sur ce pont chancelant;

Et les nombreux torrents qui tombent des gouttières.

Grossissant les ruisseaux, en ont fait des rivières.

(1) Les couvreurs quand ils sont aur le toit d'une maison laissent pendr^ ^nf orpljç û<ç latte pour fiV'Çirtir les paesaintp qu'il 7 fi dajiger,

J'y passe en trébuchant, mais malgré l'embarras,

La frayeur de Ja nuit précipite mes pas.

Car sitôt que du soir les ombres pacifiques

D'un double cadenas font former les boutiques;

Que retiré chez lui, le paisible marchand

Va revoir ses billets, et compter son argent,

Que dans les deux marchés tout est calme et tranquille,

Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville.

Le bois le plus funeste et le moins fréquenté,

Est au prix de Québec, un .lieu de sûreté.

Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue

Engage un peu trop tard au détour d'une rue.

Bientôt quatre bandits lui serrant les côtés,

La bourse: il faut se rendre: ou bien: non résistei*.

Afin que votre mort de tragiqoie mémoire

Des massacres fameux aille grossir l'histoire.

Pour moi fermant ma porte, et cédant au sommeil,

Tous les jours je me couche avec que le soleil.

Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière

Qu'il ne m'est plus permis de fermer la paupière.

Des filous effrontés, d'un coup de pistolet

Ebranlent ma fenêtre et percent mon volet.

J'entends crier partout: au mexulre, on m'assassine,

Où Je feu vient de prendre à la maison voisine.

Tremblant et demi^nort, je me lève à ce bruit

Et souvent sans habit je cours toute la nuit.

Car le feu, dont la flamme en ondes se déployé

Fait de notre quartier une seconde Troye;

Ou maint gros affamé, maint avide argien,

Au travers des charbons va pillée le Troyen. ;,

Enfin sous mille croix la maison abimée,

Entraîne aussi le peu qui se perd en fumée.

Je me iretire donc encore pâle d'effroi :

Mais le jour est venu quand je rentre chez moi.

Je fais pour reposer un effort inutile.

Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville.

II faudrait dans l'enclos 'd'un vaste logement,

Avoir loin de la rue un autre appartement.

Québec est pour un riche un pays de Cocagne,

Sans sortir de la ville il trouve la campagne,

Mais moi, grâce au destin, qui n'a ni feu ni lieu.

Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu.

Manière de faire le sucre d'érable en ce pays. Vers le 25 mars de chaque année, les habitants qui veulent

faire du sucre d'érable (iseul sucre que l'on fasse dans ce pays) se transportent dans les érablières, avec un grand chaudron de 10 seaux, des haches, des batte-feux, pierre-fusil, une pelle, et des vivres; ee qu'ils transportent sur une petite traine à leur cou, étant impossible d'y aller avec des chevaux.

Rendus là, ils commencent à faire un trou dans la neige jusqu'à la terre d'environ 20 pieds en superficie, et y élèvent une petite cabane ronde dont le haut au milieu est à jour de deux pieds, pour laiss(T passer la fumée du feu qu'ils font au milieu de la cabane. Lorsqu'ils l'ont parachevé, ils font des auges de deux pieds de long, sur dix pouces de large, et en font autant qu'ils veulent entailler d'arbres; c'est ordinairement deux ou trois cents.

Leurs auges creusés, si le temps le permet, c'est-à-dire qu'il, soit assez chaud, ils entaillent leurs érables de la manière isuivante : Ils font avt^c leur hache une entaille oblique de quatre pouces sur deux, et mettent au bord de la coupe, un petit morceau de bois de huit pouces de long, sur un de large, qui est fait en façon de dalle (qu'ils appellent goudrilles) dans laquelle l'eau qui sort de l'arbre s'écoule et va tomber dans l'auge qui est au pied et qui peut contenir trois pots.

Sur les cinq heures après-midi, ils charoyent l'eau dans des seaux, à leur cabane, et oe en raquette. Ils mettent cette eau dans des cuves ou bariques.

