‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 52 sur 61 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Noui^eaux chefs , nouvelles ressources des Illu-* minés ; Vimfention de la Maçonnerie Jésui-* tique ; succès de cette Jable*

Au milieu des écrits secrets , que la secte avoîl Éiateidî». inutilement cherché à soustraire aux yeu^ de la positions Justice , s'étoit trouvée , de la main de Zwach ^inJ!""" même , cette apostille remarquable : « Il faut après u » pour rétablir nos affaires, que parmi les Frères î^dc"Iurr » échappés à nos revers , quelques*uns des plus ,conipto«, s> habiles prennent la place de nos fondateurs, D qu'ils se défassent des mécpntens , et que de » concert avec de nouveaux élus , ils travaillent 3» à rendre à notre Société sa première vigueur. » ( Écrits orig. t.\ j dernières pages* ) Weishaupt lui-même n avoit fui loin d'Ingoistadt , qu'en menaçant tous ceux qui l'en chassoient de changer un jour toute leur joie en pleurs ; ( Lettre à Fischer. ) U étoit évident que les Illuminés ne pen* soient à rien moins qu'à renoncer à leui* cQnspi* ration. Cependant , quelque terrible et menaçante qu'elle se fut montrée, on eût dit qi^e toutes les puissances afiectoient de leur laisser tous iQsmo* yens de la poursuivre avec une nouyejile activité» Excepté Weishaupt qui avoit su échappe^r & ses ju£[es , pas un des conjurés n'a voit é^e con-> damné en Bavière à des peines plus fortes que l'exil ou une prison passagère. Dans .(iout le reste de TAllemagne , et depuis le Holstein jusqu'à Venise , depuis la Livonie ju^u'^ Strasbourg , pa^ la moindre recherche n'avoit été faite dans leurs Loges ; la plupart des adeptes reco,nim& pour les plus coupables, avoient trouvé bien plus de protection que d'indignation auprès de ceux ittcm!e contre lesquels se dirigeoient tQus leuc$i

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complots ; maigre les preuves les plus authentiques et les plus ëvidentes de sa félonie , et fort peu de jours même après toutes les preuves ac-

3uises contre lui , Zwach obtenoit et produisoit , e sa probité, de sa fidélité aux lois de son Prince , des certificats que Ton eût dit signés par des complices bien plus que par les membres d'un Conseil Aulique ; ( V. son Appendix aux Ecrits orig. pages 35 et 36. ) et le Prince de Salra-Kyrbourg Tappeloit à sa Cour , pour en être servi sans doute avec la même fidélité. Les conjurés Brutus-Sas^ioU et Diomède- Constanza pouvoient par-tout ailleurs qu'en Bavière former des adeptes à leur conspiration , aux dépens même du Prince qui Tavoit découverte chez lui. Ce Tibère-Merz , dont les Ecrits originaux attestoient Tinfamie , la portoit triomphante avec ses complots , à la suite de l'Ambassadeur de l'Empire , jusqu'à Copenhague. L'adepte Alfred- Seitisheim ne faisoit qu'échanger la faveur de son Prince contre celle du Duc de Deux-Ponts , et déjà rintri£[ue ménageoit son retour à Munich. Spartacus lui-même jouissoit tranquillement de son asile et de ses pensions , auprès des Princes , ses victimes plus encore que ses élèves. Jamais conspiration n'avoit été plus monstrueuse et si publiquement dévoilée ; jamais conjurés n'avoient trouve tant de moyens ae la continuer à l'ombre de ceux même qui en étoient le grand objet. Ainsi tout annonçoit que la fuite de Weishaupt ne seroit pour la Secte , que ce qu'avoit été pour l'Islamisme celle de Mahomet y l'Hégire de nouveaux et de plus grands succès. Mais ici je n'ai plus , pour la suivre dans ses souterrains mêmes , ses annales secrètes. Des précautions dictées par l'expérience , ont fourni à Weishaupt des moyens combinés encore plus profondément , pour accor^

