‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 67 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(le cette course d'un quart d'heure, le général en chef et ses fiers compagnons d'armes se retirèrent. Celte comédie terminée, ils remontèrent sur leurs vaisseaux, et la gigantesque ai^mada destinée à conquérir l'Inde mit à la voile.

Dès que M. de Bussy eut débarqué sur la côte de Coromandel , oià l'attendait M . de Suffren , H aider Ali Kan accourut, escorté de vingt mille hommes de cavalerie, pour conférer avec eux sur les mesures à prendre contre les Anglais. Le cérémonial exigé par les Français fut le premier objet de négociation. M. de Bussy s'appuyait sur un ancien usage du Grand Mogol, qui autrefois accordait aux gouverneurs français les honneurs des nababs. On aborda ensuite les prétentions de nos généraux.

Il s'agissait de l'équipement de campagne et de la solde des troupes, du traitement des officiers, des gratifications qui leur étaient dues, et d'une indemnité considérable pour les états-majors des armées de terre et de mer.

Ces prétentions étaient si exagérées, que Haïder Ali Kan, indigné, dit : « C'est de l'argent que vous êtes venus chercher : moi, je n'emploie que le fer contre mes ennemis. Vous aurez de l'argent, vous aurez des pierreries, dont vous paraissez avides; mais au moins que le plan de campagne mal conçu que vous me présentez devienne l'objet principal de nos méditations. Battons les Anglais! » Rejoignant son armée après ce discours, Haïder Ali Kan ajouta : « Peut-être les peuples qui gémissent en ce moment sous la domination anglaise ne gagneront pas au change en passant sous la vôtre ». « Je ne vois parmi ces arrivants, disait-il encore, ni un Dupleix ni un La Bourdonnais. »

Tandis que Bussy mourait de vétusté sur son lit , la bataille de Gondelour fut perdue. Point de doute qu'elle n'eût été gagnée, si le ministère eût fait choix de M. de Bellecombe ou de M. de Cornouet. Ces généraux aussi expérimentés que désintéressés auraient, avec la confiance de

Haïder Ali Kan, utilisé les connaissances de ce grand capitaine.

Haïder Ali Kan avait réuni quarante mille hommes qui harcelaient sans cesse les troupes anglaises. Certainement les Anglais n'auraient pas résisté et se seraient retirés dans le Bengale, vers le Gange, si les Français avaient agi de concert avec Haïder Ali Kan.

Quelques militaires se distinguèrent dans cette guerre, terminée après la mort de Bussy. J'aime à me rappeler les noms des généraux d'Ofélise, du Chemin et d'Albignac, qui rivalisèrent d'ardeur avec les soldats.

M. de Suffren, marin intrépide, mais ne possédant pas toutes les connaissances exigées dans un amiral, combattit avec un courage remarquable l'escadre anglaise de l'amiral Hugues, et la força constamment à la retraite. H l'eût prise ou détruite, s'il avait profité de ses victoires pour la poursuivre; mais il n'obtint d'autre avantage que d'occuper le Août 1782. port important de Trinquemalé; et encore dut-il ce succès non pas à la force des armées, mais à une ruse grossière qui lui réussit. Il donna à son bord une fête splendide au gouverneur, à qui on servit en abondance des vins capiteux et des liqueurs spiritueuses, dont il ne tarda pas à sentir l'effet. On profita de sa position pour lui faire signer la capitulation et se faire livrer la place. Cette anecdote, qui m'avait été racontée autrefois, me fut confirmée récemment par l'amiral du Ghillaut, le seul qui dans cette circonstance eût tiré quelques coups de canon sur une des forteresses qui défendaient le port.

Cependant les Anglais, vainqueurs, imposèrent une paix onéreuse à Haïder Ali Kan, ce prince généreux qui s'était compromis en s'alliant à nos armes; et nous fûmes forcés d'évacuer le territoire indien, où nous ne devions plus posséder que trois ou quatre loges, ornées d'un pavillon, honteux emblème de commerce de seconde main soumis encore au bon plaisir de l'Angleterre.

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