‹ Mémoires;Chapitre 190 sur 222 · MIRACLE DE SAINT JANVIER · texte numérisé non relu

MIRACLE DE SAINT JANVIER

rie et de deux pièces d'artillerie légère, avaient été dirigées sur Naples. Ce mouvement avait pour but d'observer et de contenir Naples pendant ce jour, qui, sans être celui de la fête de saint Janvier, était cependant un des trois jours consacrés à la cérémonie de son miracle. J'eus ma part dans ces dispositions. En l'absence du général Olivier, j'avais reçu les ordres directement , et, le 2 mai au soir, j'organisai le mouvement des corps de la division qui devaient occuper le faubourg de Gapoue et le pont de la Madeleine; le 3 au matin, au moment où j'allais faire partir les ordonnances qui portaient mes rapports au général Macdonald, le comte Scheel me fut annoncé : « M. et Mme Ricciulli m'envoient en ambassade près de vous, me dit-il aussitôt. Imaginez que le gouvernement leur a fait reprendre leurs passeports. Vous allez abandonner le pays, cela me paraît trop certain ; les horreurs vont y recommencer; le baron, qui veut sauver sa femme et son enfant, a résolu de vous suivre avec toute sa famille et de partir sans passeport plutôt que de rester à Naples; mais ce parti pourrait lui coûter sa fortune; dans cette extrémité, M. et Mme Ricciulli n'espèrent plus qu'en vous. »

Je fis atteler ma voiture et me rendis chez le commissaire du Directoire Abrial, chargé, on le sait, de donner une constitution et des lois à cette République d'un jour; il me reçut à merveille, mais m'assura ne pouvoir m'aider en rien pour l'obtention des passeports. De chez lui je fus chez le général en chef qui, de son côté, arrivait de Caserta pour assister au miracle; il était dans le jardin de la maison quil habitait à Naples et de fort bonne humeur. Je me promenai avec lui, et lorsqu'un témoin inutile l'eut quitté : « Mon général, lui dis-je, j'ai une grâce à vous demander. — Mon cher, me répondit-il, tout ce qui sera possible. » Alors je présen-

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lai ma requête en faisant valoir les témoignages de sympathie que d'autres Français et moi nous avions reçus de M. Uicciulli; ce que sa conduite vis-à-vis de nous commençait à avoir de menaçant pour lui, mon vif désir de lui ôtre utile et toutes les considérations que purent me fournir son caractère, sa position, les affaires de famille qui l'appelaient à Milan, patrie de sa femme, son désespoir depuis que le gouverrtement lui avait fait reprendre son passeport : « Ce que vous me demandez est bien dilïicilo, me répondit le général Macdonald; j'ai été obligé de revenir trois fois à la charge pour obtenir une seule exception en faveur de la princesse Bclmonte; mais suivez-moi à l'église où je vais me rendre, venez dîner ensuite avec moi au gouvernement, placez-vous à la gauche du Président, à la droite duquel je serai, faites-lui votre demande en sortant de table, et je vous appuierai. » Sur ces mots, je quittai le général en chef, qui, comprenant de quelle importance était la démarche politique à laquelle il se soumettait, avait recommandé de se rendre à l'église dans la plus grande tenue, et je me hâtai de rentrer chez moi pour y faire ma toilette. Cependant la nouvelle que le gouvernement parthénopéen allait s'en remettre au jugement de saint Janvier avait mis la populace en émoi; mais lorsqu'on sut que le général en chef assisterait au miracle, l'étonnement redoubla. Aussi scrail-il impossible de donner une idée de l'affluence de monde qui encombrait, et les rues adjacentes, et la place et l'intérieur de la cathédrale, au moment où procossionnelleuKmt on y apporta l'espèce de reliquaire contenant le prétendu sang de saint Janvier; ce fut donc avec peine que le général Macdonald, suivi d'une vingtaine de Français, au nombre desquels je me trouvais (1), arriva à cette église; il eut plus de

(1 Ces Français étaient : trois aides de camp du général en ciief.

