‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 50 sur 61 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Suite des découî^ertes faites en Baçière sur les Illuminés ; procédés de la Cour à V égard des chefs de la Secte ; notice et liste des princi^ poux adeptes»

Punition i^uELQUE importantes que fussent les preuves «a«4aet ^cquiscs par la Cour de Bavière» contre rillumi- «deptesen nisiue, il rcstoit cependant à découvrir encore et & *' produire des preuves incontestables de ces projets ^ de cebut ultérieur que la Secte cachoit a?ec tant de soins , et sur lesquels aucun des témoins entendus nWoit encore donné que des lumières peu satisfaisantes. On avoit négligé , dans le temps , de s'emparer des papiers de VVeishaupt, et il étoît assez évident qne les adeptes auroient pris toutes les précautions possibles poiu* soustraire les leurs aux recherches les plus sévères. La Cour sembla peu occupée de celles qu'il convenoit de faire ; elle se contenta d'avoir l'œil sur ceux des adeptes qui entretiendroient encore des liaisons suspectes entre eux ou avec leurs chefs. Ce fut uniquement pour des raisons semblables , si l'on veut en croire Tapologie des Illuminés , que Deling , Officier municipal à Munich » et Krenner, Professeur à Ingolstadt, perdirent leur emploi , que le Comte Savioli et le Marquis de Constanza furent exilés de Bavière, et le Baron de Megenhoff condamné à un mois de prison dans un monastère.

Suivant le même auteur y ce fut aussi uniquement pour n'avoir pas voulu rendre compte de la caisse des Illuminés > que le Chanoine Hertel fut privé

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de son bënëfice ; mais dans le fond , le rôle que Ton a vu jouer à la plupart de ces adeptes , prouve que la Cour ëtoit dëjà assez exactement instruite sur leur compte ; qu'elle poussoit même la clémence bien loin , en faisant à SavioH , le Brutus des Illumines , et àConstanza, leur Diomède^ Tenrôleur du fameux Knigge , une pension annuelle dont ils pouvoient jouir par-tout ailleurs qu'en Bavière. Quelque légères que fussent ces punitions pour des conjurés de cette espèce , la Secte remplissoit l'Allemagne de ses réclamations et de ses cris , contre une persécution qu'elle donnoit pour le comble du despotisme , de l'oppression et de l'injustice. Les dépositions faites contre elles avoient été rendues publiques , il fallut que les auteurs répondissent eux-mêmes à des torreus d'injures , de sophismes et de calomnies , dans lesquelles la Cour n'étoit pas épargnée. Tout sembloit s'être changé en une espèce de guerre littéraire , dans laquelle l'impudence des apolo-« gistes étoit presque venue à bout de rendre la sagesse et la justice de l'Electeur suspectes à toute l'Allemagne (a) ; il étoit temps de recourir à tous les moyens qui pourroient procurer des preuves D^c<mplqs irréfragables. Enfin , le 1 1 Octobre 1 786 , ^^.^ dans un moment 011 Caton Zwach se croyoit à dei liT^ l'abri de toute recherche, des Magistrats se trans- "û^'h portèrent dans sa maison de Landshut , par ordre ; r y 1^ U 3,^, de l'Electeur ; d'autres , en même temps et par le ' \k. \zz même ordre , firent* une descente au château de ' Sanderdorf , appartenant à l'adepte Hannibal , Baron de Bassus. Le fruit de ces visites fut la

(fl) Pour toute cette guerre, VoycE sur-tont Apologie der IllunUnaten , et l'addition "Nachtragt zu der apolo^ gie 9 etc. ; et la réponse des déposans, grosse Ahsichten des Ordens der JÙuminaten ; rSldition à ces rëponses % '

Kiuhtrag^^ etc. noméroA 1 9 2 • 2L

le

rgS^ toNSPffiATION DES SOPHISTES

dëcoiiverte de ces leitres , de ces discours, règles, rojets y statuts , aue l'on peut regarder comme es véritables archives des <:onjurés , et dont la Cour de Bavière fit imprimer le recueil sous le titre d'Ecrits originaux de l'Ordre de la secte des Illuminés* La conspiration de Weishaupt parut alors si monstrueuse , que Ton pouvoit à

