XXX AVANT-PROPOS
des droits individuels, oe sont les principes qui permettent aux nations de se gouverner elles-mêmes. — Aussi se désespérait'il de voir que, dans tous le; camps, l'esprit de parti subordonnait le fond à la forme, et que chacun aimait mieux laisser périr la France que de la sauver par d'autres voies que la sienne propre. Que de fois, depuis trois ans, je l'ai entendu déplorer qu'il ne se formât pas, dans l'Assemblée actuelle, une majorité disposée à accepter la seule forme de gouvernement qui soit aujourd'hui possible, tout en l'entourant d'institutions libérales et conservatrices • ! Bien que radical lui-même en beaucoup de points, M. Odilon Barrot ne se dissimulait pas le danger de ce radicalisme violent et anti-social auquel il avait si énergiquement résisté en 4 848 et i 849 ; mais, pour le vaincre, il comptait sur les forces morales bien plus que sur les forces matérielles , sur la liberté bien plus que sur la compression.
La meilleure partie de la vie de M. Odilon Barrot s'est partagée entre trois époques mémorables par les grandes luttes dont elles ont été le théâtre : la lutte des idées libérales contre les passions et les préjugés de l'ancien régime ; le triomphe de ces idées bientôt compromis par de tristes divisions et par la prédominance malsaine des intérêts sur les opinions ; une nouvelle lutte contre les violences révolutionnaires et contre la folle tentative d'une aveugle réaction. A
1 . Depuis que ces pages sont écrites, l'Assemblée a fait ce que M. Barrot lui conseillait. Dieu veuille que ce ne soit pas trop tard !
AVANT-PROPOS. IXXI
toutes ces époques, M. Odilon Barrot a été au premier rang des combattants, et jamais il ne s'est montré au dessous de sa position. Puis, quand sa vieillesse, comme celle de ses amis, a été affligée par le retour de ce despotisme dont il avait jadis applaudi la chute, et qui devait perdre encore la France après l'avoir asservie, il a su se renfermer dans une attente pleine# ' de dignité, jusqu'au jour où il a pu honorablement consacrer à la résurrection de son pays les restes de son existence. Assurément, il est peu de vies aussi belles, et c'est un modèle qui mérite d'être offert à tous ceux qui, après lui, s'engageront dans la carrière politique. Qu'ils apprennent, par son exemple, à être inébranlables dans leur opinion, conciliants dans leur conduite ; à rester, à travers toutes les vicissitudes, les hommes du droit et les hommes du devoir ; à ne jamais désespérer de leur cause, et à la servir dans la défaite aussi bien que dans la victoire. C'est ainsi, seulement, que la France pourra se relever, et le nom de M. Odilon Barrot, associé à notre régénération, restera un des plus glorieux de notre histoire.
DUVERGIER DE HaURANNE, Ancien député.
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