CHAPITRE XXXV
.' PeHiiaut que tout .ceci se passait yiiou^ avi<m3 quitté Krasnoï. îiîapoleon marchait k
Siedikia tête de aa garde, et parlait 90.uvent e^0sy ; il rappelait ce coup d-ceil si juste et «i «ûr^ ce courage a toute épreuve, eniia tout et •qui le rendait si brillant ^aur le champ de h»taille. ,,I1 est perdu.' Eh bien ! j'ai 300 uiilliom '„aux Tuileries, je les donnerais pour qu'il me ,,fût rendu. '^ Il établit son quartier-genéral»K Dombrowna« JNoius logeâmes ohea une datae russe qui avait eu le courage de ne pas abandonner sa maison. Jetais de service ce jour- là; l'empereur me fit ap]>eler vers une heure du matin; il était très abattu : il était difficile qu il .ne le fût pas , tant le tableau était aifoeoix^. Jl me dit: ^M^^ affaires vont bien mal ,^ ew «paiV vires soldats me déchirentle cœuil; ^ je ile [Hii^ cependant y porter^ remède.*- On cria aux armes , des coups de feu se firent enteMlre^ totut était en rumeur. , „Alléa voir ce que .ce»t^;mé* ,,dit Napoléon avec le plus grand sanjpf^froid ; je 9,sutS9ur que cejoht quelques mauvais^Gosaii^es „qui veulentnous einpéober dedorintr.^'. C'était enectivemtînt une fausse filerte. Il te'était jm» OHiteat de certains personi^ges que. je !ui'abstiens de nommer. ,,{>uelS'rois de Uiéàfti:e ! stans ,,énergie., sans courage^ sans forcée miarale ! Ai- „je pu me mé|>rendre a ce point? A quels boutâmes je me suis confié ! ^Pauvre Ney ^.avec qw 9,t'avai8rje appareillé!** *i
aW) Mémoires
Nous partîmes pour Orsaa, nous logeâmes çhes des jésuites. ^Iapoleon désespérait de re« voir 1 arrière-garde, jNous . n'apercevions plus d'infanterie russe; il était probable quelle avait pris position: elle ne devait rien laisser échapper. Le lendemaiIl^0uspous8âm^e9aâeux^ lieues plus loin; nouis fîmes halte dans un mauvais hameau. C'est IV que Temp^eur apprit vers le soir l'arrivée de Ney, et sa jonction avec le quatrième cor]}s. On peut facilement se faire une idée de la joie qu'il éprouva, et de l'accueil qu'il fit le lendemain au maréchal. Nous arrivâmes k Borisow: Oudinot avait battu Lambert; les fuyards s'étaient ralliés a Tchitschacof , et couvraient la rive droite de laBérésina. Napoléon devait être inquiet: nous n'avions ni équipages 4^ pont ni subsistances. La grande armée avançait, witgenstein approchait , et les^ troupes de Moldavie nous fermaient le passage ; nous étions cernés sur tous les points: la position éta\t affreuse^ > et n'avait peut-être pas çfexemple« U T|e fallait rien, moins que la tête et le
Srand caractère de l'empereur pour nous tirer 'un ai anauvais pas: aucun Frsinçais, pas même Napoléon , n'eût dû échapper.
Ce prince s'arrêta < un instant a Borisow^ donna des ordres pour la fausse attaque qui nous sauva, et s'achemina, vers le quartier -général d'Oudinot, qui était a quelques lieues 5 lus loin. Nous couchâmes un f>eu en* deçà, ans une campagne qui appartenait k un prince Radssiwill; nous ])asa.âmes la nuit, le. général Mouton et moi, sur une poignée de paille; nous pansions k la journée du lendemain , nos réflexions n'étaient pas gaies. ^Nous nions rmni-
du général Happ. 201
med en route k quatre heures ; ûoxi» étîoâa dans une des calèches de reni|>ereur« Nous aperce- V ions, les feux des Russes, ils couvraient fa rive opposée > les hois,, les marais en étaient remplis i il, y en avait a perte de vue, La rivière était profonde , vaseuse » toute couverte de glaçons ; c était la qu'il fallait la franchir , c^était Ik qu'il fallait passer ou se rendre : nous augurions itial du succèd. Le général s'expliquait avec franchise ; il l'avait souvent fait devant Napoléon, qui le traitait de frondeur , et qui néanmoins Fainfait beaucoup.
