‹ Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1812 en RussieChapitre 4 sur 24 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Sttuatfon politique des principaux États de l*Eurûpe au cdmmeneément de iSi2. — Lettre de l^Empereur au rai de Westphalie. — Fractionnement de la grande armée en aile droite» centre et aile gauche. — Lettre de TËmpereur sur rorgabisation du cobtingent de la Westphalie. — Ordres donnés par Napoléon au tt^or-génértl pour Torganisation des corps de la grande armée, de la cavalerie, et pour la mise en mouvement des troupes françaises et alliées. — Instructions pour le roi de Westphalie, le Vice-roi d'Italie et le prince d'Eckmuhl. -— Activité de Napoléon. -—Les Russes se tiennent sur la défensive, et semblent ignorer les dieposâtions de la France. — Le roi de Westphalie se rend ^ ILalisch. — Lettre de TEmpereur, du 10 avril. — Résumé sommaire de la position dans laquelle se trouvent à la fin d'avril tous les corps de la grande armée.

On a bien souvent reproché à Napoléon son amour pour la guerre, son esprit conquérant, ses entreprises gigantesques. C*est à ces causes que beaucoup d'historiens ont attribué les malheurs de la France. Qu'a- Y«ît4l besoin, a-t-on dît et répété maintes fois, de marcher wr Beriin en 1806, sur Vienne en 1809, sur Moscou en 1813?...

Ck>mtiie tous les monarques qui ont senti en euxmêmes asseK de génie pour aspirer à une domination unH^^rièUe, conttne Alexandre, comme €ésar, comme Chaiiemagne, comme tous eeux enfin qui ont tenté ^'itfien^ les ncttions d'un même continent à adopter

Il MEMOIRES SDR LA CAMPAGNE DE l&i2

leurs grandes et fécondes idées, et qui, afin d'atteindre à cette apogée de la puissance d'un homme, n'ont reculé devant aucun moyen secondaire. Napoléon n'a jamais sans doute hésité à faire de la guerre un élément pour atteindre le but d'un rêve, qui est devenu presque une réalité ; mais la guerre n'était pas l'unique levier sur lequel il désirait s'appuyer pour forcer l'Europe à adopter franchement son système. A la victoire matérielle il eût' préféré de beaucoup la persuasion. L'Angleterre ne le lui permit jamais. Si l'on déchirait de l'histoiredela vie g4orieuse de l'Empereur les pages qui ont trait à la conquête de l'Espagne, on pourrait facilement prouver, en s'appuyant sur des documents authentiques et irrécusables, que quand il entreprit une guerre, il y fut toujours contraint par ses ennemis, sous peine d'abandonner ses vastes projets, de se mentir à lui-même.

La campagne de 1812 est une de ces entreprises contre lesquelles on s'est le plus élevé, et celadie conçoit: cette expédition fut suivie d'effroyables désastres pour notre armée, la plus belle du monde ; elle confunença la série de nos glorieux revers. Tout le mMde d'ailleurs n'est pas à même de comprendre et d'apprécier les motifs de haute politique qui forcèrent Napoléon à franchir le Niémen. Qui sait cependant à quelle hauteur eût atteint notre patrie, quelle eût été sa puissance, si des événements, iQq[>pssibles à prévoir, n'étaient venus faire avorter les plans les wàmxx c^nbinés^ les projets les plus vastes et peubétre les pkas sagement étudiés par le grand capitaine} Mais conir

EN AUSfflB. 5

ment prévoir cette catastrophe de Moscou qui n'avait jamais eu de précédent dans l'histoire, et dont Texemple ne sera vraisemblablement jamais imité par aucune nation ? Qui pouvait présumer que les éléments se joindraient à Thorrible dévouement des Moscovites, et pèseraient d*un poids si terrible dans la balance des combats? Certes, il ne fallait rien moins que ces circonstances tout exceptionnelles pour changer si subitement en désastres les victoires les plus glorieuses et les plus décisives, pour sauver la Russie et détourner de l'Angleterre, notre étemelle ennemie, les coups inévitables que s'apprêtait à lui porter la France.

Pendant toute la Révolution, la politique de l'Angleterre, son or surtout, poussait les uns contre les autres les peuples de l'Europe. En 1812, la Russie, excitée par cette puissance, ne reculait plus devant la guerre. La France et elle étaient prêtes à se joindre, à s'étreindre, à commencer cette lutte terrible qui der vait se terminer seulement dans les plaines de Waterloo, trois années plus tard.

. Notre patrie, contrainte par la fatalité, se préparait à cette httte, mais ne la désirait pas. Elle avait alors les phis belles chances pour en sortir victorieuse et toute puissante, pour changer à son avantage la face du monde entier ; pourtant elle hésitait à entraîner dans sa querelle tant de peuples divers.

Rien, du reste, ne saurait mieux peindre l'état de la question européenne dans les premiers jours de 18iS, et danner une idée plus juste des sentiments de Nii4)Oiéoi>; rien ne saurait mieux prouver combien,

6 MÉMOIfiES SUR LA CAMPAGNE DE 1812

dans rintérêt de sa politique, il désirait éviter ht guerre avec la Russie, et quels efforts il était décidé à faire pour atteindre ce but, tout en sauvegardant rtionneur de la France, que la lettre adressée par luimême à son frère le roi Jérôme, pour rengager à mettre sur pied le contingent westphalien.

« Monsieur mon frère, divers indices m'avaient de^ puis longtemps fait craindre que Tempereur de Russie n'eût cessé d'être dans les sentiments de Tilsitt. Un ukase, publié en décembre 1810, blessait essentielle^ ment les intérêts de la France et de la Confédération ; il était avantageux à TAngleterre ; il était contraire au traité de Tilsitt. Cependant je m'étais abstenu de toute espèce de plainte, me bornant à des représentations tout amicales. Au mois d'avril suivant , l'empereur de Russie fit remettre par ses ministres, près des différentes cours, une protestation relative à l'Oldœ-* bourg. Jedusêtre d'autant plusétonné d'une démarche si singulière , que , prévenant les vœux de U Russie, j'avais, dès le principe, offert pour le duc d'Oldenbourg une indemnité convenable. Je ne pensai toutefois qu'à réitérer cette offre. La Russie paraissant ne point agréer Tobjet proposé en indemnité, je la. pressai de faire connaître ce qu'elle désirait. Enfm , je mis tout en usage pour arrêter les conséquences d'un acte pu* blic, qui , bien qu'il parlât de la conservation de l'alliance, devait naturellement faire succéder la méfiance à la bonne harmonie qui avait régné entre les deux cours. Au lieu de s'expliqua, la Russie affaiblit son arnïéfe du Danube, évacua la droite de ce fteave, re-

