DD FELD -MARÉCHAL
Le baron de Stedingk arrivé à Saint-Pétersbourg , sut bientôt gagner les bonnes grâces de l'impératrice Catherine IL Plusieurs raisons contribuèrent à cette faveur auprès d'elle : il joignait à l'amabilité et aux manières élégantes de la cour de France un grand fonds de bonhomie allemande , que Catherine , née dans le nord de l'Allemagne ainsi que M. de Stedingk , affectionnait beaucoup. A ce double motif vint se joindre la haine que Catherine portait à la révolution française, parfaitement d'accord avec celle de M. de Stedingk, serviteur affectionné de la maison de Bourbon.
Il obtint ainsi une grande faveur auprès de l'impératrice , fut admis dans le cercle de sa société II. 1
intime , eut le portrait de l'impératrice comme témoignage de sa haute bienveillance , et fut ainsi bientôt le membre le plus influent du corps diplomatique de Saint-Pétersbourg , composé alors des personnes les plus marquantes de l'Europe, pour leur savoir et leur amabilité , comme M. de Ségur, ambassadeur de France , le prince de Ligne et M. de Cobenzel , ambassadeur d'Autriche , lord Saint-Helene , alors M. Fitz-Herbert , ambassadeur d'Angleterre , etc. , etc.
Les relations de la Russie et de la Suède devinrent par cette entremise de plus en plus intimes ^ et le plan fut formé d'une coalition contre la France , selon lequel le roi de Suède devait débarquer sur les côtes de Bretagne avec une armée composée , moitié de Suédois et moitié de Russes^ La mort du roi par la main d'un assassin , mit cependant un terme à ces projets , qui , au fond y étaient peu sages pour la Suède.
Le duc de Sudermanie ayant pris la régence du royaume de Suède , la politique de ce pays changea entièrement , et la Suède fut le premier pays à reconnaître la république française.
Ce changement de politique n'influença aucunement la position personnelle de M. de Stedingk à
Saint-Pétersbourg, qui, fondée sur la connaissance qu^on avait de son caractère noble » continua à être la même.
L'impératrice conçut à cette époque le projet d'un mariage entre le jeune roi de Suède , Gusteive IV, et sa petite fille Alexandrine Pawlowna. Cette princesse , douée d'une grande beauté et de toutes les qualités de Fesprit et du cœur, était bien faite pour plaire au jeune roi de Suède , qui , ayant fait sa connaissance personnelle, en fut fort épris. Son oncle le régent avait aussi donné son assentiment, quoiqu'il n'aimât ni la Russie ni r impératrice^ Enfin tout semblait concourir à cette union , quand des scrupules de religion vinrent la rompre : ils provinrent de l'évêque Flodin , qui avait été l'instituteur du roi , et la raison fut la demande d'une chapelle grecque à Stockholm , où la grande-duchesse pourrait suivre les rites de ^ son culte.
Ce qu'il y avait de singulier dans cette affaire ( conduite par le général , depuis le feld -maréchal comte de Klingsporre ) , fut que le point essentiel de religion avait été entièrement omis dans les préliminaires du contrat de mariage, et ne fut mis en question que le soir même où les fiançailles de-
valent être célébrées, le roi étant déjà arrivé à Saint-Pétersbourg pour célébrer lui-même ses fiançailles, et que les choses étaient tellement avancées, que l'impératrice , assise sur son trône, entourée de sa cour, attendait avec impatience le moment où le roi et sa promise entreraient dans le salon. De rompre dans des circonstances aussi avancées fut regardé comme une oflfense , et fut tellement pris à cœur par l'impératrice qu'elle en mourut de dépit peu de jours après.
Cet état des choses était dilBcile pour un ambassadeur. Le baron de Stedingk réussit cependant à apaiser l'orage et à conserver son influence à la cour de Russie.