Seine concevoir comment toute la scélératesse umaine avoit suffi pour s'y prêter. Mais en tête des deux volumes que forme cette correspondance, se trouvoit pour tous ceux qui auroient quelque doute sur son authenticité , une invitation à venir eux-mêmes se rassurer par Tinspection des pièces déposées aux archives de l'Electeur , ave^c ordre; de n'en refuser à personne la vérification ; toute la ressource dès conjurés fut de se récrier sur la prétendue violation du secret domestique. Us inondèrent encore le public de leurs prétendues justi-» fications ; ils eurent l'impudence de vouloir qu'on ne vit dans leurs lettres que des projets formés pour le bonheur du genre humain , bien plus qu'nhe conspiration réellement ourdie et pour« suivie par eux contre la Religion ou la société ; ils donnèrent ^autant qu'il étoit possible, des tournures captieuses à leurs lettres et discours ; mais jamais ils n'osèrent accuser de faux ou de suppo^ sition aucun de ces écrits. Tous leurs aveux existent dans leur apologie même , et la conspiration anti-religieuse , anti*-sociaIe , qui en est le résultat, porte sur des preuves trop évidentes pour que leurs sophismes puissent faire illusion (a).

(a) Voyez pour ces aveux et pour toutes ces excuses , la lettre apologétique cle Zwactiy la préf. de Xlllurmnisme pri^teuda corrige de Wetshaupt , la défense du Baron de Bdssus ; etBur-tout les derniers ëclaircissemens de Knigge. Celui-ci reconnoit très-positivement toutes les lettres q^^î lui sont attribuées dans ce recueil des Ecrits origir* iiaux ; et il cite sans cesse celles de Weisbaupt^ comme «ussi authentiques que les siennes.

DE l'Impiété et de l'Anarchie. i 99 .

La Cour de Bavière n'avoit point rendu ces vowpuAl

Îreuves si publiques , pour sa justification seule. i'imp<»- 5! ^a conspiration s'ëtendoit sur tous les- Autels ^cette^é- | sur tous les Trônes et sur tous les Empires; TElec-. €»«▼««? * leur envoya un exemplaire des Ecrits originaux dan» les ! à toutes les Puissances de l'Europe. Elles reçurent ^^'^ toutes cet avertissement authentique de la mons* h». ; trueuse révolution , si profondément méditée pour |

leur perte et celle de toutes les Nations. Les ré* !

Î)onses des Ministres constatèrent que l'envoi et 'avis avoient été reçus. L'historien se demande aujourd'hui comment s'est -il donc fait que des preuves tout à la fois si importantes et si démons*, tratives, d'une conspiration si menaçante pour4es Rois et les peuples , soient restées si lonj^ -temps inconnues par-tout ailleurs qu'en Allemagne ? Dès l'instant où ces preuves furent acquises, leur recueil auroit dû , ce semble , devenir le livre de toutes les familles. Tout père eût dû l'avoir sous, ses yeux , et dire à ses enfans : Voilà ce qu'une société souterraine médite contre nos lois et notre. Dieu , contre notre gouvernement et nos Autels ,. et nos propriétés. Il semble que dès lors une indignation générale et soutenue auroit prémuni les esprits , prévenu les complots. Les conjurés au moins redoutèrent cet effet naturel de la décou* verte de leiu-s projets et de leurs moyens. Ne pouvant en détruire les preuves, ils firent l'impossible pom* les empêcher de se répandre. D'un autre côté , les Cours et les Ministres ne connoissoient pas encore assez l'influence et l'activité des sociétés secrètes; celle des lUnminés Bavarois leur parut plus méprisable que terrible ; l'excès même ae ses. complots les fit regarder comme cbîmériques ; et péut^tre même , en donnant de la publicité aux archives des conjurés, la politique eût-elle craint d'accréditer leurs captieux sophismes, d'ajouter

'aoo Conspiration des Sophistes au danger, en faisant connoUre leurs principes» Enfin la langue même dans laquelle parut le recueil de ces Ecrits originaux , étoit peu connue dans le reste de l'Europe; on crut beaucoup mieux faire en les laissant dans un profond oubli; voilà ce qui explique cette espèce de phénomène , cette ignorance où Ton ëtoit encore par-tout ailleurs qu'en Allemagne sur ces illtuninés, sur la nature de leurs secrets et sur le recueil de leurs archives , lorsque j'annonçai l'usage que je me disposois à en faire dans ces Mémoires.