tffh d9 U Finlwde une partie des troupes qui ocou<? piùent celte province si récemment conquise» et réunit toutes ses forces disponibles sur les frontières du du« cbé de Varsovie. Le territoire de la Gonfédératioq se trouva ainsi menacé , au point que je fus obligé de faire rétrograder les troupes du duché sur la Yistule, »lin de pouvoir les appuyer en c^ d'attaque soudaine* Dès le commencement de ces mouvements de la Russie, mon premier soin avait été de pourvoir à la défense de Dantiik, qui est un des boulevards de la Gon-' fédération , et d*en rendre la garnison respectable ; ce qui me mit dans le cas de requérir dès lors une partie des contingents , et d'écrire pour cet effet à Votre Majesté, qui envoya Tun de ses régiments dans cette place. Peu de temps après, un envoyé du Brésil, transporté sur une frégate anglaise , fut reçu à Saint-* Pétersbourg comme ministre d'une puissance amie, quoique en vertu de TaUiance de Tiisitt la Russie doive 4tre en état de guerre avec la maison de Bragance. Je désirais la paix ; j'avais intérêt à la conserver, puis- ^'une partie de mes troupes était en Espagne. Mais quand la Russie appuyait la violation des traités par l'appareil des armes, j'ai dû aussi recourir aux armes. Cette précaution est plus que justifiée aujourd'hui par la levée extraordinaire de quatre hommes sur einq cents , qui vient d'être ordonnée dans toute l'étendue de l'empire russe, sans que la Russie se soit expliquée sur sa protestation ni sur son ukase, sans que ses troupes aient quitté tes positiofis ^'elle leur a fait prendre im% le voisifiage du duehé. J'ai dû rassembler mes

8 M^OIAES SOa.JLA CAMPAGNB DE 1812

aimées, les former et rétablir mon matériel d&guenie. Ces préparatifs ont enq[>loyé une année. Maintenant, trois cent mille hommes vont traverser F Allemagne et se porter sur les frontières de la Confédération , non ëans des sentimente hostiles , mais pour que mes armées se trouvent ausâ jHrès de la Yistule que les armées russes. Je chargerai , quand il en sera temps, nxon ministre de répondre à la protestation relative à rOldenbourg , que les aflWres de ce pays sont réellement étrangères à la Russie ; que le duc, requis, lors de la dernière guerre , de fournir son contingent, ne Tavait pas fait ; que, n*ayant point rempli les devoirs de confédéré, il en avait perdu les droits ; que cependant, et par amour de la paix, j'ai offert pour lui une indemnité convenable, et que je suis prêt encore à la lui donner. Tout en adoptant le principe , la Russie n'a pas dit ce qu'elle voulait , et j'ai dû pmser quMi était dans ses intentions de demander Daatadk et une portion quelconque du temtoird.de la Confédération, Si , en effet, elle n'avait pas eu à faire des propositions contraires au traité de Tilsitt et à mes principes, et que je ne pourrais entendre sans y rendre par les armes, aurait-elle armé , et depuis un an refuseraitelle de s'expliquer? Je suis loin toutefois d'avoir perdu l'espoir de la paix. Mais puisqu'on admet envers moi le procédé funeste de négocier à la tête d'une puissante et nombreuse armée, il est de mon honneur, de négocier aussi à la tête d'une armée nombreuse et puissante. Je ne veux point commencer les hostilités ; mais je veux me mettre en mesure de Les repousser.

EN RUSUE. 9

Je ne veux point violer le territoire russe ; mais je veux ôtre prêt à faire repentir quiconque violerait le territoire de la Confédération. Je désire, en conséquence, que le contingent de Votre Majesté se réunisse et soit prêt à entrer en campagne le 15 février prochain. Je la prie de me faire remettre Tétat de son contingent en oflBciers généraux, officiers d'étatr-major, infanterie, cavalerie, artillerie avec caissons et équipages, et tel qu^elle est dans l'intention de Torganiser.

» Sur ce, je prie Dieu , monsieur mon frère, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

» Paris» 27 janvier 1812. •

Cette lettre prouve que si Napoléon paraissait nourrir encore une faible espérance de veir la guerre conjurée, il était loin de se départir de sa prudence habituelle. Il 8*a|>prétait , comme il l'avait toujours fait , à prévenir son ennemi , à concentrer des masses le plus près possible du point sur lequel il voulait frapper les premiers coups. Appuyer par les armes les négociations de ses plénipotentiaires , et repousser au besoin toute tentative d'agression de la part de l'empereur Ale^candre sur les états de la Confédération germanique , et principalement sur le grand duché de Varsovie , tel était son but à la fin de l'année 1811 ; grâce aux dispositions qu'il allait preierire, il pensait être bientôt à même de parer à toutes les éventualités. Nous allons le suivre pas à pas dans ses préparatifs de guerre. Il n'est pas sans intérêt de voir se dérouler ainsi les idées du grand homme, de reconstruire, pour

10 MiHOIRES SDR LA CAMPAGNE DE 1812

ainsi dire, sa pensée, en étudiant les ordres qu'il donne à ses lieutenants, et de lui voir tracer la marche que ces derniers doivent suivre dans telle ou telle ciroon^stance prévue. Mais, avant d'entrer dans oes curiew^ détails , jetons un coup d'œil rapide sur h situation des principaux états de l'Europe au conwneBcement de l'année 1613.

La France , à son apogée depuis Wagram , comr mençait cependant à voir sa puissance sourdom^fit minée par la résistance héroïque de l'Espagne. Les plus belles armées de Napoléon , ses plus vieux compagnons d'armes allaient sueceosivement s'engloutir sur cette terre brûlante où les montagnes elles-mêmes semblaient prêtes à se soulever pour p^pétuer [ la guerre. L'Angleterre avait trouvé dans la péninsule un aliment à sa politique, un foyer de résistance précieux à entretenir ; elle était diiposée k tout sacriftnr pour abattre l'homme dont le génie résumiât en lut ^ force de la nation rivale.

L'Autriche était traînée à la remorque de la Frêuce depuis 1809, la Prusse depuis Tilsitt ; mais la pre^ mière de ces dwx puissances ne pouvait pas plus ou-* blier Marengo , Ulm , Austerlitz et Wagram , que la seconde ne pouvait effacer de sa mémoire léna et Auerstaedt. Ces deux armées , forcées de marchi»' à la suite de nos divisions , de prendre parti pour nous contre les Russes qui les avaient si souvent souteimes dans leurs luttes , ne mettaient le pied qu'à contrecœur sur un territoire oeeupé par deegens qu'ils G(m* sidéraient conune des alliés.

m EV8SIB. It

Les autres peuples de la Gonfédératicm germanique n'étaient guère animés de meiHeurs sentiments à notre égard. La force retenait tous les contingents d'une partie de ces divers états sous nos drapeaux, ils marchaient avec nous, c'était incontestable, mais il était fadle de prévoir qu'au premier revers ces alliés douteux pourraient bien se changer brusquemtiit en adversaires déclarés.

