ARTHUS-BERTRAND, ÉDITEUR
LIRRAIHIi: DE LA SOCliri DE GÉ06RAPH1S ET DE LA SOCIÊTé ROYALE DES ANTIQITAIRE» DU NOHO,
RDB HAUTEFBUILLË, 23.
DO fELD-MARGCHAL
Nous avons laissé le comte de Stediagk à Caris . crona, où il venait d'arriver de son ambassade de Russie ( 6 juillet 1808).
Nommé membre de la régence de Suède pendant Tabsence du roi , qui se trouvait dans les Iles d'Aland pour diriger les opérations de la guerre, il se rendit à Stockholm, et entra dans ses nouvelles fonctions.
La guerre contre la Russie était alors à son apogée ; Tennemi occupait le midi de la Finlande, l'armée sveco finlandaise le nord de cette province, et l'armée suédoise les îles d'Aland , ainsi que les frontières suédoises contre la Norvège et le Danemark. La Suède, entourée d'ennemis.
2 iiKJiio«Kii5 PosTÉéi^nî»
était forcée à faire face de tous côtés , depuis le Savotax jusqu'à la Scanie , savoir du 64'* de latitude au 50% et depuis lé 50* de longitude jusqu'au 30^
Lc^ fioite russe avait été forcée dîe rentrer dans ses ports, et de laisser la mer libre au pavillon suédois, celui-ci renforcé par quelques vaisseaux de ligne anglais.
L'armée du nord de la Finlande avait même repris Toffensive, et s'avança vers le midi, sous les ordres du maréchal Klingsporre.
Des combats sanglants se livrèrent de jour en jour dans ce pays entrecoupé , et rempli de positions qu'il fallait enlever à l'ennemi à la pointe de l'épée.
En donner le récit serait trop long , et n'entrerait pas dans le plan de ces tnémoires. Nous croyons cependant devoir donner un aperçu général des opérations de cette guerre, très-peu connue encore en Europe , et qui , sous plusieurs rapports , mérite de l'être.
Elle commença, comme nous l'avons vu dans les dépêches du comte de Stedingk , le 20 février (1808), jour où l'armée russe passa les frontières (le Vigmene) divisée en trois colonnes.
nu COMTE IMS I^THUmOK. 3
Elle était sous les ordres du général comte de Bouxhoevden , et forte d'environ 17,000 hommes.
Il y avait & cette armée les généraux les p)us distingués de Tannée russe : Bagration, Yaimen^l^y, Tputsoboff, Suçhtelen , Baievsky, Chepeleff , Vuelnief , etc. , etc. , etc.
) Les nootifa politiques de cette guerre se trou-* vent développés dans les dépêches du comte de Stedingk , et sout surtout à retrouver dans Tar* ticle secret du traité de Tilsitty où Napoléon , pour avoir les mains libres en Espagne et en Portugal ^ laissa à la Bussie la Finlande , la Moldavie et la Valachie.
L'armée suédoise ne se composait que dé ses régimeni& finlandais ^ toute communication avec la Suède étant coupée par les glaces du golfe ôe Bothniç. La force totale de ces régiments montait à 15,000' hopimes, sans compter i!i,000 de .réserve { vargering ).
Les forces des deux armées étaient ainsi à peu près égales ^ avec la différence cependant que Tarmée russe pouvait facilement être renforcée même par la garnison de Saint-Pétersbourg , forte de 30,000 hommes, tandis que l'armée sveco-finlandaise ne le pouvait qu'à Fouverture de la na-
4 M^^OIRBS POStâOMBS
vigation , savoir trois mois plus tard , dans ces re gions septentrionales.
L'armée sveco-finlandaise se trouvait ad inte-
rim sous les ordr^ du vieux général Klercker^ le général en chef comte de Klingsporre étant encore en Suède; nouvelle preuve de l'imprévoyance de Gustave IV. Le général Klercker avait concentré l'armée sur deux points , la force principale à Tavasiehns, dans le midi delà Finlande, et le reste à Kuopio^ dans le nord de la Finlande*
La réserve renforça les garnisons de Svarîholmen et de Sweaborg, forteresses situées sur les côtes méridionales de la Finlande , mais prises de glaces alors. La dernière de ces forteresses était considérée comme très -forte, et contenait près de 1,000 bouches à feu.
Les frimas de l'hiver couvraient alors ce pays dans toute son étendue „ savoir du 60* au 70* degré de latitude, etdu 39** jusqu'au 45*de longitude.
Ses lacs et ses fleuves , qui en été forment de puissants obstacles à une armée qui s^avance,. étaient tous gelés à pojrter des canons, et ses rivages mêmes, sut les golfes de Bothnie et de Fin-lande , pris de glaces , empêchaient tout secours maritime d'approcher de ses côtes.
La Finlandie suédoise était ainsi laissée à elle seule : c'était une province qui se battait contre un empire. D'upe autre part , il faut avouer que le froid, de cet hiver ( montant souvent à plus de 30 degrés centigrades), que le manque de gîtes dans un pays si peu habité , que Tabondance des neiges qui couvraient le pays jusqu'à six pieds de hauteur, et que le misérable équipement* des troupes russes, en pantalons de toile et sans magasins, opposaient, de grands obstacles à. T invasion du pays.
Les troupes russes étaient aussi abattues à cette époque, parles revers qu'elles avaient essuyés dans la campagne de Friedland, et par Topinion qu'on avait de l'exeellencé des chasseurs finlaur dais , qui ne manquaient jamais leur homme à trois cents pas de distance. Ces diûérentes raisons rendaient ainsi la défense du pays pomble , sinon à la longue, au moins assez de temps pour pouvoir espérer un changement de politique à Pétersbourg, où le parti anti-français était très fort, et^ désapprouvait fortement une guerre qu^il taxait de déloyale, étant faite contre un beau-frère (Gustave IV) qui avait soutenu Alexandre dans sa guerre précédente contre Napoléon.
6 MÉMOIRES FOSTH0aiK«
Le vieux général Kierckér était un homme qui ne manquait paâ de caractère; il avait résolu de défendre te pays pas h pas et avait déjà commencé cette défense, quand le gé&éral en chef comte de Klingsporre arriva de Stockholm parle chemit) qui tourne le golfe de Bothnie.
Le premier ordre qu'il doûna à l'armée fut celui delà retraite, ordre qu'il réitéra de joiur en jour depuis le 28 février jusqu'au 8 aVril , quoîquMI ne f&t poursuivi que très^faiblement par l'ennemi.
Cette retraite inouïe de plus de cent lieues de France livra sans coup férir presque toute la Finlande à l'ennemi; car Tarmée se trouvait alots tout au nord du pays, près d'Uleaborg, adossée contre la Laponie , où il n'y a pas de vivres.
On se demande avec raison : Le général en chef était^il militairement justifié à faire cette retraite , ou avait-il des instructions royales qui l'obligeassent à la faire?
