DENIS DE JUSTICE
en chef dut rédiger, pour le Directoire, avant d'être assez exactement ou assez complètement renseigné. Ces erreurs, qu'il serait trop long de rectifier dans des Mémoires,^e ne les mentionne que pour prévenir les historiens à quels points les documents officiels et paraissant les plus authentiques ne relatent que des vérités approximatives, ne fournissent que des preuves insuffisantes et perdent de leur valeur aux yeux des témoins qui ont été bien placés pour voir et pour savoir; à ce titre, des Mémoires sincères vaudront cent fois plus que toutes les archives dun ministère.
Mais, pour en revenir aux dénis de justice dont la campagne de Naples, si glorieuse pourtant, devint le prétexte ou l'occasion, s'il en fut un que déplora l'armée et qui réjouit nos ennemis, ce fut celui dont le général en chef allait être la victime. Pour le récompenser d'un admirable triomphe il allait être destitué, mis en jugement avec les généraux Duhesme, Rey, Dufresse, Broussier, Bonnamy. Et cela, pourriture des pourritures, parce que Leurs Excellences le comte Merlin de Douai, Larevellière-Lépeaux et Barras le voulaient ainsi, le premier comme le Fouquier-Tinville des généraux, le deuxième je ne sais à quelle fin, le troisième pour aiï'ranchir par cupidité des misérables créatures de tout contrôle et favoriser des vols dont il partageait les produits; mais n'anticipons pas davantage sur la manière dont le Directoire en cette circonstance trahit la patrie et provoqua du môme coup des désastres qui hâtèrent sa propre ruine.