CHAPITRE III
Secret et union des Conjurés*
Nom de 11 suffit rarement à des conjurés de cacher l'objet guem des général (]e leur conspiration sous des formules
eoiuarcs.
dont ils ont seuls le sens , ou sous un mot du guet convenu parmi eux. Ils ont aussi leur manière spéciale de se désigner les uns aux autres , sous des noms différens de ceux auxquels le public pourroit les reconnoître. Ils ont soin de tenir secrète leur correspondance ; et s'ils craignent de la voir interceptée, c'est alors sur-tout qu'ils usent de ces précautions pour ne compromettre ni leur nom ni l'objet de leur complot.
Voltaire et d'Alembert ne négligèrent aucun de ces moyens. Dans leur correspondance , Duîuc est assez souvent le nom de guerre de Frédéric,
DE L'I-MÏMÉTÉ. Chap. lit. 3t
( Voy. lett. 77 de d'Jîemb. ) D'Alembert est désigné sous le nom de Prolagoras ( Lett. de Volt, à Thiriot , 26 janv. 1 762 ) , mais souvent il change lui-même ce nom en celui de Bertrand. ( Lett. 00. ) L'un et l'autre lui convenoient à merveille ; celui-là pour désigner l'impie, celui-ci pour marquer les moyens de son impiété, les ruses de Bertrand dans la fable du singe et du chat. Quand d'Alembert est Bertrand, c'est Voltaire qui est Raton. ( Lett. 2.2. mars 1 774. ) Diderot est quelquefois Platon et d'autre fois Tomplat. ( Lett. de Volt, à Damilaville , 11 août 1766. ) Le nom général des conjurés est Cacouac; c'est un bon Ca~ couac signifie entre eux , c'est un de nos fidèles. ( Lett. de d'Alemb. ) Plus souvent Voltaire surtout les appel \z frères > comme font entre eux les LeurUm- •Maçons. Dans leur langage énigmatique il est aussi sa?e.enls-
. , 0.00:1 ^ ruatiijuc.
des phrases entières qui ont pour eux un sens spécial ; par exemple la vigne de la vérité est bien cultivée , signifie : Nous faisons de grands progrès contre la religion ( Lett. 35 à d'Alembert. )
Ce langage secret est sur-tout employé quand les conjurés doutent si leurs lettres arriveront. D'Alembert et Voltaire eurent quelquefois des inquiétudes sur cet article. Aussi s'écm oient-ils sous les adresses fictives, tantôt d'un négociant, tantôt de quelque commis ou secrétaire de bureau qui avoit le secret. On ne voit pas qu'ils aient employé des chiffres pour les caractères ordinaires. Cette méthode eût été trop longue pour Voltaire, pour la multitude de lettres qu'il écrivoit ou recevoir Elle étoit réservée à des conspirateurs non moins ardens , mais plus profonds. En général même , Voltaire et d'Alembert , rassurés par la précaution des adresses fictives et par celle de ne pas signer leur nom , se parlaient dans leurs lettres assez ouvertement. S'il en est quelqu'une plus
3a Conspiration des Sophistes
énigmatique , il est aisé de l'expliquer par celles qui précèdent ou qui suivent. L'usage qu'ils fout de ces diverses ruses est assez fréquent pour qu'on voie le soin de se ménager des explications , des excuses ; et s'ils sont surpris , il est rarement assez énigmatique pour avoir besoin d'étude.
