‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 38 sur 60 · CHAPITRE XXXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIL

Mais les alliés secondèrent mal les éléments qui combattaient pouiiimx. Au lieu .de venir a nous y ils se consiimaient en intrigues misérables : c'était proelamations.sur proclamations ; il y en avait pour la magistrature, pour lès ha* bitants , pour les soldats. Les uns étaient ex* cités k la révolte, les autres k la désertion; les braves Polonais, les Westphaliens, les BavsMrois, étaient tour a tour sollicités , pressés , niena* ces. Cette guerre de plume mlnquiéta peu; je connaissais la loyauté de mes troupes, j'a* vab en elles la plus entière confiance. Je leur en donnai la preuve : dès que les proclamations nous arrivaient, je les faisais lire ^ la tête des régiments. Cette manière franche leur plut, ils m'en surent gré; ils n'en conçurent que plus de mépris pour un enhemi qui se promettait .d'avoir meilleur marché de leur honneur que de leur courage , et souvent ils m'apportaient eux mêmes , sans les avoir lues, ces belles productions du génie russe*

Les assiégeants persistaient k se tenir les bras croisés dans la place ; je les tirais de temps k autre de là létha^ie où ib étaient plonges. Ces messieurs nous menaçaient hautement aup assaut; ils avaient même , sû^ la fin de j janvier , commandé un grand nombre d'échel]|es dans les villages . du Wherder. Je résolus de leur faire sentu: que nous n'en étions pas encore Ik : le 29 , je mis quelques forces, en mou-

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. vement dans là direction de Brantau ; le général Granjean déboucha de Stries avec quatre bataillons, un peloton de cavalerie, et deux pièces de camj^agne : il dispersa dans sa tournée des partis de Baskirs et de Cosaques. Il * préludait 'a une action plus sérieuse.

Je savais que des troupes fraiches étaient arrivées devant la place , qu elles s'étaient répandues dans le PTerbung , et occupaient en forces Bohnsack et Strie ]e les fis reconnaître. Le général I)etrées fut chargé de cette expédition. Il culbuta d'abord tout ce qui se présenta sur son passage ; mais ses tirailleurs s'abandonnèrent trop a la poursuite , et faillirent être victimes de leur témérité : une nuée de Cosaques fondit sur eux , et les eût taillés en pièces si le colonel Farine ne lei eût dégagés. INous fûmes moins heureux sur un autre point; nos avant-postes avaient ordre de se tenir sous lès armes, d observer les mouvements de rennemi, mais de ne pas engager d'action.. Le colonel de Ueerii^g , qui commandait k Stolscenberg , ne

})ut se contenir; il descendit mal a propos dans a plaine , poussa les Cosaques avec une impétuosité irréfléchie : ses troqpes, surprises dans un défilée , ne purent résister au choc de la cavalerie, et furent enfoncées. Cette imprudence nous coûta deux cents cinquante nommes.

L'ennemi s'échaufFa: ce petit. succès lui avait donné de la confiance. Vers les trois heurqs de Taprès-midi, ses colonnes se présentèrent devant Langfuhr , et parvinrent a s'y établir.

Trente hommes postés en avant dét ce ^ illage furent faits prisonniers; ils s'étaient fêtés dans une maison, et avaient opposé une longue ré- ,

distance ; la terre était jonchée de morts, mats, ne se voyant point secourus , ils furent contraints dfe mettre bas les armes , faute de munitions. Je dfonnai aussitôt Tordre de reprendre cette position ; le général Granjean. so mit en marche avec huit bataillons , quatre pièces d'artillerie , et quelques troupes a cheval : l'attaque eut un plein succès , les Russes furent culbutés et mis en fuite. Ils tentèrent de revenir;: a la çhai/ge ; mais, toujours rompus, toujours écrasés par notre cavalerie, ils parurent enfin se décider a larétraite. Nous ne tardâmes pask suivre leur exemple: le champ de bataille était presque évacué , lorsque les Na]>oUtains» laissj3s a Langfuhr, futent tout a coup assaillis par des nuées de Cosaques que soutenait une infanterie nombreuse. Le général Uusson , le commandant Szembeck , accourent en toute hâte avec' un bataillon polonais^ chargent l'ennemi a la baïonnette, et en font ufie boucherie affreuse.