Cette dernière raisqn a été alléguée pour sa défense, et effectivement son instruction (dont jious joignons une copie * , contenait « que ses efforts devaient tendre à sauver de l'armée tout ce
* Inêtrucliims donnétê â Vouverturê de la guerre par 1«
qui pem ^ire $auviê} » mus ees ipstnlctji(»ps contenaient aussi les mots suivants : « Nou3 attendons oéannioms qme vous chercherez ^ vous opposer aux ipf)ogvès d(3 r^mémî mitant que cela sera pQS&Mb, et V01IB pe piteiiânez le parti de la re-
roi de «$ii<^« au comte de ILItii^^rrey géoénd ea chef de
Parmée finlandaise.
Nous, Gustave-Adolphe, etc., notre tirès-cher et féal eomte, seigoeurr du r&ynufhe , ^général d'inlSioterie , etc.
Le9 rjapports politiques en général ayant toi^rné de manière que, malgré nos^ efforts constants pour maintenir les lotions d'amitié et d'altianœ qui a<Mis unissaient depuis longtemps avec S. M. Tempereur de Russie , les mesures prises par ce souverain paraissent tendre à une rupture prochaine ; si cette rupture avait lieu dans le courant de cet hiver la circonstance présenterait d'autant plus d'embarras qu'il serait impossible de porter en Finlande des secours de la Suède, vu }e manque de communications, et parce que Vannée finlandaise ne pourrait se prévaloir, contre un ennemi supérieur en nombre , des positions fortes et des dé^ filés fbrmés par les lacs et les marais , taat que ceux-ci seront couvert» de glaces. Tous les eÔbrts de notre côté doivent donc tendre à tattiwr de l'armée tout ee q^i peut être êûuvéj à jeter dans les places de Swartholm et de Sweaborg autant de troupes qu* elles en peuvent contenir <, et à faire retirer le reste véirs TOstrobothnie avec tout Tordre qu'il aéra possible de maintenir, jusqu'à ce que d'aati-es mesures puissent être prises à l'ouverture de la navigation pour reconquérir le pays. Nous envoyons à cet effet notre colonel Sebenhem pour préparer les moyens de aubsi^^tance nécessaires dans les endroits par lesquels l'armée finlandaise doit se retirer. Nous ordonnons de même à qui appartient de vous fournir, aussitôt que faire se pourra, 91,000 écus de banque.
8 MEMOIRES P0STS0JIIB9
traite cpie lorsqu'elle sera devenue absolument nécessaire. »
Qr cette nécessité absolue n'est rien moins que •prouvée, et nous considérons que le comte de Klingsporre n'était nullement justifié à faire cette retraite *.
Le général Klingsporre alléguait, comme motif de cette retraite, qu'il ne voulait pas.s'exposer à voir ses seules communications avec la Suède être coupées par le corps russe, qui s'avançait du Savolax vers Torneà ; mais cette raison n'est pas valable. D'abord , il n'était d'aucune importance
dont vous enverrez 60,000 à Sweaborg et 6,000 à Swartholm, pour servir de solde aux garnisons de ces places. Vous remettrez au commissariat général de Parmée finlandaise le surplus de la somme susmentionnée , pour être employé tant à rachat des chevaux d'artillerie , d'après un prix fixe , qu'au payement des troupes qui seront en activité de service, jusqu'à ce qu'il ait moyen de vous transmettre d'autres sommes pour subvenir à ce dernier besoin. Mais , comme il est dit plus haut , nous regardons comme le point le plus essentiel des mesures de défense à prendre durant cet hiver, celui de sauver l'armée et pourvoir i la sûreté des forteresses. Nous attendons néanmoins qu^ vous cherchiez à vous opposer aux progrès de l'ennemi , autant que cela sera possible , et que vous ne prendrez le parti de la retraite que lorsqu'elle sera devenue absolument nécessaire. Nous vous prescrivons en conséquence ce qui suit, etc.
* Celui qui écrit ces lignes était alors, aide de camp du gé^ néral Klingsporre, et ainsi à pt^^'tée de juger des circonstances.
BU CCmtE DE STBD1K6K. 9
pour rarmée de Finlande, qui avait ses magasins en Finlande , d'être coupée du nord de la Suède, où il n'y en avait pas ; et puis le motif allégué cessa même quand nous fûmes à la hauteur de Bjômeborg, moitié chemin de la retraite, oix nous appilmes que le corps russe qui avançait par le Savolax s'était retiré vers la frontière , manque de vivres , et à cause de Tintensité du froid.
Le général en^chef eut donc doublement tort de faire cette retraite, qui livra la Finlande à Tennemi pendant la campagne d'hiver, et coûta des efforts inouïs à reconquérir en été , quand les fleuves nombreux du nord de la Finlande forment autant d'obstacles, et quand ses lacs et ses marais forment, des défilés très-difficiles à forcer.
Cette retraite de cent lieues forme la première partie de la campagne de 1808 ; la seconde est celle où l'armée finlandaise, renforcée par des régiments suédois, s'avance de nouveau, force l'ennemi dans.de nombreux combats*, et reconquiert les trois quarts de la Finlande.
La dernière partie est celle où l'armée sveco-
* Revolax, Ny Carleby, Lappo, Idensalmi, f^morlane, Altavo^ etc., elc.,etc.
10 MÉMOIVliS PQSWVMKt^
fmlwdaîse, ai&âblie par $es propres victoires, et v<^a»t les forces de rettoemi s'accroître colitîiiiidl^met)t, est forcée de nouveau à la retraite par le ipême chemin qu'elle avait déjà fait auparavant;» ^n longeant les cOtes du giolfo de Bothme, Qfa(({ûi Tapcul^ent de nouveau contre Ips déd^t^ de la Ï4Pfl»fe.
La premiètre retrsâte fut cause d'un autre malheur qui peut-être sans cela ne serait pas arrivé , savoir la réduction des deux forteresses qui devaient défendre la Finlande ( Svartholm et Sweftborg) ; elles capitulèrent toutes deux d'une nfanièffe honteuse, l'une par trahison manifeste; l'autre, Sweaborg , par trahison masquée, mais non ipoijis coupable.
C'est pendant la seconde partie de cette cam pagne, quand l'armée s'avança de nouveau sur l'ennemi, que le comte de Stedingk entra en quelque sorte en action. Il avait été appelé pi^r le roi , non à prenfire un commandement dans l'armée, auquel il était plus propre que tout aut^e, mais à joindre le quartier général du roi (établi alors dans les Ues d'Aland ), afin qu'il put émettre son opinion et éclairer Sa Majesté par ses conseils et son expérience. Us furent cependant tota^
1)17 œMTB DB 8TED1NQK. Il
lement perdus , le roi ne suivant que l^împubioB de ses propres 'pensées, décousue» autant que 1»-^ zarres.
