‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 52 sur 54 · DES ÉCRIVAINS ITO · texte numérisé non relu

DES ÉCRIVAINS ITO

» se ressentent de la rapidité de leur composition. Il écrivait tout oc » qu'il imaginait, et ne corrii^eail jamais. » (Sennebicr, Ilistore générale de Genève, l. ii, p. 45.)

i" octobre.— Bernard de Sanden, lliéologicii lulliéiicn, ct;iil né en Prusse en KmG. Klant devenu premier pasleur de la cour à Kœnisgsberg, il sacra en celle qualité, le 18 janvier 17U1, le premier roi de Prusse, avec révè(Hie IJrsinns. On lui donna an^si à ente occasion le litre d'évcqne, (|Uoiquc lEglisc calviiiisle n'en roioiinaisse point, et on lui envoya des habils épiscopaux. Mais il mourut avant de les avoir reçus. Il esl auteur de (juihiucs traités de théologie. Un de ses fiis, Bernard de Saudeii, né en IGUG, mourut, en 1721, premier prédicateur de la cour de Pinisse. Il laissa aus^i qufl'|ues ouvrages de thé(dogie et de controverse, entre autres un qui est inlilulé : Préjuges contre la Bulle Uniyenitus.

— Frédéric Spanheim , théologien protestant, né à Genève en 1652, devint piofesseurde théologie à Leyde, où il niouiul. Il l'avait été auparavant à lleidelberg. Il écrivit sur les disputes du coccéianisme, se livra h la controverse, et attaqua successivrment Bnssue!, le P. Noél Alexandie et Mainibourg. On a réimi ses ouvr.'ges Cii trois volumes in-lolio. Ils sont presque tous en latin, ei roulent sur l'Ecriture siinte, la théologie, la critique, l'histoire et la morale. U est auteur entre autres d'une Histoire ecclésiaslique. U était fort considéré dans sa communion.

20 avril. — Lancelot Addisox, théologien anglic in, fut chapelain de Charles II et archidiacre de Coveiitry. II était savant, et il a écrit sur l'état des Juifs, sur le n)ahomélisme et sur la morale. C'était un partisan delà haute église; ce qui reoipccha de devenir cvèque. Dans la Convocation ecclésiastique de 1H89, il exprima si oiiveneinenl son attachement aux principes torys, qu'il s'ôia toute espérance d'avancement sous le gouvernement que la révolution venait de faire triompher. U fut père de Joseph Addison, littérateur très-célèbre, m irt le 17 juin 1719, et à qui on doit un écrit en faveur de la révélation.

27 novembre. — Richard Kiduer, évéqne anglican deB.uh, prêcha, en 1G93, les sermons delà fondation de Boyle, nouvelhiiient Ptablic. Il publia une Démonstration du Messie, ou Commentaire sur le Pentateuque, des Sermons, des Traités de morale.

8 décembre. —Elle Saurix, miidstre protestant, né en D.uiphiné en 1659, fut pasteur successivement à Venterol, à Ead)run, à Dellï et h Utrecht. Il est auteur de VExamen de la théologie de Jurieu, de Irai-

.{■:i] LISTE CHUO.NOLOGIÙUE

lés De l'Amour de Dieu ei du prochain, et de quelques autres écrits contre Jurieu et Bayle.

— Charles Le Cène, ministre protestant, né à Caen, en i6Al, fut ministre en France, puis en Angleterre, où il passa après la révocation (le redit de Nantes. 11 mourut à Londres. C'était un théologien instruit, qui i^oussait, dit-on, la tolérance assez loin. Il était lié avec le fameux Jean le Clerc et partageait ses opinions latiludinaires. Ses écrits sont : De l'Etat de l homme après le péché, et de la Prédestination au salut. — Entretiens sur les questions de la grâce. — Du Libre arbitre et du i)éché originel (la deuxième p;irtie est de le Clerc). — Conversation sur la tolérance. La Cène entreprit une nouvelle version française de la Bible, qui ne parut qu'après sa mort, et où on l'accuse de s'être donné tant de licences.

24 octobre. — Philippe-Jarqups Spe^ner, théologien proleslanl, né à Rizheau ville, en Alsace, en 1655, est regar'é comme le principal fondateur du l'iétismc. Ndus avons fait connaître le but et les principes (le cette branche de luthéranisme, dana^ \c Tableau InsturiquCy p. 142. Parmi les ouvrages de Spener, nous sigiialerons surtout ses Pia desideria, et Science générale de Dieu.