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âev , suivant sa maxime favorite , dans son non- pr^caiiveau sanctuaire toute l'apparence de Toisivetë avec J'^^" . ^^f* les ressources de la plus grande activité. Peut- pour"rrêtre aussi , content d'avoir posé les fondemens ^^^^ *« de ses complots , d'en être à ce moment oix ilùondcU avoit prévu qu'il pourroit défier toutes les Puis- Secu. sauces de détruire son ouvrage , peut-être satisfait d'avoir formé des hommes qui pouvoient désormais présider à son Aréopage , ne s'est-il réservé que le soin de donner ses conseils dans les occasions importantes , en livrant les détails et la qualité de chefs ordinaires à d'autres adeptes. Quoi qu'il en soit , la fin de ses travaux en qualité de chef fût-elle constatée , et les archives de la secte fussent-elles encore plus profondément ensevelies , la preuve des complots dont elle est encore toute occupée ne nous manquera pas. Au défaut de ses écrits secrets , nous aurons ses monumens publics. Les adeptes étoient connus ; il étoit désormais plus facile d'observer leurs travaux , de rapprocher leurs artifices ; des écrivains zélés en Allemagne , nous ont devancé dans cette carrière ; l'histoire aura encore ses^démonstratiotis.

Le grand soin des Illuminés , après la publica- ^^^^ ^.^ tion de leurs écrits secrets , fut de persuader à marqualoute l'Allemagne que leur Ordre n'existoit plus , f^,]^.** que les adeptes avoient tous renoncé , non-seule- \ ment à leurs mystères conspirateurs , mais à toute ^ relation entre eux , en qualité de membres d'une société secrète. Ils ne furent ni les premiers brigands , ni les premiers sectaires cherchant à faire regarder leur existence comme chimérique , dans le temps où ils étoient le plus actifs pour la propagation de leurs complots et de leurs principes. Mais ici l'erreur est venue se démentir elle-même dans la bouche de ses plus zélés défenseurs. A la première apparition de ces ouvrages qui ont dé-

ai 8 Conspiration des Sophistes voile en Angleterre la conspiration formée par les Illuminés, et poursuivie dans les arrière-Loges maçonniques , les Frères zélés des bords de la Tamise ont demandé du secours aux Frères AUemands , pour détruire l'impression que faisoit à JLiondres la çie de Zimmermann , l'ouvrage de M. Robison et nos Mémoires. Les plaintes des Frères Anglais , et la réponse auxiliaire du Frère Bœttiger , sont insérées dans le Mercure Allemand , \N.^ 1 1 , /?. 267. ) la même réponse , à peu de chose près a traversé les mers pour apprendre aux Anglais, par leur Monihiy Magazine , iV.° 27 ^ Janvier 1 798 , que tout homme occupé à dévoiler riUuminisme, ne poursuit plus qu'une chimère ou des objets depuis long-temps ensevelis dans un profond oubli ; que depuis 1790 on a cessé défaire la moindre attention aux Illuminés ; que depuis cette époque il n'en est plus mention dans les Loges Allemandes ; et qu enfin des preuves évidentes de cette assertion se trouvent dans les papiers de Bode , qui étoit devenu chef de cet Ordre , et qui mourut en 1 7^84- ( Monthly Magazine , N.® 27 , Janvier, 1 798 , let. de Bœttiger. ) 11 est dans ces paroles du sieur Bœltiger , un premier aveu remarquable , déjà relevé en Allemagne , à la confusion des adeptes. Des écrivains zélés leur ont dit : vous convenez aujourd'hui que les mystères de l'IUuminisme étoient devenus ceux des Loges maçonniques , et qu'ils le furent au moins jusqu'en l'année 1 790 ; dès lors , et ces journaux et ces auteiu's qui n'ont cessé d'appeler l'attention des Princes sur les Illuminés; dès lors, et Zimmermann et Hoirmann , M. Starck et tant d'autres écrivains dont la Secte s'efforce d^étouil'er les ouvrages , avoient au moins raison d'avertir le : public qu'elle n'avoit pas élé anéantie lors de la découverte de ses complots en 1786 j^ ou mcmft

DE lImpiété et de l'Anarchié. 2 f 9 en* 1 785 , comme Ta voient sans cestse publie jus- ' qu'ici tous les écrivains ses adeptes y ou à ses [ gages. ( F* VEudemonia , /. 6 , N.^ 2. ) Aujourd'hui les conjurés supposent qu'il suffit de faire regarder leur existence comme chimérique depuis 1 790 5 pour continuer à suivre leurs complots sans opposition. Cet artifice encore sera déjoué , et les peuples sauront que la Secte a bien pu changer ses formes , mais qu'elle n'a fait quV •jouter à ses forces et à ses moyens de corruption.

