‹ Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1812 en RussieChapitre 6 sur 24 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Coup d'oeil sur les opérations de )a Grande Armée du c6té de Wilna. — Retraite des six corps de la première armée russe de rOuest. — Opérations de la deiaième armée« —Sa force réelle. — Situations des quatre corps formant la droite de la Grande Armée française au 1*' juillet 1812. — Harche du roi de Westphalie sur Âugustowo. -^ Marche du 7* corps pour couvrir la droite de, Jérôme. — Lenteur des Autrichiens. — Lettres du gé« néral Reynier à ce sujet. — Préjudice que cette lenteur cause aux opérations de Taile droite. — Lettres du 29 et du 30, de Qerthier k Jérôme. -^ Double erreur qu'elles contiennent. — Re* connaissance, et rapports du général Âllix sur le Niémen et Grodno. — Entrée du rot de Westpbalie, dans cette ville le 30 juin.

Le 22 juin 1812, U gauôhe de la -Grande Armée étant prête à commencer la campagne , Napoléon adressa & ses troupes la proclamation suivante-:

«SoldatsI

» La seconde guerre de Pologne est commencée ! La première s'est terminée à Friedland et à Tilsitt, A Tilsitt Ja Russie a juré éternelle alliance à la France et guerre à l'Angleterre^ Elle viole aujourd'hm ses serments I Elle ne veut donner aucune explication de son étrange conduite que les aigl.es françaises n'aient repassé le Rhin, laissant par là nos alliés à sa discrétion. La Russie est entraînée par la fatalité I ses des*

tins doivent s'accomplir. Nous croirait-elle donc dégénérés ? Ne serions-nous donc plus les soldats d'Austerlitz? Elle noua place entre le déshonneur et la guerre : le choix ne saurait être douteux. Marchons donc en avant ! Passons le Niénien, pprtons la guerre sur son territoire. La seconde guerre de la Pologne sera glorieuse aux armes françaises comme la première. Mais la paix que nous conclurons portera avec elle sa garantie et mettra un terme à la funeste influence que la Russie a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de r Europe. ^ "'

» Denotrequartîerimpérialde Wîlkowiskf, Ie22]uini81â. »

Le major-général en transmettant cette proclamation au roi de Westphalie lui écrivait :

^ ce aire, j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté une ^proclamation de l'Empereur par làqueHe Sa Majesté fait cdtmattre à son arn^ée que la guerre est CùOtr mencée.

» L'intention de l'Empereur est ^e Votre Majesté communique cette proclamation aux 5% T et 8* corps, èeulement dans la matinée du 26 de ce mois.

» Wilkûwiski, le 22 juin 1812. u

On voit , par la dernière phrase de cette lettre , quelle importance on attachait au quartier iihpérial à tenir jusqu'au dernier moment les Russes dans l'ignorance ou au moins dans l'indécision sur les projets de ràrmée fi*aîiçaise. '

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Avant de suivre les opérations de l'aile droite contre £agratiori et pour bien faire comprendre les mouvements des quatre corps destinés à le combattre, nous eroyoïls utile de donner une analyse rapide des événements qui eurent lieu du côté de KoWno et dé Wflnà.

Le 28 juin , 860 voltigeurs franchirent le Niémen près de Kowno sans brûler une amorce ; les Cosaques qui occupaient la rive opposée, disparurent dans les bois; Le génie s'empressa de jeter les ponts, et le len* demain , au point du jour , la gauche de la Grande Armée commença son mouvement. Le 26, la garde impériale, les !•', 2*, 3* corps, la moitié de la cavalerie de Murât sous les ordres de Nansouty et de Montbrun, se trouvaient sur le territoire russe. Kowno ftit occupé, par nos troupes. Barclay de Tolly, au comble de Tétonnement, battit en retraite, envoyant des ordres, non seulement aux corps de son armée, mais k Bagration pour prescrire un mouvement de concentration sur Wilna. Deux jours après cette ville étant menacée, il modifia ses ordres et marqua la retraite sur Swentziany et Drissa.

Nous avons dit que les généraux' de la première armée russe de l'Ouest occupaient les portions suivantes: Wittgensteiii, Rossiéna et Keidany; Bagavout, Kowno; grand-duc 'Constantîiî, Wilna et les environs; Schouwalof, Nowoi-Trokî; Tutchkof, les approches de Lida et enfin Doctorof , le pays entre Lida et Grodno.