Cet échec calma la pétulance des alliés : il ne fut plus question d'échelles ni d'assaut. De mon côté, je les laissai tranquilles: je n'étais pas a méme^ de leur , donner des alertes bien fréquentes ; mes troupes étaient exténuées :

sur pied nuit et jour , consumées par les> maladies, transies de froid, mal vêtues, plus mal nourries encore , elles se soutenaient a peine; rien n'égalait leur misère que la résignation avec laquelle elles la supjyortaient. Des soldats, dont le nea , lès oreilles étaient gelés ^ ou les blessures encore ouvertes , faisaient gaiement le service des avant-postes. t}^2^nd je les voyais défiler a la parade aJQfublés de peaux , la tête

enveloppée dans des linges , ou marchant k Taide. d un bâton , j'étais touché jusqu'aux lar-^ mes. J'eusse voulu donner quelque relâche a des hommes si malheureux , et pourtant si dévoués; les Russes ne le souffrirent pas. Ils s'étaient imaginé que leurs proclamations avaient produit tout l'effet qu'ils en attendaient, que nous nous battions entre nous , que le peuple était en révolte. Ils résolurent de profiter d'aussi belles circonstances, et de nous enlever.

Nous étions au mois de mars. Le 5 , dès la pointe du jour, ils fondent comme des essaims sur mes avant-postes ; ils couvrent, ils inondent toute ma ligne , et se répandent 2>ar torrents dans les villages qu'elle renfermé. Au bruit d'une aussi brusque attaque, je donne les ordres nécessaires et je m'achemine vers Langfuhr avec le général de division Granjean. Nous avions k peine fait quelques pas que nous entendîmes battre vivement la charge; c'étaient les chefs de bataillon Claumont et Blaer qui se précipitaient k la baïonnette sur une colonne de trois k quatre mille Russes, et la dispersaient. Nous doublâmes de vitesse pour les soutenir; mais le choc avait été si impétueyx que nous ne pûmes arriver k temps : nous touchions au village , lorsque les acclamations des soldats nous annoncèrent la victoire. J accourus pour les féliciter de ce beau fait d'armes ; car c'en était un, -puisque moins de huit cents hommes avaient fait mordre la poussière k des masses quadruples d'infanterie et de cavalerie. " Ils avaient même failli s'emparer des jrièces : trois voltigeurs napolitains coupaient déjk les trait»

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emoires

des chevaux morts, lorsqu'ils furent chargés a leur tour et ohïigés de lâcher prise.

La fortune nous était moins favorable sur d'autres points ; le général Franceschi se main-

^ tenait avec peine en avant de Alt-Schottland ; il cédait le terrain , mais en le défendant pied a pied : il suivait ses instructions^ il gagnait du temps. Le brave colones Buthler accourait en toute hâte a son secours. A peine parvenus aux premières maisdns du village , les Bavarois se jettent avec impétuosité sur' l'ennemi , le poussent y le chargent à la baïonnette , et par» viennent aie contenir; mais pendant qu'ils font