Il y a cependant quelques-unes de leurs lettres plus difficiles à déchiffrer, telle que celle-ci, écrite par Voltaire à d'Alembert le 3o janvier 1 764 : » Mon illustre philosophe m'a envoyé la lettre j> iïHippias B. Cette lettre de B. prouve qu'il y y* a des T. et que la pauvre littérature retombe » dans les fers dont Malesherbes l'avait tirée. Ce » demi-savant et demi - citoyen , d'Aguesseau, r> étoit un T. Il vouloit empêcher la nation de » penser. Je voudrois que vous eussiez vu un » animal nommé Maboul. C'étoit un bien sot T, » chargé de la douane des pensées sous le T. » d'Aguesseau. Ensuite viennent les sous T. qui y> sont une demi -douzaine de gredins , dont l'em- » ploi est d'ôter, pour quatre cents francs par an, » tout ce qu'il y a de bon dans les livres. »
On voit bien ici que ces T. tiennent la place du mot Tyran , et que de ces prétendus tyrans , l'un est le Chancelier d'Aguesseau , et le second , Maboul , l'intendant de la librairie. On voit que les sous T. ou sous-tyrans ne sont que les censeurs publics , dont la pension étoit en effet de quatre cents livres. Mais il est difficile de deviner quel étoit cet Hippias B. , apparemment aussi quelque autre tyran qui ne vouloit pas laisser imprimer et vendre librement tous ces livres , dont le poison préparoit les peuples à renverser l'autel et le trône. Mais peut-on ne pas s'indigner quand on voit un homme tel que le chancelier d'Aguesseau , l'honneur de la Magistrature, traité de tyran, de demicitoyen, de demi-savant! Au reste, c'est encore
beaucoup
secretq
de l'Impiété. Chap. III. 33
beaucoup que Voltaire ne l'outrage pas davantage ; car dans toute cette correspondance , il faut s'attendre à le voir lui et d'Alembert n'épargner ni les titres de cuistre, ni ceux de canaille, de polisson et autres injures de cette espèce, à tout homme qui ne pense pas comme eux , quelque mérite qu'il ait d'ailleurs et sur-tout à tout homme qui écrit ou travaille en faveur de la religion.
Quoique ces conjurés se parlassent ordinaire- Lem ment avec assez de clarté sur l'objet de leurs complots, le secret n'en étoit que plus recommandé à l'égard du public» Voltaire sur-tout le recommandoit aux adeptes , comme un objet de la plus grande importance. «Les mystères de Mitra, leur faisoit-il » dire par d'Alembert, ne doivent point être y> divulgués.... Il faut qu'il y ai: cent mains invi- » sibles qui percent le monstre ( la religion ) , et 5> qu'il tombe sous mille coups redoublés. » (Lett* à d'Alembert, i mai i 768. )
Ce secret cependant devoit moins tomber sur l'objet de la conspiration que sur le nom même des agens, et sur la manière dont ils s'y prenoient pour renverser l'autel. Car pour son vceu général d'anéantir le christianisme, la haine de Voltaire 11e lui avoit pas permis de le cacher; mais il avoit à craindre, d'une part, l'opposition des lois, et de l'autre , il vouloit éviter le mépris et la honte qui pouvoit rejaillir sur lui , sur les adeptes , de l'impudence de leurs mensonges , de l'effronterie de leurs calomnies, si l'on avoit pu en nommer les auteurs et les prendre personnellement à partie.
Ce n'est pas la faute de l'histoire si elle est obligée de montrer dans le chef des conjurés l'homme tout à la fois le plus hardi, le plus constant dans sa haine du Christ, et en même temps îe plus jaloux de cacher ses attaques.
Voltaire conjurant eu secret et cachant ses Tome I. G
34 Conspiration des Sophistes
moyens , n'est pas un autre homme que Voltaire hardi profanateur. C'est le même sophiste attaquant les autels du Christ en face de l'univers, mais espérant bien plus encore des coups qu'il lui porte en secret, et des mines qu'il creuse sous le temple. C'est une même haine qui laisse publiquement échapper ses transports , et qui le fait agir en conjuré plus encore qu'en ennemi public , et c'est ce conjuré sur-tout que j'ai à dévoiler dans ces mémoires.