Un mystère plus étonnant encore , et qui sembleroit au-dessus de toute foi humaine, si les. progrès des illuminés n'en fournissoient l'expJication^ c'est l'inactivité et l'espèce de sommeil dans lequel les Cours Allemandes elles-mêmes restèrent ense^ velies , au milieu des dangers que celle de Bavière leur rendoit si présens et si palpables. Malheureusement pour l'Empire , Frédéric II venoit de mou^ rir, quand ces grandes preuves furent acquises contre les Illuminés. Sur les premières nouvelles

3ue ce Prince avoit eues de leur conspiration ^ avoit reconnu tous ces principes de la sédition et de l'anarchie , qu'il s'étoit déjà trouvé forcé \ de dévoiler dans les sophistes ; les Illuminés nous apprennent aujourd'hui que ce fut à son instigation que la Cour de Munich poursuivit leurs chefs et les premiers adeptes qui furent découverts. {Voyez le Mémoire inséré dans le N.^ 12 du Weltkunde , Gazette de Tubingue. ) Que n!eûtil pas fait lui-même contre la secte , s'il avoit pu voir dans les Ecrits originaux combien les adeptes *l!LiMe*~ commençoient à s'étendre dans ses propres Etats ? meoie Ce n'est pas sous un Prince aussi jaloux de l'au* torité nécessaire poiu* le maintien des Gouvernemens, et aussi justement ofiensé qu'il l'étoit contre les Sophistes de la rebeUion} ce n'est pas sous çq*

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 201 Prince que des ministres se seroient pennis de rëpofidre par la dérision et le sarcasme aux lettres dont la Cour de Bavière accompagnoit ses instractions et ses preuves contre la secte. Mais les archives de Tllluminisme ne furent découvertes que les 11 et 12 Octobre 1786 ; et Frédéric II étoit mort le 1 7 Août de la même année. Son successeur étoit en proie à des adeptes d'une autre espèce , à peu près aussi fourbes que ceux de Bavière. L'Empereur Joseph n'étoit pas encore détrompé sur les Loges qui l'entouroient ; plusieurs autres Princes étoient déjà séduits , liés et garrot^ tés par llUuminisme ; voilà ce qui explique leur indifférence : ce qui nous dit même conunent il s'en trouva plusieurs aux yeux de qui les procédés de laGour de Munich ne furent que la persécution de leurs propres frères. Le Prince Ëvéque de Ratisbonne fîit le seul qui parut connoitre le danger^ et qui seconda par ses ordonnances celle de TËlecteur.

Cependant ces preuves publiées par la Cour de /^atre» le* Bavière , étoient celles-là même dont on a vu ré- crtosirousulter, dans ces Mémoires y la démonstration la j^V £cr^^ plus évidente de tous les complots des Illuminés. <'"§^- Jusqu'aux feuilles volantes , tout dans ces archives "*"** indiquoit la scélératesse des moyens aussi bien que celle des projets. Sur des billets pour la plupart écrits en chiffres de TOrdre , par le Frère Ajax Massenhausen , se trouvoient des recettes pour [ composer leur aqua toffana , le plus infaillible de j tous les poisons ; pour faire as^orter les femmes enceintes ; pour empester et rendre mal sain Voir d'un appartement. Ai^ec une collection de cent trente cachets de Princes ^ de Seigneurs ^ de Ban-quiers , s'y trouvoient encore le secret d'imiter tous ceux dont l'Ordre assoit besoin suivant les circonstances \ la description d'une serrure , dont

2oa CoNSPHUlioN ta Sofhistes .