Un second aveu que fait ici le sieur Bœttiger, Bode/ (a) le Dom-Quicliotte des Illuminés, et sur-tout X"X^ celui du Frère Bode , c'est que son héros devint Secte.

(a) Ce sîear Dœttîger , Directeur du Gymnase à r^t-^rj Wpymar , ce Frère auxiliaire fameux par un éloge de , .^ i- ■ .. Bode , dont on n'a fait que rire en Allemagne , a bien d'autres titres au ridicule que ses productions lui ont donnés. Les Anglais peuvent lui pardonner tous ceux qu*jl s'est donnés dans la demi-douzaine de Journaux auxquels il coopère 9 par ses dissertations sur les Dames Romaines y et sur leurs toilettes , et sur Ifts éventails y sur XAmériijue et sur la Chine , sur les phases Etrus^ ijues , et sur le jeu d'un histrion , et sur bien d'autres choses ; mais ce qu'il est bon qu'on sache en Angleterre lorsqu'on nons oppose l'autorité de cet hommelà, c'est qu'il est tout aussi fameux en Allemagne par sa démagogie , que par ses Traités sur la toilette et sur les éventails ; c'est qu'il n*a pas rougi d'exprimer la rage de son Jacobinisme , à l'occasion ne la victoire décisive de l'Amiral Duncan, en consignant dans ses Journaux, qu'il est douteux si cette \ictoire est tenue aux Anglais , d'en haut ou d'en bas, du Ciel ou de l'Enfer , yon oben oder von unten , et que bien des gens pensent qu'iZ vaudroit mieux pour le bonheur des Anglais l'avoir perdue que lavoir gagnée. Voilà l'homme dont on ose opposer les lettres au patriotisme de M. Robison, ' Ce même homme écrit aux. Anglais quil n'est pas Illuminé ; on le croit en Angleterre , mais eu Allemagne on lui demande ce qu'il faisoit donc aux Loges • fifinervales de JVe^-marj en quelle qualité il a pu hé^» rlter de ces écrlTs Jon chef Illuminé , qui par toute*

320 Conspiration des Sophistes réellement le chef des Illumines Allemands. Aucun adepte encore n'avoit fait cet aveu ; mais il vint parfaitement à l'appui des instructions que j'avois sur ce fameux adepte. Cest donc sous ce hëros , dont les talens pour la conspiration ëtoient si précieux à Knigge , que nous avons à suivre en ce moment les travaux et les succès de la Secte. oi>iet de Détourner l'attention publique sur des complots iJl'^f]^^"' fabuleux, pour faire oublier tous les leurs , con- Derie Je- tiuucr Icurs couquétes dans les Loges maçonni-* •oiuc£uc. qj^çg ^ jgg étendre sur toute la classe des hommes de lettres , et infecter enfin de leurs principes toute la masse du peuple ; tels furent les

les lois de la secte ne pouvoîent se remettre qa'aux Frères^ en quelle qualité , après avoir été si intimement lie à Bode , il est encore si laborieux coopérateur de Tadepte fVieland^ pour le nouveau Mercure Allemand t

Ce même auxiliaire ëcrit aux Anglais, qu'à la première rt^quisition le Duc de Saxe-Gotha ne feroit pas .sans doute difficulté de laisser vërifier les archÎTCS de Bode ; mais il se garde bien de faire la même proposition aux Allemands ^ il leur parle d'un prince dépositaire de ses écrits , sans oser nommer le Prince. Il sait trop bien que les vérificateurs meins éloignes se présenteroient avec plus de confiance , si pourtant la .parole de Bœttiger suifisoit k ceux qui croient savoir que le Prince a ses raisons pour ne pas montrer facilement les deux malles de ces archives , qu il a achetées chèrement ; et pour ne pas faire authentiquement la même invitation que la Cour de Bavière a faite pour les Ecrits originaux* — J'invite, moi , Tauteur du Âfonthljr Magazine , à insérer ces réflexions dans son Journal , comme il y a inséré la lettre de Bœttiger contre M. Robison. ( A^* 27 , Janvier 1 798. ) Je fais cette invitaMon , parce qu'il m'est venu des avis , que bien des gens dupes de cette lettre , ne voyoient plus qu'une chimère dans la secte et les complots de la plus monstrueuse et la plus artificieuse des sectes.