Leurs En cette qualité , les mystères de Mitra et lÇrtdT* toutes les ruses des conspirateurs lui tiennent infise cacher, niment à cœur. En cette qualité , voici ses instructions secrètes : « Confondez l'infâme le plus » que vous pourrez ; dites hardiment ce que vous » avez sur le cœur ; frappez et cachez votre » main. On vous reconnoîtra ; je veux bien croire » qu'on en ait l'esprit , qu'on ait le nez assez s-> bon, mais on ne pourra pas vous convaincre. » ( Lett. à a" Alemhert , mai i 761. )
« Le Nil , disoit-on , cachoit sa tête et répandoit » ses eaux bienfaisantes , faites-en autant , vous y) jouirez en secret de votre triomphe. Je vous r> recommande l'infâme. ( Lettre à Helvétius , j) 11 mai 1761.) On embrasse notre digne che- » valier , et on l'exhorte à cacher sa main aux enne- » mis. y (Lett. àM.de Villevielle, 26 avril 1767.) Il n'est point de précepte que Voltaire inculquât plus souvent que celui de frapper et de cacher sa main. Si par fois des adeptes indiscrets le faisoient reconnoître , il se plaignoit amèrement de voir ses manœuvres découvertes ; alors il démentoit. jusqu'aux ouvrages les plus incontestablement sortis de sa plume , alors il écrivoit : « Je ne sais » par quelle fureur on s'obstine à me croire l'auy> leur àxxDictionnaire phil osophique;\e\Au.s grand • service que vous puissiez me rendre est de bien
de l'Impiété. Chap. lit 35
» assurer , sur votre part du paradis , que je n'ai r> nulle part à cette œuvre d'enfer. Il y a trois ou » quatre personnes qui crient que j'ai soutenu la » bonne cause , que je combats jusqu'à la mort » contre les bêtes féroces ; c'est trahir ses frères » que de les louer en pareille occasion ; ces » bonnes âmes me bénissent et me perdent. C'est j) lui , dit-on , c'est son style , c'est sa manière. y> Ah , mes frères ! quels discours funestes ! Vous •» devriez au contraire crier dans les carrefours , » ce n'est pas lui ; il faut qu'il y ait cent mains t> invisibles qui percent le monstre , et qu'il y> tombe sous mille coups redoublés. » ( Lett. à d'Alembert, i mai 1768.)
D'Alembert excelloit dans cet art du secret et de cacher sa marche , aussi Voltaire le recommandoit-il aux frères comme le vrai modèle à suivre et comme l'espoir du troupeau. « Il est hardi i 3) leur disoit-il , mais il n'est point téméraire ; il y> est pour faire trembler les hypocrites ( enleny> dez les hommes religieux) sans donner prise sur r> lui. » (Lett. de Volt, à Thiriot, 1 9 noo. 1 760. )
Non -seulement Frédéric approuvoit ce secret et ces ruses , ( Lett. à Volt, du 29 juin 1 7 7 1 . ) mais nous le verrons appliquer lui-même tous les artifices de sa ténébreuse politique aux moyens de faire réussir la conjuration.
Dans tout complot encore , l'union à conserver t:il!otl parmi les conjurés n'est pas moins essentielle que conjura le secret ; aussi leur étoit-elle bien spécialement et bien souvent recommandée. Leurs instructions sur cet objet portent entre autres : « O mes phi— 5> losophes ! il faudrait marcher serrés comme la y> phalange macédonienne ; elle ne fut vaincue » que pour avoir été dispersée. Que les philosoy> plies véritables fassent une confrérie comme les » francs - maçons - qu'ils s'assemblent, qu'ils se
ot) Conspiration des Sophistes
» soutiennent , qu'ils soient fidèles à la confrérie. » Cette académie vaudra bien mieux que l'aca- » demie d'Athènes et que toutes celles de Paris. » (85 Lett. de Volt, à d'Alemb., an 1761, et 3 Lett., an 1 769. )
S'il arrivoit quelque division entre les conjurés, le chef ne manquoit pas de leur écrire pour les appaiser ; alors il leur disoit : « Ah ! pauvres :» frères ! les premiers fidèles se conduisoient » mieux que nous. Patience , ne nous décourav> geons point ; Dieu nous aidera si nous lésions » unis. » Pour marquer plus spécialement l'objet de cette union , c'est alors qu'il rappéloit sa réponse à Hérault : JSTous verrons s'il est vrai qu'on ?ie puisse pas détruire la religion chrétienne, { 66 Lett. au même. )
