‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 30 sur 60 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Les Italiens et les Polonais tenaient les ailes. Napoléon opérait sur la gauche des masses ennemies. Du reste , nous n'avions aucun renseignement précis; femmes, enfants, vieillards , bestiaux , tout avait disparu ; il ne restait personne qui pût nous donner la moindre indication. Mey marcha a l'ennemi et l'enfonça avec cette vigueur, cette impétuosité dont il a donné tant d'exemples. Nous emportâmes les trois redoutes qui l'appuyaient. Il accourut avec dès trou,pes fraîcnes : le désordre se mit dans nos rangs, nous évacuâmes deux de ces ouvrages ; le dernier même était compromis.

Les Russes couronnaient déjà la crête des fossés.» Le roi de Naples voit le danger, vole, met pied k terre ^ entre, monte sur le parapet; il appelle , anime les soldats. La redoute se garnit, le feu devient terrible, les assaillants n'osent tenter l'assaut. Quelques escadrons paraissent; Murât monte k cheval, charge, culbute les colonnes dispersées dans la plaine. Nous reprenons les retranchements , nous nous y établissons pour ne les plus quitter. Ce trait d'audace décida la journée.

Le général Gompans venait d'être blessé; fallai prendre le commandement de sa division. Elle faisait partie du corps d'armée du marechai Davoust.* Elle levait enlevé une des positions retranchées de l'ennemi ; elle avait déjà beaucoup souffert., Je me concertai en arrivant

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avec le maréchal Nej , dont jdAenais la droite. Nos troupes étaient pêle-mêle; nous les ralliamies, nous nous j^récij^itâmes sur les Russes, nous leur fîmes expier leur suc(^ès. La canonnade, la fusillade, n arrêtaient j^as. Infanterie, cavalerie, se chargeaient avec fureur d'une extrémité de la ligne a l'autre. Je n avais pas encore vu de semblable carnage.

Nous avions trop appuyé sur la droite; le roi de Naj^les restait seul exposé aux ravages des batteries de Scminskoé. Il n'avait que des troupes a cheval; un ravin profond le séparait du village , il n'était pas facile de l'emporter : il le fallait cependant sous peine d'être écrasé par la mitraille. Le général Belliard , qui n'aperçoit qu'un rideau de cavalerie légère,^ conçoit le dessein de la refouler au loin et de se porter ]>ar un a gauche sur la redoute. „Couçs „a Latour-Maubourg, lui répond Murât, dis-lui „de prendre une brigade de cuirassiers fran- ,,çais et saxons, de passer le ravin, de tout „sabrer, d'arriver au galop sur le revers de la „redoute et d'enclouer les pièces. S'il ne réussit „pas , qu'il revienne dans la même direction. „Tu disposeras une batterie de quarante pièces „et une partie de la réserve pour protéger la „retraite." Latour-Maubourg se mit en mouvement, culbuta, dispersales Russes et s'empara des ouvrages. Priant vint les occuper. Toute la réserve passa et s'établit a la gauche du village. Restait un dernier retranchement qui nous prenait en flanc et nous accablait. Elle venait d'en enlever un, elle pensa qu'elle pouvait en emporter un autre. Caulincourt s'avança, sema au loin le désordre et la mort. Il se rabattit tout a

coup sur la Aloute et s'en rendit maître.

Un soldat caché dans une embrasure Fétendit roide mort. Il s'endormit du soinmeil des braves; il ne fut pas témoin de nos désastres.

Tout fuyait , le feu avait cessé , le carnage faisait halte. Le général Belliard alla reconnais tre un bois place a quelque distance. Il aperçut la route qui convergeait sur nous ; elle était couverte de troupes et de convois qui s'éloi-

Î;naient. Si on l'interceptait^ toute la droite de 'armée ennemie était prise dans le segment où elle se trouvait. U vint en prévenir Murât. ,, Cours en rendre compte a 1 empereur , lui „dit ce prince." Il y lut, mais INaj^oléon ne crut pas le moment venu. „Je n j vois pas. en- ,fCore asses clair sur mon échiquier. J'attends »,de3 nouvelles de Poniatowski. Retournex, y^xamines et revenez. ^* Le général retourna enelFet, mais il n'était plus temps. La garde russe s'avançait; infanterie, cavalerie, tout arrivait pour renouveler l'attaque. Le général n'eut que le temps de rassembler quelques pie»ces. De la mitraille, de la mitraille, et toujours de la mitraille , dit-il aux artilleurs. Le feu s'ouvrit , Teffet en ftit terrible ; en un instant la terre se couvrit de morts ; la colonne écrasée se dissipa comme une ombre. £lle n'avait pas tiré un coup de ftisil. Son artillerie ai'riva quelques instants après; nous nous en emparâmes.

La bataille était gagnée, mais le feu était toujours terrible. Les balles, les obus, pleuvaient a mes côtés. Dans l'intervalle d'une heurfe je fus touché quatre fois, d'abord de deux coups de feu assez légèrement, ensuite

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d*un boulet au bras gauche , qui m'enleva le drap de la manche de mon habit et la chemise jusqu a la chair. J'étais alors a la tête du soixanteunième régiment^ que j'avais connu dans la haute Egypte. Il comptait encore quelques officiers de cette époque : il était asse^ singulier de se retrouver ici: Je reçus bientôt une ([uatriènie blessure ; un biscaïen me frappa a la hanche gauche et me jeta a bas de mon cheval: c'était la vingt deuxième. Je fus obligé decfuitter le champ de bataille : j'en fis prévenir le maréchal Ney, dont les troupes étaient mêlées avec les miennes.

Le général Dessaix, le seul général de cette division qui ne fût pas blessé , me remplaça ; un moment après il eut le bras cassé: Priant fut atteint plus tard.

Je fus })ansé par le chirurgien de Napoléon, qui vint lui-même me faire visite. „C'est donc ,, toujours ton tour? Comment vont les afFai- ,,res? — Sire, je crois que vous serea obligé ,,de faire donner votre garde. — Je m'en gar- ,,derai bien; je ne veux pas la faire démolir. „Je suis sûr de gagner la bataille sans qu'elle ,,y prenne part." Elle ne donna pas en effet, a l'exception d'une trentaine de pièces qui firent des merveilles,

La journée finit; cinquante mille hommes lisaient sur le champ de b£^ taille. . Une foule [e généraux étai^.it tués ou blessés : nous en avions une quarantaine Jiors de combat.

Nous avions iP^it des prisonniers* , enlevé quelques pièces de canon; ce résultat ne compensait pas les pertes qu'il nous coûtait.

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