‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 28 sur 60 · CHAPITRE XXyiI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXyiI

L'affaire de Smolensk «ut lieu. Qn se battit, on se cancHina avec violence. Les Russes , pris d'écharp et d'enfilade, furent défaits. Ils ne purent défendre ces murs tant de fois témoins de leurs vîctoives et les évacuèrent; mais les

Sonts 9 les édifices publics , étaient la proie des ammes. Les églises surtout exhalaient des torrents de feu et de fumée. Les dômes y les flèches et cette n^ultitude de tourelles qui dominaient l'incendie , ajoutaient encore au tableau et produisaient ces émotions mal définies qu'on ne trouve que sur le champ de bataille. Nous entrâmes xlans la place. £lle était a moitié consumée, d'un aspect sauvage , encombrée de cadavres et de blessés qu'atteignent déjà les flanunes. Le spectacle était affreux. Quel cortège que celui de la gloire !

Nous avions besoin de détourner nos regards de ces scènes de carnage. Les Russes fuyaient/ la cavalerie s'élança sur leurs traces ; elle attei-

Snit bientôt Tarrière-garde. Korff voulut tenir, : fut accablé. Barclaj accourut avec ses massesi , nous reçûmes des renforts ; l'action devint terrible. Ney attaquait en tête, Junotparle flanc ; l'armée ennemie était coupée , si le duc se fût porté en avant. Fatigue de ne *|>as le -voir paraître , Murât courut k lui : „Que fais- ,,tu? que n'avances - tu ? — Mes Westphalieos „chancellent. — Je vais leur donner l'élan." Le roi de Naples se jette à la tête de quelqu^es

du général Rapp. 155

escadrons, charge, culbute tout ce qui s'oppose , à son passage. ^Yoilk ton bâton de marl^chal k ,,moitié gagné; achève, les Russes sont perdus/.* Jimot n'acheva pas; soit lassitude, soit défiance, le brave des braves sommeilla au bruit du canon; et l'ennemi, quiaccour ait pour maintenir ses derrières, se reporta sur la ligne. La mêlée devint affreuse ; le brave Gudin perdit la vie, et larmée russe nous échappa. jSapoléon visita les lieux où l'on avait combattu. „Ce n'estait pas au pont, c'est Ik, c'est au village oii „devait déboucher le huitième corps qu'était „la bataille. Que faisait Junot?^' Le roi de Na-

f^les chercha k attéhuçr sa fautes Les troupes, ' es obstacles , tous les lieux communs d'usage furent employés. Berthier , qui avait toujours aimé le duc, s'intéressa pour lui; Caulincourt en fit autant. Chacun plaida de son mieux en faveur d'un brave a qui on ne pouvait reprocher qu'un instant d oubli. Mais nous avions Ïerdu de trop grands avantages. Napoléon me t appeler : „ Junot vient de manquer pour tou- , Jours son bâton de maréchal. Je vous donne „ie commandement du corps westphalien : vous „])arlea leur langue , vous leur donnerez l'ex- ,,emple, vous les ferez battre.^' Je fus flatté de cette marque de confiance et le lui témoignai; mais Junot était couvert de blessures, il s'était signalé en Syrie, en Egypte, par* tout ; je priai l'empereur d'oublier un moment d'absence en faveur de vingt ans de courage et de ^dévouement. „I1 est cause que l'armée ,,rusàe n'a pas mis bas les armes : cette affaire „m'empêchera peut-étred'aller a Moscou. Met- „tes*vous.k la' tête des Westphaliens.^ Le ton

• dont il jprononça ces de):nières paroles était déjkbién radouci. Les services de lancien aidede*cainp atténuaient l'inaction du huitième ,,corps. Je repris: „ Votre majesté vient de me , ^parler ^de Moscou; L'armée ne s attend pas a „cette expédition* — Le vin est versé, ufaut „le boire. Je viens de recevoir de bonnes nou- „velles : Schwaraenberg est en Wolhinie ; la y^Pologne s organiste , j'aurai toute espèce de se-

„cour8.**

Je quittai Napoléon pour faire part au prince de Neuchàtel et au duc de Vicence de la disgrâce dont Junot était menacé. „Je souffire, me ,,dit le prince , de lui voir ôter ses troupes ; y^mais je ne ])uis disconvenir qu'il n'ait fait ,, manquer la plus belle opération de la cam- „pagne. Voilà à quoi tiennent les* succès de la ^guerre, a un oubli, une absence d'un instant: ,,vous ne saisisses pas l'occasionna la volée; elle ,ydisparait et ne revient plus. Personne n'a plus ,,de courage, de capacité. Il joint aux qualités „dù militaire les connaissances les plus éten- ,,dues; il est intrépide, spirituel, aimable et „bon. Il s'est ouMié pendant une heure; il „s'est préparé bien des ennemis. Au reste, je ,',verrai avec Caulincourt.- * Ils agirent si bien l'un et l'autre que Junot conserva son commandement; j en fus fort aisé, d'abord parce que cela lui évitait un affront, et qu'ensuite je ne me ^uciais guère de ses soldats. Malheureusement la fatigue avait succédé a l'impétuosité du jeune âge. Il ne montra pas a la bataille de ' Moskowa cet élan , cette énergie dont il avait tant de fois donné l'exemple; et raflfaire de

( du général Rapp. 157

Tereia mit le comble aii mécontentement de Napoléon.