La plupart de ces divisions provenoient surtout de ce que les conjurés variant dans leurs opinions , et s'aceoKiant fort peu dans leurs sophismes contre le christianisme , se blessoienc , se heurtaient par fois les uns les autres. Voltaire s'aperçut de tout l'avantage qu'en broient les écrivains religieux ; et ce fut alors qu'il donna à d'Alembert le soin de rapprocher le parti des athées , des spinosistes, de celui des déistes. » II faut, lui disoit-il, }> que les deux partis s'unissent ; je voudrais » que vous vous chargeassiez de cette réconciliais tion , et que vous leur disiez : Passez -moi » l'émétique , et je vous passerai la saignée. » ( Au même , 07 lett. , an 1 770. ) Àuiem- et Ce chef des conjurés ne souffroit pas que leur constant arc|eiir se refroidît. Pour la renouveler , et pour
«Lin-, le , mi a •! r '
complot, animer leur zèle et leur constance , tantôt il ecri-
voit aux principaux : «J'ai pour que vous ne soyez
. » pas assez zélés; vous enfouissez vos talens ;
?> vous vous contentez de mépriser un monstre
y (j-Liii faut abhorrer et détruire. Que vous en
DE l'Ïmfîètè. Chap. III. Jf
« coûteroit-il de l'écraser eu quatre pages , eu » ayant la modestie de lui laisser ignorer qu'il » meurt de votre main. C'est à Méléagre à tuer » le sanglier ; lancez lajlèclie sans montrer voire » main. Consolez-moi dans ma vieillesse. » ( Lett, à d'Alembert, 20' sept, 1768*) Tantôt il faisoit dire à quelque jeune adepte qu'un défaut de succès pouvoit abattre : Courage , quil ne se rebute pas. ( Lett. à Darail. ) Tantôt enfin , pour les engager tous par le plus vif des intérêts, il leur disoit à tous , par d'Alembert : « Telle est notre situation, » que nous sommes l'exécration du genre humain » si nous n'avons pas pour nous les honnêtes » gens. Il faut donc les avoir à quelque prix que » ce soit. Travaillez donc à la vigne. Ecrasez L in- -yyjfdme , écrasez V infâme.» (Lett. du 1 3 fév. 1 664*y
C'est ainsi que tout ce qui distingue des conju- Aven tés , langage énigmatique, vœu commun et secret, y^^T union , ardeur , constance , tout devoit se trouver chez les auteurs de cette guerre faite au christianisme. C'est ainsi que tout montre à l'historien le droit et le devoir de présenter cetfe coalition de sophistes , comme une vraie conspiration contre l'autel. Enfin , Voltaire même ne se le cachoit pas , et ne vouloife pas qu'on le cachât à ses adeptes , que la guerre dont il étoit le chef, étoit un vrai complot dans lequel chacun d'eux avort à jouer son rôle en conjuré. Quand un excès d'ardeur exposoit le secret , il avoit soin de leur dire l ou de leur faire dire par d'Alembert : Que dans la guerre qu'ils avoient entreprise , il f ail oit agir enconjurés et non pas en zélés. ( 1 4- Lett. de Volt». à d'Alembert. )
Quand le chef des impies fait lui-même un aveu si formel, quand il donne des ordres si précis et si clairs d'agir en canjurés , il seroit absurde de> vouloir encore de nouvelles preuves pour croire k
38 Conspiration des Sophistes
la conjuration. A force de les multiplier , j'ai
peut-être fatigué le lecteur ; mais sur un objet de
cette importance , j'ai dû le supposer aussi sévère
qu'il me convenoit à moi-même de l'être pour la
démonstration.
Maintenant qu'on ne peut , sans résister à l'évidence , contester ni l'existence de cette coalition des sophistes de l'impiété , ni rien de tout ce qui fait de leur coalition une vraie conjuration contre le Christ et sa religion , je ne finirai pas ce chapitre , sans avoir dit un mot pour fixer l'origine , la véritable époque de leurs complots.