L'empereur Paul vint succéder à Catherine. Depuis longtemps il avait professé une grande estime pour le baron de Stedingk qu'il nomma toujours « le preux chevalier. »
Le règne de l'empereur Paul n'a d'autre intérêt dans les Mémoires de M. de Stedingk que celui du fameux traité de la neutralité armée , que M. de Stedingk négocia avec le comte de Rostopchin , et auquel le Danemark prit part après. Ce traité fut amené par l'exercice du droit de visite en liaute mer que l'Angleterre voulait s'arroger pour empêcher
BU €OMTB DB STBDINGK. 5
la France d'obtenir des munitions de guerre sous pavillon neutre. Ce droit fut contesté par les puissances.
Le traité de neutralité armée , conclu à Saint- Pétersbourg le 16 décembre 1800 , contenait les conditions suivantes :
1"* Que le pavillon neutre couvre la cargaison ;
2^ Que le navire sous convoi ne peut être visité.
3^ Que les munitions de guerre sont contrebande près d*un port bloqué par Tennemi.
4* Que le port n'est reconnu bloqué que lorsqu'un vaisseau armé se trouve à portée de vue.
5' Que le tiers au moins de l'équipage d'un vaisseau, ainsi que le capitaine , doivent être natifs du pays dont ils arborent le pavillon , pour être reconnus appartenant à ce pays.
6" Qu'une escadre russe , une suédoise et une danoise seraient stationnées dans le Sund pour maintenir les principes du traité en question.
Ce fameux traité eut cependant peu de durée : il fut surtout brisé par le canon de l'amiral Nelson , qui força le Danemark à se séparer de l'Union , et qui ouvrit la Baltique au pavillon anglais.
C'était pendant le règne de l'empereur Paul que
la mission du général Duroc eut lieu à Saint-Pétersbourg.
Napoléon avait eu l'adresse de faire tourner la politique de Pwl , tantôt son ennemi mortel , tout e» sa faveur, par quelques procédés envers lui et par ses plans chimériques de Tinvasion de l'Inde britannique.
C'est dans ce but que le général Duroc fut en-^ voyé à Saint-Pétersbourg par Napoléon. Nous ayons trouvé dans les papiers du baron deStedingk le plan en question , que nous reproduisons ici comme étant peu connu dans ses détails.
Esquisse du plan de campagne contre les établissements anglais de Ctnde^ tel quil fut arrêté par Bonaparte et C empereur Paul r*.
Une armée française de trente-cinq mille hommes d'infanterie , avec tout le matériel de son artillerie légère , se portera des frontières de France à Ulm , du consentement de l'Autriche , y trouvera des bateaux , et s'y embarquera sur le Danube.
Arrivée à la mer Noire , une flotte russe la trans-i portera jusqu'à Taganrok, d'où elle se rendra à Tzaritzin , sur le Volga, où, pourvue de bateaux,
elle se rembarquera pour descendre le fleuve Jusqu'à Astrakhan,
Là , une armée russe de trente-cinq mille hommes , dont quinze mille d'infanterie , dix mille de cavalerie et dix mille Cosaques *, pourvue de grands trains d'artillerie, se réunira à l'armée française , à qui il sera fourni les chevaux nécetssaires à son artillerie et à ses transports.
L'armée combinée sera transportée par la mer Caspienne d'Astrakhan à Astrabat, où seront établis les dépôts de munitions de tous genres nécessaires à l'armée.
Cette marche des frontières de France à Astrabat est évaluée à environ quatre-vingts jours, et il en faudra encore cinquante pour parvenir sur la rive droite de l'Indus avec le corps de l'armée, dont la marche s'opérera par Hérat , Ferah et Candahar ; en tout , cent trente jours de marche ou transports pour les troupes françaises , qui seront, ainsi que les Russes , sous le commandement en chef du général Masséna (selon la demande expresse qu'en avait faite l'empereur Paul ),
" Paul avait déjà ordonne le rassemblement de 50,000 Co^saques pour cette expédition , quand il mourut.