A la nouvelle de l'entrée des Français à Kowno,

Wittgenstein coupé de Barclay de Tolly, menacé d'un côté par Macdonald qui se déployait suf Tilsitt, d'un autre .par Oudinot , se replia d'abord sur Wilkomir dans Tespoir de gagner Wilna ; puis, averti du mc^i* vement rétrograde de Barclay, il se retira par M^iaty sur Braslaw, vivement poursuivi par le 2* corps. Bagawout opéra sa retraite primitivement sur Szirwinty pour se rejeter également sur Wilna, mais apprenant la marche de Napoléoh sur cette ville, il se. dirigea sur Swentziany, Le grand-duc Constantin voyant qu'il était trop tard pour défendre la capitale de la li-* thuanie ^ Tabandonna , et se replia sur Swentziany, second point de concentration assigné par Barclay à ses troupes.

Schouwalof et Tutchkof prirent la même direction. Restait Doctorof dont le mouvement se lie plus direc-» tement à notre sujet, car il fut cajose, ainsi qu'(m le verra plus loin , d'une erreur singulière à laquelle il est impossible de ne pas attribuer les fausses indications du quartier impérial et par suite les ordres inexé* cutables qui en furent la conséquence.

Doctorof qui se trouvait au-dessous de Lida, à vingt et quelques lieues de Wilna , liant la première et la deuxièine armée de TOuest , n'eut pas plutôt connaissance du passage du Niémen, qu'il se porta sur Wilna. Il ignorait complètement le mouvement de la Grande Armée sur cette, ville , déjà en notre pouvoir. Arrivé, à Bol-Solezniky le 30 juin (à neuf lieues de Wilna] 4 Doctorof rencontre un parti de cavalerie français , il comprend que Wilna doit ôtre occupé ,

qu'il n*a plus qu'une ressource pour nous échaf^er, et prenant une vigoureuse résolution , il se jette à traders champs pour gagner à Ocbmiana la routa qui passant par Smorgoni remonte ensuite par Wileikà sur Drissa, Au liioment où son arrière-garde évacuait Ochmiana, la cavalerie légère de Davout (1^ corps) s'y présentait. L'activité de Doctorof le sauva. Nansouty, parti en toute hâte de Wiloa, pour lui barrer le passage de la Yilia, ne put i'9.tteindre qu'à Swir, et le corps russe échappa à une destruction ccnnplète au prix de sçs convois ^t d'une partie d^ son arrièregarde;

Davout, inmiédiatement après Ja prise de Wilna^ avait été destiâé par TEnipereur à se^ détacher de la gauche et du centre de la Grande Armée , pour concourir avec le roi de Westphalie à isoler entièrement les deux. armées russes de 3arclay et de Bagrartion. n se.mit en Inarche pour Minsk avec deux de ses divisions et sa brigade de cavalerie légère ; ses autres divisions venaient 4' être réunies aux corps placés sous- les ordres inunédiats de Murât et lancés à la poursuite de Barclay, On lui donna comme renfort le corps de cavalerie de Grouchy , la division de grpsse cavalerie du duc de Valence, une brigade de lanciers de la garde; enfin on prescrivit à la division polonaise de Claparède un peu en arrière , de h&ter sa marche pour le rejoindre. Le prince d'Eckmuhl se trouva alors à la tête de 40,000 hommes.

Ainsi donc , à la fin de Juin Wilna était pris ; les six corps dont se composait la première armée russe

M MÉlfOIABS SUA LA GAMPiiGNE DE 1812

étaient en pieine reb'aite par des ligpes diverg^tep tur $we&tziâny etDrissa, poonuivifi par tes trais pr^ir njm^ corps de la Grande Artnée* Duveut , «vee iO,000 hommes, courait se placer entre Barday e| Bagration ,. pour aider la droite de la Grande Armée h 0Bipéciier ce derai^ de percer sur Wilna <^n mt OmB^ ,

- Voyons maintenant ce que devenait la d^u^taie armée russe de r Ouest.