Epoque Si le moment où Voltaire jura de consacrer sa juildon." v^e 'l l'anéantissement du christianisme, peut être regardé comme la première époque de la conjuration , c'est au moins à l'année 1728 qu'il faut remonter pour en découvrir l'origine. Car c'est de cette année que date son retour de Londres en France ; et ses plus fidèles disciples nous apprennent qu'il éloit encore en Angleterre lorsqu'il fit ce serment. ( Vie de Volt. èdit. de KelL ) Mais \oltaire vécut bien des années, seul ou presque seul , enivré de sa haine contre le Christ. Il est vrai que dès-lors il se fit le champion , le protecteur de tous les écrits impies tendant, au même but ; mais ces productions étoient encore l'ouvrage de quelques sophistes isolés , écrivant sans concert et sans toutes ces intelligences , sans ce concours et cet accord secret que suppose une véritable conjuration. Il lui fallut du temps pour former des adeptes et leur souffler la même haine. Ses malheureux succès les avoient déjà multipliés, quand en 1 750 il se rendit aux vœux de Frédéric et partit pour Berlin. De tous les disciples qu'il laissoit à Paris , les plus zélés se trouvèrent d'Alembert et Diderot. C'est même à ces deux hommes que le philosophisme doit plus spéciale-
de v Impiété. Chap. UT. 39
ment la première coalition contre le Christ. Sans être encore dans toute sa force, elle date au moins comme complot, comme véritable conjuration, du jour où ils formèrent le projet de l'Encyclopédie , c'est-à-dire de la même année où Voltaire avoit quitté Paris pour se rendre à Berlin. Voltaire avoit formé tous les disciples, mais ce fut d'Alembert et Diderot qui les réunirent pour faire l'énorme compilation annoncée sous le titre d'Encyclopédie , le réceptacle universel et en quelque sorte l'arsenal de tous les sophismes et de toutes les armes de l'impiété contre la religion du Christ.
Voltaire qui valoit à lui seul une armée d'impies , travaillant seul de son côté à la guerre contre le Christ , laissa encore quelques temps les Encyclopédistes livrés à leurs propres moyens ; mais si les disciples avoient pu commencer la coalition , il ne leur étoit pas donné de la soutenir seuls. Les obstacles se multiplièrent , les Encyclopédistes sentirent qu'il leur failoit un homme capable de les vaincre. Ils n'hésitèrent pas sur le choix , ou plutôt Voltaire , nous dit son historien , se trouva naturellement leur chef ', par son âge , sa célébrité et son génie.
A son retour de Prusse , c'est-à-dire vers la fin de l'année 1 702 , la conjuration se trouva coraplette. Son objet précis fut d'écraser le Christ et sa religion ; son chef primordial fut celui qui le premier avoit fait le serment de renverser les autels du Christ; ses chefs secondaires furent d'Alenibert , Diderot et ce Frédéric qui , malgré ses brouilleries avec Voltaire , ne cessa jamais de lui rester uni , quant à l'objet de ce serment. Les adeptes furent tous ceux que Voltaire comptoit déjà parmi ses disciples. Depuis le jour où la partie se trouva complètement liée entre le chef primordial, et les chefs secondaires, et les adeptes
4o Conspiration des Sophistes
acteurs ou protecteurs ; depuis le jour où il fat décidé que le grand objet de leur coalition seroic d'anéantir le christianisme , et sous le nom d'infâme , d'écraser J. C. , toute sa religion , tous ses autels ; jusqu'au moment où les décrets , les proscriptions et les massacres des Jacobins dévoient remplir et consommer en France le grand objet de la coalition , il devoit s'écouler encore près d'un demi-siècle. Il ne fallut rien moins que cet intervalle aux philosophes corrupteurs pour préndestS parer les voies aux philosophes massacreurs. conjures Nous n'arriverons pas à la fin de cette longue S°etfieSeS période , sans avoir vu la secte qui se dit philosoconjnres p{ie et jure d'écraser , se réunir à celle qui écrase
jacobins. l ' ■ i r 7 •
et massacre sous le nom de Jacobins.
Dans cette conjuration de la prétendue philosophie de Voltaire et de d'Alembert , tout nous montre d'avance les voeux , les sermens et le système d'impiété que la révolution françoise doit un jour consommer. Ce Dieu du christianisme , et cette religion que Voltaire, d'Alembert, Frédéric et tous leurs adeptes , sous le nom de philosophes y ont juré d'écraser, ne sont pas en effet un autre Dieu, une autre religion que le Dieu et la religion dont les sophistes , sous le nom de Jacobins y viendront un jour proscrire le culte, renverser les autels , égorger ou chasser les Prêtres et les Pontifes.
Avec la même haine contre le Christ , et avec le même serment de l'écraser , ce sont encore les mêmes sophismes , ce sont jusqu'aux mêmes prétextes , que nous retrouverons a l'école des Jacobins , et que nous entendons à celle de Voltaire.
