PRÉFACE
£S Mémoîres ont pour objet d'offrir des matériaux à l'Scrivain qui entreprendra THis.^ toîre de la Campagne de 1 8 1 4*
^ S'il pe nous a pas. été permis de puiser daçs les archives du Gnouvernemesnt ^ un grand nombre dé porte-feuilles nous ont été ouverts » une foule de matériaux inédits nous ont été communiqués par dçs, Maréchaux et des .Qf^Âers généraux français et
étrangers.
Nous ayons comparé à ces^ matériaux tous les ouvrages et toutes les relatioQfi imprimées en France , en AUemagne et e© : Angleterre , dont on trouvera à la sui(e d^ cette préface la nomenclature raisonnée.
Nous nous sommes attaché surtout à Tex-^
position claire, méthodique - et sîncère des
événemens militaires. U n'entxait point dans
notre plan de recueillir les traits particuliers
de bravoure 9 auxquels d'ailleurs un grand nombre d ontrààear é^tiinables sont consacrës.
Il n entrait point non plus dans nos intentions ni nos moyens ^ d'agiter, à roccaarâfi des ' opëtértions miKtaire», dtes dîseuâsioft's sï;4%nt;îfi€fue4 ; à VëJiéïtipie^ dé Biîlow, du gê^ néral Jomini , dti prince- Chârites d'Autriche ;
toutefois nous avi&nscri» devoir présenter avec le' récit dès faits ,• l'expogé des opinions que tious ftVtens ^à^Tï^éme de recueillit àtttl^ prinêipaùx évéûétoens. Ces ûpinionsr ttiérîtent d'étw connues;, quelle que sdit leur Valeur , parce qu'elles appartieiinetrt m plupalrtr S 'dfeè militaires recommandables par levtt knlgiiè expétiétà.cé i etqttfeHeS'fori^parriédti'domaine
de l^'éfMMre* • ' ' • ' •
Malgré lé soin que nous -âvcms apporté dans ce travdl, peut-être s'y serà-t^l gKssé des erreurs et y troùvera*-t-on des omisSionis^ mais comme léfi" unes ni lès autres rreprdt4ennent de notre vôldnté', nous espérons 'qu'on nous les paWbnheraV et nous recevrons avec reconnaissance tous lés renseigneiUens qu'on
pUéfAcé. vij
Yôlidra bien mms AâréBséÉ k tët égard , soit diréetemetït^ ou pat k voie dès journaux.
Quoique nous ne ndfts soyons proposé d'écrire que de Sîmjilé^ mémoires militaireis, noo& avons crft dévéjr eùâsignér d'après nos màtérlâtix ^ les é^énemehs politiques qui ont nne Goiaiexiôn intime avec les opérations des armées, et d'indiquer, pàrexetaiple, avec quel-* qnes détails y k situah'on des esprits à Paris, am époques principale* de la campagne; la Hi»che dès négociatiotl* à Châtillofn^ k tévoluftion d'à 5 1 mût& €ar les événemens qui ont précédé ou suivi la!^déèhé£thlée dé Na'poléoh et son abdication > tfous n'avons pas même regardé comme étrafigers à ces mémoires les faits honorables de la Garde parisienne ^ soit lorsqu'elle a secondé' l'arriiée dans la défense de la Gapitàle , on Torsqu'elle la suppléée . dans le mahitieni de l'ordre et de la tranquillité.
- Tel est l'objet de- ces Mémoires^ Il notrs reste à exposer l^s niotife qiifi nous ont déterraiin^ > à lestent reprenkire.