^0 janvier. — Humphrey Hody, théologien anglican, professeur à Oxford, écrivit contre les non-juros Dodwell et Col'ier, et eut part à quelques autres controverses de son église. En 1704, il publia Des textes origina^ix des livres saints, en latin. On a aussi de lui la iîesurrection dans le même corps prouvée.

19 juin. — Guillaume Sherlock, théologien anglican, écrivit contre les non-conformistes, et surtout contre les catholiques. A la révolution de 1688, il refusa les nouveaux serments, puis surnionta ses scrupules, ce qui l'exposa à quelques reproches et à des plaisanterie. En 1691, il donna sa Défense de la doctrine de la sainte Trinité, où on l'accusa d'expliipier ce mystère d'une manière nouvelle et qui favorisait le Irilhéisme. On écrivit contre lui, et l'université d'Oxford con- ( anina son système en 1095. Sherlock combattit le sysième de Locke £ur les idées innées. Il fut jière de Thomas Sherlock, évéque anglican de Londres, dont il sera parlé sous 1761.

23 juin. — Jean Mill, ministre anglican, né vers 1G45, est célèbre par ses connaissances bibliipics et par sa belle édition du Nouveau Testament grec, dans laquelle il a recueilli toutes les varimles qu'il a

L)ES KCHI VAINS 1709. 427'

pi) Irouver. La nipilloure édilion rst celle d'Anisterflani , en 1710. 'NVliitliy reprocha ;i Mill (J\iv(tir iii(ilii|ili6 les Vitrianies outre niesuie, e[ (l'avoir ainsi afl'ailili raiHorilc do rLcritiuv. >Vliisloii cl Heiillci lépoiulirciil à «e reproclic. L'n auue prile^uiiii du même nom a donné une bonne édilion des LXX, 4 vol. in- 12; Amsterdam, i72o.

\" jdiiviev. — Esdras EDZ.\Rni , minisire luthérien, et lin])ile hébraïsaiil, ne à Hamhourg en l(32i), s'aitadia piincipalement à ramt-iier le>; Juifs au chri-lianisme par ses discours et par ses écriis, et l'on dit qu'd parvint à en gagner plusieurs. Il eut irois (ils : Je.m-Esdras, Georges-Eléazar et Sehaslien, tous trois connus par Uu-s écriis. Le dernier s'occup.», connue son père, de guérir le^ .luifN de leur> prévenlious contre la révélation cliréliennc. Ii lut ministre à Witiemberg, lrav:iilla sur rEciiiure , et mourut UHOjuin 1750. L'aîné fut ministre à Londres, et il a éciit iur Tliisloire ecclésiastique d'Angleterre.

5 mars. — Gnillannie Beveridge, évèqne ang'ican de Sainl-Asapli, né en 1658, fut un savant oiient.iliste, qui travailla sur le> langues ancitni.es et les antiquiiés ecclesia-t (pies. Il éiablit l'auilienliciié des canons, et ^n donna une col eciion. Il a de plus lais-é beaucoup de sermon-. S-s Pensées sur la licligion aui aient eu besoin d'èlie reiouthées. C'est le Iruil de la jeunesse de Beveridge , qui ne les pidjlia pas lui-même. On les a Iradniles en français sous le litre de Pensées secrètes ou libres sur la Religion; Amsterdam, 2 vol., 1751, 1744, 17oG. Elles ne s'aceordeni guère avec ces éloges que la Biographie britannique, et après elU; la Biographie universelle, de MM. Micliaud, doinitni au zèle et à la piété de Beveridge.

15 octobre. — Isaac Jaqlelot, minisire protestant, né à Vas«y en 1647, se retira, lors de la révocation de l'edii de Nantes, d'aliord à Ileidelberg, puis à La H tye, et enfin à B^rlin. L'éU'it un homme habile et insiniit. Il eut de vifs démêlés avec Bayle, dont il releva les erreurs (lins quelques écrits. Ses antres ouvrages sont" âff^ Dissertationssur l'existence de Dieu, conlre Epicure et Spino-a; — ries Eissertations sur le Messie , — un Traité de V Inspiration des livras sacrés, — des Sermons, — et un Avis sur le Tableau du Socinianisme, de Jurieu. Ce dernier écrit attira des chagiius à Jaquelot, qui était du parti des reraoniranls.