Les jacobins diront un jour : Tous les hommes sont libres , tous les hommes sont égaux. De cette liberté de cette égalité , ils concilieront que l'homme ne doit être livré qu'aux lumières de sa raison j que toute religion soumettant la raison à
de l'Impiété. Chap. III. 4*
des mystères ou à l'autorité d'une révélation qui parle au nom de Dieu , n'est qu'une religion d'esclaves ; qu'il faut l'anéantir pour rétablir la liberté , légalité des droits à croire ou ne pas croire tout ce que la raison de chaque homme approuve ou désapprouve ; et ils appeleront le règne de cette liberté , de cette égalité , l'empire de la raison , de la philosophie. Ce seroit une grande erreur de fait, que de croire cette même liberté et cette même égalité étrangères à la guerre de Voltaire contre le Christ. Dans toute cette guerre , ni les chefs , ni les adeptes n'eurent point d'autre objet que celui d'établir l'empire de leur prétendue philosophie , de leur prétendue raison , sur cette même liberté , sur cette égalité appliquées à la révélation , à ses mystères , et sans cesse mises en opposition avec les droits du Christ et de son église. Si Voltaire déteste et l'Eglise et les Prêtres , c'est parce qu'il ne trouve rien de si contraire au droit égal de croire tout ce que bon nous semble ; c'est parce qu'il ne voit rien de si pauvre et de si misérable qu'un homme recourant à un autre homme pour diriger sa foi , pour savoir ce qu'on doit croire. ( Lett. au duc d'Usez, du 1 9 nov. 1 760.) Raison , Liberté et Philosophie, ces mots là sont sans cesse dans la bouche de d'Alembert et de Voltaire , comme ils sont sans cesse dans celle des Jacobins du jour , pour les tourner contre la religion de l'évangile et la révélation. ( Voyez toute leur correspondance.) Quand les adeptes viennent et veulent exalter la gloire des maîtres , ils nous les représentent ne se lassant jamais de réclamer l'indépendance de la raison , et sans cesse rappelant ces jours où le soleil n'éclairera plus que des hommes libres et ne reconnaissant d'autres maiires que leur raison. ( Condorcet , esquisse d'un tableau des prog. Epoq. 9. )
42 Conspiration des Sophistes
Lors donc que sur les débris des temples et des autels du Christ , les Jacobins érigeront l'idole de leur raison , de leur liberté , de leur philosophie , le vœu qu'ils rempliront ne sera pas un autre vœu que celui de Voltaire et de ses adeptes , de sa conjuration contre le Christ.
Alors même que la hache des Jacobins fera tomber également les temples du protestant et ceux du catholique , et ceux de toute secte reconnoissant encore pour Dieu le Dieu du christianisme , ils ne donneront pas à leur système destructeur plus d'étendue que ne lui en donnoit Voltaire , maudissant également les autels de Genève 5 de Londres et ceux de Rome,
Quand le grand club se remplira également de tout ce que la révolution française doit nous montrer d'athées , de déistes , de sceptiques et d'impies de toutes les dénominations, leurs légions coalisées et réunies contre le Christ ne seront pas d'autres légions que celles dont Voltaire exhorloit d'Alembert à composer ses armées dans la guerre contre le même Dieu.
Et enfin , lorsque les légions du grand clnb ou de toutes les sectes de l'impiété , réunies sous le nom de jacobins , porteront en triomphe au Panthéon les cendres de Voltaire , dans les rues de Paris , la révolution anti-chrétienne consommée par ce triomphe , ne sera pas autre chose ellemême que la révolution méditée par Voltaire. Les moyens auront pu varier ; la conspiration dans son objet , dans ses prétextes et dans son étendue , aura été la même. Encore verrons-nous que , dans ses moyens même , cette révolution qui brise les autels , qui dépouille et massacre les ministres par la hache des jacobins, ne fut étrangère ni aux vœux des philosophes conjurés, ni à ceux de leurs premiers adeptes. Pour la partie même la plus ré-
de l'Impiété. Chap. IV. £3
voltante de cette révolution antireligieuse , toute la ditlérence pourroit bien se réduire à ces mots : les uns auroient voulu écraser , et les autres écrasent. Les moyens pour les uns et pour les autres , ont été tout ce qu'ils pouvoient être à chaque époque de la conjuration. Cherchons à dévoiler ce qu'ils furent successivement pour les sophistes qui avoient encore un demi-siècle à préparer les voies.