Lorsque l'eau qui a coulé dans la journée est ramassée, ils mettent leur chaudron plein, sur le feu, et l'y font bouillir à gros bouillon jusqu'à ce que l'eau y soit réduite en sirop. Dès qu'il est bien épais, c'est alors qu'il faut beaucoup d'attention pour éviter qu'il ne se gonfle et ne se renverse dans le feu. Oe qu'ils évitent en brassant continuellement ce sirop avec une spatule ou palette de bois franc, jusquà ce qu'il soit en suci;e, ce qu'ils connaissent par le moyen de cette même spatule, qui est percée au milieu de sorte qu'en, soufflant sur l'endroit où est le trou, s'il en sort une petite rotonde ou boule, qui en tombant, sèche aussitôt, ils sont certains que leur sucre est cuit. Ils le tirent alors sans perdre de temps, et portent le chaudron sur la neige, continuant de brasser avec la palette jusqu'à ce qu'il ne bouille plus, pendant ce temps un petit garçon prépare

des moules fait d'écorce de bouleau de différentes grandeurs, qu'il pose dans la neige : et dès que le sucre ne bouille plus, il le transTidc dan.s ct^ moules avec une gamèls ou cueiller. Ils le laissent là environ une demi-heure après quoi ils le retirent et le mettent sécher à sa fin sur des planches aérées.

Le degré de chaleur pour que les érables coulent est depuis deux degrés et au dessus, et jamais au-dessous.

Le vent le plus favorable est le sud-ouest et qu'il ait gelé la nuit précédente.

Chaque érable coule par jour deux pots d'eau, et il en faut dix pour faire une livre de sucre, qui se vend dans ce pays douze sols.

Ce sucre est très estimé quoiqu'il soit aussi brun que la cassonade qui nous vient des îles étrangères. Il est très bon pour le rhume; il s'en fait une grande consommation ici. L'on peut faire du sucre tant qu'il y a de la neige au pied des arbres, ce qui dure environ un mois.

Manière de faire le charbon en ce pays.

Le meilleur charbon se fait ici de bois neuf, c'est-à-'dire abbatu depuis moins d'un an; et du bois le plus dur comme érable, frêne, bouleau, on ne peut le faire que dans les forêts. On choisit pour cela une fosse dans quelque clairière; on y assemble les morceaux de bois dont on veut faire le charbon. Ils doivent être longs de quatre pieds, et gros depuis un pouce et demi jusqu'à dix ou sept. On les arrange quarrément les uns sur les autres; on en fait quatre murs en sorte qu'il y ait un vide dans le milieu d'un pied et demi de large :on remplit ce carré de morceaux de bois qu'on posa debout contre la meule, et on en met autant qu'on veut les uns sur les autres jusqu'à ce que le carré soit comblé, et se termine en pyramide. On met un bon lit de paille sur le bois, et pardessus la paille un se-' cond lit de terre ou gazon, de sorte qu'il n'y ait point d'air. On laisse cependant une ouverture pour mettre le feu, que l'on allume au bout d'une longue perche. On y veille avec soin

pendant trois semaines, car il faut cet espace pour que le charbon se fasse. Il faut éviter de faire un trop grand feu parce que le bois se consumerait et se réduirait bien vite en cendre. Il est censé fait et suf f isanieut lorsqu'il ne s'élève plus de fumée ; alors on bouche exactement avec de la terre tous les trous du fourneau afin que le charbon s'éteigne, ce qui arrive au bout de vingt-quatre heures.

Il faut neuf cordes de bois de quatre pied (ce qui fait 18 cordes ordinaires) pour faire quarante pipss de charbon, qui se vend cinq schelings courants la pipe. Il s'en fait une grande quantité aux environs de la ville de Québec.

Aujourd'hui 17 avril 1788 a paru une ordonnance passée par Lord Dorchester et son conseil (qui est composé de vingt-un membres dont six canadiens, et le reste des anglais) qui étend davantage. le commerce intérieur de cette province.

