CHAPITRE XXI
Il ne pouvait arriver riea. de plus fâcheux aux Dantxicois que d'avoir . chea eux des douaniers français. .Depuis long -temps il était question de les j établir; je les repoussais de tputes mes forces. Leur présence devait donner le coup de grâce au peu de comjxierce que je tolérais encore malgré les cris dé Napoléon, ,
Elle ne devait pas être moins k charge a tout le littoral de la Baltique, que je ne surveillais pas, je lavoue franchement, avec la sévérité qui m'était prescrite : aussi les dénonciations pleuvaient-ellès contre moi; mais je savais d'où elles partaient, je ne m'en inquiétais pas. . Cependant Napoléon était outré ae mon indulgence ; il m'en fit des reproches . , ,Laisser „faire du commerce aux Prussiens et aux „Dantzicois, me mandat-il, c'est me trahir. "..... écrivait dans le même sens et envoyait des espions partout. Napoléon était fatigué de rapports et de dénonciations. Il chargea Bertrand de me faire connaître combien il était .mécontent. „L'empereur, raîon cher Ba]>p»
„m'écrivit ce général , sait que tu laisses faire ,,la contrebande en Prusse et a Dantaic ; je te „préviehs qu'il est fâché contre toi , etc.** On cria, je laissai crier, et continuai d'user du pouvoir avec modération. La douane fut intsalléè. On sait combien elle était sévère,
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dàtis les pays conquis surtout* La (HrMtîon^de Dantzic singeait rindépendance. Elle prétendait ne recevoir d'ordre que du ministre Sucjr; elle citait en preuve celle de Hambourg^ Je tranchai la question; J'envoyai le directeur à Weichselinùnde : six jours de prison firent justice de ses prétentions. Un tel acte de siévérité était alors saris exemple ; il fut regai^dé .comme un crime 4e lèse-majesté. Le minisite s'en plaignit ; mais; k sa grande surjîrise, Napoléoïx lui répliqua que si j'avais puni , . c'est que j'avais des motii^Si „D'ailleurs Daritxic est en état de siège , et dans ce cas \xn gouverneur est tout-puissant.** Les douaniers comprirent qu'ils avaient trop présumé de leur crédit; ils furent plus circonspects , et s'en cbnduisireôt d'autant mieux avec les Dantsicois. Le commerce fut rassuré. Il le fut encore plus quand il me vît relâcher diverses prises faites par nos corsaires. On dénonça encore, ipais toujours avec aussi peu de succès. / , /
Je. reçus l'ordre de livrer aux flammés les marchandises finglaises:' cette mesure était désastreuse; je réludai* et, malgré la présence des douaniers, Dantzic n'en perdit pas pour plus de trois cents francs, et Kœnigsberg encore moins. Je ne parle pas de ce qui provenait des prises.
Le système continental et les mesures dé
rigueur qu'employait' Najioléon dans le nord
. de l'Allemagne indisj^odait de plus en plus. La
mulfttion était exaspérée. On me demandait
equemment des rap}>orts sur sa situation
morale : je. la dépeignis telle qu'elle était en
du général Rapp* 127
eifet, accahlée» ruinée, poussée H l>oiit. Je ' signalai ces sociétés secrètes où la nation s'initiait tout' entière > où la haine préj>arait .la vengeance, où le désc^spoir rassemblait, combla liait ses moyens. Mais Mapoléon trouvait ces associations ridicules^ ILcontuai^sait. peu les Allemands. Il ne leur supposait ni force ni énergie ; il les comparait avec leurs pamphlets y,a ces j>etit8 chiens qui aboient et i^'osent pas 9,niordre.^^ 11 éprouva plus tard de quoi ila étaient caj>ables. . * .
On me demandait aussi souvent des rapports sus^ ce qui se passait eii Russie , sur l'armée qui s'assemblait a Wilna. Oiî désirait connaître mon opinion sur ce que ferait la nation, sur ce que lerait l'Allemagne , dans le cas où une expédition au delà du Niémen serait malheureuse ou viendrait à échouer, tout-à-fait. Je répondis mot pour mot (on croira avec peine a une prédiction qui s'est malheureusement si bien vérifiée):
„Si votre majesté éprouvait des revers, elle ^,peut ,étre assurée que Russes et Allemande, ,,tous se lèveraient eh masse pour secouer le joug : , ce serait une croisade , tous vos alliés vous abandonneraient. Leroi de Bavière, sur y,lequel vous cora]>tez tant , se joindrait luit,ihémé a la coalition. Je n excej>te q^ue le roi „de Saxe ; peus-être il vous resterait fidèle» ,,mais ses sujets le forceraient de faire cause ',,commune avec vos ennemis."
Napoléon, comme > on peut le 'croire, i^ fut pas content de ce rapport: il lenvova aU maréchal Davoust afin qu'il en prit lecture^ «l
le chargea de m'écrîre qu'il était bien étontké qu'un de ses aides-de-cam^) se fût permis de lui adresser une lettre de cette espèce : que mes rapports ressemblaient aux pamphlets d outre^ Rhin, mie je paraissais lire avec plaisir; qu'au reste , les Allemands ne seraient jamais des Espagnols. Le maréchal fit sa commission ; ]Na^ poléon resta long-temps indisposé. L'expérience a jprouvé si je voyais juste; je me suis permisr d en faire la remarque k ce prince^ comme je le dirai plus tard. .
Lorsqu'il obligea le roi de Prusse a faire con-^ duire a Magdebourg les marchandises prohibées qui avaient été confisquées a Kônigsberg, \ff lui adressai les observations les j)lus vives ; je lui représentai combien cette mesure était pro^ prea soulever, a exaspérer la nation « M. de Clérambaut , qui était consul général , écrivit dans le même sens; nous né pûmes rien ob^tenir.
La guerre avec la Russie était a la veille d'éclater ; Napoléon songeait au rôle qu'il devait donner a la Prusse. S'allier au roi Guillaunie , il conservait ses doutes et ses préventions. Le détrôner, la mesure était violente: c'était pourtant ce que lui conseillaient plusieurs personnes que je ne nommerai pas ; elles voulaient qu'il envahît les états de ce prince et s'en emparât. Peut-être Guillaume n'a-t-il jamais été bien au fait . du danger qu'il avait couru; j'en connaissais toute l'étendue , et j'en ressentais des peines bien vives ; je plaignais le souverain , je plaignais la nation : je détournai ce projet de toutes mes forces.
Des
du général Rapp*
Deâ instructions avaient été déjk expédiées a.... Ce général s'attendait a marcher incessam^ ment. Quelle fut sa surprise, lorsqu'au lieu de l'ordre d'envahir la Prusse il reçut la nouvelle du traité d'alliance! elle me parvint de suite; j'en éprouvai une vive satisfaction.
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