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maison qu'accoururent spontanément des représentants de toutes les fractions de Ja majorité pour aller d'abord chez M. le comte Daru, vice-président de l'Assemblée , puis à la mairie du X' arrondissement où, par une délibération unanime, le Président de la république fut traduit devant la haute cour comme coupable de haute trahison. Cette délibération, strictement légale, avait le plein assentiment de M. Barrot. Conduit avec ses collègues à la caserne du quai d'Orsay, entre deux rangs de soldats, il refusa l'élargissement qu'on lui offrait en souvenir de la haute position qu'il avait occupée. Il avait l'âme trop fière pour vouloir se séparer de ses collègues et, enfermé à Vincennes, il fallut user de ruse pour lui rendre la liberté avec plusieurs de ses collègues.
A partir de ce moment jusqu'aux derniers jours de l'empire, M. Odilon Barrot resta complètement étranger aux affaires publiques, déplorant la ruine des ins« titutions parlementaires, prévoyant les malheurs que le despotisme devait attirer sur la France, gémissant sur l'abdication de cette nation, autrefois si libérale, et qui paraissait accepter son abaissement sans trop de répugnance, mais prêt à recommencer la lutte le jour où la lutte serait possible. Il permit donc que sa candidature fût posée à Strasbourg contre une candidature officielle ; la pression administrative était trop forte et il ne put pas venir, à côté de M. Thiers, réclamer à la tribune les libertés nécessaires. Néanmoins, par son attitude, par son langage, par ses écrits, il contribua aussi au réveil de l'opinion publique. De-
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puis qu*il était entré dans la vie politique, il poursuivait avec une persévérance infatigable la réforme des institutions administratives et judiciaires de la France : « A quoi, disait-il, se réduirait la souveraineté d'une nation qui n'aurait conservé ni le droit de s'administrer, ni le droit de se juger? Tout au plus au droit de changer de maître à volonté. Cette nation aurait beau inscrire dans toutes ses constitutions, graver sur tous ses monuments le principe de sa souveraineté, elle n'en posséderait que la formule ; elle en aurait aliéné les attributs les plus essentiels. »
Ce n'était pas chez M. Barrot une opinion de circonstance ; c'était une opinion profonde, fondamentale ; et le mariage du gouvernement parlementaire avec l'administration impériale lui paraissait quelque chose de monstrueux. Placer une tête libre sur un corps servile, c'était, à ses yeux, violer les lois de la nature, et créer un être hybride qui ne pouvait pas vivre. De là, surtout, venait l'échec de toutes les tentatives libérales que la France avait faites depuis 4789. Le premier devoir était donc d'en finir avec la centralisation et de rendre aux divers organes de la vie pubhque la hberté de leurs mouvements. C'est dans cet esprit que M, Odilon Barrot publia, en 4861, un volume intitulé : ^l Delà centralisation et de se$ effets. » II examinait dans cet écrit l'influence de la centralisation sur les rapports des classes de la société entre elles, sur la prospérité du pays, sur la stabilité des gouvernements, sur les institutions représenta* tives, et partout il prononçait contre elle une condam*
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nation fortement motWée. C*est surtout au point de vue moral qu'il la réprouvait : « La centralisation, disait-il, détruit chez les peuples toute fierté, toute intelligence et jusqu'au goût des affaires publiques. La question de la bonne ou de la mauvaise administration est bien secondaire à côté de la question morale. Que les citoyens fassent bien ou mal leurs afiaires, cela sans doute est important; mais il y a quelque chose de plus important encore, c'est qu'ils les fassent, et qu'en les faisant ils apprennent à défendre leurs droits, à respecter ceux d'autruiet surtout qu'ils y puisent cette dignité, cette confiance, cette force virile que donne toujours la pratique des devoirs publics. » Pour M. Barrot, cet intérêt primait tous les autres : aussi, quand, au début de l'Assemblée actuelle, il la vit former une conmiission de décentralisation et attribuer à la plupart des communes la nomination de leurs maires, éprouva-t-il une joie sincère et commença-t-il à mieux augurer de l'avenir de la France. Ce n'était, selon lui, qu'un premier pas, mais que d'autres devaient suivre. Qu'aurait-il pensé s'il avait assez vécu pour voir la même assemblée rebrous* ser chemin, rétracter ses premiers votes et revenir à une des plus mauvaises lois de l'empire en rendante l'administration la libre nomination des maires, sans même exiger, comme sous le gouvernement de 1830, qu'ils fussent pris dans les conseils municipaux?
Sur cette question de la centralisation, M. Odilon Barrot était d'accord avec la presque totalité du parti libéral. 11 en fut autrement quand, dix ans après, il