^ face d'un côte , les Russes les menacent de l'autre. Après trois attaques infructueuses, ils avaient enfin triomphé de la belle résistance du chef de bataillon Clément , et s'étaient emparés de Stolsenberg; ils débouchaient déjà de ce village , et allaient nous prendre en flanc* Ce mouvement eût été décisif: je mé hâtai de le prévenir ; je donnai ordre au sixième régiment napolitain d'occuper sur la droite un monticule qui assurait notre position. Le général Detrées conduisit l'attaque et enleva le plateau au pas de charge; l'ennemi accourut }>our le reprendre, mais il: ne put^ y parvenir. Tout couvert de contusions, ses habits criblés de balles , le colonel Degennero lui opposa une résistance invincible, et le força a la retraite. Cependant le général Bachelu« avec quatre bataillons sous ses ordres , geirvissait les hauteurs à droite de Schidlitz; tout a coup il fond sur les alliés , les attaque k revers et les culbute. En vain ils se jettent dans les mai-

sons es s'y retranchent; nos voltigeurs, conduits par le lieutenant Bouvenot et le sous-officier Tarride , enfoncent les croise.es , brisent les portes , tuent , prennent ou dispersent tout ce qu'ils rencontrent , et s'emparent d'une

1)ièce* d'artillerie : un général russe animait es siens k la défendre ; mais l'iiifipulsion était donné; trois braves, "^le sous-lieutenent Vanus, le maréchal - des - loffis Autresol, et le fourrir Hatuite, s'élancent a la course et s'en emparent. Il était trois heures après midi , et les alliés

gDCCupaient encore Schottland et Ohra; malgré tout son courage le chef de bataillon Boulan n'avait pu les déloger. Je résolus d'essayer une sen

•conde fois d'uhe maniBUvre qui m'avait si bien réussi, je les tournai. Pendant que je menais une fausse attaque par la tête de Schottland , le gé-^ néral Bachelu masquait sa. marche et se portait sur Oiira; il était suivi de trois bataillons d'infantefie, de cent cinquante chevaux, et d'une

' batterie légère . Nos troupes bouillaient d'impatience : dès qu'elles entendirent battre la charge, ce furent des cris de joie; elles s'élancent sur l'ennemi , le rompent et le culbutent.

Il se rallie et revient a la charge. Mais la

, mitraille redouble, la baïonnette porte Iç désordre dans ses rangs. Il fuit, il s échappe par toutes les issues , et n'en trouve aucune qui ne soit interceptée. La nécessité réveille son courage, il se recueille, débouche, fond sur nous. La mêlée devient terrible: il veut se dérober

• a la honte, nos soldats veulent consommer lu victoire: de part et d'autre on se presse, on se pousse avec fureur. Un adjudant-major du 2{)^ de ligne , Delondres , s élance au milieu des

Russes; quelques braves le suivent: la mort et la coniusion volent sur ses pas ; accable bientôt par le nombre , épuise par de larges blessures y il est obligé de rendre les armes : mais ses esprits revienneiit, il se remet; Tindignation lui donne des forces: il attaque, amène son escorte, et vient prendre part à la victoire : elle n'était plus disputée. ISqs troupes, accourues au bruit de la fusillade, s'étaient formées en levant d'Ohra , et avaient ouvert un feu meurtrier: Tennemi en est accablé ; il plie, se débande , et n'échappe a la mort qu'en in§ voquant la clémence du vainqueur.

Dans iin instant les rues sont jonchées de morts. Cinq cents hommes .mirent bas les armes: la plupart étaient ae cette armée de Moldavie que nous avions presque détruite au passage de la Bérésina.

L^ennemi fuyait sur tous les points. Dans le INerbung, k iNeufahtwasser, partout il avait expié^ par la défaite les succès que la surprise lui avait donnés» Le major Nougarède n'avait eu qu'a paraître pour disperser des n\iées de Cosaques qui s'escrimaient sans succès contre de faibles postes napolitains que nous avions sur les derrières. Des postes de dragons donnèrent la chasse aux Russes qui s'étaient portés en avant de Saspe , et enlevèrent Braseh,

Nous occupions de nouveau les positions, que nous tenions avant l'attaque : malheureusement elles nous coûtaient assez cher. Nous avions six cents hommes hors de combat; il est vrai que la plupart se rétablirent bientôt de leurs blessures. De ce nombre étaient le major Horadam , le colonel d'EgloiFstein et le gêné-

rai Devilliers, quon verra si trouvent figurer dans ce récit.