17 février. — Eric Benzélius, archevêque luthérien d'Upsal, était lié en Suède en I6i2. Il fut processeur de théologie, et devint arclie-

428 LISTE CHHOiNOLOGIQUE

vêqtie en 1700. Il donna, en 1703, nne édition de la Bible en suédois. On a au«si de lui un Abrégé de r Histoire ecclésiastique el (iiiel(|iies ouvrages sur l'EcriOire sainte et la lliéologie. Une pailicularité remarquable, c'est que trois de ses fils, Eric, Jacob et Henri, devinrent successivement archevêques d Upsal. Le second est auteur d'un Abrégé de théologie.

51 décembre. — Jean Braun, professeur de théologie et de langues orienlales à Groningue, était né à Kaysersiaulern en 1628. Ce calviniste est connu par drs ouvrages pleins de recherches sur l'E riture, et par un Traité de la véritable religion hollandaise, en 1075, qui l'a fait accuser de sabellianisme et de coccéianisnie, et qui fut réfuté par son collègue Jean Mark. (On appelle Coccéiens ceux qui, à la suite de Coccéius, expliquent toute l'Ecriture d'après un /i'r/wriswe exagéré.)

17 février. — Georges Bull, évêque anglican de Saint-David's, naquit en 1654. Son Harmonie apostolique , où il s'éloignait des sentiments reçus dans son égli!^e sur le prix des œuvres, fut altaijuée par un grand nonil)re de zélés protestants; mais il leur répondit, et il a eu le mérite d'avoir changé sur ce p'diii la doctrine anglicane; tant on y est peu sur de son fait. Sa Défense de la foi de Nicéc et son Jugement de l'Eglise cattwUquc , en latin, qui sont dingés contre les ariens, lui ont mérité l«^s éloges du clergé de France. Bossuel le cite avec honneur. Il lui avait adressé quelques questions, el mourut avant d'avoir reçu sa réponse. Bull passait, dans sa communion, pour un prélat pieux, et il était certainement très-savant.

7 avril. — Thomas Ittigius, luthérien, fut professeur de théologie à Leipsick. Il écrivit en latin, et ses ouvrages sont esiimés dans sa communion. Ce sont principalement : une Dissertation sur les hérésiarques des temps apostoliques ; — une Histoire des synodes nationaux tenus (Il France par les protestants; — nne Histoire ecclésiastique des deux premiers siècles, et des Œuvres théologiques.

7 juin. — Henri Dodwell, théologien anglican, naquit à Dublin en 1641 ; il s'est fait un nom par son érudition et par ses écrits. Après quelques productions de peu d'importance , il publia, en 1G82, ses Dissertations sur saint Cijprien, qui étaient destinées à être jointes à la belle édition desOEuvies de ce père, par Fell , évé(|ue anglican d'Oxford. C'est dans la onzième de ces Dissertations qu'il prétend prouver que le nombre des martyrs était peu considérable dans les

DKS ÉCRIVAINS, 1712, 129

premièrps persôciilion'?, et qu'il a éi(! nui^niPiiié par les mnrlyrologps. Il pai'iiiil iiiiil, à ce siijpt , des c;illioli pics. Doni Kiiinarl, ci inènic révêqut' BuriiPt, lui répondirent , cl Voltaire s'est depuis servi de ses argnrnpnis. Après qnelipie-; écrils , Dodwell donna six Dissertations sur suint Ircnie. En J(iS8, il fut éln professeur d'histoire à Oxf.-rd; mais U fui privé de celte place pour avoir refusé les serments à Giiillannfie. Il se joignit aux évèques ani-licans dépossédés p.ir ce j)rincc, et fut lin des plus ar. lents délen^^eurs de ce (pi'oii ajjiicla le schisme des non-jurcurs. Cependant, sur la lin, il se réunit aux nouveaux évéqiies. Dans un Discours cpistolaire, puliliéen ITUG, il s'efforça do prouver que Tâme étdl niorlelle de sa nature, et que riniinorlalité était une sorte de baptême conféré à i'âiiie par un don de Dieu, et par le ministère des cvcqiies de lEglise véritable. Il croyait relever ainsi les pouvoirs du sacerloce, dans celle église privi égii e, dont il se croyait uieinbre. Il joignit une Dissertation pour montrer (pie l'ab-oluiion sacerdotale est nécessaire pour la rémission des pédiés, même à ceux qui sont vraiment pénitents. Ces différentes assertions sou'evèreiit contre lui p'usieurs docteurs anijlicans. Le c<'lèbre Claïke, entre autres, écrivit contre lui. Dolwell, dans ses défenses, alla plus loin encore. Il préiendil que la coleclion des quatre Evangiles avait été faite du lem(is de Tiajin, et ipie cela n'ôlait rien à leur autoriié. Il montra, dans ces disputes, beaucoup (!'( rudition , mais de l'ailrait pour le paradoxe. Celait un homme Irès-savant, laborieux , frugal, désintéressé, modesie ; mulheureusemeiit ardent et singulier. Il a beaucoup écrit, tant sur des matières d'antiquité profane, que sur des sujets d'érudition ecclésiastique. On a pu remarquer que, bien qu'il fin très-opposé aux caiholiques, il s'était néanmoins rapproché de leur doctrine sur le point de l'absolution. Il eut deux fils, Guillaume et Henri, dont nous parlerons sous 1785.

