LA CONQUETE MENACEE
C'est que, malgré tous leurs revers,, les Napolitains n'étaient pas vaincus. Les Abruzzes étaient redevenues une Vendée, sous la direction d'un marquis de Gallo; la petite province d'Aquila avait mis sur pied un nouveau corps de six mille insurgés; la droite de la Pescara continuait à être soulevée, sous les ordres de ce Pronio que j'ai déjà nommé et dont malheureusement j'aurai à reparler; la route à travers le haut Apennin était de nouveau barrée par des rassemblements nombreux et qui, maîtres de Pontecorvo, d'Isola, à chaque instant de San Germano, ne nous laissaient de communication certaine avec Rome que par la route de la Marine, parfois encore interrompue et presque toujours menacée; la Pouille était occupée par deux armées, éclairées parles corps en détachements qui gardaient les Fourches Caudines ; enfin, sous le commandement du cardinal Rufîo, dont le pouvoir s'étendait sur l'Adriatique jusqu'à Trani et Andria, une autre armée s'organisait dans les trois Calabres. Pour prouver àquel point l'exaspération était maintenue, j e dirai qu'après notre conquête de N aples, un évêque, chef d'une troupe de forcenés, s'empara du fort de ïrajetto, voisin de notre pont du Garigliano, et, de là, voulut traiter avec le général en chef de puissance à puissance; frénésie et démence qui n'aboutirent sans doute qu'à faire prendre ce fort d'assaut et à faire passer au fil de l'épée et cet évêque et sa garnison, mais qui n'en sont que plus caractéristiques. Vainqueurs, nous étions donc comme bloqués à Naples, ainsi que sur tous les autres points occupés par nos troupes; partout nous pouvions être d'un moment à l'autre assaillis par dix fois notre nombre..
Les six mille conscrits que le Directoire avait annoncés ne rejoignirent jamais; des troupes destinées à renforcer celles de Naples avaient été arrêtées à Rome par les commissaires et dirigées sur d'autres points. Toute-
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fois quelques renforts arrivèrent; le grand et dernier désarmement, qui s'était étendu aux campagnes, nous avait livré ou permis de détruire deux cent mille fusils et cent mille piques, résultat au plus haut point important, dans un moment où les deux tiers de nos troupes se préparaient à quitter la capitale. Enfm des successeurs furent donnés aux généraux Lcmoine, Kniazewitz, envoyés en mission à Paris, et Kellermann qui avait reçu une autre destination; au général Macdonald qui, pour gagner la partie, semblait l'avoir quittée, qui n'avait jeté les cartes que pour mieux tricher; aux généraux Point et Boisgérard (1) qui avaient été tués; enfin aux généraux Maurice Mathieu et Monnier, trop grièvement blessés pour continuer à servir dans cette campagne. De cette sorte, le général de brigade Olivier, qui venait de rejoindre l'armée, fut nommé général de division et remplaça le général Macdonald dans le commandementde la d"' division; le général Watrin et ladjudant général Sarrazin remplacèrent ies généraux 31aurice Mathieu et Kellermann. Dans la '.V division, le général Forest succéda au général Monnier, et le générai IJroussier conserva la brigade qu'il avait commandée nétant encore que chef de brigade. Faute de général de division, le général (-hampionnet surveilla plus spécialcmcuit les l)rigadcs (Calvin et Duverger, formant la 2" division; le général llusca, que le général Ghampionnet connaissait assez pour ne pas se soucier de l'employer, resta à Naples en disponibilité, et le général Boisgérard fut suppléé par l'officier de son arme le plus élevé en grade.
(1) Le général Boisgérard, commandant le génie à l'armée de Naples. fut blesse dans une escarmouclic. près du villaf-edeCajazzo. le 7 janvier, et, le 8 février suivant, il mourut de sa blessure à Carcano. 11 jouissait d'une liante estime, qu'il devait à ses qualités personnelles, à ses talents, à sa vaillance.