Pour résumer en quelques mots la position respective des principales puissances de l'Europe, en 1812, nous dirons qu^elles étaient ainsi partagées. D'un côté, la France entraînant après elle, T Allemagne centrale, l'Autriche et la Prusse, ayant pour alliée la Turquie alors en guerre avec l'empereur Alexandre ; d'un autre, la Russie fière de ses peuplades sauvages, de ses armées nombreuses, sûre de l'appui moral, des synapathies d'une partie des troupes alliées que Napoléon enchaînait à ses aigles, s'appuyant sur l'Angleterre, ayant pour faire diversion le Portugal et l'Espagne qui jouaient pour elle le rôle de la Turquie vis^à-vis de nous-mêmes. Quant à l'Angleterre, obéissant à son aristocratie , et comprenant le périt dont elle était menacée , puisque son existence était em jeu , elle usait de tous les nnoyras pour se mettre à l'abri de la foudre.

Dans la lettre adressée par l'Empereur à son frère, il est à peîne question du blocus eontinentai , ca/w prineipaie cependant de la guerre contre la Russie^ Nous Bous^BtentetMsdefanie cette reoprque, netre but n^Méni pas de nras jeter dans les coMidératieM

12 MlâlIOIRBS SUR LA GAMPiK^ifi DE 1812

politiques, mais de nous boiîier purement et simplement aux considérations militaires.

' En prenant la résolulèon de rassembler en Pologne une des armées les plus considérables dont rhmtoire fasse mention , Napoléon voulut confier les corps qui devaient en faire partie à ses meilleurs généraux; Il divisa ses troupes en trois masses principales réimissant chacune plusieurs corps, et leur^ donna le nom d'aile droite, de centre et d'aile gauche de la grande armée. Il confia le commandaiient de ces trois grandes fractions à dies princes de sa lamille : ainsi il mit k la tête de Taile droite son frère Jérôme , roi de Westphalie, encore fort jeune ptAsqu'il n'avait que vii^tsix ans , mais de la conduite et de la vigueur duquel il avait été très satisfait pendrât les campagnes de PiHiase et de Pologne. Il confia Taile gfoiche au prince Eugène, son fils d'adoption, se réservant la direction immédiate du centre.

On s'est beaucoup élevé contre l'idée, de confiera des jeunes gens, parce qu'ils sont princes, de grands commandements en face de l'ennemi ; sans -doute , cela peut avoir de très graves inconvénients ; cependant, si l'on réfléchit à la position particulière dans laquelle se. trouvait en 1812 la grande armée, on comprendra cette idée de l'Empereur. La France n'était pas seule appelée à former Farmée envahissante ; une grande partie des troupes étaient étrangères ; il fallait pour les commander des homnvds imposant le re£^)ect par leurs noms et par leurs positions, des hommes sur le dévouement desquels Napoléon

pût compter, dont les intérêts fussent les siens propres. Beaucoup de maréchaux, de généraux même, jsans avoir encore atteint le degré de démoralisation où ils arrivèrent deux ans plus tard, pendant la campagne de France , commençaient cette guerre sans plaisir, nous dirons presque avec dégoût; il n'était donc peut-être pas inutile de les placer sous les ordres de jeunes princes ayant le feu sacré, prêts à tout pour acquérir de la gloire et pour seconder les vues du chef de bar famille. Ces jeunes parents de Napoléon , on les reta'ouva pour commander Tarmée i^rès nos deux grands désastres; Eugène, lors du départ de Murât à Wilna, Jiétôme à la retraite sur Laon, après Waterloo.

Aussitôt que le roi de Westphalie eut reçu la lettre de r Empereur, il orgainsa son contingent pour être prêt à entrer en campagne. Il réunit ses troupes à Hall, laissant libres les villes de Brunswick, de Magdeboinrg et les pays environnants. Gomme Napoléon ne lui availl-pas fait connaître son intention de lui donner le command^Daent de toute Taile droite, il crut devoir organiser les troupes de Westphalie de manière à an former une petite armée capable d'agir en quelque sorte isolément , et pouvant se passer au besoin d'auxiliaires ; mais Ni^oléon ne comptait pas fractionner amsi les contingents de ses alliés. Il voulait que les foccesde chacun d'eux fissent partie d'une organisation complète et unique ; aussi envoya-t-il éf& instructions au maj(H*-généralf le 28 février, pour qw Jérôme fît de ses 30^000 West|>haliens,. non pas une

ik BdaiOIRES SUR LA CAMPAGNE DE 1812

armée indépendante, mais un oorps d'armée. La lettre de TEmpereur à ce sujet étonnerait par les détails dans lesquels il ratre, si Ton n'était habitué à voir son génie se plier à tout, et tout embrasser avec une facilité véritablement merveilleuse.

c( Mon cousin, écrivez au Roi de Westphalie que son contingent se trouve organisé de manière à n'être point maniable à la guerre. Cette division en avantgarde» corps d'armée et réserve n'est pas celle qui convient. Mandez-lui qu'il doit former son corps d'armée en deux divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie.

» V^ division : 9 bataillons d'infanterie, i régiment de hussards et 18 pièces d'artillerie outre l'artillerie des régiments.

» 2* division : 9 bataillons^ 1 régiment de hussards eil8 pièces d'artillerie.

» La 1'' brigade de cavalerie sera composée de 2 régiments de cuirassiers, des chevau-tégers landers de la garde, des gardes du coips et de deux batteries d'artillerie à dieval de 12 pièces. Le train et les administrations doivent ^ ainsi que les équipages mili- Utaires , être répartis entre les divisiez. Par conséquent, il y aura k brigades d'infanterie^ dont 2 de k bataillons et 2 de 5 bataillons. Par ce moy^ , il mira un corps d'année très simple et facile k manii^. Si 1^ troupes qu'il a à Dantzig le rejoignent , les divisions 8e trouveraient de 11 bataillons chsicaoe, ce ^ n'empêcherait pas , dans les droonstances , de rfonr. Iob 4etix régiments de liussards a^ec les «atrës

m fiussn. Il

régiments de cavalerie, et d'en former une belle division de 2,500 chevaux, et de mettre tel^ bataillon d*infantêrie ^'on voudrait en avant^garde. Mais mon intention est que Torganisation permanente soit en deux divisions et une réserve de cavalerie. Il est bon que cette réserve de cavalerie soit comnuaidée par un général de brigade. Faites observer au Roi de Westphalie que les régiments de cavalerie sont bien faibles à 550 honmies. Il faudrait les porter chacun à 8 ou 900 chevaux, ainsi que le régiment de lanciers de la garde; car, devant Tennemi, cela serait réduit à rien.

