‹ Mémoires posthumes (volume 4)Chapitre 5 sur 50 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. V

alors promettre l'union de Tordre et de la liberté. Peu de jours avantle20 mars 1815, il eut môme la bonne fortune de faire son premier pas dans la vie politique en rédigeant le considérant d'un projet de loi voté par le Corps législatif sur la proposition de son père. C'était, pour un jeune homme de son âge, un brillant début et qui marquait d'avance la place qu'il devait occuper dans nos assemblées parlementaires. Dans ce considérant, en effet, se trouvaient déjà tous les principes qui n'ont pas cessé de lui servir de règle, la reconnaissance du droit national, l'amour de la liberté, la haine du despotisme sous quelque forme qu'il se présente. Quelques jours après, garde national improvisé, il assistait au départ du roi Louis XVIII, et. pendant la triste période des Cent jours, il restait fidèle, tout à la fois au drapeau de la France et à ses opinions libérales*

C'est dans les luttes judiciaires de la Restauration que M. Odilon Barrot fit ses premières armes ; et, dès ses débuts, on put reconnaître en lui les mérites qui lui ont assuré une si haute renommée comme orateur et comme jurisconsulte : une science profonde du droit sans aucun des préjugés professionnels qui obsèdent souvent les légistes ; une rare faculté de généralisation, une parole abondante, facile, élevée, qu'il mettait au service de toutes les nobles causes. Ainsi, qu'il y eût un proscrit à défendre ou un grand principe à consacrer, il était toujours prêt, d'autant plus écouté qu'on le savait sincère , profondément convaincu, et incapable de chercher dans les conspira-

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tions le succès de son opinion. Par un concours heureux de circonstances, il fut surtout l'avocat de la liberté religieuse, alors gravement menacée, et, plus d'une fois, elle lui dut la victoire. Mais, inflexible sur les principes, il montra plus d'une fois qu'il n'en voulait rien sacrifier au désir d'un succès passager. Il se distinguait ainsi d'un grand nombre de ses confrères qui, visant surtout au gain de leur cause, se servaient indistinctement de toutes les armes, sans en mesurer la direction ni la portée. Par cette conduite, encore plus que par son talent, il était devenu, quand la Restauration approcha de son terme, un des adversaires les plus puissants du parti de l'ancien régime, un des défenseurs les plus renommés de la société moderne et des idées libérales. Je l'ai vu, à cette époque, dans la société Aide-toi , le Ciel t'aidera, dont nous faisions partie l'un et l'autre, aussi ennemi des complots révolutionnaires que des tentatives contre-révolutionnaires ; mais ferme, résolu et annonçant par avance son inébranlable détermination de résister à tout prix au coup d'État qui se préparait. Personne ne put donc s'étonner de le voir, le jour des ordonnances, prendre parti pour le droit contre la force et s'associer avec enthousiasme à la plus légitime des révolutions.

Comme secrétaire du gouvernement installé à l'Hôtel de ville, sous le nom de commission municipale, M. Odilon Barrot servit très-utilement d'intermédiaire entre l'Hôtel de ville et le palais Bourbon, entre le général de Lafayette et le président de la Chambre des députés. En le chargeant de la tâche difficile d'accom-

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pagner le roi Charles X jusqu'à la frontière, Louis- Philippe montra la confiance qu'il avait en lui, et pour savoir avec quelle modération généreuse il s'acquitta de cette honorable mission, il faut lire le récit qu'il en a fait, et surtout les pièces justificatives qu'il avait recueillies et que nous publions.

Dans cette mission si délicate, il eut le bonheur de mériter tout à la fois l'approbation du gouvernement nouveau et les remerciements du vieux roi, auxquels se joignit au dernier moment une marque de confiance de madame la duchesse d'Angoulême. Choisi, à son retour, pour la préfecture du département de la Seine, il sut, en face des plus graves complications, concilier les devoirs du fonctionnaire et les opinions du citoyen jusqu'au jour où, membre de l'assemblée, il crut qu'ils n'étaient pas compatibles. Ce jour-là il rompit, sans hésiter, les derniers liens qui l'attachaient à l'administration et il resta, comme soldat indépendant, dans le camp qui lui paraissait être celui de la justice et du droit.

Mais il ne devait pas être longtemps soldat. Il est souvent arrivé que, dans leur passage du barreau à la tribune, des avocats célèbres ont trompé l'attente publique. Il parut bientôt, au contraire, que dans ce passage redoutable le talent de M- Odilon Barrot avait grandi et qu'il était orateur politique encore plus qu'avocat. À peine avait- il été quelques jours dans la Chambre que l'opposition libérale reconnaissait son chef, et personne plus que lui n'était digne de la diriger. Investi par son parti d'une grande et juste con-

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