Au reste » les papiers secrets de Bode ne sont pas tous Il Gotha. Une grande partie de sps lettres s'impriment en ce moment , et on me mande qu'elles viennent par^ faitement à l'appui de mes Mémoires.

»E l'Impiété ..ET de l'Anarchie. 221 projets d'Améliu^lSode et des nouveaux Ar<^opagites que l'IUnihiiiisine s'étoit donnés pour chefs , après la fuite <le Weishaupt et la dispersion des adeptes Bavarois. Parmi les grands moyens qu'ils employèrent y il en est un sur-tout qui ne seroit pour moi qu'une fable risible et méprisable , et que je daignerois à peine mentionner , sans l'ëtonnant et désastreux parti que la Secte sut en tirer ; c'est la fable de la Franc-Maçonnerie jésuitique. Un nombre prodigieux de volumes ont été écrits en Allemagne , soit par les auteurs même de cette fable , soit par ceux qui sentirent la nécessité de désabuser le public , en dévoilant ce nouvel artifice de lllluminisme. J'épargne à mes lecteurs des détails devenus inutiles , et me borne à ce qu'il faut en savoir pour suivre la Secte dans sa marche , et la voir arriver au pé* riode de sa puissance dans nos révolutions.

Par un premier acte de soumission au despote Weishaupt, Philon Knigge avoit préludé à la fiction des Jésuites prétendus Franc - Maçons y dans sa production publiée en 1781 , sous le nom di Aloysius Mayer. Il étoit revenu à la charge dans sa Circulaire , écrite encore par ordre de Weishaupt aux Loges maçonniques ; il insista de nouveau dans ses Additions à l'histoire des FrcmC'Maçons* ( Foy. ces oui^rages et les Écrits origin. /. 2 , lett. 22 de Weishaupt et i de Philon ; et la circulaire , partie 2 , sect. 6. l-ics adeptes Ostertag à Ratisbonne , Nicolaï et fiiester à Berlin , et une foule d'autres Illuminés n'épargnèrent rien .dans leurs divers écrits , pour accréditer celte fable. Jusque-là cependant il étoit difiicile de se faire une idée précise de l'histoire, soit vraie, soit fausse , de cette Franc-Maçonnerie Jésuitique. Bode enfin réu}iit tout ce qu'on avoit dit , tout ce qu'on pouvoit dire sur ce même sujet.

ÔÛ2 Conspiration des Sophistes Il envoya ses matériaux à Paris , au Frère Bonne» ville ; ( Endlich. Schicksal^p. 38. ) et de laplume du nouvel adepte sortit , sous le XiXxe des Jésuites chassés de la Maçonnerie » cette production ea^ yoyée ktoutes les Loges régulièresy comme le der* nier coup de massue porte au terrible fantôme» £n réunissant toutes ces productions > on voit que leur premier objet étoit de faire croire aux Franc**Maçons que toutes leurs Loges étoieut secrètement dirigées par les Jésuites ; que leurs mystères mêmes , et tous leurs secrets , toutes leurs lois n'étoient que Tœuvre des Jésuites ; que chaque Franc-Maçon se trouvoit y sans le soupçonner même , Tesclave et l'instrument de cette Société, depuis long-temps regardée comme éteinte , mais dont les membres dispersés conservoient un empire honteux aux Frauc^Maçons ^ redoutable aux nations et aux Princes. Le dernier résultat de toute cette fable étoit que, pour avoir les vrais mystères de la Franc-Maçonnerie , il falloit les chercher^ non chez les Rose-Croix ou chez les Chevaliers Ecossais , bien moins encore dans la Franc-*Maçonnerie Anglaise , et dans celle d% la stricte observance , mais uniquement dans ces Loges éclectiques dirigées par les Illuminés. ( P\ la Circulaire de Philon et sa conclusion. ) Succès de C'est un terrible nom que celui des Jésuites celle ikWc. pQuj. jjigjj jgg personnes , pour celles sur-tout qui ne pardonnèrent jamais à ces Religieux leur zèle pour la Religion Catholique ; et il faut convenir que si la constance à combattre pour cette Eglise pouvoit être un crime , ils. avoîënt bien d» droits à la haine que leur avoient vouée leurs ennemis. Aussi dans les pro\4nces Allemandes y dans celles*là plus spécialement ou le^ Loges se remplissoient de Frères Protestons , cette fable fit - elle une impression si forte que » pendanft

