‹ Mémoires;Chapitre 54 sur 137 · II · texte numérisé non relu

II

compositions de l'abbé de Reyrac : la Création, les Poésies champêtres, l'Hymne au soleil, qui était aussi un tableau des diverses parties du jour; Joseph, par Bitaubé, appartient à la même époque ; enfin, les Pastorales de Gessner venaient d'être traduites par Huber, ou plutôt par celui qui devait être un jour le célèbre Turgot.

Suard, qui était bon juge, a dit de notre auteur qu'il écrivait avec une élégance et une pureté peu communes. Cette heureuse disposition ne laissait pas de créer une certaine difficulté dans l'emploi des périphrases appliquées aux descriptions techniques de la manœuvre d'un vaisseau. Malgré cette entrave, les tableaux ont du- mouvement et de la vérité; l'auteur a cherché à y introduire quelque variété par les scènes correspondantes de la vie rustique, qui forment avec celles de la mer un contraste d'un effet assez agréable.

Le passage suivant des Quatre parties du jour à la mer retrace dans le style descriptif, alors à la mode, l'arrivée de l'auteur à Saint-Domingue :

« Ce n'est plus une illusion, la terre est devant nous; nous la « voyons sortir du sein des mers. Une large ceinture de côtes « montagneuses termine l'horizon. Le vert sombre qui les co- « lore se répand sur cette masse immobile dont l'élévation ou « l'abaissement des nuages étend ou resserre le développe- « ment. Le capitaine reconnaît et nous montre le cap Sa- « mana. Nous voguons à pleines voiles vers ce grand promon- « toire, et déjà les parfums d'un autre hémisphère arrivent « jusqu'à nous. Nous ne sommes plus qu'à dix milles de la côte, « dont les anses et les caps se dessinent en fuyant sous nos « yeux. D'immenses forêts, des coteaux verdoyants entrecoupés « de dunes blanchissantes, des pics sourcilleux nous cachent « les mines de Cibao. Nous cinglons vers le sud-ouest. A peine « avons-nous doublé la pointe de Monte-Christ, la terre et la « mer nous présentent. un autre spectacle; des bâtiments pê- « cheurs nous environnent, des barques de passage se succè- « dent d'un port à l'autre, une riche plaine se déploie devant « nous. Nous apercevons les feux qui convertissent en cristaux « le jus de la canne.Xa beauté des plantations divisées par des « haies de citronniers; de nombreux troupeaux errants dans

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