Indécis jusqu^au dernier moment , connne tous les g&fiéraux d'Alexandre , sur les projets de Napoléon , Bagration se tenait concentré entre Slonim, Grodno ei Bialistok, éclairé par les Cosacpies tle Plàtof , plus spécialement chargés de couvrir Grodno , et en com* inuqication avec Texlréme gauche de Barclay de ToUy {corps de Dpctorof) . L'armée de Bagt*ation était cen^ sée formée ^es 7* et 8* corps d'infanterie, d'une division de grenadiers réunis , des 4*, 6* et 6* corps de cavalerie, de près de 1^,000 Cosaques et'de 16,000 k^meêdu eùrps de Markof, mais , en réalité ; Bagration n'avait pas avec lui ces 16,000 hommes fcmnant deux divisions. On lés organisait à Pruj^mi ; elles ne purent le rejoindre, et formèrent le noyau de l'armée de tormassot II disposait donc de &0,000 fantassins environ, et de 20 à 2ft,006 cavaliers réguliers ou Cosaques.

"Un fait fort important à constater, c'est que Bagration pensa toujours, jusqu'à!' affaire de^Mcintew, avoff devait lui toutes les divisions du corps de Davout , et que ce dernier et le roi de Westphalie , ignorant la

.dotation donnée aux deux divisions du général Markof , finirent longtio^nps la deuxième armée de TOueit . m état dé mettre en ligne d& 55 à 60,000 l>aîaonettM.

Une içls; sur le territoire russe, il fut très difficile de m proourer des renseignements bien positifs sur Fmevisée ennemie, en sorte que Jérôme, n'ayant avec loi (pe les &*'et 8' corps et la cavalerie de Latour-Maiibourg, ne se crijrt; pas assez fort pour attaquer la sei^nde armée de TOuest (1) avant d'être en coiximu*nioation avec le corps du prince d'Eckmubl (2). Ce dernier, de son côté, n'osait lutter seul contre les 80,000 hommes qu'il supposait à Bagration; et enfin, Bagration, persuadé que Jérôme et Davout n'avaieiit paa avec eux moins de 70 à, 80,000 combattants chi^ eun, n'osa essayer de percer, vers Smorgoni d'abord, et vers Minsk ensuite , lorsqu'il apprit l'arrivée 4e Davout dans cette dernière ville; aussi préféra-Ml entreprendre un mouvemrat de retraite long et diffiridle pour gagner la Bérésina,

lie 25 juin , le prince Bagration , comme l'avait prévu l'Empereur, fut ^fin informé du passage du Niémen et reçut en même temps l'ordre de rallier ^

(1) Le 7* corps resta ^oa^tmps sur la droite ^Kmr couvrir le Grand-Duché de Varsovie, attendant les Autrichiens du prince de Schwartzemberg qui avançaient le plus lentement possible.

(2) Qu'on se rappelle cette instruction générale, si formelle, si positive, qui devait être comme la ligne de conduite du roi deWestphalie^ instruction contenue dans la lettre du 11 juin de Berthier : L'important est que la droite que vous commandez ne se commette pas contre des forces supérieures^ et manœuvre réunie de position 9n position.

92 MEMOIRES SUR LA GAMf>A6NE J>£ 1812

marches forcées Tarméede Barclay de ToHy à* Wilna. H se hâta de quitter Wolkowisk pour gagner par Bièlitza la route d^Ochmiana, Lida et Wilna.

L'hetmànn Platof, à qui on avait envoyé les mêmes instructions, avait abandonné Grodno pour se porter également sur Lida, battant en retraite devant la droite de la Grande Armée ; mais arrivé le 1" juillet à Lida, il apprît l'occupation de Wilna par les Français, et se replia-sur îîowogrodek, afin de gagner Neswij^ Minsk, et de remonter ensuit^ «.u nord vers Yileika, d-y franchir la Yilia près de sa source et de gagner Disna.

Bagration , arrivé le 28 à quelques lieues de Grodno, avait appris rentrée de Napoléon à Wilna ; il s'était décidé à se replier sur Slonim. Son mouvement avait commencé le 29. Ce jour-là il fut rejoint pai* un aidede-camp de Barclay de ToUy, qui lui apportait Tordre de gagner le camp de Drissa par Nowogrodek , Minsk et Yileika ; il s'empressa de marcher dans la nouvelle directioh qui lui était assignée , et le â juillet il arriva à Nowogrodek, où il rallk les Cosaques de Platof;

Laissons maintenant Platof -et Bagration réunis ^ prêts i se porter sur Nicolaiew pour y franchir le Niémen , et revenons aux opérations de la droite de la Grande Armée, dont nous allons donner d*abord une situation exacte.

BIV RUSSIE. ^ 9â

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