Avec plus de 100,000 hommes sous les armes en Suède et en Finlande^ il eut le talent de cdm-binQr tellement les mouvem€»)ts de ses troupes , (^ jamais il n'eut 10,000 hommes réunis sur ce point; elles s'épuisaient en marches des (rofitièfres cte la Norvège à celles de la Rus^e , d^s frontières de la Russie à celles du Da^emarJ;:, vers le Sund ; et c'est ainsi qu'une grande partie de l'armée périt de fatigue sur les grands qbe* mins, sans jamais même avoir vu l'enneini.
Il croyait à lui seul pouvoir sufiire h tout, eutendre tout et conduire tout. 11 ne permettait aux généraux commandant les différents corps d'armée en Finlande , sur lés frontières de Norvège, sur celles du Sund et dans les îles d'Aland, aucun mouvement sans qu'il ne fût ordonné par lui , quoique éloigné d'une centaine de Heues.
Il ne se montra dans aucune affaire de près, lui qui se croyait un second Charly XII ; il avait deux flottes en mer, une de grands vaisseaua^ et une de petits, et ne se ren4it jamais à leur bord.
Retiré dans une des Iles de l'archipel d'Aland ,
13 MÉMOIBKS POSTHUMES
entouré de troupes et de chaloupes canonnières pour veiller à sa sûreté personnelle, il n'écoutait même personne; rêveur, triste, méfiant, son quartier général présentait Pair le plus sonore qu'on puisse s'imaginer.
La nation avait fait les plus grands efforts pour le soutenir; elle avait mis à sa disposition plu&de 110,000 hommes, et tout l'argent qu'elle avait Mais ces sacrifices n'étaient pas même reconnus par le roi , qui vivait dans la ferme conviction que le devoir le plus doux était celui de périr pour son roi.
Enlin , jamais roi n'a couru plus aveuglément et plus volontairement à sa perte et à celle de son pays, que ne le fit Gustave IV.
La seule et la meilleure de ses excuses est celle d'un dérangement d'esprit dont depuis longtemps il avait donné des preuves, et qui dura autant que sa vie.
Le comte de Stedingk, sincèrement attaché au roi, plutôt cependant par principe de loyauté que par sympathie personnelle , et voyant qu'il se perdait lui et son pays, risqua souvent des représentations quelquefois très*vives auprès de lui, mais toujours infructueusement.. Le roi répondit
DU GOMTB DK STSMIfaK. 13
froidement qu'il avait pris son parti, que rien ne Ten détournerait , que jamais il ne ferait la paix avec Buonaparte, quMl appelait Tantéchrist (et auquel il appliquait le chapitre XIII , verset 18 de r Apocalypse, où il est question du nombre 666) , ni avec les alliés de ce réprouvé.
« Mais sachez au moins faire la guerre si vous ne voulez pas faire la paix , lui disait souvent Tancien ami de son père. — Que voulez--vous de plus? lui répondait le roi ; est-ce que je ne me bats sur toutes les frontières de mon royaume? »
C'est ainsi qu'il éloigna de lui et qu'il fit avorter les efforts de ses sujets les plus dévoués, et qu'il amena la catastrophe qui, au mois de mars 1809, lui coûta la couronne, et fit perdre l'héritage de cette couronne à son fils, entièrement innocent dés folies de son père.
Oui le fils était innocent ; mais e:i^minons si le peuple suédois pouvait maintenir les droits, de ce fils sans s'exposer lui-même à une perte certaine.
Une longue minorité eût été 4a première suite de cet acte de justice , qui , dans l'état d'agitation où se trouvait la Suède, eût été très* dangereuse. Cette considération est cependant de moindre importance que celle de placer sur le trône un fils
qui areffaH été obligé de tenir àon plère ou en prison où dans Fexil , et encore un père du caractère biiarre et volontaire dp Gustave IV;
Il faut se rappeler que la èourontle de la Suède avait été êlwîioe , et que la maison de Gustaye TV ( celle de Holstein* Gottorp ) avait été éine , il n'y avait guère qu'un demi-*siècle; en éloigna&t de la succession des branches collatérales de la maison de Wasà plus rapprochées qu'elle ; que le cârac^ tère du fils portait les traces4e celui du pérà; que la sympathie d'un prince ne peut pas être grande pour un peuple qui a détrôné l'auteur de ses jours, ce qui pourrait amener un système de vengeance de sa part envers ce peuple- Une révolution dynastique est toujours un grand malheur, celle de Suède se fit cependant, il faut l'avouer, avec beaucoup de modéi^atîon* On rendit la liberté au roi , celle de sa famille n'avait jamais été violée , et on leur donna une liste civile, ass^ con^dérable. pour les moyens réduits oii le roi avait laissé son pays, pour subvenir à ses besmos et à ceux de sa famille. Le roi ne voulut jamais rien toucher de cette pension , qui alla à sa familte. Il vivait du produit de quelques diamants qu'il jtfvait emportés avec lui.
DU CdMTS OK STBDIMeK. 15
. Jamais révolution ne m fit plus tranquillement que êelle de i809 ;>eBene coûta pas une goutte dé satag, et pas même sa place eu un seul individu ddosiie royaume; tout le mondé était d'accord , ad se félicita de part et d'autre, et le tdut avait plbtôt faind'tme fête de famille que d-un changeiHeat de dynastie.
Le comte de Stedingk était peut-être celui qui prràait le moins de part à Tallégresse générale ; ami du père, loyal autant qu'on peutTétre, il croyait devoir fjire tout ce qu'il pouvait pour détourna du roi ce qui le menaçait. Instruit un des premiers qu'une partie de l'armée marchait des frontièi*es de la Norvège contre la capitale dans des vues hostiles! contre le roi; il se rendit de soite auprès de lui pour l'avertir de ce mouvement insurreotionnel. Mais qu'airiva-t-^l? Gustave lY, sui lieu de sq jeter dans les bras de celui qui lui rendît cet éminent service; se mit en tête que c'était une trahison de la part du comte de Stedingk, entra en fureur, l'appela Iraître , et alla même jusqu'à tirer l'épée contre lui, ainsi qu'un autre I»îflcè plus récemment envers un autre maréchal. Le éomte de Stedingk raconta souvent au sein de sa£amille ^impression que cette épithéte de tratfré
16 MéMOlBB^ POSTBUIIBS
et ckte épée tirée firent sur lui.« Dois-je, s'était-il dit, faire comme Stvre, dont raacêtre Sten Sture était protecteur du royaume ^ qui , percé par Tépée d'Éric XIY, la tira sanglante de son sein , la baisa, et la remit de nouveau entre les mains du roi? Non , ce serait une lâcheté. » Il mit donc la main sur la garde de son épée, et ce mouvement suffit pour faire rentrer celle du roi dans ce fourreau qu'elle avait pour la première fois quittée pendant cette guerre.