Nous arrivâmes au quartier-général d'Oudinot; le jour commençait à poindre; l'empereur s'entretint un moment avec cemaréchal, mangea tm morceau et donna des ordres. Nej me prit en particulier, nous sortîmes; il me dit en allemand: ,, Notre position estinouïei $iNapoyyléon se tire d'afFaire aujourd'hui ^ il faut qu'il 9,ait le diable au cori)s/' Nous étions fort inquiets, et il j avait de quoi. Le roi de Naples vint a nous, et n était pas moins soucieux. 9,J'ai ^proposé k Napoléon , nous, dit- jl , de sauver «a ,^personne, de passer la rivièrek quelques lieues y, d'ici; j'ai des Polonais qui me répondraient ,yde lui, et le conduiraient k Wilna : mais il ,,repousse cette idée, et ne veut pas enienten-" „dre parler. Quand k moi, je ne pense pas ,vque nous puissions échapper. '^ Nous étions tous les trois du. même avis; Murât. reprit:
„Nous y passerons tous; il n'est pas quiestioh „de se rendre.^*
Tout en causant , nous aperçâmes Tennemi qui filait; ses .masses avaient disparu , les feux étaient éteints ; oq ne voyait plus que la queue
ded cdonnes qui se perdait dans lés bdis , et cinq k six cents^ Cosaques épars dans la pîlaine. ïlous examinâmes avec la lorgnette , liôusnous convainquîmes que le camp était levé. J'entrai chez Napoléon , qui s entretenait arec le maréchal Oudinot. „Sire, Tennemi a quitté „saposition.* — Cela nesi pas possible." Le roi de rfaples, le maréchal rîey, arrivèrent, et tîohfirmèrent ce que j'annonçais^ L'empcrtreur sortit de sa baraque , jeta un coup d œil sur l'autre coté de la rivière. ,*J'ai niis dedans l'a- „miral^il ne pouvait prononcer te nom Tchit- ,;schaGof); il me croit isur le point o^i j'ai or- ,, donné la tausse attaque , il court k Borisow/' Ses yeux étincellent de joie et d'impatience; il fit presser rétablissement des" ponts/ mettre une vingtaine de pièees en batterie. Celles-ci étaient commandées par' un brave olP&cier k jambe de bois, nommé Brechtel ; un boulet
a lui emporta j>endaut l'action, et le renversa.
,Cherche-moi , dit-il a un de ses canonnieis, ^,une autre jambe dans^ le fourgon n^ 5/* Il se l'ajusta, et continua son feu.
L'empereur fit passer a la nage une Soixantaine d'hommes, sous la conduite dû colonel Jacqueminot. Ils s'avanturèrent mal a- propos k la suite des Cosaques ; un d entne eux fut pris, questionné, et fit connaître aux Russes sur quel point se trouvait Napoléon. Tchitschar ^côf irekroussti chemin ; maisdi n'était plus temps^: Napoléon ^ sa garde , . Ney , Oudinot , • et tout ce que ces deux maréchaux conservaient de imupes^' avaient passé. L'amiral, confus d'avoir pris le change, oublia les marais de Lemblin. Le pont qui coùif'f^endant cinq quarts de lieue
du général Rapp. ^ i03
sur ce terrain fangeux était notre seule issue) s'il Teût détruit , il tenait encore nos destinées dans ses mains : mais Witgenstein ouvrait le feu sur la rive gauche ; il occu^^ait la droite , seÉJ soldats nageaient dans l'abondance ; une poignée d'hommes , qui succombaient sous le faix de la vie devaient être foulés aux pieds. Il négligea le défilé , Ejugëne courut s'en emparer; nous étions sûrs de nos derrières, nous attendîmes Tchitschacof.
Nous n'étions jjas huit mille, haletant de fatigue et de faim ; il avait toute l'armée dé Moldavie: l'issue du combat ne lui j^araissait pas douteuse. Il s'avance avec l'élan de la victoire; on se mêle, on se confond, la terre est jonchée de morts. Ney dirige , aiiime les char- • ges: partout les Russes. sont enfoncés. Ils se rallient, ils appellent de nouvelles forces: mais Berkeîm arrive ; les cuirassiers se précipitent sur ces colonnes , tout est taillé en pièces.
