‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 16 sur 50 · PAYS-BAS ET HOLLANDE · texte numérisé non relu

PAYS-BAS ET HOLLANDE

Les Pays-Bas , appelés quelquefois à l'époque où nous sommes Pays-Bas espagnols , parce qu'ils appartenoient à l'Espagne, et depuis Pays-Bas autrichiens, parce qu'ils passèrent peu après sous la domination de l'Autriche, ont conservé fidèlement la religion catholique, et se sont toujours distingués par leur attachement à la loi de leurs pères. 11 semble même que cet attachement ait été accru en eux par les progrès du protestantisme dans une contrée voisine. Tandis que les Holiandois secouoient à la ibis le joug de l'Eglise et colui de l'Espagne, les Pays-Bas restèrent soumis à l'une et à {autre. Un grand nombre d établissemens religieux et de fondations pieuses attestent les dispositions des habitana.

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Il nV a, dans ce pays, qu'une métropole, qui est Maltnes. En 1701 , l'archevêque étoit Humbert-Guillaume de Précipiano dcSoye, ne* en Franche- Comté , et d'abord évéque de Bruges. On loue sa piété, sa vigilance sur son troupeau , sa charité pour les pauvres, zon zèle pour les intérêts de l'Église. Il eut la douleur de voir son diocèse ravagé par une guerre opiniâtre, et troublé en même temps par de fâcheuses disputes, qu'il essaya de réprimer. Beginald Cools, évéque d'Anvers, est aussi cité avec éloge comme un prélat édifiant. Cette ville d'Anvers voyoit alors s'exécuter une entreprise qui fait honneur à la religion et aux lettres. Le père Papebroch, Jésuite, continuoit la collection des Acta sancLorum , commencée par Bollandus, de la même Société. Papebroch, devenu chef de l'entreprise, mourut en 1714» après avoir publié les volumes des mois de mars, avril, mai et juin. Il étoit secondé dans son travail par le père Baert , bon critique ; après lui le père Sollicr eut la direction de ce recueil avec le père Van Den Bosch. Cette collection n'a point été finie, et l'on peut aisément prévoir qu'elle ne le sera jamais, ce genre d'érudition, n'étant plus cultivé aujourd'hui, et la destruction des .corps religieux ayant anéanti les moyens d'exécuter d'aussi vastes entreprises»

C'est dans les Pays-Bas que se formèrent, dans l'origine , des troubles qui ont tenu une grande place dans % l'histoire de l'Église. Un évéque d'Ypres imagina un système qui, adopté avec ardeur par de zélés disciples, et combattu vivement par d'autres théologiens , fut la source de longues querelles. 11 y avoit, en 1701 , plusieurs controversistes qui écriyoient en Flandres sur ces matières; d'un coté, M. Steyacrt, vicaire apostolique de Bois-le-Duc, et le père Meyer, Jésuite, attaquoient les nouvelles doctrines par de nombreux traités. De l'autre côté, le père Honoré de Sainte-Marie, Jean Opstraet et plusieurs autres, défendoient avec chaleur les sentimens de leur maître , ou bien poursui voient ceux de leurs adversaires. Depuis quelque temps les Pays-Bas étoient devenus l'asile de ceux de ce parti qui ne trouYoieo* pas en,