Le roi fut arrêté peu de jours après par le général Adlercreutz , sans que personne pensât même à prendre sa défense, tellement il était tombé dans l'opinion de son peuple. Son oncle, le duc de Sudermanie, qui avait été régent du royaume peindant la minorité de Gustave lY, se chargea fort à contre-cœur des rênes du gouvernement.
L'état du royaume était tel alors que la direc-* tion des affaires était une des charges les pluô difficiles qu'on pouvait accepter, surtout h un âge aussi avancé que celui du duc , sans enfants et sans espoir d!en avoir.
En guerre, pour ainsi dire, avec toute l'Europe, sur le point même d'être brouillé avec l'Angleterre, contre l'ambassadeur de laquelle (Mur-
r&y) Gustave lY avait aussi eu le bon esprit de tiaer^f épée, après avoir voulu faire confisquer les vai93a$Qx4« son gouvernement. Sans argent , sans cié(}it ek sans armée , le duc de Sudermanie fit prouve,. non pas d^ambition, mais de dévoueqi^Dt et de patriotisme, en acceptant le gouver-
l¥iid \e fit que sous le nom de protecteur, et fut éhi ^lus tard, dans toutes les formes, roi de Suède , sous le nom de Charles XIII.
« ChapleaXm était un prince faible , si Ton veut, mais sage f^-bbn , instruit et éclairé, qui, pendant 4a guerre- de Gustave ill contre la Russie, avait commandé la flotte avec honneur et courage.
Aytot ,'pendant sa régence , le premier reconnu la république française , on lui avait fait une reputalion 4e jacobinisme dans les cours de l'Europe, qu'il ne méritait pas. 11 n'avait fait que ce que jtwt le' monde fit ^s tard , et son peuple avait retiré de grands avantages de cette mesure.
Il n'avait pris aucune part à la révolution de 1809, quoi qu^dïi en dise , et se trouvait plus malheureux qu'aucun auire du changement qui ©ut lieu. Soô premier» soin devait être de faire la paix avea rEuîo|)e, que Gustave IV avait conjurée
18 MKMOiafiS POftfHUMfi»
contre lui. Son choix tomba^ dans ce but $ sur te comte de Stedingk , auquel il offrit le miirâtfere des affaires étrangères. M. de Stedingk ctutçê-» pendant devoir le refuser» soit par considër^iifn pour Tancien roi, soit parce qu'il oraigAaft qM ses nombreux amis dans Tétranger ne suppMh sassent qu'il avait pris part à la révolution , (pii , quoique approuvée par lui à cause de Tui^ence du cas , répugnait à sa loyauté. Â force d'inAaHces, il se chargea cependant de la be3ogn^^difil*cile de négocier la paix avec la Ritôsiç, dont les armées étaient , Tune vis-à-vis la <Sapitale, dans les îles d'Aland, et l'autre dans le nord même de la Suède.
La considération , Testime do-nt il jouissait en Russie , lui fit un devoir d'acceptcF, comme pouvant par là rendre service à sa patrie d^-ns un moment si critique.
La besogne était d' autan t^ plus difficile qu'on craignait que l'empereur Alexandre ne cherchât à conserver la succession du ti^ne à ^on neveu le prince Gustave , ce que les états généwuic en Suède refusaient unanimemmu Enfin \\ se chargea de cette mission difficile» et partit de Stockholm les premiers jours d'août 1809 pour sfe rendre à
Dir coMTB im srjfcmNGK. 19
9MlgÊ0linf^n, en Finlande, où avaient iieu lisç nêgo^tÉHDs' pour ta paix» et où lé comte de Rcànwzoff (chargé ators ad intérim du porte- .ftifiU^^-^des patres étrangères, «et depui» ohan^ ^Her4« Rusaîe) vint le rejoindre comme négp- ^slataur^'
La PkUan^ » perdw par Iq ^ri des arm^» «^ ne pcuyail être r^onquise par la pilifme; il fallait y renoncer. Le bardnk de âtçdin^ croyait cepen- ,dant poavoir sauver Tarebipel deii^ îles. d'Aland à la Suède , dont les babitants 9'étaie»t toujours montré&y çxtréiQemenit^ atkaebéi^ à la mèr0 patriç.
Dans cette vue , il avait dequa^dé et obteftii la proniesse, non-seulement du régent et de les mîfiistres, mais des quatre orateurs des ordres de la noblesse, du clergé, des bourgeois et des paysans réunis à la diète , que ces îles ne seraient point cédées à la Rus^e ; mais ces pron^esse^ furent vaines, et les instances de la Russie, sous ce rapport, ne furent que trop écoutées à Stockholm. ^
Il serait snperfl;iji de donner ici toute l'histoirç dç.la négociation dç paix qui eut lieu à Fredrics^ hamn; dictée parle plus fort, Tissue ne pouvait
20 MÉHOtÈES PdSTHUMfiH
en être douteuse», surtout depuis que'le dèmiéf effort de la Suède pour 'reconquérir les provioces envahies n'jtvait léussiqu'â moitié. La Finlande fut cédée, et la Suède perdit une province cpi'èlle avait conquise il y à 800 ans, où eUe avait- intro-* duit le christianisme, qu'elle avait civîHsée^ et qu'^elte 'avait' rendue 'fertile et heureuse; Le^olfe de Bothnie et des rivières de la Laporiie, devinrent la nouvélïe frontière eûtri la Suède et la Russie , frontière *qui changea aussi en grande partie les relations politiques de la Suède.
Par cette nouwUe position géographique impo* sée par le traité de Fredricshamn , la Suède de • vint, il'est vpai, moins vulnérable qu'elle ne Tavaât été du côté de la Russie , dont elle se trouvait maintenant séparée par le golfe de Bothnie et par les déserts de la Laponie , mais elle perdit le tiers de son territoire, une province dévouée, et une grande partie de son influence politique en Europe.
La paix de Fredricshamn fut signée le 5 (17) septembre 1609, et M. deStedingk retourna après cette paix à Saint-Pétersbourg , où il reprit ses anciennes fonctions d'ambassadeur à cette cour. Nous joignons à la présente des pièces officielles ayant rapport à la paix conclue entre la Suède et
DO COKTR DB STroïKW. 21
la Russie , ainsi qu'à celle conclue entre la Suède et la France ; après quoi nous donnerons des extraits des dépêches de Tambassadeur depuis la paix de Fredricshamn jusqu'à son retour en Suède en i814.
nj
22 MîlOlMi MSTMMBi
Copie (fune lettre de M. le baron de Lagerbjelkc à S* G. M. le comte de Romanzcff, en date du i2 mat 1809.
î M. le baron de SchWerin étant de retour d^uis
I quelques jours, S. A. R. Monseigneur le t^ent a
VU , avec infiniment de regret , que le résultat de sa mission conciliante a si peu répondu aux désirs empressés dé S. A. Royale , à ses sentiments per- ^y sonnels pour S. M. l'empereur de Russie, et à ses
S vœux en faveur de Touvrage salutaire de la paix.