27 décembre. — Jean Norris, théologien anglican, né en IGo7, se fit connaître par son goût pour la métaphysique , et même pour la mysticité. Il eut quelque différend avec le quaker Vickeris, et avec Locke, qui le tourna en ridicule. Il répondit au Christianisme sans mystère, de Toland. Mais son grand ouvrage est YEssaisurla théorie du monde idéal, où il adopta la métaphysique de Malebranche.

— Gabriel Fabri, ministre protestant, né en 1666, fut pasteur à Genève, et auteur de deux volumes de Sermons et d'un Recueil de tous les miracles de l'Ecriture.

ZO avril. — Philippe de Limborch, Ihéolo-rien calviniste, du parti des remontrants, naquit à Amsterdam en 1633, Ses principaux écrits

sont : Conférence pacifique (Arnica cnUatio) avec un Juif sur la rcritc de la religion chrétienne; — Corpn complet de théologie; — Histoire de l'inquisition. Ce livre :i eu beaucoup de vogue < liez les prolesumis, qui se persiiailenl que Linibordi n'a lien dil gue de vrai dans cet ouvrape. Il est permis de croire que ses préjugés ont un peu influé sur ses recils. On a de plus de lui des commentaires et des sermons. Limborch était tolérant, et passait pour incliner vers les opinions sociniennes.

12 novembre. — Jean-Erne«t Grabe, ministre anglican, né Kœnigsberg, en Prusse, en 1G6(), mort à Louiires, est éditeur d'un Spicilcgium Patrum, de l'Apologie de saint Justin, des ouvr.iges de saint Ireuée, et de ceux de Bull. Il donna aussi l'édiiion de la Version des Sepianie, d'après le nvinuscrit alexandrin qui se conseive dans le palais de Saini-Jmes. Wliiston ayant préiendu que Grabe était de sim avis sur les Constitutions apostoliques, celui-ci fil i.uprinier, à Oxford, un démenti formel.

29 décembre. — Doniel-Séverin Schultet, Ibéologien Inlhérien, né à H:»ml>oin'g en 1645. écrivit des traités de controverse contre Bo.ssuei, Jurieu, contre Pictet de Genève, et autres. Il attaqua à la fois les catholiques, les réformés, les sociuiens et les anabaptistes.

Il janvier. — Pierre Jirieu, ministre protestant, né à Mer en 1657, professeur à Sedan, puis à Roterdam, est fameux par ses di<puies et Fes emportements. Ses écrits sont nombreux. Les principaux sont : Apologie de la morale des réformés , «oolre Arnau'd ; — Préservatif contre le changement de religion; — Politique du clergé de France; — Préjugés légitimes contre le papisme, et beaucoup d'antres écrits où il (Il rchaii à c(uiiinnniquer à ses co-religi(Uinaires l'ardeur de son faux zèle. Il donna une Explicalionde rApocalijpse,>>ù on l'accusa d'avoir fait ses efforts pour sou ever les peuples, et meure l'Europe en feu. « C'était, dil un écrivain protestant, un enthousiaste qui ajoutait foi » à une foule de présages ridicules. Il se brouilla avec ses meilleurs T) amis, eut des querelles avec tout le nmnde, et eut le chagrin de » voir que partout on se niO(|u;iit de ses préd ciions. » Il annonça, à plusieurs repri-es, la (bute de l'Eglise romaine, reculMnl toujours l'époque à me.-ureque l'événement démenl.iil sa prédiction. Il eut sin-tout des démêlés irès-vifs avec Bayle, Ba-nage et Saurin. Ses excès ont déplu à ceux même de sa communion.

1" mars. — Thomas Ellwood, quiker anglais , né en 1659 , composa un grand nombre il'écrils pour ,»a secle. Nous ne parlerons que de son Histoire sacrée, qui est de ce siècle. C'était un homme Jiabile.