L'ennemi avait été bien plus maltraité:

deux mille des 'siens étaient couchés dans la poussière; nous^ avions onse à douxe cents prisonniers dans nos mains, et une pièce d'artillerie.

Cette journée fut une .des plus belles du siège ; elle était un nouvel exemple de ce que peuvent le courage et la disciphne. Sous les murs de Dantxio comme au ])assage de k Bérésina y consumés par la misère ou le» maladies, nous étions toujours les mêmes f nous paraissions sur le champ de bataille avec le même ascendant, la même supériorité.

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provisions touchaient \ leur terme. N0U9 n'avions plus, pour ainsi dire, ni viande ni

bestiaux ; la paille même nous manquait pour

— coucher nos malades. Je résolus de chercher quelque remède aux maux qu'enduraient tant de braves. La tentative était périlleuse , mais ils méritaient bien qu'on s'exposât k quelques dangers pour les secourir.

Depuis long-temps je projetais une expédition sur Quadendorf , oii Ton supposait d'abondantes ressources. Jttfi'avais différée jUsque-lk, parce que lés troupes dont je disposais me paraissaient insuffisantes; mais la nécessité parlait plus haut que toutes ces considérations : ]e n'hésitai plus. Le général Devilliers cou^ronna les hauteurs de Wonneberg et de Pitxkendorf, la droite appuyée à Zigangenberg, et la gauche soutenue par. la brigade du général Uusson. Il ouvrit sans délai un feu roulant d'artillerie et de mousqueterie. Pendant que l'ennemi ripostait de son mieux k cette vaine fusillade, le général Heudélet débouchait par la vallée de Malsrklâu et enlevait le poste chargé de la défendre. . Le général Bachelu marchait en tête. Douze cents hommes, six pièces de canon conduites par le général , Gault, s'avançaient en seconde ligne et formaient la réserve. Cinq cents Russes voulurent nous interdire l'entrée de Borgfeld. Ils furent foulés aux pieds. Ce qui échappa a la baïonnette alla périr sous le tranchant du sabre: tous reçurent la mort. L'ennemi accourut avec les masses et ne fut pas plus^ heureux» Accablé, rompu avant d'être en défense , il ne trouva de salut que dans la fuite. Ses pièces

ne purent se mettre en batterie ; pours^uivies sans relâche , elles furent contraintes de vicier le champ de bataille sans avoir tiré un seul coup. Les polonais étaient irrésistibles : chefs et soldats , tous fondaient sur les Russes avec un abondon, une audace dont on, n'a pas d'exemple. Un tambour, le brave Mattuaalik, en terrassa un avec ses baguettes, et le força a se rendre.

Pendant que nous les chassons devant nous, le général Heudelet menace leurs derrières.

Dès qu'ils s'aperçoivent- de ce mouvement, ce n'est plus une fuite, c'^est un désordre, une confusion dont il est difficile de se faire une image. Ils abandonnent leurs blessés, leurs hôpitaux; ils évacuent en toute^ bâte Sch^veiskopiF, Saint -Albrecht, et ne s'arrêtent qu'audelà dePraust, où nos voltigeurs entrent pêlemêle avec eux.

En arrivant à Saint- Albrecht, j'appris que les Russes tenaient encore sur les digues de la Mottlau. Je fis des dispositions pour emjpêcher qu'ils ne fussent secourus pendant crue nous irions les chercher. Le major Sciflerlita, avec un bataillon du 1S« bavarois, soutenu par une compagnie de Westphaliens et la flottille, fut chargé de cette attaque. Elle eut lieu avec beaucouji d'ensemble et d'impétuosité:

trois cents Russes furent couchés dans la poussière avec leur chef, tombé sous les coups du brave Zarliriwski; le reste fut noyé ou pris. Une centaine s'échapp^^it a travers l'inondation, lorsqu'ils furent atteints parle lieutenant Faber, qui les chargea a la tête de quelques braves, ajant de l'eau jusqu'au cou , et les ramena. \5\\

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enfant, le jeune Kern, enflammait nos soldats; il les devance , il les excite , il se jette au plus épais de la mêlée. Ses camarades balancent, hésitent à le suivre. Il se retourne avec l'assurance que donne le courage : £n avant , Bavarois , s'écrie - 1 - il, et il les enlève.