M L*ÏMPIlfTÉ tr DE l'AnaÏICHÎK. a!>3

bien long-temps on n'y parla qne des Jésuites caches sous le voile de la Maçonnerie , et de leur grande conspiration. On eût dit que celle des Illuminés étoit oubliée. Ce n'étoit pas la tout ce qu'ils vouloient. Les Frères Maçons des Loges ordinaires s'entendirent si souvent répéter qu'ils étoient les dupes du Jésuitisme , qu'ils laissèrent là leurs Rose - Croix et leur stricte obsen^ance , pour courir aux Loges éclectiques sous l'empire des Illuminés. La révolution maçonnique fut si complète et si fatale à l'ancienne Franc - Maçonnerie , que les Vénérables zélés pour leurs premiers mystères, dans la fiction seule de ces Jésuites Franc-Maçons , crurent voir une conspiration digne des Danton et des Robespierre. Wahriich einproject eines Dantons oder Robespierre ^ûrdig. ( Endliches schicksal , pag. 32. ) Les Frères claîrvoyans eurent beau dévoiler le piège pour venger leur honneur et empêcher la désertion , les démonstrations arrivèrent trop lard. Elles étoient d'ailleurs écrites par des Protestans , qui avoient eux-mêmes leurs préjugés sur les Jésuites ou les connoissoient mal (a). Lorsque l'Allemagne ouvrît enfin les yeux stir cette fable , la plupart des Maçons s'éloient déjà joints aux Illuminés de peur d'être Jésuites ; et les autres avoient presque tous abandonné les Loges pour n'être ni Maçons ni Jésuites. Ainsi fut accomplie en Allemagne cette menace de Weishaupt , de conquérir la stricte observance et les Rose-Croix » ou bien de leâ détruire.

(a) Vo^ez sur cet objet \ Endliches Schicksal ; les OQirrages intitulas , Der aufgezogene ¥orhang der frejr-' Tnaurerej y etc. sur-tout les cent dernières pages ^ ûh^r die ali^n undneuen m/sierien, cbap. XYI, etc.

22^ Conspiration des Sophistes

Si la prévention n'ôtoit pas quelouefois la. faculté de raisonner , on s'étonneroit que les Maçons eussent pu donner dans un piège aussi grossièrement tendu. Que l'on dise en effet , à la Loge-Mère d'Ëdicnbourg , aux grandes Loges de Londres et d'York, et à leurs Directoires, et à tous leurs Grands-Maîtres : vous avez cru teuir les rênes du monde maçonnique , et vous vous regardiez comme les grands dépositaires de ses secrets , les distributeurs de ses diplômes ; vous n'étiez , et vous n'êtes encore sans le savoir y sans vous en douter même, que des marionnettes dont les Jésuites tiennent les fils , et qu'ils font mouvoir comme ils 'veulent ; pourrat-on inventer rien de plus outrageant pour l'esprit et pour le sens commun , que l'on suppose au moins à ces héros des Loges maçonniques. C'est à cela cependant que se réduit toute cette fable de la Maçonnerie Jésuitique. C'est en parlant des Franc- Maçons Anglais , que les auteurs et les propagateurs de cette fable nous disent plus spécialement : Il Y en a bien quelques-uns ( de ces r> Maçons Anglais ) qui soupçonnent quon les

» mène par le nez , mais il y en a peu II se

» trouve parmi eux , plus que par-tout ailleurs^ y> certains membres , qui de temps en temps » renouvellent l'idée des Supérieurs inconnus ; » et ces Supérieurs inconnus qui mènent par le nez ces Franc-Maçons Anglais , sont toujours les Jésuites. ( Voyez les Jésuites chassés ae la Maçonnerie , part. I , pages 3i et Sa. )