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peine encore pour entrer et pour parvenir jusipj'au maître autel. Les bancs d'aiuvre, la chaire, l'orgue et les confessionnaux, ainsi que les bénitiers, étaient couverts de monde; des hommes avaient môme trouvé moyen de s'atlaclier aux colonnes, le long des murailles; autour des piliers ils formaient de véritables étages; enfin la moitié des assistants semblait porter l'autre.

Quoique l'on fût prévenu de son arrivée, raj)parition du général en chef au milieu de cette effroyable cohue fit une grande ifnpression ; mais cette impression devint plus forte encore, lorsque l'on vit qu'il n'avait aiu;une escorte, (ju'il ne pouvait être défendii [)ar aucune troupe; enfin elle n'eut plus de bornes, lorsqu'il (it enlever une balustrade qui avait été pla(;ée pour séparer les assistants français de la foule, et lorsqu'il fit annoncer qu'il en usait ainsi afin que le peuple piU mieux voir le miracle; résolution plus que hardie au premier aspect, mais au fond indifférente, attendu que, le miracle ne se faisant pas, il n'y avait pas de barrières qui pussent nous sauver.

M. le maréchal Macdonald vient de me dire (18 juillet iS^\2) qu'il avait fait placer deux compagnies de grenadiers dans l'église, et (pie le commandant de ces compagnies, ne le perdant pas des yeux, était prêt au premier signal. Je n'entends certes pas révoquer en doute ce fait, mais je déclare que ni mon adjcjint Dalb, ni moi, ni tant d'autres personnes, avec qui, et ce jour môme et après, je parlai de cette cérémonie, ne les avons ni vus ni soupçonnés, ce qu'à la rigueur la foule immense qui

le f^éii6r;il Kblé et ses aides de camp, les adjudants fjénéraux Léopold Bertiiier, l'ampliile Lacroix, je crois, et moi; trois ou quatre officiers d'état-major; les commissaires civils, quelques personnes de leur suite et un M. Fouques.

:)08 M l'I M O I R K s DU GENICRAI. HARON THIKBAULT.

remplissait l'église, et le brouhaha qui y régnait, peuvent rendre concevable. Toutefois il me semble assez extraordinaire que nous n'eussions pas même aperçu les armes. Au reste, qu'eussent signifié ces deux compagnies si une explosion avait eu lieu: qu'eussent même signifié des régiments entiers, pour garder l'extérieur contre une population semblable, encombrant des rues tortueuses, au milieu desquelles de plus grandes forces eussent été à discrétion? La pression seule eût suffi pour nous étouffer tous. Enfin il n'y avait pas trois pieds du général en chef à la foule, et, en admettant la présence des deux compagnies, il devait y avoir au moins trente ou quarante pieds entre le général et ces compagnies qui n'auraient pu ni agir ni marcher. Ce ne pouvait donc être que des victimes de plus et des armes livrées au peuple. L'armée était à Maddaloni, c'est-à-dire à huit lieues; de simples détachements étaient rapprochés de cette ville; mais les ordres quils avaient reçus et que j'avais été chargé de donner à ceux qui occupaient le faubourg de Capoue et le pont de la Madeleine, ne portaient autre chose que de s'établir sur ces points. Ces faits et la circonstance que je n'ai vu un soldat ni dans l'église, ni dans les rues, et que je n'en avais jamais ouï parler, sont tout ce que je sais à cet égard et me déterminent à laisser ce morceau tel que je l'ai écrit il y a trente-trois ans (1).

(1) Dans ses Souvenirs, le maréchal Macdonald rappelle l'incident du miracle par ces quelques phrases très brèves : « Je fis faire en notre faveur le miracle de saint Janvier auquel j'assistai ; j'en donnerai une autre fois la description, ne pensant point qu'aucune personne ait été à portée de l'observer comme moi et le commissaire Abrial. J'avais bienprismes mesures, à causede l'immense alfluence, pour que la tranquillité ne fût pas troublée. Le camp de Caserte fut mis en mouvement, entoura Naples pendant la cérémonie, et les troupes ne revinrent que le soir. » (Ed.)

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