les adeptes' seuls auroient eu le secret; celle d'ùn^k caisse destinée à cacher leurs papiers , el qui de^ voit s'en aller en flamme sous la main du profane qui auroit essaye de Touvrir. -^ D'autres feuilles volantes écrites par Zwach , contenoient le projet de mettre à la suite d!un Ambassadeur quelques adeptes , faisant au profit des conjurés un Gom<merce aussi lucratif que frauduleux. On y voyolt* de plus Vobserçation secrète que tous les Supé^ rieurs Illuminés dévoient savoir écrire des deujo mains. Un manuscrit tout entier de la siemie^ étoit une production très-précieuse à l'Ordre^ parce que , sous le titre de meilleur gu^Horus f ( besser als Horus ) elle renfermoit tous les blas» phèmes de l'athéisme* ( Foy* Ecrits orig*t. i ^ f sect. i8, ige^ 21 )•

•punition Quelque peu d'impression que fit sur les antres au?"rîi" Princes d'Allemagne la manifestation de cesdécoutrrsiiiu- vertes, la Cour de Bavière continua ses procédés bIvI^I? juridiques contre la secte. Environ vingt adeptes furent cités, et les uns déposés de leur emploi ; les autres condamnés à quelques années de prison ; d'antres , et sur-^tout Zwach, prirent la fuite pour échapper à la justice. Celle de TËiecteur au moins ne sera pas accusée d'avoir été sanglante.

Pas un seul de tous ces adeptes conjurés ne fut condamné à mort. Ce supplice sembla réservé & Weisbaupt. On mit sa tcte à prix ; la Régence de Ratisbonne qui avoit d'abord refusé de le chas-* ser , n'osa plus au moins le soutenir ouvertement* Raison de II sc réfugia auprès de son Altesse le Diic de leurac- Saxc-Gotha. La protection qu'il y trouva , et < ks autres toutc Celle dout louisscnt encore dans diverses ^""- Cours plusieurs ae ses adeptes , et de ceux-là même qui avoient été proscrits à. Munich, s'expliquent par le nombre des disciples qu'il avoit déjà dans les postes les plus éminens , au rang

DE IImPIÉTÉ et dm L'ANARCHIE. ao3

métne des Princes. La liste de ceux-ci ëtonneroît peut-être la postérité, si elle étoit connue dans son entier ; et sur-tout si nous n'avions pas déjà , vu par quels moyens Weishaupt les séduisoit, en leur cachant d'abord une partie de ses mys- ; lères, par quels moyens ensuite il les aveugloit ^ ; les encnainoit , en les entourant de ces adeptes qui savent s'emparer dans le ministère et dans les dicastères ou les conseils , des places les plus importantes , soit pour eux , soit pour leurs affîdés. '

. Je ne prétendrai pas oue ces artifices de l'IUu- ,.,^*^?^? ; munsme excusent absolument ces Pnnces disciples i

de Weishaupt, Trop infailliblement, ils €ont au |

moins les dupes de son impiété , avant d'être le /

jouet de ses complots. Trop infailliblement, l'un n'est ici que la juste punition de l'autre. Quoi qu'il en soit , en tête de ces adeptes se trouve Louis^Ernest de Saxe-Gotha» Son nom de guerre thez les Illuminés étoit Timoléon. Suivant toutes les lettres que j'ai reçues d'Allemagne , ce Prince enfin reconnoît son erreur. Il s'occupe aujourd'hui du bonheur de ses sujets , bien plus que des mys* tères de la Secte. Il ne souffre plus même que Weishaupt paroisse en sa présence ; mais son cœur naturellement bon ne lui permet jamais de retirer ses bienfaits même à ceux qu'il disgracie* C'est ainsi qu'on explique la pension qu'il conserva au héros de l'Illumînisme (a). D'un autre côté , Weishaupt n'est rien moins qu'exclu des

(a) On m*ëcrit que cette pension n'est point prise sur le trésor public y ;ï\n»{ que je l'ai dit dans le Tolnme pré« cèdent , mais sur )a Cassette àa Due. Il y a bien en ceki

Saelque différence pour^ ceux qui regardent le superflu e la cassette comme étranger h ce qu'un Prince doit au public , h la décence même , à son honneur ou à sa réputation j mais j'avoue que cette opinion n'est pas U mtefiuB»

±o4 Conspiration des Sophistes appartemens de Marie-Charlotte de Meinnngen , épouse de son Altesse ; c'est ainsi qu'on explique l'asile dont l'auteur de tant de complots jouit encore à cette Cour, malgré la conversion du Prince*

Je ne sais si Auguste de Saxe-Gotha partage aujourd'hui sur l'IUuminisme, les dégoûts du Duc régnant son Frère ; mais à l'arrivée de Weishaupt^ il partageoit avec lui la qualité d'adepte , sous le nom de Walter Fûrst.