"Napoléon était entouré de sa garde , qu'il avait mise en bataille k lentrée de la forêt; elle était encore belle et imposante, deux mille prisonniers niéfilaient devant elle ; nous étions enivrés d'un si beau résultat : notre joie fut courte , le Yécit de quelques Russes la calma, Fartouneau avait été pris , toute sa division avait mis bas les armes: un aide-de-camp du , maréchal Victor vint confirmer cette triste nouvelle. Napoléon fut vivement affecté d'un malheur si inattendu. „Faut-il après avoir échappé „comme par miracle,, après avoir cumpléteinent ,, battu les Russes, que cette défection vienne ., tout gâter!"
Le combat était toujours très vif , sur la
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rivé* gauche; quatre a cinq mille hommes opposaient a l'armée ennemie une résistance opi* piàtre. ,, Ailes voir quel est Tétat des affaires; ^gravisses la rive droite , examines ce qui se ,, passe sur la gauche , et vous viendrez m'en ^rendre compte.** J'allai, je vis des charges d'infanterie et ae cavalerie très brillantes; celles que conduisait le général Fournier surtout étaient remarquables i>ar leur ensemble et leur impétuosité. Mais la disproportion . était immense, il fallut céder; les horreurs du pont commencèrent : il est inutile de reproduire^ cette scène de désolation. .
!Nousquittâmesles tristes rivages de la,Bérésina, où nous avions acquis tant de gloire, et essuyé tant de malheurs; nous nous dirigeâmes sur Wilna. On ne s'entretenait , on ne s'occupait alors que de l'arrivée des Autrichiens ; le moindre soldat ne rêvait que de Schwarxenberg. Où est-il? que fait-il? pourquoi ne parait-il pas ? Je ne me permettrai aucune réflexion sur les mouvements de ce prince, alors notre allié.
Depuis long-temps nous n'a\ion|^ pas de nouvelles de France , nous ne gavions pas même ce qui se passait dans le ^rand duché; nous rapprîmes a Malotechno. TNapoléon re9Ut dixneuf estafettes a la fois. Cçst la, je crois, qu'il arrêta le projet de quitter l'armée, mais il ne lexéauta qu'a Smorgoni , a dix-huit lieues. en avant de Wilna., Nous y arrivâmes! L'iempereur me fit demander vers les deux; heures; il ferma soigneusement les portes de la pièce qu'il occu]>ait, et me dit: „Eh bien, Kapp, „je j^rs cette nuit pour Paris; ma.présencey
du générfd Rapp. ' 205
„est nécessaire peur le bien de la Frauce , et ,.niêm« pour celui de cette malheureuse ar- „mée. j en donne le commandement au roi ,,de Naples/* Je n'étais pas préparé a cette confidence ; car j'avoue franchement que je n'étais pas dans le secret du voyage. „Sirei „lui répondis- je , votre départ fera une fâcheuse ^jSensation parmi les troupes, elles ne s'y atten- ,,dent pas. — Mon retour est indispensable; „tI faut que je surveille l'Autriche , et que je „ contienne la Prusse. — J'ignore ce que fe* j,ront les Autrichiens ; leur souverain est votre ^eau-père ; mais pour les Prussiens , vous ne ,,les retiendrez pas, nos désastres sont trop ,, grands; ils en profiteront." Napoléon se promenait les mains derrière le dos; il garda Un instant le silence, et reprit : „Quand ils me ,, sauront k Paris , qu'ils me verront k la tête de „la nation , et de douze cent mille hommes „que j'organiserai , ils y regarderont a deux ,,fois avant de me faire làguerre. Duroc, Cau- „lincourt et Mouton partiront avec moi , Lau- „riston ira a Varsovie , et toi tu retourneras „aDantaic; tu verras Ney a Wilna, tu t'arrê- „teras avec lui pendant au moins quatre jours ; „Murât vous joindra, vous tâcherez de rallier „rarmée le mieux qu'il vous sera possible. Les ,,magasins sont pleins , vous trouverez tout en ,, abondance. Vous arrêterez les Russes; tu fe- ,,ras le coup de sabre avec Ney, s'il est néces- „saire. Il doit avoir actuellement la division ,,Loyson, qui compte au moins dix-huit mille „hommes ae troupes fraîches ; Wrède lui am- „Tnène aussi dix mille Bavarois ; d'autres reii- „forts sont en marché. Vous prendrez des cait-