Les événemens de la campagne de i 8 r 4
vil) PREFACE.
ne sont qu'imparfaitement connus , et nulle do celles qui ont illustré les armes françaises depuis viugt-cinq ans^ n'excite Tintërét à plus ajuste titre : elle oiTre le spectacle d'un grand homme aux prises avec l'adversité^ qui^ dans cette dernière épreuve , achève de révéler les qualités auxquelles il fut redevable de son élévation et Içs défauts qui causèrent sa chute ; elle attache les regards sur la lutte étonnante d'une poignée de soldats puisant toute sa force dans l'orgueil de ses souvenirs , contre les armées réunies de TEurope j on y voit le démembrement d'un vaste Empire, les factions prêtes à en déchirer les lambeaux , et la liberté naitre d'une crise qui semblait devoir anéantir jusqu^à l'indépendance de la Nation.
Sous ces divers rapports , elle est pour tous un sujet de profondes méditations : le Militaire y observe la fécondité et la variété des opérations , l'Homme d'Etat y étudie la marche et l'enchaînement ^es événemens politiques, le Philosophe y découvre les causes apparentes ou secrètes de la force et de la faiblesse des trônes.
PRÂPACS. ix
Dans les premières campagnes de la Rëvo* lution , la France cédant à Fimpulsîon d'une cause éminemment entraînante » obtint , il est vrai , des résultats plus brillans j après avoir recouvré Imtégrité de son territoire déjà entamé , elle recula les bornes de ses ûx)ntières , vengea de vieilles querelles y augmenta le nombre de ses alliés ; mais à lepoque à jamais mémorable oii TEmpire français à vu sa capi«taie envahie , où de nouvelles provinces achetées par le sang dune génération entière , et garanties déjà par vingt traités , lui ont été arrachées^ on peut affirmer que ses armées ^ supérieures à la m^aùvatse fortune y nont pas cessé un instant de bien mériter de la Patrie. Les revers inouiç des précédentes campagnes n^ébranlèrent point leur courage , et plus fières que ces armées romaines si vantées , Tennemi maître de Paris ^ elles n'ont point désespéré du salut de la Patrie «
Deux histoires de cette campagne ont déjà paru ; mais Tempressement dea écrivains qui nous les ont données, semble avoir «eu moins en vue d'exposer la vérité, que d'élever um
X FRCFAGE.
iDonument: de triomphe aux vaioqueurg. Loin de nous toutefois la pensée d'iacrimjaar les intentions de leurs auteurs : nous ne sentons que trop U difHcqlté de saisir la vérité dans un fatras de bulletins measongers ; ils ont pu s'égarer de bonne foi , et c'est un malheur qui u est pas sans excuse,
£n général , une histoire contemporaine n'est pas une tâche aisée à remplir » surtout quand il s'agît de rendre compte d'opérations militaires. Dans une bataille rangée^ par exemple , quel est celui des généraux de la première ligne , de la ^conde même , qui n'attribue à la valeur de ses troupes, à la précision de leurs manoeuvres, des succès qui ne sont dus presque toujours qu'au concours de plusieurs autres circonstances? d ailleurs, les chefs des armées dont on consulte avec tant de sécurité les rapports officiels ou authentiques, sont rarement exacts j souvent même ih cachent au atténuent les pertes , grossissant les avantages » déguisent des ma-f nœuvres. De telles pièces , accréditées ensuite par la politique des gouverneœens y ne sont
q»e trap sautent pouciîes peuplée las-, seiils dédeanaii^iaen8; ikt sang ei: dés sacrifices c^ ia guerre leur coÀCe. . ' :.:> , ^
- p/ù. plus > il faufi convenir, que de part et dkutrev l'amaîs rapports n'di&irent de coii^ trasté&.pius choquans avec la vérité ^ qu'an i 6 T 4 •' JNapoiëojaL transformait ^ daiis ses bul*« letinSy les défaites les plus complètes en.siai« pies affaires d'arriére^garde 4 et l'espoir de rele^ ver l'esprit public le portait à exagérer les plus péfcitSi avantages^ De leur ;cdtë> les. généraux alliés a éta.ient guettes ^us scrupuleux s * lors*qu'ils faisaient l'énuméràtton de leurs forces avant d'arriver en présence dp 1 armée fran^ oaise ^ elles ' étaient ' incalculables ; ëprou-» vaient*^iis qaelqu'éohec ,- alors leurs ikibles colonnes , assaillies pc^r des masses ibrniidables. Y^nuAS d'Espagne ^ arrivées soudain de rintérieùr de l'Ëobfxire y à les«n tendre \, avaient été. obligées idopëreit une retraite honorai ble. ilemportaient-^ils uà avantage » c'était à/laba^iônziatte ; puenaiént^'ils une bicoque^ c'était toujours d'assaut. A lire leiirs raptpottB:^ on serait tenté do croire qu'ils disaient
iij prAfage*
une guerre d^extermination. La vëritë est qu'en i 8 1 4 » l'amie blanche ne jona pas un grand rôle, et qu'elle fut remplacée de part et d'autre par une artillerie meurtrière* Napoléon sut merveilleusement se servir de cette arme pour couvrir 1& faiblesse de son infanteterie^ composée de conscrits enlevés avant rage.