S. A. Royale , qui certainement considère la pacification de sa patrie comme le principal objet de ses soins et de sa sollicitude , aime encore à croire que Tétat d'incertitude inséparable d'un premier moment de crise a seul pu s'opposer au développement immédiat des intentions loyales et équi-
Bt CeVTB DE STBDINQK. 3^
tables de 1^ M. Impériale ; et , malgré le point de, vue peu favorable sous lequel et les sentiments du gouvernentient suédois^, et Tétat intérieur de mes afiaires, paraissent d'abord avoir été considérés en Bosnie, malgré les conditions très*dures sur lesquelles il est question de fonder le rétablissement de la bonne harmonie entre les deux États , S. A. Royale reçoit toujours avec intérêt les assurances que Votre Grandeur a bien voulu me faire parvenir dans sa lettre du 10 avril, et des dispositions pacifiques .dé S. M. Impériale. Les communications que je dois maintenant avoir Thoupeur de lui faire affermiront , à ce que j'espère , ces dispositions conciliantes, rendront le commencement des hostilités aussi contraire aux intérêts qu'aux 9^timents réciproques , et serviront à hâter les résyltats désirables de mes négociatimis.
Le gouvernement de la Suède est, depuis avanlhier, légalement institué ; les états généraux du royaume acceptèrent alors à. l'unanimité l'abdication spontanée de S. M. le roi, et en étendirent l'effet sur sa postérité. Jamais suffrages ne furent ni plus prononcés ni mieux partagés : les grandes raisons d'État qui servirent de base à cette importante résolution , et la nécessité absolue de forti-
2i MÉMOIRES POST]«DMBS
fier la chose publique par là plus étft)ite union ^ avaient tellement frappé tous les esprits, que dans une assemblée de plus de mille personnes^ nobles, élèves, bourgeois et cultivateurs, pas une seule voix ne s*est séparée de Topinion générale.
Celle-ci (je dois avoir l'honneur d'en prévenir Votre Grandeur) décerne déjà , et de la manière la plus décisive, la couronne de Suède à S. A. R. Monseigneur le duc , qui jusqu'ici s'est refusé % cette mesure trop précipitée , et a exigé quelques modificfitions indispensables dans les lois fonder, mentales de l'État, avant que de se prononcer sur un objet de cette importance , et qui , à Uâge déjà avancé de S. À. Royale, ne peut jamais avoir pour elle d'autres attraits que son ardent désir de sauver la patrie^ et son espérance de concourir .à la tranquillité du Nord. S, A. Royale ayant, eh.attendant, déféré aux vœux des États de continuer ses fonctions de régent du royaume avec toute la plénitude de l'autorité royale , elle croit ne pouvoir en consacrer l'usage à un objet plus digne d'elle et de l'auguste souverain auquel elle s'adresse, qu'en offrant sincèrement et loyalement la paix à S. M. l'empereur de Russie , et en faisant
accftimpagirer cette -dlhnarcbede la demande des pisserf>ortB nécesaaiçBs pour ^. G. M. te baron de Stedingk, ancien ^ambassadeur près de S. M. Impériale et général de IMnfanterie , mïini des pleins pouvoirs et des instructions* nécessaires pour conclure et signer la paix définitive. Le choix d'un négociateur aussi distingué, et qui se flatte d'avoir
anciennement mérité les bontés de S. M, Tempe- |
reur, prouvera, à ce que j'espère , le prix extrême que S. A. Royale met au retour des relations d'union et d'amitié entre les deux États, et son désir d'en accélérer l'époque en tout ce qui dépendra d'elle. Dès que les passe-ports nécessaires seront arrivés , S. G. M. le baron de Stçdingk se mettra en chemin sans la moindre perte de temps.
Cette dépêche servira, comme j'aime à m'en flatter, de réponse aux points principaux qui m'ont paru être le sujet de' la lettre dont Votre Grandeur a bien voulu m'honorer , savoir : son incertitude à l'égard de la solidité du nouveau gouvernement, et ses doutes sur les dispositions conci- . liantes de S. A. Royale. ^^ ^
Ces obstacles levés par une loyauté et une confiance réciproques, les rapports futurs dans lesquels je pourrais avoir l'honneur de me trouver
avec Yôtre Gratitleulr âervir^nt eneor^^à OQlusor lid^ de phïs en plusses septîp^ts, aussi (Qnflirmes aux intérêts deS âeux Étttts qu-auX ^œqx particuliers ^e S. A» JlQyale. « •
017 COMn JOfi STRDWGK. 27
Ofpie d'Êne lettre de S. G* M. h èomie de R(h manzoff à 'M* le baron Lûgerbjeike^ chancelier de la cour et du roi , en date de Saint-Péter»-^ bourg ^ le M mai iS09.
Monsieur lb baron,
' L'eiBjpfresseineiit que je mets à répondre à la lettre que Votre Grandeur in'a fait rhonneur de mlécrire le 12 mai, nouveau style, et que m'a remfee M; le major de Spalding , est un sûr garant de la S&tisrfactîon que j'éprouve à reprendre avec elle une correspondance qui présage la paix et doit nous y conduire.
' L'énçëreur la désire , et fait ici volontiers cette profesHton de foi , que rien ne lui tient plus à cOBiÉr que de renouveler l'intimité la plus étroite
28 MÉMOIRBS POSTHUMES
entre les trois puissances du Nord, et que, la paix étant faite, Sa Majesté se livrera tout entière à la * tâche honorable de constater en toute occasion qu'elle désire la prospérité de la Suède et l'avantage de ce royaume en toute chose. D'eprès ce principe , S. M. Impériale veille à écarter touk ce qui pourrait éloigner la paix. Elle me charge par conséquent de m'ouvrir avpc Votre Grandeur, sans aucune réserve , sur les trois points suivants :
1" L'empereur se persuade qu'en lui proposant la paix , c'est la proposer à ses alliés , dont Sa Majesté ne se détachera pas.
2° L'empereur est également convaincu que la Suède , qui connaît à quel point le système politique qu'elle avait embrassé lui- a été déBavantârgeux, y renonce aujourd'hui, et qu'en manifestant le désir de la paix , elle donne témoign€i;ge qu'elle est prête à adhérer au système ^continental.
â" S. M. Impériale met hors d^ doute que. la Suède , afin d'obtenir le bénéfice inappréciable de la paix et tout l'avantage qu'elle pouira retirer d'une étroite intimité avec la Russie, s'eét déjà déterminée à reconnaître que dorénavant le golfe
DO COMTK DK STEOINGK. 29
fiotiuiiquer et la riVîère de Vialin seront la limite des deux États;
Les trois bases de^la négociation étant fixées, fe paix sera facile à cortclure , et c'est dans le ' dessein de là rendre aisée que Sa MaJQ3té me près- • erit'de^oas inviter, monsieur le baron , à atrêfer ces trois pmnts avant que M. le baron de Stedingk se rende ici comme . plénipotentiaire pour fat paix.