„toiinements/* !Napoléon partit. Je reçus des ^ordres du major-général , qui me dit dans une lettre ce que l'empereur m'avait déjà dit de vive voix , il me remit en même te^nj^â pne lettre particulière de ce prince , où il me répétait: ,,Fais tout avec Key pour rallier l'armée a „Wilna, restex-y quatre jours au moins ; tu te ^rendras ensuite à Dantzic/'
Je partis le lendemain: le froid était si. vif que, quand j'arrivai a Wilna, j'avais le nea, une oreille et deux doigts gelés. Je descendis chez le général Hogeftdorp et me rendis de suite au logement du maréchal Ney ; je lui fis part des ordres de Napoléon et de la conversation que j'avais eue avec ce prince au moment de son départ. Le maréchal fut bien étonné des forces qu'il lui supposait , il me dit: „J'ai fait tout a l'heure battre la générale, ;„je n'ai pu réunir cinq cents hommes : tout le „monde est eelé, fatigué, découragé ; personne „n'en veut plus. Vous avez l'air souffrant; ^llez „vous reposer, demain nous verrens.** Le lendemain je me rendis chez lui: le roi.de Naples venait d'arriver avec la garde; nous causâmes beaucoup de notre situation* Ney opinait pour la retraite; il bi jugeait indispensable. „Elle est forcée; il n'y a pas moyen de ^,tenir.un jour de plus." Il m'avkit pas achevé, quelle, canon se nt entendre: les. Russes arrivaient en forces ; on se battait a une demi^Uéue de la. Tout a coup, nous vîmes les Bavorais qui rentraient en désordre; ils étaieht jiêle-iïiêle avec nos traînards : la, confusion était au comble ; ainsi que le disait Ney , il était impossible de rien faire avec.' nos troupes. Le roi
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de I^aples vint k nous : il se flattait encore d'opposer quelque résistance ; mais les rapports qu'il reçut des hauteurs de Wilna le détrompèrent. Il ordonna sur-le-champ le mouvement rétrograde , et se porta sur le Niémen* „Je vous conseille, me dit ce prince, de partir ,^8ans délai pour Dantaic, où votre présence ,,va devenir nécessaire. Le plus léger retard „peut vous faire tomber dans les mains des ,,t^osaques: ce serait un accident fâcheux qui „ne serait profitable ni k l'armée ni k lem*' ,,pereur.**
Je suivis ce conseil; je louai deux juifs, qui ma conduisirent jusqu'au Niémen. Mes-équipages, qui avaient heureusement échapjïé aux désastres, étaient déjà partis.
Nous arrivâmes bientôt k cette funeste hauteur oii fut abandonné ce qui nous restait de matériel. Il nous fut impossible de la monter : nos chevaux s'épuisaient en vains efforts, nous les aidions , nous les excitions ; mais le terrain était si glissant, si rapide, que nous fûmes obligés de renoncer k l'entreprise. Je délibérais avec mon aide-de-camp sur le parti qu'il convenait de prendre. Mes Israélites me proposèrent de suivre un chemin de traverse,
3ui avait d'ailleurs l'avantage d être plus court; s me dirent que je devais m'en rapporter k eux, qu'ils répondaient de moi. Je les crus; nous partîmes, et le lendemain au soir nous étions au delk du Niémen. Je*sufFrais horriblement; mes doigts, mon nés, mon oreille, commençaient k me donner de l'inquiétude, lorsqu'un barbier polonais m'indiqua un remède un peu désagréable , mais qui me réus-
sit.- J'arrivai enfin a Dantxic: le roi de Na*
S^es me suivit à quelques jours de distancef-i acdonald « que les Prussiens avaient si indignement trahi , venait après. „Ge n'est que )^par miracle ^ me manda-t-il , que moi ^ mon ,,etat-major et la septième division, nous n avons ,tpas été détruits : nous étions livrés ^ nos jam- «,Des nous ont sauvés.^^ lime remit ses troupes , qui furent incorporées avec celles que l'avais sous mes ordres. Les Kusses parurent presque immédiatement. Le général Bachelet eut avec eux un engagement des plus < vifs.
Us se répandirent au tour de la pUce, et le blocu» conunença^