» Paris, 28 février 181^. »

Nous allons voir maintenant les ordres de Napoléon se succéder plus rapidement pour Torganisation complète de tous les corps de la Grande-Armée. Vers la fin de février, la guerre est imminente et prochaine ; toute négociation est désormais à peu près inutile ; d'un jour à l'autre il peut y avmr urgence à eattet en campagne. 11 s'^npresse de donner It» instruetims les plus précises au majt^ général pour que dMs les pfenûers jouïsde juin la Grande-Armée française s^t non seulement organisée et mobilisée, mais pour qu'elle se trouve tmnsportée sur les bords du Niim^ tet de la Vîstute.

Il écrit au prince de Neuch&tel :

« Mon cousin , le corps d'armée polonais formera le 6* corps de la Grande-Armée. La 1"^ division por^ tera te ti' 16; la ^ divioén, le n' 17, et 4a ft* tfvfsion

16 MÎMOIRBS SUR LA GAjtfPAfiNE DE 1812

le n"" 18. Ce corps sera commandé par le prince Po^ niatowski.

» Le & corps de la Grande-Armée i^ra composé desBavarois* La 1"^ division portera le n*" 19, et la 2^ division portera le n"" 20, Ce corps sera commandé par le général Saintr-Cyr.

» Le T corps sera formé par les Saxons. La i" division portera le n"" 21 , et la 2"* division portera le n* 22. .

» Le 8' corps sera formé par les Westphaliens. La 1*^ division portera le n"" 23, et la 2' division le n*" 2/i.

» Le corps wurtembergeois ne formera qu* une seule division qui portera le n* 25.

» La division composée des brigades de Berg , de Hesse-Darmstadt et de Bade , que commande le général Daendels, ne formera qu'une seule division et portera le n" 26.

» A dater du 1*' avril , les dénominations de corps d'observation de l'Elbe, de 2* corpsde l'Elbe^de corps de l'Océan seront supprimées. — Le corps d'observation de l'Elbe prendra le n(Mn de l**" corps de la Grande-Armée; il sera composé desl", 2", 3% A% 5* et T divisions , et sera commandé par le prince d'Eckmûlh. — Le 2' corps de l'Elbe prendra le nom de 2' corps de la Grande^Armée. Il sera composé des 6% 8* et 9" divisions, et sera commandé par le duc de Reggio. — -Le corps d'observation de l'Océan prendra, le nom de 3* eorps de la Grande-Armée. Il sera composé des 10% 11% 12" et 25* divisions, et sera comnmndé par le duc d'Elchingen. — Le &" corps de

la Grande-Armée sera ccmiposé des, 18% 1&* et 16" divisions.

» Vous donnerez ordre à la 25* division , composée des Wurtembergeois, de séjourner à Gobourg, et de partir, après un séjour, pour Géra, où elle recevra de nouveaux ordres. Cette division recevf*a Tordre de faire partie du 5* corps. Il est nécessaire qu^elle n'ait connaissance de cette disposition qu'arrivée à Géra. 11 est nécessaire également qu'elle ne reçoive l'ordre de départ que le 20 riiars pour partir le 21.

»> Donnez ordre au général Tharreau de se rendre à Gassel pour prendre le commandement d'une des divisions du corps westphalien. Écrivez au Roi de Westphalie cpie je lui ai envoyé le général Yandamme ; que je lui envoie le général Tharreau pour commander une de ses divisions ; que je fais choix d*un général de brigade capable pour être son chef d'état>-major ; qu'il fasse partir ses bagages et sa maison militaire pour Hall, et qu'il vienne de sa personne avec très peu de monde à Paris. Il viendra incognito.; il n'y restehi que deux ou trois jours, après quoi il ira rejoindre son corp» d'ïirmée. Sur ce , je prie Dlçu qu'il vous ait en sa sainte et digne gàvde.

» Paris, 8 mars 1SI2. »-

Ainsi , d'après les ordres Cmtnels contenus dans cette dépêche , à partir du mois d'avril 1812 , la Grande-Armée se trouva prête à marcher au premier signal. Napoléon jusqu'alors avait envoyé des instruc-

iions basées sur Thypothèse que les Russes se main* tiendraient sur la défensive et n'oseraient franchir leurs frontières ; ne voulant pas eepmdant , dans le cas contraire, laisser ses lieutenants dans rembarras, et prévoyant tout , il fait adresser, le 16 msurs, par le major^énéral de nouvelles instructions au prince d*Eckmfihl, dont le corps est destiné à lier le centre et l*aile droite. Il fait connaître aussi ces instructions aux corps qpii dmvent former cette aile droite. Il écrit donc à Berthier :

c( Mon cousin, faites connaître au prince d'Eckmûhl que je lui ai envoyé les ordres de mouvement poinr le 1^* avril, dans la supposition que les Russes ne quitte*ront pas leur frontière et ne commenceront pas les agressions ; que, dws ce cas, tout ce que j'ai ordonné s'exécutera littéralement , et que- le principal sera de reposer les troupes, de bien les faire nourrir, d'organiser les ponts et têtes de pont de la Vistule, et d'être, en un mot, maître de partir de là pour eomm^cer la campagne avec activité si les hostilités ont lieu. Mais si^au contraire, les Russes commmçaient les hostilités et entraient -en Prusse ou dans les états du Grand** Duché, le 6* corps, qui est de près de A0,000 hommes, et que commande le prince Poniatowski, serait ap«> puyé par le 7% qui est fort de SO^OOO hommes, et par le 8% qui est également fort de 20,000 hommes. Le roi de Westphalîè, qui sera Tendu le 1?^ avril à Crossen, à la tête de son contingent, et qui suivra sa marche jusqu'à Varsovie, prendra alors le commandement de ces trois corps qui seront commandés par le prince

m Rusaiiu 19

Poniàtowski et par les généraux Vandamme et Reynier, et avec ces trois corps verrait à couvrir Varsovie. Le i*' corps s*av«fiçant sur TAlle, sur Osterode , AIlenstein et Gustade, menacerait de tourner les corps qui déboucherai^t sur Varsovie par Orodno, et obli** gérait Tennemi à garder le Niémen. D'ailleurs, aux premières nouvellesdu prince d'Eckmûhl, le 2*, leS^et le &* corps se mettraient en grande marche de Crosr sen, de Berlin, de Custrin et de Glogau, pour se diri** ger tous les brois sur Thorn, ce qui réunirait 350,000 hMames sur la gauche ; que j'ai décidé que le prince d*fickm&lh connût ces idées génârales, afin quMl se comportât en conséquence. Il est nécessaire que Pon ignore jusqu'au damier moment que le roi de West* pbalie doit commander ma droite. Si, au contrahre, les Russes ne font aucun mouvement, le prince Ponisr towski placera alor^i les Saxons et les Westpbaliens entre ILalisch et Varsovie, pour les nourrirphis facilement. Le 4" corps ferajson mouvement comme je l'ai •rdonné^ et les 2*, S' et &* corps, ainsi que la Garde, s'avancerotit successivement et méthodiquement d4ns le courant d'avril. Le grand ^{nartier-^énéral sera à Bearlin le !•' avril.

» Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. i

» P0 5^ Le i^rince d'Eckmubl doit^ au contraire, se faire annoncer à Varsovie avec, tout son corps d'arjoéGf comme s'il était destiné à s'y-rendre»

Le même jour, Napoléon, décidé à porter rapide^ ment ses principales forces sur les frontières de- la Russie, vers le centre de la lignes occupée par les armées d'Alexandre, ordonne la mise en mouvement d^une partie des corps allemands ses auxiliiâres. Le moment approche d'ailleurs où la tête de icolonne de Tarmée d'Italie, en marche pour leNcnrd, arrivera sur les bords de TËlbe , et atteindra les premières places de la Silésie ; .il expédie les deux dépdches ci-après-:

<c Mon cousin, donnez Tordre au corps wes^>halien de passer, le 24, T Elbe à Dessau, et de se diriger sur Grossen , de manière à y être arrivé le 1" ou le â avril. Instruisez également le prince d'Eckmâhl du mouvement du corps westphalien sur Grossen^ et que ce corps doit se rendre sur Kalisch,'et de là sur Varsovie. Le prince d'Ëckmûhl activerait la marche de ce corps selon les circonstances , c'estrà-dire si les Russes commençaient les hostilités et menaçaienfeYarsovie, ce que je ne pense pas. S'il n'y a rien de nouveau, le corps westphalien se reposera quelques jours, et je lui enveiTai moi-même des ordres avant le 10 avril pour continuer sqïi mouvement.

» Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa ^inte et digne garde.

» Paris, 16 mars 1812. »

«Mon cousin, il y a une faute de rédaction dans ma dernière dépêche. Le corps saxon est à Gûben et non à Grossen. Vousdevfei donc lui donner l'ordre irïmple*ment de partir de ses cantonnements actuels pour se

BN RUSSIE. 21

v&iAre à Kalisûh; le laissant maître de passer FOder où il le jugera convenable. Vous dever diriger les Westphaliens non sur Grossen, mais sur Sorau et ^remb^g. Faitesr-leur faire de petites marches et donnez-leur des séjours tous les trds jours. Ils prendront deux jours de repos aux environs de Sorau et dé Spremberg. Vous m'informerez du jour où ils arriveront sur ces deux points, afm que je donne désordres pour leur faire continuer leur mouvement sur Glogau et Kalisch. Ainsi, au lieu d'arriver le â à Glor gau, ils n'y arriveraient que le 5 ou le 6.

» PJ S. Dites-moi donc quand les Bavarois et l'armée d'Italie arriveront à Glogau.

» Paris, 16 mars 1812. »

L'organisation de la cavalerie préoccupe également l'Empereur ; il va disposer pour cette campagne de 90,000 chevaux, qui doivent lui être d'un grand secours, puisque l'on agira presque toujours sur un terrain peu accidenté^, et que les Busses ont en . ligne, outre une nombreuse cavalerie régulière, une inunense quantité de cosaques. Napoléon veut avoir . sous la main cette masse imposante destinée à jouer uit rôle des plus importants dc^ns la campagne qui s'apprête ; il cherche à lui donner une. grande mobilité. Tel est l'objet de sa lettre au major-général.

« Mon cousin, il y aura un &'* corps de la réserve, composé de la &* division de cavalerie légère et d'une T division de grosse cavalerie. La k' division de eavalerie légère sera composée de deux brigades, chacune do

22 MiMOIEBS SUA LA CAMPAGNE DE 1812

trois régiments poloiiais, avec une batterie cte6 bouches à feu d'artillerie polonaise par brigade. Un général de division polonais et deux généraux de brigade poIcH nais commanderont cette division, La T divMon tle grosse cavalerie sera composée d'une brigade dem» rassiers saxons et d'une brigade de cuirassiers wesbphaliens, ayant également douze piècesiÀ'artillerié W gère» Le général Lorge commandera cette division.

» Le général Latour-Maubourg aura le commande» ment de la cavalerie de tottte la droite.

» Le 5' corps aura trois brigades de cavalerie légère^ composées chacune de deux régiments polonais ; ce qui emploiera encore six régiments pcrfonais.

» Ainsi les seize régiments de cavalerie polonaise seront employés, savoir :

S à la. division Bruyère, 1 à la brigade Pajol, •6 à la division de cavalerie légère, Et 6 avec les 8 brigades du 5* corps.

» Ces trois dernières brigades porteront les n** i%\ 19 et 20.

» Les 6 régiments de cavalerie légère saxons seront employés de la manière suivante :

2 attachés à la division dé réserve, ' 1 attaché à la division Kellermann,

3 — Les trois autres formeront brigade ; cette brigade' portera le n*^ 2S, et sera attachée au corps d'armée saxon.

» Des k régiments ivestpbàliem, 3 feront partie de la T division de grosse eavalerie et 2 feront brigade, attachées autxirps westphalien sous le n* 24«

j> Je désire que- vous me remettiez un état de situai tîon ainsi composé de tonte la cavalerie*

» Par ce moyen, je s^ai mattre de faire passer une brigadede cavalerie légère d*tm corps à l'autre, quand le tuen de mes opérations Texigeraé x> Le 1*' eorps aura m conséquence* brigades. » Le 2* en aura 2 ^ . . • . 2 » Le S* en aura S .... 4 3 1» Le &' en Mira 2 • • . . . 2

» Le 5* en aura â S

^Le6* en a|]ra2 2

» Le 7* en aurai 1

» Le 8* en aura- 1 • • • . .1 » Et lee Prussiens qui . formeront le 9" eorps en auront 2 ou 3 . . 3

» Total des brigades attachées

aux corps d*armée . • . 18 à 19

» Paris, 2/1 àiars 1S12. » *'

Les troispremiersmoi&de l!année 1812 employés k organiser compiétemrai la Grftnde«Antaée et à donner tous les ordres nécessaires* A la fin <le mars, nous allons voir Napoléon mettre en mouvement tous les corps qui eDitrerrat en camfKigne dès que. les hostilités s^ont dénoncéee, ou lûen dans le cas où les Russes attaquaient les premiesr»»

Le 25, il fait envoyer au roi de Wes^rtlalie des

2k MÉMOJfiËS SUA LÀ gampagisjë; de 1812

instmetions très idjétaîllées pour porter en avapt ie 8^ oorpsioimé de son contingent. En même temps, le major-général doit prescrire à Jérôme de ne prendre le^commandem^t de toute Ja <k*pite que » l'acmée ennemie fait un mouvement ofifensif, et ordonner ^u prinee. d'Ëckmûhl d'éviter toute démonstration tendante à inquiéter Jes Russes ; le but général étant de gagner ainsi le mois de mais

Par une autre dépêche, il fait doimer au Vice-roi d'Italie, qui arrive à la tête de son. année, des ordres pour sa marche sur r Oder ^. et il le fixe mr la conduite qu'il aura à tenir selon les circonstances qui peuvent se présenter.