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France asse* dé liberté. Àrnauld et Nicole y avoient fuit un long séjour. Quesnel y résidoit depuis plus de viugt ans , et l'ascendant de son esprit , la fécondité de sa plume et l'impétuosité de son ièle empêchoient qu'on ne s'aperçût du vide qu'avoient laissé en mourant les premiers patrons de la même cause. Du fond de sa retraite, l'ex- Oratorien publioit des écrits, entretenoit des correspondances, dirigeoit les affaires, et remplissoit avec persévérance toutes les fonctions d'un chef de parti. M. de Précipiano souffroit devoir son diocèse devenu un théâtre d'intrigues et de disputes. 11 obtint des ordres pour se saisir de Quesnel , qui étoit caché dans le refuge de Forêt, a Bruxelles. On s'y transporta , et on l'arrêta , lui et deux compagnons de sa retraite , le P. Gerberon et Brigode , qui travailloient sous ses ordres* Gerberon étoit aussi connu par de nombreux écrits dirigés au même but , et Brigode par son zèle à les répandre. On les enferma tous trois. Mais Quesnel fut délivré bientôt après. Ses aniis ont donné à entendre depuis , qu'il avoit été tiré de prison par une espèce de miracle. Ce prodige s'explique fort naturellement. Un gentilhomme flamand , nommé d Aremberg , et un autre individu , furent les anges qui brisèrent les chaînes de cet autre Pierre. Ils percèrent le mur de l'archevêché , et le n septembre 1 703 , Quesnel étoit libre. Il alla se fixer à Amsterdam , et s'y signala par de nouveaux écrits où ne brilloit pas la modération. Son Motif de droit fut brûlé à Bruxelles par la main du bourreau. Il s'en vengea par d'autres brochures, et ne répondit que de cette manière aux sommations que lui fit l'archevêque de venir le satisfaire sur les griefs dont il étoit chargé. On n'en instruisit pas* moins son procès sur les papiers qu'on avoit trouvés chex lui , et qui fournirent des preuves que l'on jugea concluantes. Il fut déclaré convaincu d'opiniâtreté, de cabale h d'invectives contre les puissances, d'esprit de schisme , d'erreurs. — L'archevêque de Malines prononça contre lui , le 10 novembre 1704, une sentence d'excommunication, et le condamna a se retirer dans un monastère pouf y foire pénitence. C«

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jugement n étonna pas beaucoup un homme aguerri de longue main contre la crainte des censures. Mats son procès est imprimé et dépose contre lui. Gerberon et Brigodc n'avoicnt poient été délivrés comme Quesnel. Le second parut si contrit , au bout de six moix de prison, qu'on se flatta que l'affliction l'avoit changé. Il présenta une requête , dans laquelle , après avoir avoué que son principal emploi, depuis plusieurs années, avoit été de veiller à l'impression et a la distribution des livresdu parti, il en demandoit pardon a Dieu et à l'archevêque. M. de Préci piano lui rendit donc la liberté , en ne lui imposant qti une pénitence légère. Le personnage promit tout , n'exécuta rien , et se hâta de rejoindre Quesnel à Amsterdam , où il se fit libraire. Pour Gerberon , ce Bénédictin devenu bourgeois de Rotterdam , où ils'étoit fait naturaliser sous le nom d'Augustin Kergré, ce fabricateur fécond de satires et d'apologies , fut juridiquement examiné. Le 7 décembre 1 704 > on lui prononça sa sentence qui le déclarait convaincu d'avoir enseigné hautement l'hérésie , d'avoir quitté l'habit de son ordre , et d'avoir déchiré les Papes et les évéques. Il fut condamné a signer le formulaire , et à se retirer dans son couvent. Il refusa de remplir la première condition jusqu'en 1710, qu'il témoigna, dit-on , beaucoup de regrets sur sa conduite passée. On lui rendit la liberté , et il ratifia sa rétractation a Saint- Germatn-des^Prés. Cependant ses anciens amis ne veulent point en convenir , et prétendent qu'il persista dans ses premiers senti mens. Peut-être croient-ils que l'honneur de leur cause souffrirait d'un pareil changement. Quesnel ne leur a pas donné la peine de faire son apologie sur ce point. Sa constance ne se démentit jamais, et sa retraite à Amsterdam ne fut point oisive. C'est là, qu'avec Petitpied et Fouilloux, fugitifs comme lui, il sut faire face à tant d'affaires , composer tant d'écrits , et se fbr- I mer sous ses yeux un parti dévoué a ses intérêts. Il y mourut dans un âge avancé. Nous n'aurons que trop occasion de parler de ses Réflexions morales sur le nouveau Testament M et des querelles que produisit ce livre fameux.