Si la Suède admet d'une manière pure et simple cet|e ba^ pour ^négociation , il ilépe(id alors de M. le baron de Stedingk de se mettre en route , et de réclamer ses passe-ports chez M. le général Çarcklei de Tolly auquel je les adresse, et qui a ordre de lop remettre lorsqu'il .sera prévenu que les trois points susdits sont en effet convenus.
Sa lilajesté m'a très^^expressément ordonné, monsieur le baron , de vous témoigner combien le choix du négociateur hâfait plaisir ; elle read une justice parfaite au mérite de M. le baron de Stedingk, et prend confiance en la paix, puisque eest lui qui sera chargé de travailler à la conclure.
.Je le répète à. Votre Grandeur, iien ne peut être plus au gré de l'empereur que de voir la nation suédoise, de tout temps l'objet de son estime par-
aO MÉMOIRES P09THUMBS
ticulière , redevenir Tamie intilkie de l'empire qi^*il gouverne , et voir leç deux États n'avoir donéra- \mi en toute çboae que le même intérêt.
De mon côté,. je ne^puis assez^me féliciter <ie Teepoir où ]e suis de toucher h une .épo{|aeoù ma carrespondance avec Votre Grandeur 8M:a une des hlu8 actives que j'^aurai , et je tonsacre^î tous soes soins à prouver le prix qi|^ j'y jtttacîie.
Je prie Votre Grandeur d'agréer, etc.
Signé he comte Nicola(f ms RoiaiiiOF».
DU OQpitV l>B JKTViyiiaK.
SI
tSfâè îTkAe Mire de S. O. M. le borate dé SiedingHûS. G* M, lé comte de È6fnafi%éff^ en daiÊ fte Stœkholm^ le %jvin i809. '
Votre Grandeur m'avait prédit que nous nous reverrions à Pétersbourg , et elle a jugé des évé^ Déments mieux que moi. Dans Fâge où le repos est le premier des besoins, je crôysds impossible de me charger d'aucune affaire , et j'y étais décidé. Le désir qui ne m'a jamais quitté, même dans le plus fort de la guerre, de voir la paix et .l'union rétablies entre la Suède et la Russie, la confiance dont a daigné m'honorer en tout temps le souverain que les vcbux de la nation viennent de placer siu* le trône de Suède , et le souvenir des bontés dont on m'a comblé en Russie , ont changé mes résolutions. Il m'a fallu surtout l'es^
39 MRM^IPBS PO^IiqilES
poir de retrouver dans votre auguste souverain les seatinients de bienveillance qu'il a manifestés fçé quemment pour ma nation et pour moi en particulier, et la conviction que Votre Grandeur est trop éclairée pour ncpiisêtre d'^icçord quîçne Çaix,: ppur être^solicie, d«it être fondée sur la sûreté et l'avantage réciproques» Pour gP'goer ce but , pour concerter avec Votre GrandeiMr les moyens d'y parvenir promptement, je n'attends que les passe-ports nécessaires pour me rendre à Pétersbourg. Je jouis d'avance du plaisir (fc revoir les amis que je crois y avoir laissés , parmi lesquels j'osftcomptejr Votre Grandeur, et j'éprouve une grande satisfaction d'avoir U*ouvé cette occasion de lui renouveler les sentiments de la haute considération aveclaquellej'airhonneurd'être,etc.
Signé Stbdingr.
ou COMTE i>R STËDIN6JL. 3i
Copie (Cune lettre de M. le baron de Lagerbjelke à S. G. M. le comte de Champagny , en date du 14 mai 1809.
L'événemeat important pour les destinées futures de la Suède, qui vient d'avoir lieu ici, me fournit une occasion bien favorable pour avoir l'honneur de m'adresser à Votre Grandeur, et pour lui communiquer, avec cette confiance entière qui sera toujours inséparable de mes relations officielles, les circonstances principales qui ont rapport à la situation présente des affaires intérieures en Suède.
La tendance de l'esprit public vers un seul ob jet majeur, les voeux et la volonté unanimes qui avaient préparé et finalement opéré le changement dans le gouvernement de l'État, se soiit
Sï MÉMOIRES POSTHUMES
aussi manitestés de la manière la plus prononcée dans les premières démarches des représentants de la nation. En examinant de plus près toute rétendue des dangers auxquels la Suède a été exposée , ils se sont réunis de cœur et de volonté autour de la personne de M*^ le duc régent , qui , maintenant comme autrefois , m^a pas désespéré du salut de l'État.
La marche de la diète a par conséquent été calme, mais en même temps ferme et décidée, tant pour ce qui regarde l'ancien ordre de choses que pour celui qui doit le remplacer. Ce sentiment général a eu occasion de s'énoncer, le 10 de ce mois, dé la tnaniëre la plud solennelle. Dans une assemblée générale des états du royaume, S. A. R. le duc régent fit faire lecture de Tacte d'abdication spontanée du roi; elle fut acceptée, quoique les états la déclarassent en même temps superflue, les plus grandes raisons d'État prescrivant en tout cas cette mesure, dont les états étendirent aussi l'effet sur la postérité de Sa Majesté. Jamais leurs suffrages ne furent plus Unanimes. La 'nécessité absolue de la plus étroite union avait tellement ft&ppé tous les esprits, que pas une seule voix ne s'éleva en faveur ni du roi ni de sa dynastie,
dont les droits furent annulés par une assemblée de plus de mille députés, nobles, clercs, bourgeois et cultivateurs.
La destitution du roi et de son fils n'influera cependant en rien sur la manière mesurée dont ils ont été traités jusqu'à présent. La nation , généreuse et loyale, saura montrer au malheur les égards qui lui sont dus; elle n'aspire qu'au moment où ce prince malheureux puisse retrouver, loin de ce pays et au sein de sa famille, le bonheur et la tranquillité que pendant son règne il n'a su procurer ni à son peuple ni à soi-même , et les sentiments connus de M*' le duc régent servent à cet égard de règle à l'opinion de tout le monde.
Les suffrages non douteux des états, la voix publique, le besoin généralement senti d'une main ferme et expérimentée pour la gestion des affaires du royaume, décernent déjà la couronne, et de la manière la plus décisive, à M*' le duc régent. Si S. A. R. n'avait pas voulu elle-même retarder le moment de sa proclamation , en indiquant aux états quelques modifications indispensables à adopter préalablement dans les lois fondamentales subsistantes, et en déclarant ne vou-
:Uî MKMOIRKS POSTHUMES
loir accepter la royauté qu'après que cette réforme de nos lois constitutives ait été définitivement faite, il est indubitable que la grande mesure adoptée à l'égard du roi et de sa postérité eût été immédiatement suivie de l'avènement au trône de S. A. R. Mais son cœur, cruellement déchiré, s'est refusé à cette mesure précipitée, et en remettant de quelque temps sa proclamation , le duc a donné à ses sujets à venir un exemple de modération et de sensibilité qui ne sera pas perdu pour eux.