Charles ^Auguste , duc de Sdxe-Weymar , s'étoit aussi fait initier sôus le nom A* Eschyle y mais il a renoncé aux mystères de la Secte.

Le héros des guerriers a Minden , et celui des Franc-Màçons à AVilhemsbad , le feu Prince Fer* dinand de Brunswick, n'avoit pu résister à aucune espèce d'IUuminisme.W*** Tavoit initié à celui de Swedenborg et des Martinistes ; les rendez- TOUS qu'il donnoit à Knigge l'entraînèrent dans celui de Weishaupt , qui fit de lui son Frère ou son grand Prêtre Aaron ; et il mourut dans son sacerdoce.

Quant au feu Prince de Neuwied , je ne sais de quel nom fut récompensé tout son dévouement jlour la secte ; mais c'étoit de sa Cour sur-tout qu'il étoit vrai de dire , que les Illuminés y dominoient si bien, que s'us avoient eu par-tout la même puissance , le monde étoit à eux. Il ne savoit pas , ce malheureux Prince , que son fils se trouveroit privé , dans ses propres Etats , de toute sa puissance , et que pour la reprendre il se verroit un jour réduit à solliciter humblement auprès des Comices de TËmpire, la permission de rentrer dans ses droits , de chasser de chex lui tous ces adeptes protégés de son père , protégés de son oncle j le Comte de Stolberg ; la permissioa de leur ôter au moins les emploi»

DE lImpiété et de l'Anarchie. ôo5 qu'ils occnpoient, et jusqu'à réducation de ses enfans dont ils ayoient su s'emparer malgré lui (a).

Un adepte d'une autre espèce est Monseigneur le Baron de Dalberg , coadjuteur des Siëges de

(a) C'est un procès bien étrange que celui de ce Prince contre rilluminisme. Il faut l'entendre en exposer lui-même lobjet à In Diète de Ratisbonne , en l'annëé 1794 : « On sait assez , dit ce Prince , tout ce dont ^ cette Secte est venue ^ bout en France. Nous avons ^ eu aussi à Neuwied des preuves remarquables de sa :► puissance ; elle y a une Loge appelle des trois Paons. 1^ Mon père et ma première épouse favorisèrent spë- » cialement ses adeptes. La dernière est sur - tout la » grande protectrice de plusieurs d'entre eux ; de ce » Pasteur ff^inz , par exemple , qui , maigre le service » que je lui rendis en étouffant le procès qu'on lui faii> soit pour son socinianisme , est aujourd'hui un de mes » plus grands ennemis. Elle ëtoit aussi très-unie avec le » Conseiller Aulique Krœher ( l'adepte Agis, ) Un » nomme Schwartz de Brunswick , Major titulaire de » Wejmar , à qui mon père avoit confie 1 éducation d'un » de mes enfans, et qui à ma grande douleur , en a en- "à core deux pour élèves 9 est aussi un des grands favoris » de la Princesse ; elle lui a donné sa confiance, et le voit » très-souvent. Des lettres de Bmnsvrick le peignent 1^ cependant comme un détestable intrigant. Des Con- 1^ seulers et divers Officiers ou habitans de Neuwied , » sont aussi bien que lui, des membres de l'Illuminisme » et parfaitement d'accord avec la Princesse. Il est no- :r toire que tous sont liés entre eux par le serment de » se soutenir mutuellement Ils ont gagné diverses » autres personnes qui ne sont pas de leur Ordre , et » il s'en est formé une société conjurée pour ma perte, s^ Les Illuminés avoient en effet réussi à ifeire interdire le Prince dans ses propres Etats ; il accusa plusieurs de ses premiers juges d'être eux-mêmes des adeptes ; il leur en coûta peu de jurer qu'ils ne Tétoient pas ; quelquesuns en effet ne l'étoient au moins plus. Cet incident lui donna des désagrémens. Mais enfin il fut rétabli après un long procès , qui doit avoir appris aux Princes Allemands comment rilluminisme sait profiter de sa puis* tance» lors^'ii est ?ena à bout de les entourer.