Cet échange de forfanterie est la source probable des erreurs qu'on remarque dans les histoires françaises dont nous avons parlé.
Privés : de renseignemens essentiels sur les opérations des armées , étrangers au métier des armes , et prévenus contre les bulletins de Napoléon , leurs auteurs ont pu croire que la vérité n'existait que: dans ceux des Alliés. De là une interprétation littérale présentant les événemens sous un faux jour et dans un sens presque toujours défavorable aux armées françaises. Ce n'est pas tout : l'erreur s'est répercutée dans les ouvrages allemands et anglais; Ventùrini^ Buchholz et Bigland , ravis dé voir que des Français sanc-* tionnaîênt les bulletins des généraux alliés i
PRéPACB. Xll)
ont rédigé des histoires où au milieu du flux et du rreflux d*opinîons divergentes , surnage un amaff informe d'exagérations et de faussetés.
Il sériait trop long d'en faire ici Ténumération. Ceux qui compareront ces Mémoires aux ouvrages fiançais ■ ou étrangers, verront combien on a été abusé sur la force et la composition de Tarmée^ sur les projets et les ressources de Fflmpereur^ sur ses opérations et sur Tesprit de la Nation et de larmée.
Sans délite les Alliés ont remporté des victoires à la Rothière ^ à Laon , à Bar , à Fère^Champenoise , devant Paris; mais comment, et sur qui? Voilà ce que ces ouvrages n^ nous ont point appris ; ils passent qiéme sous silence les avantages obtenus par les Français en maints autres lieux : ils^ disent des choses étonnantes sur la Restauration , mais qui s'écartent entièrement de la vérité j ils peignent les vétérans français comme des satellites de Napoléon, quand se dévouant pour sa cause ^ ils croient verser leur sang pour Tindépendance de la Patrie.
Xiy ^ PK£FAC£.
Il devient donc indispensable de redresser le jugement des nations étrangères , et d'ëdaiver les historiens à venir Sur des faits et des points qui touchent de si près à rbonneur du nom français; car si la postérité^ juge naturel des évënemens, n'est plus .sous l'influence impérieuse des passions , elle reste trop souvent dupe de la pompe et du fast^ dont les vainqueurs enluminent presque toujours leur récit. . .
Nous navpn^riipn négligé pour atteindre ce but. Si le devoir; noufe a forcé, à quelques réticences ♦ la vérité a toujours été notr^guide^ et nous protestoûs iei de n avoir rien .avancé volontairémentqui s'en écarte ou puisse la blesser. Le patriotisme ne nous à point égaré , et nous avons apporté autant d'impartialité, que de soin dans la dépouillement des matériaux , d'origine si différente; en écrivant pour nos compatriotes, nous avons voulu aussi être lu des étrangers; et vies suffrages des uns et des autres seront notre plus douce récompense.