Il est statué par la susdite ordonnance que tous effets, denrées et marchandises (castors, pelleteries et fourrures exceptées) du crû des manufactures ou produit de cette province, ou d'aucun domaine d^ la Grande-Bretagne, et tous et tels effets qui peuvent être légalement importés dans cette province par mer, pourront être exportés d'ici par terre, où par navigation intérieure, dans aucun des états voisins, affranchis de tous droits, impôts ou contrainte; et qu'il y aura également une même liberté d'importer des dits états dans cette province, les effets ci-dessous mentionnés, pourvu qu'ils soient amenés par la route cle la Communication du Lac St^Jean et de la rivière Sorel ou Richelieu et non autrement. Savoir: mâts, vergues, beauprés, barres', planches, bordages, côtes pour navires, courbes ou aucun espèce de bois propre à la construction, feuillards, douves, bardeaux, planches préparées pour futailles, arbres, bois de construction et de meubles, poix, térébentine, suif, chanvre, lin, et toutes sortes d'effets pour la marine; graines, blé, seigle, blé-d'inde, fèves, pois, patates, riz, avoine, orge, et toute autre grains; beurre, fromage, miel, ehevaux, bêtes-à-cornes, moutons, cochons, volailles et autres provisions

H denrées vivantes et poisson frais, et généralement tout ce qui est du cru des dits états, et de l'or et de l'argent en espèce ou en lingot ; à Pexcepti on du rhum, liqueurs f ortas, monnaie de cuivre, et que tels articles non p3rmis, seront saisis et eonfisqués, ainsi que chaeun de ceux ci-dessus mentionnés, s'ils n'ont point été importés par la route ou communication ci-dessus.

Libre permission à qui voudra s'établir dans cette province.

* Le cérémonial du mai dans les campagnes.

Le dernier jour d'avril de chaque année, quatre pères de famille vont demander au capitaine de milice de la paroisse où ils résident la permission de planter un mai (c'est un sapin de soixante pieds de haut orné d'une girouette) à sa porte; ce qu'il leur permet toujours car c'est une marque d'honneur pour lui. En conséquence de cette permission, le lendemain, de grand matin, on voit arriver à sa maison les quatre mêmes pères de famille suivis d'une douzaine de jeunes gens armés de fusils, qui escortent le mai tiré par deux chevaux attelés à deux paires de petites roues éloignées de vingt pieds l'une de l'autre sur lesquelles est couché le mai. Dès qu'ils sont rendus à la place désignée par le capitaine, ils y creusent un trou de quatre pieds perpendiculaires, et l'élèvent de la manière suivante: un homme fort se- met au pied et pose une planche dans le trou, sur laquelle vient s'accoter le pied du mai. Pendant que les uns le soulèvent avec des pièces de bois de douze pieds de long, les autres le soutiennent avec des gaffes, et ils s'approchent du pied à mesure que le mai s'élève. Dès qu'il est debout et qu'ils sont sûrs qu'il est bien droit, im jeune homme vif et vigoureux se saisit avec hâte d'une houe et remplie le trou de terre aux côtés du mai. Ils enfoncent ensuite à grands coups de masse des piquets tout autour, les autres continuant toujours à le soutenir avec leurs gaffes, jusqu'à ce qu'un nombre suffisant de piquets porur le soutenir soient posés. Ils placent alors six guettes en cercle sur le mai. Ces guettes ont cinq pieds de long. Le mai ainsi fixé, les Jeunes gens font une dé'

charge de fusil pour saluer le capitaine, à quoi il répond en en tirant aussi un coup. Le chef de la brigade tire aussitôt une bouteille d'eau-de-vie qu'il a caché sous son capot, et en présente un coup au capitaine, et ensuite à tous les assistants, et ce à l'entour du mai.

■Cette cérémonie faite, le. capitaine les prie d'entrer chez lui, où ils trouvent une table dressée, avec une quantité de crêpeis, arrosé de mélasse ou sucre d'érable, et quelques viandes, mais principalement quantité d'eau-de-vie. A chaque coup qu'ils boivent, trois jeunes gens se lèvent de table, et vont tir^ une décharge de fusil sur le mai afin de le marquer, car c'est en quoi consiste le plus grand honneur que de noircir entièrement le mai à coups de fusil. Le resta de la journée est employé à danser.

Et c'est la cérémonie du mai qui se fait non seulement pour les capitaines de milice, mais encore pour tous les autres officiers.

itm^sgmmmmmmiÊmmimmm

co

to

ai

eu ra O

CO

ai iH O O •

•H CQ

ai S <u 0 to s co •H O

pq ^

o co

M CQ

University of Toronto Library

Page 1