ao6 Conspiration dés Sophistes

Mayence , de "Wornis , de CoQstance , Goa^ verneur de la ville et des pays d'Erforu On s'arrête d'étonnement , on ne sait si Jes' yeux' ne se sont pas trompés , on examine de nouveau pour savoir si c^est bien un homme de ce caractère , un Ëvéque , un Prélat dési<» gné pour le premier Siège Electoral Ecclésiastique , qui vient ici trouver sa place sur la liste des Frères Illuminés* Il y a plus ; des hom-* mes qui a voient approché de très^près Monseigneur, ont insisté pour me faire effacer son nom. Us m^ont fait .assurer que dans son opinion , la Ré« volution Française étoit le fruit des philosophes du siècle et des gens de lettres , dont il déteste les sentimens. J'ai produit la brochure publiée par Monseigneur , avec son nom et ses titres en tête, ayant elle-même pour titre : De l'influence des sciences et des beaiiXHirts sur le repos public ^ à Erfort 1 798. On a vu que l'objet de cette bro* chure étoit d'étouffer dans leur germe ce que Mon* seigneur appelle les préjugés nuisibles de çuel^ çues bonnes gens à vue courte , en leur prouvant que ni la philosophie , ni les gens de lettres du siècle n'étoient la cause de la Révolution Française, et que le concours de Condorcet même  cette réi^olution n'a été que peu considérable* Dans cette brochure , on a vu encore tous les raisonnemens jque la philosophie des Illuminés leur suggère pour duper les peuples sur la grande cause de la conspiration ; je n'ai point effacé le nom de Monseigneur. J'y ai même ajouté celui de Crescens , sous lequel il est devenu si fameux parmi les Illuminés. A ce nom** là que lui donnoit la Secte, comment Monseigneur a-t-il pu s'empêcher de reculer d'horreur et ne pas concevoir les services qu'on attendoit de lui? Crescens ne fut cennu que par les infâmes

DB l'Impiété et m l'Anarchie. ioj

dëbanches des philosophes Cyniques , et par des calomnies qui forcèrent St. Justin à écrire sa seconde apologie du Christianisme. Un Protestant j jaloux de Toir paroître celle de Monseigneur y nous dit que sans doute elle viendra Juand il en sera temps ; ah ! que nous l'attenons avec impatience ! ( F. l'Eudemoma 4* ^* N*^ S, let. du Docteur j. H. Jung. ) Nous espérons y lire que les Illuminés n'avoient pas dit à Monseigneur tous leurs secrets. Nous ne croyons pas au moins qu'ils lui eussent dit leurs pror jets sur les Sièges de Mayence , de Worms et de Constance , dont sa Grandeur avoit l'expectative. Ce n'est pas là sans doute ce que lui annon-^ çoit le sieur Kolbom , ou ce Frère Crysippe^ son secrétaire , dont le grade d'Ëpopte avoit déjà Jait > sans quil en sut rien , un demi-naturaliste ^ et dont Knigçe attendoit tant de services. {Ecrits origin*t. 2 , tett. 1 • de Philon. ) Mais ce nom de guerre, ce nom seul de Crescens pouvoit-il annoncer autre chose que l'apostasie à laquelle la Secte vouloit préparer Monseigneur comme son secrétaire ? Encore une fois nous attendons avec in^atience Tappli^gie de sa Grandeur. Mais quelle autre apologie , qu'une abjuration claire et nette de son lUuminisme , ou bien une nouvelle et publique profession de foi réparera l'honneur du Prélat Haslein , dont la Secte a fait son Philon de Biblos ? Les Ecrits originaux nous montrent ce Prélat adepte surchargé de travaux ; il est fâcheux qu'il ait trouvé assez de temps pour des plans et des lettres , qui donnent de lui une si bonne idée aux chefs des conjurés. ( Id* t. 1 ^ let* de Diomède , ett.^j i let. de Philon. )

Au rang des hauts adeptes , on peut mettre encore V Alexandre de la Secte , le Général- Comte de Papp^nheim Gouverneur dlngols?-

2o8 Conspiration des Sophistes

tadt , et le Comte Seinsheim , Ministre et Vice»

Président du Conseil , à Munich.

