‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 10 sur 61 · Etes-vous résolu à suivre très-exactement nos lois · texte numérisé non relu

Etes-vous résolu à suivre très-exactement nos lois

ao.^ P^ous engagez-çous à une obéissance ab" solue sans réserve ? Et saçez-vous la force de cet engagement ? Ob er unbedingten gehorsam angelobe , und wisse was das sey ?

2i,o N y a-t-il point de crainte qui puisse vous détourner d'entrer dans notre Ordre ?

22.® Voulez^çous y dans le cas qu'on en ait besoin , traita Hier à la propagation de l'Ordre , Y assister de ços conseils , de iH)tre argent et de tous vos moyens ?

23.® Avez -vous soupçonné que vous auriez à répondre à quelques-unes de ces questions ? - Quelles sont celles que vous soupçonniez ?

tiR lImpiiôté et de l'Anarchie. €i

24*^ Quelle assurance nous donnerez-vous de ees promesses ? Et à quelle peine t^ous soumettez^ 90US si iHHLsy manquez ? (Ecrits orig* t. 1 ; Protocole de la réception de deux Novidès, secl. 17.)

Pour savoir en quel sens doivent être conçues R^poMw les réponses écrites et signées par le novice iUii-*^'^ miné , et confirmées par %on serment , ii suffit de jeter un coup^d'œil sur le protocole de la réception de deux frères ; tel que nous ie présentent lés archives de la secte. A cette question : Quelle conduite tienariez-^wus , si mus veniez à découprir dansTOrdre quelque chose de mauvais ou d'in^ juste f Le premier de ces novices, âgé de 22 ans,

et nommé François^Antoine St répond , et

signe , et jure « Je ferois même ces choses-là, si « rOrdre me les commandoit , parce ijue peut- « être ne suis-je pas capable de juger si elles sont « réellement injustes. D'ailleurs , quand même « elles ponrroîent être injustes sous un autre rap- « port , elles cessent de l'être , dès qu'elles de- « viennent un moyen ^arriver au bonheur et « dohtenir le but général. »> '

À cette même question , le novice François^ Xavier B. — répond, écrit et jure en même sens: « Je ne rèfas(érai point de faire ces choses- là » ( mauvaises et injustes ) si elles contribuent 9 am bieti général. »

A la question sur le droit de vie et de m6rt\ le premier de ces novices répond encore et jure : « Oui , l'accorde oe droit à F Ordre Illuminé , » et potttiquoi le lui refuserois-je , si FOrdre se m Yoyoit réduit à la nécessité d'employer ce 1» moyen , et que sans cela il y eût à craindre 9 pour loi de très-grands malheurs ? ( littérale- 9 ment par sa très-grande ruine ) l'Etat perdroit » fort peu à cela , puisque' le mort seroit rem- • placé par tanê d'autres. Au reste , yt renvoie

B2 Conspiration des SopinsTEs

» à ma réponse , N.° 6 ; » c'est-à-dire à celle où* j-ai promis de faire même ce qui seroit injuste , si mes supérieurs le trouvoient bon et me Toi;donnoient. »

Le second novice, à la même question , répond et jiu'e également : « La même rcuson qui méfait » reconnottre dans les goui^emeurs des peuples ^ » le droit de çie et de mort sur les hommes y me » porte à reconnottre très-wlontiers ce droit » dans mon Ordre , qui concourt au bonheur des » hommes , tout aussi bien que les gouverneurs » des peuples devroient le faire. »

Sur la promesse d'une obéissance sans restriction y l'un répond : Oui , sans dpute , cette pro- » messe est importante ; cependant je la regarde » pour l'Ordre , comme le seul moyen d^arriçer » à son but. » Le second est moins précis : ^ Lors y x> dit-il, que je consi4ère noire Or4r^ coipme » moderne et encore peu étendu, j'ai quelque » répugnance à faire une promesse si effrayante; » parce que je suis fondé à douter si 1^ défaut de » connoissance ou même si quelque passion dos> minante, ne pourroi^snt pas quelquefois faire s> ordonner des choses entièrement opposées au » but du bonheur générai : majs lorsqu^e j'imagine » l'Ordre plus étendu , je pense que dans une » société où se trouvent des hommes ;de tant de y> différens états , des plus élevés et des . plus s> communs , ils sont plus à portée de- coanoître » le cours du monde , et de distinguer les moyens » de remplir les bons projets. de 1 Ordre.» . .

Ce doute du novice sur l'ancienneté de son Ordre , étoit fait pour déplaire à Weishaupt qui, n'épargnant rien pour faire croire à l'antiquité de son illuminisme , afin d'exciter davantage le respect et la curiosité des élèves , se contentoit de joi^ir en secret de la gloire de l'invenUon ^ auprès

DE lImpîété et de l'Anarchie, 63 de ces profonds adeptes , et réservoit la rëvinalioa de ce mystère aux derniers grades^ Mais ce même novice ajoute , que tout bien considère, il re^ garde son Ordre plutôt comme ancien que comme moderne. Il promet , aussi bien que son confrère, d'être fidèle à toutes les lois de l'Ordi^e , de l'assister de ses conseils , de sa fortune , de tous ses moyens. // finit par se soumettre à perdre son honneur , sa çie même , s'il manque à sa. promesse. ( V. les deux Protocoles. )