Il est inconcevable comment un plan aussi peu mûri, et démontrant une si parfaite ignorance des localités , des obstacles , et de Ténormité des distances que l'armée expéditionnaire aurait eu à parcourir avant même d'arriver aux Indes, ainsi que delà forte résistance qu'elle aurait eu à éprouver là, par une armée britannique forte, disciplinée , aguerrie et acclimatée , ait pu sortir du cabinet de Napoléon , si le tout ne doit être considéré que comme une ruse politique pour séduire l'imagination fantastique de l'empereur Paul , mécontent pour le moment du cabinet de Saint-James.
Notre intention n'étant pas d'écrire ici l'histoire du règne de l'empereur Paul , nous nous bornerons à citer quelques traits de cet empereur dont M. de Stedingk fut témoin, et qu'il a racontés plusieurs fois au sein de sa famille , et qui caractérisent trop bien l'empereur Paul pour ne pas mériter d'être consignés ici.
Le bruit d'une insurrection à Lovisa (petite vilte de la Finlande suédoise d'alors) s' étant répandu, l'empereur Paul envoya de suite chercher le baron Stedingk , qui avait justement ce jour-là un de ces grands dîners qu'il donnait régulièrement tous les jeudis. L'on était au moment de se mettre à table ;
l'ambassadeur s'excusa auprès de ses hôtes, demanda sa voiture , et allait partir, lorsqu'un nouveau message plus pressant que le premier lui arriva. Il se rendit en hâte au château , fut introduit dans le cabinet de l'empereur qui l'attendait avec la plus vive impatience , et qui lui donna à peine le temps d'entrer avant de lui dire : « Eh bien ! » voilà de belles nouvelles de la Finlande : une » révolte à Lovisa. Mais il ne sera pas dit que » j'aurai perdu une minute à voler au secours de » mon ami le roi de Suède. Je mets à sa disposi- » tion cinquante mille hommes dont vous prendrez » le commandement. Vous irez de suite , à la tête » de ces troupes , mettre les rebelles à la raison. » Mon fils Constantin vous suivra comme aide de » camp. Asseyez-vous là, et écrivez sous ma dictée » le traité que je vous propose ; nous le signerons » ensuite, vous et moi. »
L'ambassadeur connaissait le caractère emporté de l'empereur ; il n'osa pas se refuser à cette singulière proposition. Il se conforma donc à ses ordres, après lui avoir exprimé la reconnaissance que son souverain ressentirait d'une preuve aussi irrécusable de son amitié. Le traité achevé et dûment signé par l'empereur et l'ambassadeur, le
premier sonna et demanda le grand-duc, qui ne se fit pas attendre. Il lui répéta ce qu'il venait de dire au baron » et lui ordonna de se tenir prêt à le suivre.
Constantin portait au baron une amitié toute particulière, aussi lui exprima-t-il de la manière la plus aimable le plaisir qu'il aurait à servir sous ses ordres. Ce ne fut qu'alors que l'ambassadeur hasarda la proposition de remettre le départ de quelques jours, afin de. donner au courrier qu'il venait d'expédier le temps de revenir.
Il réussit finalement à obtenir ce délai de l'empereur.
Le courrier revint rapportant la nouvelle , que tout était tranquille en Finlande, et qu'il n'y avait jamais été question d'aucune révolution. L'expédition projetée n'eut donc pas lieu, mais le traité conclu et signé, resta en possession de l'ambassadeur, qui le conserva comme une pièce curieuse dans les annales de la diplomatie.