Lorsque Weishaupt fit acquisition de cette Excellence , en lui donnant le nom à* Alfred , il connut tout le prix de sa proie. « Quels hommes » nous gagnons dans Athènes ( Munich ) sans » quon s en aperçoive , écrivit -il au cher » Caton ! Des hommes de considération , déjà » tout formés , déjà de vrais modèles ! » Weishaupt ne veut pas qu'on mène celui-ci, à la lisière i il lui épargne tout noviciat. Avec un peu de soin de la part des Frères Enrôleurs, il s'attend à voir bientôt dans lui un de ses premiers enthousiastes ; et bientôt tout lui prouve qu'il Ta bien jugé. Le Ministre adepte accourt lui-même à Tinauguration d'ime Eglise illuminée^ dont Weishaupt fait les honneurs par un nouveau discours. Plein d'admiration pour les leçons du Chef, le Ministre disciple s^en fait le porteur auprès des Frères de Munich. Tout Ingolstadt s'étonne de la visite qu'il a faite à Weishaupt , avec tant d'autres Frères. ( Ecrits org. t. 2 , let* 7 , 9 , 1 8* ) Le temps arrive où tout l'objet de cette visite cesse d'être un mystère. Le Ministre adepte subit un court exil. Est-ce le repentir succédant à l'enthousiasme y OU bien est-ce l'intrigue , la nouvelle influence des Frères , qui lui ont obtenu son retour, son rétablissement môme dans ses dignités à Munich ! tout ce que nos lettres nous en ont appris , c'est qu'il s'en faut bien que riUuminisme ait perdu son activité en Bavière même.

C'est aussi un adepte bien précieux à la Secte ,

3ue le Comte àe.Kollowrath. C'est le Numénius e Knigge ; c'est celui dont Weishaupt vouloil entreprendre l'éducation , poiu: le guérir de sa

théosophie.

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 209 thëosoplne. Mais il avoit d'abord été confié au Frère Brutus , Comte Savioli , qui le voyant passer trop subitement à des doutes sur rim-mortalité de Vame , soupçonna que ce penchant pour le système de riUuminisme , étoit uni-

3uemént simulé dans l'objet d'arriver aux secrets e l'Ordre. S'il parvint à ses hauts grades , ce ne fut pas au moins avec l'enthousiasme èî Alfred» Ç T. 2 , lett. de Brutus. )

A Cologne , Weishaupt regardoit aussi comme un élève de la haute volée , le Baron Walderifels , le Chabrias de l'Ordre , et Ministre de l'Electeur de Cologne ; mais cet adepte , avec encore moins de penchant pour les hauts mystères , abandonna l'Illuminisme dès qu'il en connut les fourberies. Le Baron Riedesel , le Ptofomée-Lagus , que le Frère Dittfurth destînoit à la conduite secrète des Soeurs illuminées y imita cet exemple. Mais il s'en faut bien 3u'on puisse espérer d'arracher aux ténèbres ont Weishaupt environne ses conjurés , le vrai nom de tous ceux qui lui sont restés attachés , et que l'on pourroit mettre au nombre des adeptes importans. La liste qui en fut pupliée quelque' temps après les Ecrits originaux , se bornoit presque à ceux que mes lecteurs ont déjà appris à connoitre. Je vais cependant la donner ici , avec les ' additions que le temps nous a mis en état d'y faire. On y verra des adeptes épars dans les Conseils , dans la Ma-

§istrature , dans le Militaire , dans les maisons 'Education publique; et cette espèce de coupd'œil général nous dira mieux les soins et l'attention des conjurés à s'emparer des postes les plus importans de la société , en conspirant pour sa rume.

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