Le jour tombait. Les Russes montrèrent des troupes si nombreuses en avant de Quadendorf, que je ne jugeai pas à propos de continuer l'attaque. • Nous rentrâmes après avoir causé k l'ennemi une perte^ immense , et lui avoir pris trois cent cincruante hommes. Ce fut presque l'unique résultat d'une sortie si brillante. A peine si elle nous valut une centaine de bestiaux. Wous avions été prévenus : tout ce que renfer* maient les villages avait été évacué sur les derrières.

Indépendamment des subsistances , j'avais un autre objet qui ne me réussit pas mieux.

Depuis le commencement du blocus j'étais sans communication avec l'armée française*; je ne savais ni quelle était sa force, ni avec quelle fortune elle combattait. J'avais tout mis eji œuvre pour obtenir quelques lumières k cet égard ; mais la haine éiait si générale et si profonde qu'aucune séduction n'avait pu la vaincre. J'espérais que les bourgmestres seraient plus dociles , mais ils ne connaissaient que les bruits

1>ropagés par les Russes. Je restai plongé dans 'ignorance la plus complète sur ce qui se j>assait autour de moi.

Après tout, quels que fussent les événements , il fallait défendre la place , et la défendre le plus long- temps possible, c'est -k- dire qu'il fallait vivre le. plus long-temps possible

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•patrie, leur père, les amis dé leur enfance; 'Is invoquent, ils repoussent, la destinée des hrâves qui ne sont plus , et , tour a tour dé- '"liirés par des passions contraires, ils exhalent » i n reste de vie dans les horreurs du désespoir.

Plus on prodigue les remèdes , plus les souf« Krances sont aiguës. Le mal s'étend par les efforts mêmes qu on fait pour le dé(;ruire. Chaque jour de la dernière quinzaine de mars nous «nnporta au delà de dçux cents hommes. L'énidérnie cessa peu a peu d'être aussi meurtrière. Ce ne fut cependant qu'a la fin de mai qu'on en triompha tout-a-fait. Elle nous avait a cette époque enlevé cinq mille cinq cents habitants, et douze mille braves. De ce nombre était le général CauU , excellent officier , soldat plein lie courage , il méritait un meilleur sort.

Les maladies nous faisaient la guerre au profit des Ruasses; maifreux-mêmes nous inquiétaient peu. L'expédition de Borgfeld avait amorti leur courage; ils se retranchaient, ils se fortifiaient, ils n'étaient plus occupés que de mesures défensives. Cependant comme il fallait bien donner quelque signe de vie, ils cherchaient de temps a autre a surprendre mes avant-postes. Fatigué de ces attaques insigniliantes, je voulus leur rendre les insomnies

âu'ils nous causaient. Ils avaient au-dessus de rentau un signal qui m'en fournissait les moyens. Il ne s'agissait que de l'incendier; j'en confiai le soin a deux efficiers dont l'intelligence et la résolution m'étaient connues. C'étaient les chefs de bataillon Zsembek et Potocki. Ils sortent de Langfuhr par une nuit obscure, et marchent long-temps sans être aperçus. Des

coups de fusil leur apprennent enfin qu'ils sont découverts; alors ils fondent sur Tennemi et le renversent. Potocki s'avance sur Brentau, et disperse une infanterie nombreuse oui s'oppose k son passage. Une quarantaine d'nomnies se jettent dans une espèce de blockaus. Un voltigeur les suit et les somme de mettre bas les armes ; il reçoit laj mort. Lés Polonais furieux ^ inondent aussitôt la redoute et exterminent tous les Russes qu'elle renferme.