Le reproche bientôt devint général ; toute cette multitude de grades inventés en France en Suède , en Allemagne ne sont pas moins l'ouvrage des Jésuites , que les grades Anglais ou Ecossais. ( Voy. la circulaire dePhilon. ) La stupidité épidémiqué parmi les Franc - Maçons

les

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Icfe empêche seule de sentir Tesclavage. Telle est la conséquence naturelle de cette fable. Comment ks Frères Allemands n'en ont*ils pas senti l'absurdité ? Leurs grands adeptes , leurs élus de toutes les nations accourent à Wilhelmsbad ; ils ont tenu , dans moins de trente ans , cinq à six assemblées générales ; commuent tous ces Frères combinant leurs secrets» leur régime, leurs lois ; revisant , méditapt » corrigeant leurs mystères et tout leur code , ont-ils aonc été assez imbéciiles pour ne pas soupçonner au moins qu'ils n'étoient là , comme dans toutes leturs Loges, que les vils instrumens et les esclaves des Jésuites ? Il n'y a pas de milieu : ou bien tous les Franc- Maçons ne sont que les enfans de l'ineptie , de la bêtise el de la sottise ; et alors , que devient cette grande lumière , cette science des sciences»

3u'ils exaltent sans cesse ? ou bien toute l'histoire e ces Jésuites Franc-Maçons n'est qu'une inventtion absurde ; et alors pourquoi courir aux Loges des Illuminés , crainte de se trouver à celle des Jésuites?

L'absurdité devient bien plus étrange , quand on trouve à la tête de ces Franc - Maçons , des Philippe d'Orléans, des Condorcet, des Syeyes» des Mirabeau , et tant d'athées , tant de déistes » tant de ces ardens persécuteurs , assassins des Jésuites , et de tout ce qui tient à la religion que prêchoient les .Jésuites*

Dans quel temps encore vient-on faire de ces Religieux , les Grands-Maîtres et les grands Directeurs des Loges répandues de l'Orient à l'Occis dent ? Gesl après les décrets et les brefs de leur destruction ; c'est lorsque, ne pouvant plus fomer eux-mêmes un corps ou un ensenoble , ils vivent dispersés,, sans liens et sans régime commun» occupés comme tous les simples J^cçlésiastiqufss « Tome IV, P

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des fonctions du Clergé ^ sous l'inspection de leurs Ëvéques ; c^est alors que vous leur 'faites gouverner un corps aussi nombreux et aussi vaste que celui des Franc-Maçons ! C'est lorsqu'on les voit dépouillés de tout , chassés de leurs maisons, ayant à peine de quoi vivre ; c'est alors que vous prétendez qu'ils regorgent des trésors des Loges-^ maçonniques ! C'est lorsque sous le joug des persécutions , ils ne continuent à montrer , à prêcher que les vertus évangéliques ; c'est alors que vous nous parlez de leur prétendue impiété secrète et de leur profonde politique ! Certes , s'ils sont impies, soutfrez au moins qu'ils ne soient pour nous que des impies mal-adroits , et aussi imbécilles que ceux qui leur croient quelque adresse. Ils sont impies, déistes on athées; ils ont la rébellion et l'anarchie dans le cœur ; et »ls ont assez mal joué leur rôle , ponr n'avoir jamais eu de plus grands ennemis que les impies , les déistes et les athées de cette Franc*Maçannerie qu'ils dirigent , et de tout« autre classe ! Ils sont les grands muleurs de ces nouveaux mystères de la Maçonnerie ; ils ont eu' l'adresse de les faii*e introduire par des héros la plupart Protestans , tels qu'un Baron de Hund et un Zinnëndorf ; et ces mystères ne se multiplient dans les Loges que pour y faire naître ou y nourrir ces jalousies , ces haines , ces guerres intestines , que* toutes les assemblées des Frères ne peuvent terminer ! C'est donc encore là l'ouvrage d'une Société si profondément' politique ! Ces terribles Jésuites croyoient-ils donc ne faire qu'ajouter à leur puissance , en froissant , en brisant les unes contre les autres toutes leurs marionnettes maçomiiques , ati lieu de réunir ces millions de Frères ou d'esdavës sous une même loi , pour eh former une barrière contre leurs ennemis ?

