‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 14 sur 50 · SUISSE · texte numérisé non relu

SUISSE

Les réformateurs du xvi« siècle eurent une grande influence dans ee pays , et l'amour de la liberté s'étendit en 1 plusieurs endroits jusqu'à une extrême liberté de penser

Introduction* -9^ en (ait de religion. Un peuple bon, mais peu instruit, jaloux de ses droits, facile à enflammer, étoit disposé à recevoir des préventions funestes, et à regarder l'autorité de l'Église comme un joug qu'il lui étoit permis de secouer aussi. Les novateurs profitèrent habilement de cette disposition des esprits. S'ils échouèrent dans un Jieu, ils réussirent dans un autre, et la Suisse se trouva partagée entre l'ancienne religion et celle qu'on venoit d'établir. Sept cantons restèrent attachés à la loi de l'Eglise romaine. Ce furent Uri , XJnderwald, Schwitx, Zug , Fribourg , Soleure et Lucerne. Deux cantons v Glaris et Appenzel, admirent l'une et Vautre communions. Les quatre autres proscrivirent sévèrement le catholicisme. Ainsi , on ne peut voyager en Suisse sans trouver à chaque pas le passage d'un culte à un autre ; .ici une ville protestante, là une abbaye catholique. Lu— cerne est le plus puissant des cantons catholiques. Cest dans cette ville que réside le nonce du Pape auprès de ces cantons. Le cantou de Fribourg est celui qui a conservé un plus grand nombre d'établissemens religieux , de eouvens et de fondations ecclésiastiques. C'est dans cette ville qu'est retiré l'évéque de Lausanne depuis qu'il a été dépossédé de son siège par les Bernois. Cet évéque est le seul qui réside proprement en Suisse. L'évéque de Baie, qui a été aussi expulsé de sa ville , devenue protestante, réside dans un pays qui appartient plutôt à l'empire qu'à la Suisse. 11 y a conservé un domaine temporel asses restreint ; mais sa juridiction ecclésiastique est fort étendue , et embrasse une j>artie de la Suisse , quelques districts en France , et quelques-uns en Allemagne. Les autres évéques , dont les diocèses s étendent en Suisse, sont ceux de Constance , de Besançon , de Genève , de Coire et de Sion. L'évéque de Constance a sons sa juridiction lu partie la plus orientale de la Suisse. Celui de Coire s'étend principalement sur les Grisons, et celui de Sion se renferme dans le Valais. Celui de Genève, depuis qu il a été expulsé de cette ville, a iixé sa résidence à Anneci, en Savoie, il n'y a point de métropole en Suisse. Les

abbaye» les plus célèbres sont celle de Saint-Gai! , dôttt l'abbé est piince souverain : celle d'En*edlen , nélcrina<ze fameux j celle de Mûri , etc.

Le mélange fréquent des deul religions a rendu les Suisses tolérans. Néanmoins les catholiques y sont restes fort attachés aui pratiques de leur croyance. Ce pays# situé au milieu de l'Europe, et visité par un grand nombre de voyageurs, a conservé long-temps ses habitudes simples et ses meeurs antiques. Dans les cantons où le protestantisme a prévalu , il est encore resté un certain nombre de catholiques. Seulement l'exercice public de leur religion leur est interdit. Ils sont même obligés de se cacher pour suivre leur culte. Le résident de Venise ayant reçu dans sa chapelle, en 1707, quelques habitant catholiques, le peuple , qui en fut instruit , s'anima tellement , que le résident fut obligé de congédier le prêtre qui demeuroit dans son hôtel. Genève même , cette métropole du calvinisme, a conservé quelques catholiques, dont le nombre s'est encore beaucoup accru depuis. Le dernier évêque de cette ville, M. d' A ranthon -d'Alex , étoit mort récemment en grande réputation de piété. Ce siège s'honore d'une suite de prélats distingues par leuf zèle et leur charité, et saint François de Sales a ett plusieurs successeurs dignes de lui.

Quand ie xviir* siècle commença , la Suisse étoit déjà agitée par une dispute qui devint de plus en plus vive, et qui dégénéra dans la suite en une guerre ouverte- Nous pouvons d'autant moins nous dispenser de parler de cette querelle , que la différence de religion en étoit le motif ou le prétexte. Les abbés de Saint-GaU, alliés des Suisses , avoient conservé une autorité assez étendue sur plusieurs pays voisins de leur abbaye. Ils étoient princes, et avoient entr'autres pour sujets les h a bi tans du Toggenbourg , pays long et étroit entre de hautes montagnes. Ceux-ci avoient peine à reconnaître la domination de l'abbé. Les réformés sur-tout, qui étoient en assez grand nombre dans cette vallée, répugnoient & obéir à un ecclésiastique. Ils se plaignaient e^ue l'abbé

enfreignit

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enfreignit leurs privilèges. Ces plaintes devinrent snr^ tout plus vives sous Léger Burgisser , élu abbé en 1696. On lui reprocha des procédés arbitraires qni tendoient à favoriser l'exercice de la religion catholique dans le Toggenbourg, au préjudice de la réforme. Aussitôt tout la parti protestant sonna l'alarme. Les Toggenbourgeois de cette communion s'adressent aux cantons de Zurich et de Berne , qui prennent fait et cause pour leurs co-reli— gionnaires. Toute la Suisse fut en rumeur. Ce ne fut d abord qu'une guerre de plume. Les Toggenhourgfois répaudirent des facturas. L'abbé de Saint-Gall fut appuyé par cinq cantons catholiques qui écrivirent en sa faveur, mais sans succès. Zurich et Berne ne voulurent peint se départir d'une protection oh il entrait autant de poli-» tique que de zhle pour la religion protestante. En 1709, on nomma des arbitres qui ne purent s'accorder. Trois cantons camotiques prononcèrent en laveur ae îaDDe de Saint-Gall ; mais 1rois cantons proteStanS prononcèrent contre. Enfin , après des négociations infructueuses , on en vint aux armes en 1712. D'un côté ét oient les cantons de Zurich et de Berne, les plus puissans de toute la Suisse \ de l'autre , les cantons catholiques de Lueerne, d'UTi, de Schwitz . d'Underwald et de Zug. Les pro— testans furent vainqueurs et s'emparèrent de l'abbaye de Saint-Gall. L'abbé Burgisser se retira en Souabe avec ses religieux. Tout fut mis au pillage. Les cinq cantons conclurent à AraU , le 1 1 août de cette année , une paix désavantageuse qui restreignit en plusieurs lieu* les privilèges des catholiques , et consolida la prépondérance du parti protestant. L'abbé Burgisser refusa d'accéder à ce traité, et mourut dans son exil. Zurich et Berne tinrent garnison dans ses possessions , et pillèrent même une seconde fois l'abbaye, en 1717* L'année suivante, le nouvel abbé, Joseph de Rudolph , accéda à un nouveau traité. 11 en fut blâmé par le Pape , qui voyoit avec peine que les intérêts de la religion eussent été sacrifiés dans cette circonstance. De nouveaux différends entre l'abbé de Saint-Gall et les Toggenbourgeois s'éle*

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