Nous apprîmes, quelques jours après, l'irruption de Tormasow. Nous étions inquiets , nous * discourions de ces longues pointes, des dangers auxquels on s'exjîose en s'éloignant outre, mesure dé sa ligne d'opérations. Sans doute Napoléon i;ious entendit. Il vint a nous , parla beaui^oup de la manière dont il avait assuré ses derrières , des corps qui formaient nos ailes, et de cette chaîne de postes, qui se liaient depuis le Niémen jusquaux lieux où nous nous trouvions. „Tormasow, nous dit-il, amis ,,tous les enfants de Varsovie en l'air. Ils le ^voyaient déjà fonctionnant a Prague ; mais le „voila renvoyé plus vite qu'il n'était venu." Il rentra dans son cabinet , et se mit k dicter avec indifférence, mais assex haut pour que nous n'en perdissions pas un mot, des instructions pour le duc de Bellune.

Napoléon au major-général.

Dorogobuj, le 26 août 1812.

„Man cousin, écrivez au duc de Bellune de „se rendre de sa pers<mne a Wilna, afin d'y „voir . le duc de Bassano et d'y prendre con- ,,naissance des affaires et de l'état des choses ; ,,que je serai aprèsdemain à Wjaeama, c*est-a- ^,dire a cinq marches de Moscou; qu'il est ^possible que, dans cet état de choses^ des ^,communications viennent a être interceptées; „qu'il faut donc que quelqu'un prenne alors „le coii[imandement et agisse selon les circon- ^stances ; que j'ai ordonné qu'on dirigeât sur „Min9k le cçnt- vingt-neuvième régiment, lé

158 JMknwirea

,,régime0t iUjrrien, le régiment westpkalien, ,,qui était à Kœnigsbetg , et les 4eux régiments „8axons4 que j'ai en outre placé entre Minsk ,,et Mohilew la division Dombrowski, forte y,de douse bataillons et d'une brigade de cava- >,leÀe légère ; qu'il est important que son corps s'approcuie de W ilna \ et qu il se dirige selon les circonstances , afin d'être a même de sou- tenir Sm^^ensky Witepsk, Mohilew et Minsk; „que la division Dombrowski doit être suffisante ,.pour maintenir les communications de Minsk ^9par Orsxa jusqu'à Smolensk y puisqu'elle n'a k «^contenir que la division russe du générs^ ^Hextel qui est a Mosyr, forte de six a huit y^nille hommes , la plupart recrues et contre ^laquelle, d'ailleurs, le général Schwartxen* nberg peut opérer ; que les nouveaujii; renforts 9,que j envoie à Minsk pourront aussi subvenir ^^a tous les inccoivénients ; et dans tous les cas, ,yle mouvement du duc de Bellune sur Minsk ^et Orsza, et de la s\ir Smolensk , me paraît ,,propre a maintenir tous les derrières ; que ,,]'ai quatre mille hpmmes de garnison a Witepsk „et autant à Smolensk; que le duc de Bellune, ,, prenant ainsi p'osition entre le Dnieper et la ,,Dwina, sera en communication facile avec „moi| pourra promptement recevoirmes ordres ,,et se . trouvera en n^esure de protéger les ^communications de Minsk et de Witepsk, „ainsi que celles de Smolensk sur Moscou; .„que je simpose que le général Gouvion Saint* yyùyt a sumsaniment des deuxième et sixième ,^corp9 pour tenir en échec Witgensjbeift, et n'en i,avoir rien a craindre ; que le duc de Tftirente ',,'peut se porter sur Riga pour investir la place ;

du général Rapp^^

„enfin, que j'ordonne aux quatre démi-brîgades' „de marche, formant neuf mille hommes , qui ^faisaient partie de la division Lagrange, de se , , diriger sur Kowno: qu'ainsi ce ne serait que „dans le cas où le général Gouvion Saint -Lyr ,, serait battu par le général Witgenstein et ^fohligé de repasser la Dwioâ que le duc de , yBellune devrait marcher k son secoura d'abord ; ^.ij^pe, ce cas excepté, il doit suivre, sa direc- ,itïon ^ur SmolemL . .

,^Surcé, etc.

Page 1