Pendant que ces choses se passaient au village, Zsembeck s'emparait du signal d'alarmes. Il le livre aux flammes, et descend aussitôt daill la plaine ; il culbute, il taille en pièces les postes qui se trouvent sur son passage, et pousse jusquesous les murs d'Oliwa, où illance quelc[Ues obus. En même temps le brave ï)evillain , maréchal-des-logis au huitième , ba-' laie, avec une douzaine de hussards, toute cette partie de nos avfent-postes. Il charge avec tant de résolution , qu'il étonne les Cosaques et les enfonce. Le succès l'enhardit; il se répand sur la droite , reconnaît , fouille le bois, et ne joint nos troupes qu'au moment où elles se retirent.

Cependant tous les signaux étaient en feu.

L'armée russe courait aux armes et s'attendait d'un instant a l'autre a se voir attaquée ; elle

{mssa dans cette attitude le reste de la nuit et a journée du lendemain. Nous lui rendîmes en masse les, alarmes qu'elle nous avait données en détail.

L'horiaon politique devenait chaque jour plus sombre. La Prusse avait jeté le masque; elle nous faisait la guerre par insurrection.

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Cet événeinent ne pouvait être cacké au5c soldats; les Russes avaient trop intérêt de les en instruire. Aussi ne mis-je*aucun obstacle a ce qu'il fut divulgué. Aussitôt les séductions recommencèrent. On crojait le moral de no$ troupes ébranlé. La disproportion des moyens d'attaque et de défense, l'argent, les promesses,* tout était mis en œuvre pour les engager a la désertion. On offrait une prime a la honte ;^ je pouvais bi^en en proposer une a la fidélité. J'annonçai de\ix cents francs dé gratification pour quiconque livrerait un homme convaincu d'embauchage. Cette mesure eut son effet. La plupart des émissaires que les assiégeants avaient dans la place liae .furent signalés. D'après no» lois ils avaient encouru la peine de mort, mai» les hommes sont en général moins méchants que malheureux. Presque tous étaient des pères de famille qui avaient cédé a la nécessité. Je les livrai a la risée de nos soldats , je leur fis raser la tête, et les renvoyai. Cette mesure les retint chez eux; j'en fus aélivré sans recourir aux exécutions.

La garnison paraissait peu inquiète du surcroit a ennemis qu'on lui annonçait. Cependant j'étais bien aise qu'elle jugeât par ellemême de quoi elle était encore caj^ble. Nous touchions aux fêtes de Pâques. La température était douce, le ciel sans nuages. J'indiquai une revue; elle eut lieu a la face de l'armée dé siège. Dès la pointe du jour les habitants, les malades même couvraient les hauteurs de Langfuhr ; ibse répandent siir les glacis, les. avenues, et couronnent/tous les revers de la plaine qui séparé Stries d^Oliwa.

Les troxipes ne tardent pas a paraître. Sept mille hommes suivis d une artillerie nombreuse, tous en tenue magnifique , viennent successivement se ranger en bataille. Ils manœuvrent, ils défilent avec une précision xlont rien n'approche. Les Russes, étonnés de tant d'assurance, n'osent nous troubler: formés eux-mêmes en bataille, ib contemplent nos mouvements sans y mettre aucun obstacle. Cependant l'occasion était belle, aucune arme n'était chargée; j'avais spécialement défendu qu'on fit usage de cartouches. La baïonnette seule devait les punir s'ils étaient asses téméraires, pour se permettre la moindre insulte. Cette mesure était peut-être un peu audacieuse, mais il fallait exalter le courage du soldat et le convaincre du mépris que méritait la jactance étrangère.

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