Il n'est question d'aucune régénération de nos lois fondamentales; seulement, on tâchera d'en écarter tout ce qu'une expérience bien chèrement achetée pendant ces derniers temps a prouvé être préjudiciable aux vrais intérêts de l'État. L'autorité royale sera maintenue dans sa plus parfaite intégrité ; la représentation nationale et les droits des états, conservés comme autrefois, sont comme les divers privilèges des ordres de la société civile. La responsabilité ministérielle, l'administration financière , seront établies sur des bases solides et d'une manière étroitement liée au pouvoir exécutif. Le duc régent, ayant provoqué les travaux constitutionnels de la diète, les surveillera de près; et d'après toutes les probabilités, ce travail
ne durera pas au delà d'une quinzaine de jours , et pendant ce <;ourt intervalle, S. A. R. continuera d'exercer l'autorité royale dans toute sa plénitude.
Cette affaire terminée, il est à prévoir que- M'' le duc déférera aux vœux des états et de la nation, en acceptant la couronne royale. Son premier soin sera pour lors d'envoyer auprès de S. M. Impériale et Royale des personnes investies de toute sa confiance , chargées de la double mission d'annoncer son avènement à l'auguste empereur des Français, et de conclure la paix définitive de la Suède avec la France , et avec celles des puissances, ses alliées, qui consentiraient à lui déléguer le soin de leurs intérêts. C'est S. G. M. le baron d'Essen, un des seigneurs du royaume et général de cavalerie , avec qui je suis destiné à partager l'honneur de remplir le premier de ces objets , et la vive satisfaction de travailler au second. J'ignore si Votre Grandeur a fait expédier des passe-ports demandés dans la dépêche de M. le baron d'Ehrenheim, du 17 mars, et s'ils nous parviendront' ici ou ailleurs, par l'entremise du ministre de S. M. lmpérifi,le et Royale , à Hambourg ou à Copenhague ; mais au cas qu'une me>
38 MÉMOIRES POSTUUMBS
sure pareille n'eût pas encore été adoptée, je prends la liberté de lui proposer de vouloir bien confier ces passe-ports , pour nous et pour notre suite, soit à M. le général commandant à Stralsund (où nous comptons nous rendre par eau), soit au ministre de S. M. l'empereur et roi , à Berlin.
Ce sera M. d'Arwedson , major du régiment des gardes à cheval , qui aura l'honneur de remettre cette lettre à Votre Grandeur. Tous les vœux de cet officier seraient remplis, s'il peut espérer, par les bontés de Votre Grandeur, d'être présenté à l'empereur. Il partage ce désir avec tous les Suédois. '
C'est avec les sentiments , etc.
Signé G. de Lagerbjelke.
DIT COMTE DB fTEBINCK.
Copie dune lettre de S. G. M. le comle de Romanzoff à S. G. M. le baron (fEngeslrom , en date de Smni'-Pétersbùurg, le 42 juin 1809.
J'ai reçu la lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'écrire, et qui m'a été remise par M, de Taube.
Je vois avec un plaisir infini que Votre Grandeur, en se chargeant du ministère des affaires étrangères, cpçimence sa carrière par tâcher de pr^arer la paix entre deux États qui n'auraient lamais dû se diviser. Elle me rend justice lorsqu'elle me suppose le désir le plus sincère de l'assister en tout ce qui peut amener un ordre de choses %\ conforme à l'intérêt des deux monarchies, aifx voeux de l'empereur.
Puisque c'est après la réception cjle la leUre que
40 MÉMOIRKS POSTHUMES
j'avais eu Thonneur d'écrire à M. le baron de Lagerbjelke que M. le baron de Stedingk a réclamé ses passe-porls auprès du chef de notre armée , je suis , je le confesse*, en droit de conclure que, pour traiter de la paix avec la Russie , la Suède a accepté d'une manière pure et simple les trois points tels qu'ils avaient été énoncés dans ma lettre , et qui devaient servir de base fixe à la négociation.
Je suis, monsieur, en droit de le conclure', puisque dans cette même lettre il était dit positif vement que c'était dans le cas de l'acceptation pure et simple que M. le baron de Stedingk pouvait recevoir ses passe-ports.
Je l'avoue cependant à Votre Grandeur, je ne trouve pas dans la lettre qu'elle m'a fait l'honneur , de m'écrire , cette acceptation pure et simple telle que nous l'avions demandée. Elle ne se trouve qu'en ce qui concerne le premier point, et la réponse aux deux autres n'offre rien de bien déterminé et laisse trop de vague. J'en écris à M. le baron de Stedingk, pour le prévenir que la négociation ne peut s'ouvrir qu'à ce prix, et qu'iï veuille bien suspendre sa route, s'il ne peut me donner l'assurance positive que j'avais prié
DC <:OJIiTE DE STEMINGK. ïi
M. le bar(Hi de Lagerbjelke de me faire parvenir.
L'empereur, uni par les liens du sang les plusrapprochés aux monarques de la Suède , attaché à la postérité de cette monarchie par Tintéréid^e son empire et par Testime infinie qu'il porte à cette brave et loyale nation, se^ propose de traiter avec elle sans déguisement , sans arrière-pensée. Il est résolu de détacher de la négociation de la paix tout ce qui peut la retarder et produire à la fin de nouvelles divisions. S. M. Impériale peutelle donner un plus sûr garant du désir sincère qu'elle a de conclure la paix? Pourquoi donc, monsieur, par une sorte de réserve , dans les expressions qui doivent être précises ^ retarderionsnous l'immense bénéfice de la paix? N'éloignez pas , je vous prie, cette époque heureuse qui doit unir les deux monarchies par la plus étroite amitié.
Si les trois points tels qu'ils sont dans ma lettre du Ift mai à M. le baron de Lagerbjelke sont adoptés d'une manière pure et simple et de façon à ne pouvoir plus devenir objet de discussion , la paix sera conclue, je le promets à Votre Grandeur , en deux fois vingt-quatre heures , et , par conséquent , il n'y aura pas même le temps nécessaire pour régler un armistice.
43 MBMOUBS POSTUDIIBS
Je m'estime d'aij^nf plus heureux de$ i^ports oU je me trouve avec Votre Grandeur, que j'ai la flatteuse conviction que notre corresponc}i|.nce nous conduira à la paix , et , à la suite de celle-ci , aux relations les plus intimes.
J'ai l'honneur d*étre » etc.
Signé le comte Nicolas de Romanzoff.
(Jopie (Tune lettre de S. G. M. te baron (tEngestrom à S. G. M. te comte de Romanzoffj en date de Stockholm , te A juillet 1809.