» Mon cousin , donnez ordre au corps wes^halien de continuer son mouvement sur Glogau de manière à y arriver du 5 adi 8 avril et de Glogau sur Kalisch. Il est nécessaire que le 9 avril il a'y ait plus un seul Westphalien à Glogau, puisque la tête de Tarmée d'Italie y arrive. Il est convenable que ce corps arrive à Kalisch vers le 15, .^

» En instruisant le général Beynier qui commande le corps Saxon de ce mouvement, vous lui donnerez Tordre de partir de Kalisch et de s'apiMrocher de Pulawi et de Sandomir en prenant les meilleurs caa« tqnn^nents entre Kalisch et la Vistule.

» Ecrivez w, roi de Westphalie qu'il est nécessaire qu'il^soit rendu -de sa personne le 10 avril à Glogau où il trouvera le général Marchand et les généraux employés à l'aile droite,' et que le 13 A sdt à Kalisch ; qu'il ne doit donner aucun ordre , ni -prendre aucun

commandement que sur 'son corps d'armée, à moins que les Russes n'aient fait un* mouvement et déclaré la guerre eir attaquant le grand duché ; auquel cas il devrait se rendre sur-le-champ à Varsovie et prendre le commandement de la droite, composée des 5% T et 8* corps. Il sçra muni d'cnrdres non cadietés pour le prince Poniatowski et le géiréral Reynier annonçant à ces g^éraux quUls sont sous ses ordres avec leurs corp& Si les Russe» ne font aucun nK)uvement, vous écrirez au roi qu'il doit rester "à Kalisch, ignoré et conHnandant son seul corps.

» Vous ^ mstruirez de* ces di£qM)sitions le prince d'EckmtbL Vous le préviradrez que le roide Westphalie dœt être rendu le IS à Kalisch ; que les Saxons s'approcheront de Pulawi et de Sandomir ; que le corps Westphalien sera réuni le 12 à Kalisch avec* le roi ; . que le géiéral Marchand remplira les fonctions de chef d'état^najl^-; qae si les Russes n'attaquent point et ne déclarent pas la g^^rre, en violant le territoire polonais ou prussien, mton intentkm est que le roi de WestphaHe reste inc(»inù à Kalisch et ne prenne aucun ' autre commandement que celui de son corps ; que dans le cas contrsnre il sie rende à Vfursovie pour prendre le commandement de la droite r qu'il est à cet :effet porteur d'ordres pour le prince Poniatowsid et pour të général Reyiiier ; qu'il est donc nécessaire qu'aussitôt que le prince d'Eckmûbl iipprendrait la déclaralion de guerre par la marche des Russes sur lès frontières du grand duché ou de ht Prusse, il &n prévieime le roi de Weotphalie.*

:26 MBMomEs sur gi gaiipà6N£ de 1812

» Vous instruirez le prince d'Eckmubl que ieâ bavarois seront le 10 avril à Posen; que le5 avril le ^ corps de cavalerie ^ue commande )e général Montr brun sera rwdu à Frimcfort sur TOdeFf que le «.w. la division. Yerdiei! avec la brigade (2astex et la â* division .de cuirassiers sera rendue à Stettin ; que la division de la garde que; commande, le g&ifeal Lfrborde ,8era rendue à Stettin à peu pr^s k la àtiéme époque ; que â jes Russes ne font aucun mouv^iMini on doit rester ici dans le sêatu guo>, réparer HariesH bourg, approvisionner Thom , Dantsiget ne point bouger, puisque nous sommes toujours en pdx et que je désirerais, dasis cette jsituation, pouvoir gigoer le mois de mai*. Mais que si les Busses déolàreot la guerre, le prince d'Eckmûhl doit faire venir les Bavairois à Tbom, prévenir le duad'Ëlehlngen qu*il doit nuurcher sur Posen >et le dftc de R^gio^ qui wai:obe« rait sur la Yistole. L'armée dlti^ neeera entièrement réunie à Giogau que le 16 avriU

» Le langage du pdnce d'Ëckmuhl doit don^ être très «pacifique; U doit éviter toute reooonateaiice ou mouvement militaire aiHMà de ia Yistuie; il ftiit qu' aucune de ees patiioeilles n^aâle mêmec joaqu^à Ofllerode.

. n Quant au contingent pwssien, le général qui doit le ccmimander sera rendu le. 10 à' Thora. Il iaut que le prince d'Eclânûbl ^n en^loie une partie pour garder Pillau « et plac^ l'autre partie sur le Niémen poiff éclairer la qiarehe des Busses; biw entmdu qu'en cas à'attMfâe ^ ceta viendrait se réunir aur la

ViBtuIe att corps du {Mince d'Eckmâhl, qjii, par ce moyen, aurait son corps d'armée, Les Bavarois et les Prussiens sous la main,^ et ne tarderait pas à iMre joint four leduc d'filehiDgen^ par le duc de Reggio/

» PaHs, SI mars 1813. »

« Mon cousin, donnez ordre au'Vico--roi de partir pour Glogau et d'y être rendu le 6 mai. Il restera là deux jours pour passer enreivue les trois divisions et la garde royale qui forment le &' corps, et il vous en enverra le rapport détaillé, * en faisant porter ses dé* pêches par un courrier à Gustrin où passe Téstafette.

» Le Vice-ror se portera ensuite sur Plock pour passer en^ revue le G^^ corps. Il vous écrira fréquem* mmt en envoyaiit des courriers à Posen où passe Festafrtte. Il accélérera la fonnation de ses maga^sins à Plo^k et préparera tout pour bien cantonner sur Tuneet l'autre rive son corps d'armée.