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Nous ne pouvons quitter les Pays-Bas sans parler de l'université de Louvain, et des services qu'elle rendit à la religion. Elle maintint dans ce pays le goût des études et rattachement au saint Siège. Elle eut constamment dans sou sein des théologiens estimables et sa vans. M. Steyaert, dont nous parlions il n'y a qu'un instant, en fut long-temps un dits membres les plus recommandables. Nous ne devons pas nou plus omettre le docteur Van Espen9 le plus savant canoniste de son temps. Né à Loti vain f en 1646, il y remplit avec beaucoup de succès une chaire de droit , et donna sur cette matière des ouvrages , dont le plus célèbre est son Jus ecclesiasticum universum , où les points les plus importa os de la discipline ecclésiastique sont traités avec autant d'étendue que de sagacité. La collection de ses OEuvres forme , en ce genre , un dépôt curieux et estimé ; mais sa gloire seroit plus pure, si , sur la fin de sa vie , il ne s'étoit livré à ce même parti dont nous venons de parler. On fut alors étonné de le voir revenir sur des décisions qu'il avoit portés dans des temps plus calmes. En général cet écrivain est peu favorable au saint Siège , et porté à exagérer le pouvoir des princes dans l'Eglise. Ces dispositions s'accrurent avec son dévoue— ment pour la cause qu'il avoit embrassée. Il se montra toujours à la tête des réfrac taires flamands, et sa vieillesse se consuma à écrire en leur faveur.

La Hollande, dont il vient d'être plusieurs fois question, n'avoit pas, comme les Pays-Bas, conservé l'ancienne croyance. Elle avoit renoncé à la fois à l'autorité de l'Eglise et à celle de l'Espagne , et peut-être même n'avoit-elle quitté ]a première qu'en haine de la seconde. Toutefois, au milieu de la défection générale, un assez grand nombre d' ha bi tans étoient restés attachés à la religion catholique. Amsterdam sur-tout avoit témoigné plus de répugnance à recevoir les nouveautés. Elle ne s'étoit rer.duc au prince d'Orange, en i5#7, qu'à condition que les catholiques ne seroient point inquiétés. Om le promit , mais peu de temps après on chassa les ecclésiastiques et les religieux, et on fit cesser fout exercice

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* public de la religion catholique. Malgré* ces mesures et tous les efforts du parti dominant , on dit qu'il y a encore plus de vingt mille catholiques à Amsterdam. Ils y ont quatorze églises. On assure également que les Provinces-Unies renferment en tout à peu près un demi million de catholiques, gouvernes par environ quatre cents pasteurs. H n'y a voit anciennement , dans ces contrées, qu'un siège épiscopal , celui d'Utrecht, qui fut érigé en métropole, en 155Q,, et auquel on donna cinq suffragans, Haarlera, Leeuwaerde, Deventer , Groningue et Middelbourg. Mais la révolution arrivée peu après , dispersa les évèques qu'on venoit d'établir, et anéantit même les sièges. Celui d'Utrecht tut éteint comme les autres, et ce pays fut désormais gouverné par des vicaires apostoliques, ainsi qu'il est d'usage dans les lieux où le catholicisme est proscrit. Ces vicaires apostoliques rece voient le caractère épiscopal et un titre d'évéché in parti bus infidelium. Ainsi Mr de Neercassel, vicaire apostolique, mort en 1686, avoit eu le titre devéque de Castorie , et n en avoit jamais pris d'autre. Ce prélat étoit instruit et régulier. Malheureusement il s'étoit lié avec quelques hommes de parti , qui l'entraînèrent dans de fausses démarches, et il prépara, peut-être malgré lui, Indivision qui se manifesta par la suite dans cette église. Ayant donné accès à beaucoup de jansénistes, il les laissa exercer de l'influence sur son clergé , où ils parvinrent à se faire des partisans. Le mal parut s'accroître encore sous M. Coilde, son successeur dans le vicariat , et titré archevêque de Sébaste. Sur Ja fin du xviie siècle, on déféra , au saint Siège le vicaire apostolique , comme fauteur des nouvelles opiuions. Innocent XII , alors souverain Pontife , établit une congrégation de cardinaux pour vaquer à l'examen de cette allai re. On y résolut d'ordonner à M. Codde de venir à Rome pour se justifier. Il fit d'abord quelque difficulté d'obéir ; mais comme il pouvoit craindre qu'en cas de refus on ne nommât un autre