Unautre jour l'empereur Paul avait, pendant une grande cérémonie, dit quelques mots à voix basse au grand chambellan, M. deNarishkin. Comme on savait que Narishkin ne jouissait pas des bonnes grâces de l'empereur, et qu'on croyait qu'un
raccommodement avait eu lieu , on demanda au grand chambellan ce que Tempereur lui avait dit à Toreille ? « Durack » ( fou ) , répondit M. de Narishkin , et pas un mot déplus. Le lendemain Tempereur causant avec Tambassadeur , exprima son mécontentement à Tégard du grand maréchal pour avoir mal arrangé la fête , quand celui-ci , qui cherchait toujours à rendre service aux personnes de sa connaissance, défendit le grand chambellan pour les arrangements de la fête , et vint malheureusement ii, dire , que M. de Narishkin ( apparenté avec la famille impériale) était cependant un trèsgrand seigneun A ce mot lâché imprudemment , toute la physionomie de Tempereur se décomposa, et , en élevant la voix , il dit ces paroles remarquables : « M. Tambassadeur , sachez qu'il n'y a i pas de grands seigneurs en Russie , que celui à » qui je parle , et autant que je lui parle. »
Voilà en peu de mots le caractère de Paul , ainsi que celui de Vautocratie en général , qui loin de représenter, ainsi que le fftit la monarchie limitée, la forme solide de la pyramide, s' élevant par degrés jusqu'à son sommet où est placée la couronne , n'offre que l'emblème d'un colosse isolé sur une plate-forme, où tout étant nivelé^ rieij
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ne se trouve qui puisse lui servir de point d'appui.
Nous passons sous silence la mort tragique de l'empereur Paul, trop connue pour avoir besoin d'être retracée dans ces mémoires ; nous dirons seulement, que M. de Stedingk, tout en recon* naissant la bizarrerie de Paul , rendait justice à ses bonnes intentioife , et au chevaleresque de son caractère.
L'empereur Paul fut remplacé sur le trône de Russie par son fîls Alexandre. Celui-ci ayant depuis son enfance vu M. de Stedingk dans les bonnes grâces de sa grand-mère, l'impératrice Catherine , ainsi que dans celles de son père, l'empereur Paul , le considérait plutôt comme un ancien ami de famille que comme ambassadeur étranger. Aussi se rendit-il chez lui le lendemain même de la mort précipitée de son père , et se jetant à. son cou , lui dit : (Je suis l'homme le plus « malheureux delà terre, » — «Vous devez l'être!» lui répondit l'ambassadeur.
Les relations entre la Suède et la Russie prirent alors un caractère moins amical , malgré la parenté des deux souverains , qui , ayant épousé deux sœurs, setrouvaientbeaux-frèresrundel'au-
tre. Plusieurs raisons contribuèrent à cet éloignement , et j'en citerai une , bien misérisible en ellemême , mais qui pourtant devait avoir des suites.
Gustave IV ayant passé en revue une partie de l'armée de Finlande , le jeune roi vint visiter la frontière de la Russie à Abborforss. Il y avait un pont de bois en cet endroit qui conduisait à une petite île au milieu de la rivière de Kymene , formant alors la frontière entre les deux pays , et de là sur le territoire russe. Les traités n'étaient pas explicites sur la possession de cette ile de cinquante pas de longueur , si elle devait appartenir à la Suède ou à la Russie.
La partie du pont qui conduisait de l'île au territoire suédois y avait depuis longtemps été peinte, moitié en couleur suédoise (bleu), moitié en couleur russe (vert). Le roi arrivant sur les lieux, ordonna de suite de barbouiller la partie du pont considérée russe , en bleu.
Des protestations furent faites par les autorités russes qui firent repeindre leur partie en vert ; les Suédois de nouveau en bleu, d'après l'ordre du roi; et la querelle s'échauffa tellement, qu'on vit bientôt un corps d'armée russe se réunir près du pont déclarant qu'il le passerait si les couleurs
russes n'étaient conservées intactes. Gustave IV^ comme de coutume, ne fit rien pour soutenir une querelle qu'il avait entamée , et le pont resta peint en vert.
