AFFAIRES RETABLIES
Au moment de quitter Manfredonia, je reçus l'ordre de faire transporter à Foggia le soi-disant trésor de je ne sais quelle chapelle, située dans les montagnes et dont les insurgés devaient, disait-on, s'emparer. Je chargeai le capitaine Gouchaudde cette expédition, dont il s'acquitta parfaitement et dont il rendit compte à qui de droit, mais qui, selon lui, ne valait pas les souliers que sa compagnie avait usés.
Dès lors, j'avais non seulement rempli, mais dépassé tout ce que comportait ma mission; quittant Manfredonia, où j'étais resté trois jours, je rejoignis le général Duhesme à Foggia. N'ayant encore rien appris des opérations de Coutard et de la marche de Dath, il avait cependant la certitude du succès, comme de la bonne situation de l'un et de l'heureuse arrivée de l'autre, certitude basée sur la préoccupation et le silence de nos ennemis, sur la sécurité de nos partisans et les demirévélations qu'il parvenait à arracher. En conséquence, proclamant la pacification des Abruzzes, il s'occupa de lever une légion qui se recrutait rapidement, et, secondé par des autorités qui, à peine créées, avaient dû à leur zèle un véritable pouvoir, il organisait des gardes nationales de toutes armes et se préparait à en faire concourir l'élite aux opérations de la guerre, ce qui allait doubler ses moyens et lui faire dépasser la teneur de tout ce qui lui avait été prescrit ou demandé; enfin les Abruzzes soumises, la Fouille dévouée, il se préparait à purger d'insurgés la terre de Bari et toutes les rives de la mer Adriatique et de la mer Ionienne; il allait passer en Galabre, où, malgré le succès du cardinal Iluffo^ de nombreux patriotes nous appelaient encore, et, réunissant son armée à celle du général Olivier, les prenant toutes deux sous ses ordres, il était sur de se rendre maître de toute cette Italie du sud. La pacification du centre
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s'était complétée par celle de la Terre de Labour, à tel point que le général Championnet pouvait rappeler à Naplesles troupes du général Rey et les renforts que ce général amenait avec lui. Gétait le moment où la guerre avec l'Autriche devenait imminente, où les Russes étaient prêts à paraître sur le Rhin et sur TAdige ; c'était le moment grave entre tous où, coûte que coûte, il fallait par l'action la plus heureuse et la plus décisive, par une brusque mainmise sur tout ce qui restait à conquérir de rilalie, s'assurer des derniers points encore menaçants.
Résolu, sûr de son but, le général Duhesme se disposait à quitter Foggia pour entrer sur la terre de Bari, lorsqu'il reçut l'épouvantable nouvelle du rappel du général Championnet, remplacé par le général Macdonald. A cette nouvelle était joint l'ordre impératif de quitter immédiatement la l'ouijle et de se reployer avec toutes ses troupes sur Naplcs, où l'on craignait, disailon en termes assez secs, une nouvelle insurrection, ce qui n'était qu'une fausse crainte inventée pour justifier l'ordre de retraite. Quant au ton adopté à l'égard du général Duhesme, il me parut d'autant plus suspect que l'adjudant général Léopold Rcrlhier, devenu chef d'étalmajor général de l'armée, prit plus de soin pour me rassurer dans une lettre dont je ne crus pas devoir parler au général Duhesme, mais qui, par comparaison, me sembla pour lui d'assez mauvais augure (1).
(1) Voici celte lellre, dont le ton cajoleur contrastait si sensiblement avec le ton sèclietiient impératif dont avaient été transmis les ordres au général Duiiesme : « J'ai rcyu, mon cher camarade, votre dernier rapport adressé au général lionnamy. Vous avez su les changements par l'ordre du jour. J'ai lu avec grand plaisir, dans les papiers de la division du général Duhesme, les rapports et journaux historiques que vous avez adressés au chef del'étatmajor. Je connaissais depuis longtemps vos moyens et vos talents