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On ne tient pas à toutes les absurditës de cette fabuleuse Maçonnerie Jésuitique. L'imputation devient bien plus étrange encore , lorsque loa considère la nature des preuves sur lesquelles elle est fondée, (a)

(a) Dîyers lecteur» pourroient me soupçonner de ne traiter ainsi de rêveries , d'absurdités inconoeTabies tout ce que les Illuminés nous donnent pour leurs démons*^ trations , sur la Maçounerie Jésuitique , que pour ea éviter une réfutation peut-être difficile. £h bienl pnis^ qu'il le faut , prenons celle des productions de l'IUn^ minisme , doot les adeptes font le plus grand éloge ^ €6*116 que l'adepte Mirabeau » ou plutôt que son souffleur et son enrôleur , l'adepte Mauvillon ne vent pas que nous regardions comme un sjstème , mais comme un rigpprochement trés^complet et trés^^xact des princi-^ pûmx faits qui ont conduit en Allemagne , à la décou" inerte àe cette Maçonnerie Jésuitique. ( F'oy. Mirabeau y Monarchie Prussienne , f . 5 , liv. 8 , pag, 77. ) Prenouâ ce fameux livre : Les Jésuites chassés de la Maçonne^' rie , et leur poignard brisé par les Maçons, Dès la première page 9 ce poignard s*aperçoît gravé sur une planche , où l'on découvre en même temps des compas , des équerres, des triangles 9 des aigles, des étoiles » et ' tout ce qu*on noiAS dk>fine pour les emblèmes de la Maçonnerie Ecossaise. Si Ton demande chez quels Jé-« suites ce poignard s'est trouvé', on ne recevra p<i8 la moindre réponse à cette question; mais , en revanche, voici la manière dont l'auteur prétend -nous démontrer que les grands auteurs et directeurs de la Maçonnerie Écossaise sont des Jésuites ! -

i.^ Bonneville toit dans cette Maçonnerie quatre grades ^ Tapprenti , le compagnon , le maître et le maître Ecossais. Les mois de passe de ces grades sont Booz et 7«^«/c«w pour le premier»; Schiboleth^ Chi" blim et Notuma pour les autres. Booz l'embarras soit ; il le laisse pour mettre dans l'ordre suivant ces quatre lettres initiales T. S. C. N.

Les Jésuites avouent aussi quatre grades , les Frères Lais , c'est-à-dire , ceux qui chez eux, comme dans tous les Ordres religieux , n'étoient reçus que pour vaquer h de» fonctions purement serviles. Cétoient les Frères

Pa

528 Conspiration des Sophistes

Dans ce que Philon-Knigge , Nicolaï et 'Bùde et leurs confrères avoient à dire d'odieux sur les Franc-Maçons , que Ton mette le nom de Jésui-^ tes au lieu de Franc-'Maçons ou de Rose- Croix ;

cuisiniers 9 les jardiniers ^ etc. Les Jë^suites appeloient fces Frères-là Coadjuteurs temporels. Le sieur BonneTiHe laisse là le mot coudjuteur , et ne prenil que la lettre initiale de temporel ; c'est déjà un T qui montre dans le Frère Jésuite , le T de Vapprenti Franc^Maçon. Le second grade chez les Jésuites , étoit celui des jeunes gens occupés de leurs premières études; on lesappeloit écoliers, scholastici ; mais ils devenoient maîtres, nui* gisiri f iorsqu'après leurs études ils enseiguoient les humanités. La lettre initiale du scholastici caD\i.ent k BonncTilie y il la prend et en fait le schiboleth du cotti» pagtton Maçon, Le troisième grade des Jésuites étoit celui des coadjuteurs spirituels , qui faisoient les trois vceux ordinaires de religion. Pour le coup la véritable initiale est ici la m^me que dans chiblim; aussi Bonneville n en doute pas : le Jésuite co^adjuleur spirituel , c'est le chiblim. du Maître Franc- Maçou* £nBn le qua<* trième grade des Jésuites est celui des prof es , qui aux trois Tceux ordinaires ajouteiept celui 4' aller prêcher l'Evangile par-tout oit le Pape les enverroit Ces Jésuites s'appeloient prof es des quatre^vœiix. La lettre initiale du mot profès dérangeroit les calculs de Bouneville i il lui fallott une N ; il appelle ces profès les nôtres , nostri , et voilà IW qui Ti^it du Jésuite profès le J^otuma^ le Maître Ecossais Franc-Maçon. ( P^oj-. les Jésuites ) chassés de la Maçonnerie ^ t. li^ p, S et 6.) Voilà com- . ment T. S. a N. rapprochés de T. S. C. N, démontrent I que les Grades des Jésuites sont ceux des Franc*Maçons. youle2-vous , d'bprès le même Boeneville « démontrer que le mot Mason donne précisément pour résultat le Grade parfait ^ des Jésuites^ celui de leur profès î supposez que les lettres A^ B ^ C ^ donnent les nombres 1,2,5, ainsi de suite, jusqu'à la dernière lettre Z, qui donne le nombre a4 i Supposez que les Jésuites ont adopté ce chiffre si facile , et dites ensuite comme Bon* neville : dans le mot Mason , les quatre lettres AT, A , S , O donnent pour total 45; reste, N , c'est la lettre initiale du notre du fameux noster , Grade parfait du Jésuitisme^ quon ne peut obtenir qùaprè^ 45 <uis, ( I<L