Le baron de Taube m'a remis, la lettre que Votre Grandem' m*à fait Thonneur de m'écrire en date du 12 juin , et je me suis empressé de la mettre sous les yeux du roi.
Sa Majesté a été très-peinée de voir que la négociation dont elle s'était promis le rétablissement I de la bonne harmonie entre les deux États , doit ] encore souflrir un retard,' qui, de telle courte durée qu'il puisse être , ne peut que prolonger d'autant les maux dont souffre l'humanité. Uni par les liens du sang les plus rapprochés à S. M. l'empereur de Russie, le roi verra avec regret s'éloigner le moment tant désiré de faire revivre
kh MÉMOIKBS POSTUDMES
l'amitié qui doit exister entre de si proches parepts. Le bien de ses sujets et Pestime qu'il porte à la brave nation russe lui inspirent le désir sincère de renouveler des liaisons, lesquelles, comnne Votre Grandeur l'a fort bien remarqué, n'auraient jamais dû être rompues, et qui certainement ne l'ont pas été par sa faute.
Le roi désire sincèrement la paix , et croit en avoir donné une preuve non équivoque dans la déclaration qu'il m'ordonna de transmettre à Votre Grandeur en date du 9 juin. Sa résolution de faire au bien de l'humanité et au bonheur de son peuple de grands sacrifices y est énoncée de lamanièrelaplus solennelle ; mais de quelque étendue que doivent être ces sacrifices, il y a des détails sur lesquels il faut s'entendre avant que de pouvoir faire une acceptation pure et simple. Les difficultés dé détails seront , selon toutes les apparences , facilement levées par la négociation préparée , car le seul moyen de s'entendre est de se communiquer, et le baron de Stedingk ne fera assurément aucune difficulté que le véritable intérêt du roi n'exigQ. Votre Grandeur est trop juste pour demander plus de lui.
Il est peut-être inconnu à Votre Grandeur que
1)0 COMTE DE STEDIN6K. Ï5
l'ancien système en faveur de l'industrie nationale , que le roi est décidé à maintenir, exclue déjà des ports de Suède les productions d'une industrie contre laquelle le continent s'est déclaré.
La perspective d'une paix conclue en deux fois vingt-quatre heures que vous me faites entrevoir, monsieur le comte, est séduisante, je l'avoue, mais je n'ose pas me livrer aune illusion aussi agréable. Votre Grandeur me permettra de lui faire observer que, lorsqu'ily atantd'intérêts publics et particuliersà démêler, tant de nouvelles relations àétablir, quand on veut faire une paix comme celle dont il est question maintenant, sincèrement, et de manière à prévenir pour l'avenir des divisions funestes, cela demande du temps. D'autant plus tôt que la négociation commence , d'autant plus tôt on peut parvenir à l'époque heureuse qui doit unir les deux monarchies par la plus étroite amitié.
C'est pour parvenir à un but aussi désirable que je supplie Votre Grandeur de faire agréer à l'empereur, son auguste maître, que le baron de Stedingk profite de ses passe-ports pour se mettre en route.
Pour ce qui me regarde , monsieur le comte, je travaillerai assurément avec le zèle le plus vif et la
' M ^ MÉMOiaBS POSTHUMES
plus grande loyauté au rétablissement de la bonne harmonie.
Parfaitement d'accord avec Votre Grandeur sur ce point, il pourra m'arriver de différer d'opinion avec elle sur d'autres articles jusqu'au moment de la conclusion de la paix. C'est un nouveau motif pour moi de souhaiter son accélération , et je me flatte ique le désir de faire le bien de l'humanité qui nous est commun à tous les deux nous rapprochera insensiblement.
^gné L. d'Engestrom.
DU COHTB DB STM>11I«K VI
Copie dune lettre de S. G. M. le baron de Sledingk à S. G' M. le comte de Romanzoff^ en date de Stockholm j te b juillet 1809.
Prêt à me mettre en route pour me rendre en Russie, j'ai eu Thonneur de recevoir la lettre que Votre Grandeur a bien voulu m'adresser en date du 12 juin vieux style. Ed rendant justice aux sentiments qui m'animent pour raccélération de l'œuvre sdutaire de la paix , Votre Grandeur jugera facilement combien j'ai dû éprouver de regrets en voyant un retard inattendu être apporté àr mon voyage. Je m'étais d^à livré h l'espoir consolant de pouvoir contribuer de mon côté à éteindre les feux d'une guerre funeste ^ et j'avais cru que la cour de Russie trouverait une garantie suffi-
santé des sentiments pacifiques durci mon maître, et de sa détermination à se prêter aux sacrifices , même les plus grands , qui puissent être compatibles avec la dignité et l'indépendance future de son royaume , dans la déclaration contenue dans la lettre à Votre Grandeur de Sa Grandeur M. le ministre d'État et des affaires étrangères baron d'Engestrom, que je serais muni de pouvoirs assez étendus pour conclure la paix.
J'aime à croire que cette déclaration , ainsi que les éclaircissements que le ministre d'État aura l'honneur de communiquer .aujourd'hui à Votre Grandeur , et auxquels je me réfère entièrement pour ce qui regarde les questions que vous avez bien voulu m'adresser, monsieur le comte , seront jugés assez satisfaisants, assez conformes aux vœux comme aux intérêts des deux pays , pour ne plus entraver l'ouverture des négociations. Le choix que l'empereur a fait de Votre Grandeur pour traiter avec moi me présage les résultats les plus heureux , et je la supplie de croire à la vive satisfaction que cette nouvelle m'a causée. Tous mes désirs eussent été remplis , si l'endroit fixé pour les négociations de la paix eût pu être transféré à Saint-Pétersbourg , et c'est un objet que j'aban-
DU GOMTB DB aTBPBieK. ^9
donne entièrement à Tintecvention obligeante de Yotare Grandeur auprès de l'empereur son auguste maître.
Signé CoRT v. Stbdingk.
âO MSMiUUS PO&TAIÎMES
Copie dune lettre de &* E, A(. te baron (fEnges- . trôm à S. G. M. le comte de Romanzoff^ en date de Stockholm, le "1% juillet 1809.
J'ai à remercier Votre Grandeur des deux lettres qu'elle m'a fait l'honneur de ra'écrire , le 2 et le 7 du courant v. st.; la première, arrivée avec le courrier suédois , et la seconde qui me fut remise hier au soir, par M. Schubert.
Je m'empresse de faire savoir à Votre Grandeur que le baron de Stedingk se mettra sous peu de jours en route pour avoir l'honneur de la voir à Fredrikshamn. Arrivé à ibo, il vous priera, M. le comte, de l'informer du temps où pourra commencer une entrevue, dont nous espérons un effet si salutaire pouf le bien des deux pays.
J'ai l'honneur d'être , etc.
Signé L. d'Engestrôm.
ou GOMn HB snomftK.