» Ind^endamment de' son chef d'état^major , fl tiendra près de lui, pour Faider, le général Planzonne qui iB8t un- qffider dé -mérite^

» LeYice-roi aura sous son conunandement le h* et le 6* corpsd'armée et te 8»' corps de cavalerie Grouchy, ce qui lui fera près de B0,000 hommes. Vous hii ferez connaître les lietà d^où il doit tirer ses subsistances ; -que sa droite va jusqu^à Modiin ; que le roi de West{rfiafie eât à Varsovie, coimnandant les 5% T et 8* coips ; quMl a sur sa gatiche le corps du duc d*Elchingen et phBs loin le [^noe d^Eckintthi et le duc de Reggio ; que^ jusqu^à ce que je èoîs arWvé î! doit

38 MÉMOIRES SUR LA GAMPAi^NE DE 1812

esi^écuter les ordres que Iih eoverra le priiiee -d^Ëck*mûhl, auprès, duquel ft doit tçnir un officier ; que te grand quartier g^ral eât à Posen ; qu'il pourra pousser ses postes de cavalerie ju0qu'à quatre ou/cinq jours de Plock, sans cependant rien faire qui inquiète les Russes.

» SaîRt^GtoHd, 30 avril 1^13. >i

Les intentions de TEmpereur ne peuvent plus être douteuses ; il est certain que la guerre est*désomiais inévitable. Mais, pour porter les diffi^eate corps sur les frontières de la Pologne russe, pour ra8aeiiri>lerle matériel indispensable à une aussi nominreuse armée, pour s'établir ^ur. uiue bonne base d'opérations, y créer des places de dépôts ou mettre ces places à. Tabri des cQups de Tjennemi m cas de rev^s^ il faut encore un mois,.^ semainejs. Napoléon donne, ses ; ordres en conséquence. Il ciroit que les Russes n'oseront pas bouger, et ses prévi»on^«e réalisent. Pourtant il prévoit le cas où il en serait aukement, ôt il veut que tout soit prêt pour s'opposer aux tentatives sur la- Pruàse et sur le grand du^hé de Varsovie. Ces deux dépêches, envoyées^u m^jor-f énéral ^t conc^emant le roi de Westpbalie et le prince vice-roi, sont de la plus haute importance , car elles résument parfaitement la pensée de l'Ëmp^eur.

Nous voici arrivés au mois d'avril 1812 , époque fixée pour la transformation complètede tous les corps de, la Grande-Armée. Ces corps sont .organisés : ils connaissent maintmant les généraux c^i doivent les

m RUSSIE. S9

commander; ces générftinc ont reçu eux-mêmes les instructions suffisantes pour agir dans les diverses circonstances, mais ni les uns ni. les autres ne possèdent encore la pensée entière de Napoléon. Le roi de Westphalie , le Vice-roi ^ le prince d'Eckmûhl, savent que dans tel cas ils doivent agir deteHe manière et modifier leur conduito selon cer qu'il arrivera. Si les Russes restent paisiblement suc. la rive droite du Niémen et de la Yisiule, sans franehir les^imites des pays sounûs à leurs lois, Jérôme doit se rendre & Kaliscb^.se bornant à prendre le commandement da 8* corps ; Eu^ gène, continuer sa marche mr Glogau, s'y arrêter un couple de jonrs pour passer en revu^ le k* corps, et Davout éviter tout nnmvement de nature {i inquiéter nos ennemis. Puis, pendant ce temps, on réparera Maiiei^urg, on approvisionnera Thoi^n) Dantzig, on utilisera .une padrtiô du contingent prussien pour garder PiUau> Avec le reste, on éclairera ks mouvements de feimemi sur le Niémen. On attendra ainsi , dans le sMuquo, le mois de mai. Mais sr, au contraire^ les Russes se portent en avant et déclarent la gu^re, alors les dispositions changent : le roi de Westphalie , informé par le {Hrince d'Eckmûhl , prendra immédiatement le commandement des 5% T et^8* corps, et cour vrira le gran^ duché de Yaraovie ; le maréchal Davout, k la t^. du i*' corps, appelant à. lui les Bavarois qui sont à Thorn, le contingent prussien disséminé sur le Niémen, hâtera k marche des ducs dTlchingen et de Re^io, et, avjBc ces forces , couvrira les frontières de la Prusse, laissant amsi à rarmée d'Italie et à la

80 MHMOIRES SLR LA iSAUM^NE DE 1812

garde de T Empereur te temps- d*arriver à grÀfkdes marches vers le-centpe et la droite de la ligne.

Tandis que Napoléon , avec son activité prodigieuse* , neperd'pas-UA instant pour réunir tous les éléments de succès dans cette guerre d'invasion portée ^ loin de ses propres frontières, î empereur Alexandre écoute les conseils divers de- ses généraux les plus influents sans prendre de décision, adoptant et rejetant touf h tom* les plans proposés. Le temps marchait cependant: la Grande-Armée française et alliée s'avançait , et le Czar ne paraissait même pas s'en douter: Au lieu de réunir, de<îoncèntrer sûr les frontières de hi Pologne toutes leurs forces, dP appeler du fond de leurs vastes provinces ces cavaliers irréguliers dont îk avaient à leur dfsposition un si grand • nombre , de faire observer les bords delà Vîstule et du Niémen, de chercher à deviner les projets de leur ennemi , les Russes -attendaient patiemment qu'il plût- à la France de déclarer- la guerre et de commencer les hostilités. ^ ' '

Vilna, qui renfermait de vastes magasms-et se trouvait en première ligne, n'était pas* à l'abri d'un coup demain; le^ trois' armées d'Alexandre, commandées par Bai^clay deTolly, par le prmce Bagration et par Tormassof , étaient disséminées depuis la mer Baltique jusqu'à lafJallîcïc sur une ligne d'une étendrie beaucoup trop considérable pour que -ces masses pussent être concentrées facilement en peu de têmps'sur télou tel point menacé. En un mot, la défense n'était pas à beaucoup près anssi intelligente que l'attaque, et toutes

les ahuices de succès^ paraisBaîent être encore une fm en&veurâenôsfloldiktg.^

Vers le 10 avril; NapoLéon, dont la garde était en marché ver» le* nord de rAliemagne, 6*appréta à quitter Im-mème SainUGloud pour aller prendre le eom-^ mandement de ranoée. Il venait de recevoir une lettre par laquelle le roi de Weatphalie lui annonçait son départ pour Kalisch (i) : il lui. répondit en lui envoyant directement quelques^ instructions ansez ou* rieuses pour trouver place id : * .