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et Ton aura la marche générale de tous ces écrivains de rilluminisme. C'est précisément comme si en donnant l'histoire et le code de Weishaupt , il plaisoit à Thistorien de mettre par*tout ce mot de Jésuites au lieu d'Illuminés , sans pouvoir môme nommer ou désigner un seul Jésuite , sur lequel l'accusation vint se fixer , quoique l'on sache bien toute l'envie , tout le plaisir que ces ))ardis calomniateurs auroient de nommer au moins quelques-uns des coupables. Ce sont des contradictions perpétuelles. On n'y trouve d'accord ni sur l'époque , ni sur les mystères de cette Maçonnerie Jésuitique. Le seul fait qui eut mérité quelque examen , si l'assertion avoit été au moins accompagnée de quelque preuve , est

p. 9. ) Qael dommage que ce noster , suiyant Bonne- ▼îlle , soit le profès des quatre vœux professus quatuor 90iorum; ( Id. p. 6. ) et que , suivant l'institut des Jé« suites 9 il suffit pour être profès de ces quatre vœux ^ d'avoir 25 ans passas , s'ils avoient à cet âge termîaé leurs études thëologîques ! ( Constit, Soc, Jes, pars r, c. 2 y A^.^ 12 f de admittendis. ) Quel dommage encore que ces Jésuites , maigre leurs années de régence dans I«s Collëges , eussent termine ces études, et fissent presque tons , les vœux de Profès , à l'âge de 53 ans!

Si je disois à présent que le G ou le God des IVlaçons est pour Bonneville, le Gc^/ic^ra/ des Jésuites , parce que Général commence par un G; que le Jubal , le musicien des Maçons , est aussi un Jésuite, parce que Jubal et Jésuite commencent par un /; que VHiram-Abifàe^ mystères est encore un Jésuite, parce que //vaut o ^ A vaut I ; total 9 , et que J vaut aussi o ^ si enfin j 'ajoutais que ce n'est encore ih que les moindres des cinq ou six cents inepties que l'on nous donne pour autant de démonstrations de la Maçonnerie Jésuitique , on auroit bien de la peine h se persuader que je r«nds fidèlement l'adepte Bonneville. Me voilà donc réduit b renvoyer, le lecteur \t Bonnevîllo même. Que celui-là le lise et" Tétudie , que les premières pages de cette produf tioa ne rempliront pas de mépris , de dégoût ou d'indignation , ' coatre uu auteur qui se joue si effrontément du publie^

33o . Conspiration dEsS Sophistes celui des Jésuites faisant de la Maçonnerie nne conspiration pour rétablir les Stuart sur le trône. Mais quel intérêt pouvoit donc inspirer aux Maçons Suédois , Russes y Polonais , Allemands, Hollandais , un secret de cette espèce ? Et comment sur-tout persuader aux Anglais et aux Ecossais que leur Maçonnerie, son code, ses emblèmes antérieurs à là catastrophe des Stuart , ne sont que des mystères inventés pour remettre les Stuart sur le trône d'Angleterre ? Celui qui écrira rhistoire des rêveries humaines , peut insister siur toutes celles que les Illuminés ont répétées jusqu'au dégoût , pour accréditer cette fiction ; sans le parti qu'ils ont su en tirer pour la propagatioa de leurs complots, je croirois moi-même lavoir trop sérieusement réfutée. Des artifices plus importans à dévoiler , sont ceux d'une coalition biea plus réelle et bien plus désastreuse , que toute cette fable de la Franc-Maçonnerie Jésuitique.

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