- vicaire à sa place , il se rendit et partit pour Rome. Clé—

* ment XI venoit de succéder à Iunonccnt XII. H fit in-

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struire cette affaire avec beaucoup de soin et de lenteur \

et d'après lavis unanime de la congrégation, il déclara le vicaire apostolique suspens , et nomma vicaire , par */tterim , M» Cock , pasteur à Leyde. Ces deux mesures déplurent également aux partisans de l'archevêque de Sébaste. Il avoit des parens parmi les bourgemestres d'Am- , sterdam. On agit auprès deux , et on obtint un ordre des états , qui défendoit à M, Cock de fauve aucune fonction de vicaire jusqu'à ce que l'archevêque eût été rétabli. On n'imagineroit guère à quel point les amis de ce dernier triomphèrent d'un pareil ordre, et de l'humiliation qu'ils en attendoient pour le Pape. Ils. s'appluu— dissoient de pouvoir opposer la faveur d'un souverain protestant aux censures du vicaire de Jésus-Christ. Van Heusscn , que l'archevêque de Sébaste avoit nommé provicaire en partant pour Rome, et que le Pape venoit d'interdire, hésitoit s'il obéiroit. Quesnel, consulté a ce sujet, répondit, dit-on, qu'on ne devoit pas prendre garde à l'interdit , et que la connoissance de cette affaire appartenoit aux états-généraux. Le Pape, instruit de ces démarches téméraires , écrivit aux catholiques des Provinces-Unies , pour les exhorter à l'obéissance , et les prémunir contre la séduction. 11 leur roarquoit en même temps qu'il renvoyoit M. Codde en Hollande , mais qu'on ne devott pas espérer de le voir rétabli dans le vicariat. En effet a l'archevêque étoit à peine de retour dans ce pays , qu'on apprit qu'il avoit été déposé par un décret du 3 avril ino£. L'année précédente , un nouvel ordre des états avoit banni M. Cock à perpétuité. Quant au vicaire déposé, il continua de rester dans le pays, et d'écrire pour sa justi- • fication. Il s'abstint pourtant de faire aucune fonction ; réserve dont il fut blâmé par quelques-uns de son parti. L'abbé Racine, dans son Histoire, trouve que c'étoit dans M. Codde une condescendance excessive de déférer à une prétendue sentence évidemment nulle et injuste. Ce prélat mourut le 18 décembre 1710. Les a^nis de la subordination et ée la paix ayant empêché M. Cock de faire ses fonctions de vicaire par intérim , Clément XI* '

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Chargea son nonce à Cologne de veiller à la mission de Hollande. Le nonce nomma donc, en 1707, pour vicaire apostolique, M. Damen , auquel il donna le titre devéque d'Adrianople. Mais les opposans refusèrent de le reconnoître , et les états lui interdirent l'entrée de leu? pays. M. Damen crut devoir, pour le bien de la paix, renoncer à sa juridiction. Un nouvel effort du nonce quelques années après t ne fut pns plus heureux. Monsieur Bylevelt, qu'il avoit nommé vicaire, fut banni e% condamué à une amende. Nous verrons dans la suite les prêtres de ce parti consommer leur désobéissance. Au surplus, ce n'étdit que Ja moindre portion du clergé catholique de Hollande qui se laissott entraîner à cet esprit d'opposition. Les autres n'y prenoient aucune part.

Si l'église catholique de Hollande étoit agitée par ces querelles, le protestantisme y étoit encore livre à des troubles plus graves et à des controverses plus importantes. Il sortoit fréquemment de son sein des sectes nouvelles qui se combattoient avec chaleur. Les disputes de Bayle et de Jurieu avoient divisé les esprits. Celles de* Arminiens, <jui avoient été si vives, subsistoient encore. Spinosa, mort depuis une vingtaine d années, avoit tenu en Hollande une école d'athéisme , et avoit énoncé hardiment dans ses livres sou système absurde et pernicieux. Le socinianisme avoit pénétré dans ce pays, et y çoroptoit déjà des partisans renommés. De ce nombre étoit Jean Le Clerc, érudit fameux et écrivain fécond, qui professa long temps les belles-lettres et la philosophie à Amsterdam. Il passa pour être l'auteur du livre intitulé : Sentimens de quelques théologiens de Hollande, touchant F Histoire critique de f ancien Testament, par Mr Simon , où l'on s'efforce de montrer que Moj'se n'est pas l'auteur du Pentateuque , et où l'on insinue, touchant différens livres de l'Ecriture , des systèmes qui tendraient à en détruire l'inspiration. Dans d'autres ouvrages Le Clerc adopte et soutient les interprétations sociniennes, explique les miracles d'une manière naturelle, détourne à d'autres sens les prophéties qui regardent le