Quand le frère insinuant est venu à bout de lier ses novices à Tordre par des sermens de cette espèce , sur-tout quand les novices ont reconnm sans hésiter cet étrange et redoutable droit , qm fait dépendre des satellites de Tilluminisme , et la Yte et la mort de quiconque plaira ou déplaira à leurs supérieurs ; quand le novice en est an point de ne pas voir que ce prétendu droit , au lieu de lui montrer une société de sages , n'annonce qu'une bande , une fédération d'assassins et d'émissaires du Vieux de la Montagne : quand enfin il s'est livré lui-même et s'est soumis a ce terrible droit y le serment du nouveau Séïde est envoyé aux archives de l'Ordre ; le novice est dans toutes les dispositions que ses supérieur<; attendoient , pour rélever au second grade de la classe préparatoire. Jjt frère insinuant termine sa missioi:^ , en servant lai*méme d'introducteur à son élève* i * ^C

Au temps marqué , le soir , et bien avant dans J^""^ les ténèbres de la nuit, le novice est conduit dans novice. une chambre sombrement éclairée. Là ^' deux hommes l'attendent, et ce sont, après le frère insinuant^ l^is deux premiers illuminés qu'il lui est donné de connoUre. L'un à demi-caché par une lampe recouverte d'un voile ^ dans une* attitude impérieuse et sévère , est le supérieur ou bien le délégoé initiant ; l'autre , prêt à écrire Tacte d'i«

64 GONSPIRATIôH D£S SOPHISTES

nitiation, sert de secrétaire. Une épée nue est sur une table auprès de Tinitiant. Nul autre n'est admis que le novice et son introducteur. Une première question lui est faite , pour savoir s'il persévère aans son intention d'être reçu parmi les frères. Sur sa réponse af&rmative , il est renvoyé méditer de nouveau sa résolution , dans une chambre parfaitement obscure. De nouveau rap- 4>elé , il rentre ; les questions se succèdent ; elles tendent toutes à s'assurer s'il est disposé à la soumission la plus absolue aux lois de l'illuminisme* L'introducteur répond des dispositions de son élève y et demande en revanche pour lui , la protection de l'Ordre ; alors l'Initiant , au Novice :

« Votre désir est juste. Au nom de l'Ordre y> sérénissime dont je tiens mes pouvoirs , et au » nom de tous ses membres , je vous promets » protection , justice et secours >» ...

« De plus 9 je cous proteste de noui^eau ifue » chez nous , vous ne trouverez rien de contraire n à In religion , aux mœurs , à l'Etat. » — Ici, l'initiant prend l'épée nue qui étoit sur la table , en présente la pointe au cœur du dovice / et continue : » Mais si tu allois n'être qu'un traître, » qu'un parjure , apprends que tous nos frères » seront appelés à s'armer contre toi. Ne crois pas » échapper ou trouver un lieu de sûreté. Quelque 9» part que tu sois , la honte , les remords de ton » coeur, la rage de nos frères inconnus, tepour- » suivront, te tourmenteront jusque dans les re- » plis dé tes entrailles. » Il replace l'épée sur la table , et reprend : a Mais si vous persistez dans » le dessein d'être admis dans notre Ordre , pré- » tez le serment qui vous est présenté. )►

La formule de ce serment est conçue en ces termes:

Serment « Eu préseuee du Dieu Tout -Puissant, et dono^ice. devant

DE lTmPIÉTÉ et de L^ANÀRCmE. 65

9 devant vous , plënipolentiaires du très-haut et » très-excellent Ordre , dans lequel je demande 9 à être admis ; je reconnois ici toute ma foiblesse » naturelle et toute l'insuffisance de mes forces» s» Je confesse que , malgré tous les privilèges du s» rang , des honneurs , des titres , des richesses » que je pourrois aVoir dans la société civile , je 9> ne suis qu'un homme comme les autres hommes ; » que je puis perdre tout cela par les autres mor- 3» tels, comme je Tai acquis par eux ; que j'ai un » besoin absolu de leur agrément , de leur estime; 9 et que je dois faire mon possible pour les mé- I» riter* Jamais je n'emploierai au désavantage du 9 bien général , ou la puissance , ou la considéra- » tion dont je puis jouir. Je résisterai au contraire 9 de toutes mes forces, aux ennemis du genre 9 humain et de la société cîçile, » Observez ces paroles , lecteur, et souvenez-vous-en , quand nous arriverons aux grades mystérieux de l'illuminisme; TOUS concevrez alors comment, par le serment de maintenir la société civile , Weishaupt conduit les initiés au serment de n'en pas laisser subsister le moindre vestige.

a Je promets , continue le novice , de saisir 9 ardemment toutes les occasions de servir l'hu^ 9 manité , de perfectionner mon esprit et ma vo- 9 lontë , d'employer toutes tues connoissanceS 9 utiles au bien général , autant que le bien et 9 les statuts de ma société V exigeront*

9 Je voue ( ich gelohe ) un éternel silence , une 9 JidéUté et obéissance im^iolables , à tous les 9 supérieurs et aux statuts de VOrdre. Dans ce 9 qui est l'objet de ce même Ordre , je renonce 9 pleinement à mes propres inies , à mon propre 9 jugement.

9 Je m'engage à regarder les intérêts de l'Ordre » comme les niien^ ; tant que j'en serai mend)re ,

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