Ces circonstances étaient difficiles pour l'ambassadeur de Suède : il écrivit alors à une des personnes les plus influentes auprès du roi , le baron G, de L. , la lettre suivante :
« On sert mal son souverain quand on fait y> tout ce qui lui vient dans l'esprit. Le feu roi me » permettait de lui désobéir quand ce qu'il ordon* » nait était contraire à ses intérêts : c'est ce qui » a fait que j'ai pu lui être utile et rendre quel- » ques services à l'État; maintenant je ne suis » plus bon qu'à enterrer, c'est à quoi je vise; » mais, avant, j'espère de vous revoir encore et » de vous témoigner en personne tout l'attache* » ment que je vous porte, »
Malgré l'attachement et la sympathie que M. de Stedingk portait par ses anciens souvenirs à l'illustre maison de Bourbon et à ses branches collatérales, et l'impression fâcheuse que l'enlèvement et la mort tragique du duc d'Enghien devait faire sur lui , nous verrons cependant que ces sentiments n'influencèrent pas les conseils qu'il donnait à son
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roi , lorsque celui-ci , entraîné par Tinf^pression de cet acte de violence , voulait avec des moyens insuffisants faire la guerre à Napoléon* M. de Stedingk écrivit la lettre suivante au baron de Lagerbjelke qui remplissait auprès du roi, en Allemagne alors, les fonctions de ministre des affaires étrangères :
Saint-Pétersbourg, 27 Juin (9 juillet) 180&.
Prévoyant, mon cher baron, que je pourrais expédier M. Eikstedt dans quelques jours , je prends les avances pour vous témoigner ma vive reconnaissance de vos apostilles qui accompagnèrent les dépêches du 28 avril et 5 juin. Elles ont été livrées aux flammes, mais elles ne resteront pas moins présentes à mon esprit comme un monument devotre patriotisme et de votre attachement au roi. Ces sentiments ne peuvent jamais se manifester d'une manière plus éclatante , qu'en présentant au souverain des vérités qui contrarient ses goûts et son penchant. Le difficile en tout cela, mon cher ami , est de savoir ce qui est vérité , en fait de politique , car nous voyons arriver tous les jours des choses qu'aucun esprit humain n'a pu
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prévoir et qui déconcertent toutes les mesures. Il paraît , cependant , au milieu de cette incertitude , qu'il ne peut pas convenir à la Suède de lever le bouclier en ce moment , et de se charger d'un premier rôle dans une guerre éventuelle. . . .
J'espère que le temps qui s'est écoulé depuis le meurtre du duc d'Enghien , et la réflexion , auront calmé un peu le ressentiment du roi ; et si la guerre éclate sur le continent ( ce qui est bien loin d'être décidé) , que nous serons trop sages pour y prendre part qu'autant qu'elle ne nous coûtera pas un sou. Il est vrai que la perte d'hommes est inévitable , et qu'elle est bien funeste pour la Suède ; mais j'y aurai moins de regrets , si une guerre éloignée de nos frontières , sans épuiser nos ressources et diminuer notre considération , pouvait nous guérir pour toujours de notre passion pour la gloire militaire. C'est l'effet qu'elle produit quelquefois, m voyant de près toutes les horreurs qui l'accompagnent. Selon moi , il n'y a que la nécessité la plus absolue qui puisse l'excuser devant Dieu et les hommes. Je suis bien aise que vous soyez secondé dans vos efforts par le baron de Ehrensward. Son nom est dans toutes les bouches,
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et il s'est infiniment distingué par sa conduite ministérielle à Paris, Vous me ferez plaisir , mon cher baron , de lui présenter mille amitiés de ma part.
De plus grands événements vinrent occuper alors l'attention des cours de Russie et de Suède : Napoléon prenait pendant la paix plus qu'on ne prend à la fin d'une guerre victorieuse. Il fallait tâcher de mettre des bornes à ce torrent qui envahissait tout; et quoique infructueuses pendant longtemps encore , elles préparèrent l'Europe à cette résistance commune de tous les peuples , qui finirent par briser leurs chaînes et faire tomber l'insatiable dominateur de la hauteur à laquelle il s'était élevé.
Comme nous ne prenons pas la tâche difficile d'être l'historien de ces temps mémorables , nous nous bornerons à offrir ici les dépêches de l'ambassadeur depuis le commencement de l'an 1805 jusqu'à la moitié de 1808 , qui présentent le tableau vif et animé de tous les grands événements politiques de ces temps , la campagne d' Austerlitz , celle dite de Friedland , la paix de Tilsit , ses articles secrets, l'expédition anglaise à Copenhague, la guerre de Finlande , et celle de Turquie , fai-