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Messie, et altère les passages qui protivent la Trinité et la divinité de Jésus-Christ. Il n'a pas plus rcspccjé les saints Pères et la tradition. Philippe de Limborch , ami de Le Clerc , paroi t avoir partagé ses sentimens. S'il n'avoit eu que le tort de remplir ses écrits du fiel le plus amer contre les catholiques, on pourrait à toute force rejeter ce défaut sur les préjugés de sa communion ; mais il n'a pas sur les grands principes du. christianisme cette fermeté d'opinion qui prévient l'erreur, et il est, sur plusieurs points, vacillant, iudécis, ou même tout-à-fait erroné. H étoit professeur de théologie, et cette chaire lui donna la facilité, ainsi qu'à Le Clerc, de semer et de propager ses idées de tolérance. Les journaux étoient encore dans leurs mains un autre moyen de. les répandre. Van Dale, médecin , n'étoit peut-être pas étranger au même système. On dit qu'il port oit assez loin la liberté de penser. Enfin, un autre écrivain, plus fameux que tous ceux que nous venons de nommer, étoit Bayle, Français d'origine, mais résidant en Hollande depuis environ vingt ans, et qui y mourut peu après le commencement du xviu« siècle. S'il appartient au siècle précédent par ses écrits, il appartient au suivant par l'influence qu'ils ont eue. Né de parens calvinistes, il s'étoit fait catholique dans sa jeunesse , retourna ensuite au protestantisme, et fut soupçonné d'avoir fini par nêtre pas" plus attaché aux dogmes de sa communion qu'à ceux de l'Eglise romaine. 11 fut lié avec les plus célèbres déistes anglais de ce temps-là , et ses écrits , répandus dans leur tic, contribuèrent à y fortifier cette pente à fit religion qui s'y manifestoit déjà. Shaftesbury puisa dans ses levons l'indifféreuce totale en fait de religion qui faisoit son système. Nos philosophes français l'ont regardé comme un de leurs plus dignes devancière, et l'ont vanté comme le premier des critiques. Bayle avoit en effet beaucoup d'esprit et d'érudition, une imagination heureuse, une mémoire immense ; mais il a déparé ses taleus par l'usage qu'il en a fait; et à tout prendre, ses écrits verbeux, indigestes et diffus , plairoient beaucoup moins sans U

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licence et le ton satirique dont il les assaisonne* On est fatigué, de ces digressions interminables qui détournent l'attention de l'objet principal. On est rebuté d'un étalage d'érudition qui vient souvent mal à propos. Ces ouvrages eurent néanmoins de la vogue dans l'origine. Le scepticisme de l'auteur séduisit des gens qui eberchoient des motifs pour douter, et ses sophismes en imposèrent à ceox qui ne demandoient qu'à s'étourdir. Ses productions devinrent l'arsenal de l'incrédulité. Si elles ne sont guère lues aujourd'hui , elles ont du moins la gloire d'avoir beaucoup servi aux premiers écrivaius qui se sont élevés contre la religion. Bayle peut se vanter d'avoir donné, sur ce point, le ton à son siècle , et d'avoir servi de guide à ceux qui se sont constitues , dans la suite , en guerre ouverte contre le christianisme. Son influence s'est surtout fait sentir en Hollande , où le mélange de toutes les sectes donnoit aux partisans du socinianisme , et à ceux de l'incrédulité, de nouvelles facibtés pour propager leurs principes.

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