« Mon frère, je reçois votre lettre par laquelle vous me faites connaître que vous partez et que vous serez rendu à Kalisch le ii. Si, lors de votre arrivée, il n*y a lien de «puveau ; si / après avoir bien établi votre contingent, et avoir pourvu à tout ce qui est r^atif à Tapprovisionnement , rien ne porte à penser que les Russes attaquent, vous pourriez vous rendre très incognito, et comme pour faire une recimnaissanee militaire, à Cracovie et Sandomir. Les connaisisanGes lo^ cales que Toa prend soi-^néme sont toujours bien précieuses. Vous pourrez même visiter les mines de Niliecza. Si vous faites cette course , qui n'a d'autre but que votre instruction, tâchez de bien garder l'incognito, et qu'on ne sadie que c'est ¥Ous qu'après que vous serez parti* Vous visiterez la citadelle de£r#covie , et vous reconnaitarez lés différées situations

(i) Toutes ies lettres écrites par le roi4e >WestphaHe ii l*C9pereur ont été malheureusement perdues; nous av&ns fait pour tes retrouver des efforts superflus, il nous a été impossible de combler cette lacune* '

&2 lliMOIBES SUB. LÀ CAMPAGNE DE 1812

de la rivière. Vous pourrez d'aiUeiMB avoir uiyoffioier à Varsovie qui pût venir voaB*{»révemr promptement à Cracovie^ s'il y avait quelque chose de nouveau, en même te&ipe qu'il enverrait Tordre à votre contingent dose mettre en marche. D'ailleurs f je suppose *que cette course -sera courte. Ma garde est ^itièrement partie ; je ne pense pas que les Russes fassent aucun mouvement. Les dernières nouvelles de Péterebourg, du 29 mars, portaient qu'ils se mettaient en mouve* ment , mais qu'ils protestaient toujours qu'ils ne voulaient pas attaqua.

«-Saint-Gloud, 10 avril tSf2. »

. Résumons sommairement la force ,^ la composition et la marche des corps de la Grande-Armée au cornmoncément du mois de mai 1813' :

L'infanterie était fractionnée en 10 corps.

Le If corps, ^ur ordres du prince d'Eckraûhl, avait six divisions portant les numéros 1, 2, 3, 6, 5 et 7. Il traversait la Prusse poiu^ s'approcher du Niémen et des frontières nord de la Pologne-russe.

. IjC 2* corps, commandé par je duc de Reggio, et formé des4rois divisions portant les n^ -6, 8 et 9, mar* chait de Grossen sur Thorn par Posen et la Pologne prussienne.

l^ 3* corps 9 sous le commandement du duc d'Elchingen, était composé des 10*, 11% 12* et 25* divisions (cette demi^ wurtembergeoise). Ce corps se dirigeait de Berlin sur Thom.

Le &' corps, formé par l'armée d' Italie, avfdt troisdi-

EN BUSSIE. 33

vmoûB portasife les n^ 13^ i& et 15 ; iV était sous lès ordres du prince Eugène « et allait arriver à Glogau, sur rOder, pour continuer son mouvemrat sur Posen, sur Ploeky et pour prendre position le long de la t>ass6 Yistule*

Le 5* corps (général en chef, lé prince Poniar towsld) était composé de trois divisions polonaises, ayant les n"^ 16, i7 et 18« Il se formait dans le Grand Duohé, sur la rive gauche de la Yistule , et prenait position à Varsovie.

Le 6' corps, sous le général Saint-Cyr, formé des deux divisions bavaroises ayant les n?* 19etS0, avait franchi Glogau et se portait sur Plock;»

Le T corps, aiux ordres du général Reynier, composé de deux divisions saxonnes, n*"' 21 et 22, marchait de Kalisch sur Pulawi et Sandomir, pour prendre position sur la haute Yistule.

Le 8* corps, formé du contingent westphaliei>, 23* et 24* divisions, sous le commandement deYandamme, s'avançait de Kalisch sur Yarsovie, pour prmclre po* sition entre le T et le 5' corps.

lies 9* et 10* corps, aux ordres des ducs de Bellune et de Tarente,,composé8, le 1*% de 3, le 2* 4e ^ divisions , troupes françaises* allemandes , polonaises et prussiennes^ n'étaient pas encore complètement organisés. Ils devaient former deUx réserves, et s'avancer sur le territoire russe lorsque la Grande Armée 3'tioignerait de la Yistule et du Niémen.

La Garde comptait 3 divisions, 1 de vieille et,2 de

&li MIÊMOIRES sua LA OAlIPiÛNE DE 1812

jeii»e garde. On avait réum à ces trois dlviatoii oaUe

de la YiBtule, vieux corps polonais.

lidk division de la vieille garde était sons tes ordres du dttc de Dantâg; les trois autrei souale ooiûiaaa-' dément du duc de Trévise. Le maréchal duo d^Iitrie commandait la cavalerie de la Garde. Tous les corps, à rexception d'un régiment de grenadiers hollandais et des régiments de lanciers polimais et hollandais, étaient Français» La Garde, en marche sur B^Hn, avait ordre d^ se porter sur le Niémen par Hkhtii et Kodidgsberg.

Le corps autrichien du prince de Sohwartzmèarg, cantonné en Gitlicie vers Lemberg, h rextrtoie droite de notre ligne, n'était pas classé. Il était destiûét dans le principe , à relever sur la Yistule la droite de la Grande Armée , et à couvrir le Grand Duché ; mais on verra que Napoléon modifia ensuite ses intentione & regard de èes troupes, dans lesquelles i! ne pouvait avoir une bien grande confiance.

La cavalerie était fractionnée en quatre grand» corps : le 1" commandé par le général Nansoutf,* le 2* par le général Montbrim, le 8* par le général Grouchy , le 4* par le général Latour-Maubourg. Ces quatre corps, dits réserves de cavalerie , comptaient 11 divisions de cavalerie, dont tàx de grosse cavalerie.

En outre,* on avait attaché, à chacun des 1*", 2*, 5*, â% 6* et 9" corps , deux brigades de cavalerie Mgèrc; au 5% trois brigades; aux T et 8*, 'une seule. Les i5orps de cavalerie attachés & la Garde et au corps

EN RCSSIE. 35

autrichien étaient composés de grosse cavalerie et de cavalerie légère»

Ces brigades marchaient avec les corps d'année dont ils faisaient partie.

Les 1^' et 2* corps de la réserve de cavalerie étaient en marche de Stettin et de Francforlr-sur-rOder, sur Thom, Kœnigsberg et le Niémen ; le 3* sur Posen, le ft* sur VaJTsovie.

La force totale de la Grande-Armée pouvait, à celte époque ( premiers jours de mai ) , être évaluée à 600,000 hommes, dont 490,000 d'infanterie, 90,000 de caviJerie et 20,000 d'artillerie, du génie et des armes spéciales ; elle traînait à sa suite environ 1,200 bouches à feu.

Cette formidable armée pouvait en moins d'un mois (à réception des 9* et 10* corps) être réunie sur les bords de la Vistule et du Niémen, sur une ligne brisée dont l*'eitrênie droite est Lemberg en Galicie, et Textrême gauche Memel sur la Baltique, et au centre et dans le rentrant de laquelle se trouvent Varsovie et Thom.

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