DKS ÉCRIVAINS 1713. «I

4 août. — Gnillaiinie Cavk, iliéologien angliran, né en 1637, mort à ^Viml^•or, était irès-ériiilit. Il connaissait à fond les Pères cl l'anliquilé ecclésiasli(|iie. Ses ouvrages sont savants et estimes : Histoire litlnairc des auteurs ecelrsiastiquis; — Christiarnsme primitif; — Antiquités apostoliques; — Tables eeclhiastiques; — Vies des saints contemporains des apôtres ; — Vies des Pères de l'Eglise du iv^ siècle; — Dissertations sur les l've'ques, les métropolitains et les patriarches. Ces eeriis sn|»posenl heaiicoup de reclierclies et d'érndiiion.

[[ Cave lut a.t u>é de socinianisme : mais il paraît qtie ce fut sans raison. On doit le louer au contraire d'avoir témoigné dans tous ses éciils |»ius de lespecl pour les grands monuments de la trailition que n'en ont communément lesProtestants. Au surplus, il faut convenir que cet éloge lui est commun avec beaucoup d'auteurs anglicans, qui se sont toujours p;ir-ià distingués des autres réformés. (Voyez plus haut B.dl, B.'véïidge, etc.) C'est ce qui a servi plus d'une fois à en ramener quelques-uns à l'Eglise. Cave, donne d'excellentes règles pour apprendre à discerner les vrais ouvrages des Pères de ceux qui sont supposés. Cependant ses préventions lui ont fait avancer que les Callioli<pies avaient altère plusieurs éditions des Pères ; leptoche entièmenl destitué de fondement, et auquel répondent péremptoirement les travaux de nos Bénédictins. [Biographie universelle, art. Cave.)

G aoiU. — Jean Olearils, théo'ogiHn luthérien, né à Hall en 1639, professeur de théologie à Leipsick, fut mi des plus savants et plus féconds écrivains de son lemp-. Ses ouvrages de théologie sont nombreux, et estimés chez les siens. Son fds, Gidefroi Olearius, aussi professeur de théologie, né en 1672, et mon le lO novembre 1713, est connu également par beaucoup d'ouvrages, et entre autres par une Dissertation théologique, où il réfute les sociniens.

30 septembre. — Claude Guostête, ministre protestant, frère de l'ablié Dcsmahis, qui avait été ministre à Bionne, et qui abjura en d681. se retira à Londres, en 1685, et devint ministre de la Savoie. Il a laissé des Sermons ; — Traité contre les sociniens; — le Devoir du chrétien convalescent, etc.

31 octobre. — Salomon Van-Til, théologien protestant, né près Amsltrdam, en 16ii, fut ami de Coccéius, et partisan de sa doctrine. V devint professeur de théologie à Leyile, et y mourut. Nous nous bornerons à citer dans ses é( rils, le>; suivants : Explication littérale et morale des Psaumes; — Démonstration évidente de la divinité de la loi de Moïse; — Commentaire sur Moïse; — Habacuc et Maluchie; — Introduction sur l'Ecriture-Sainie; — Abrégé de théologie; — Commentaires sur les Prophètes, les Actes des Apôtres et les Epitres de saint Paul. Ces écrits sont dans le setis des coccéiens, c'est-à-dire qu'ils donnent dans un figurisine outré.

432 LISTK CIlROrsOLOGigUE

26 août. — Etlouard Fowler, évêque anglican de Gloncesler, né en 1632, de paronis piesbylériens, se fil aiii^liciui, mais fui toujours opiiosé à la doctrine rigide des ptemiers léforinaieurs. Il écrivit en faveur des lliéoltigiens latiliidiiiaires puur la dcfense de la Triniié, el coiitic 1<'S calholiiiiR'S.

Vers ce temps. — Homplirey Ditton, minisire anglican, ami de Whision, est auteur de la Religion chrétienne démontrée par la résurrection de Jésus-Christ, ilbl, qirArmaiid de lu Cliapelle a traduit en français. Son livre eul beaucoup de répulaiion et de succès en Angleterre.

i6 janvier. — Robert Nelson, Anglais, né en 16S6, était un laïque qui s'occupa toute sa vie d'objeis de religion. 11 écrivit contre la traiissubstanliiilion, refusa de prêter les sermeiils à Guillaume, et se joignit aux nnn-jurcurs. Il fil revivre parmi les p'Oiestanls le sentiment que l'Eucharisiie éiailun sicrifice. Il était de louies les sociétés établies en Angleterre, pour la pioiiag;ttion de rEvangi'e, pnnr fi réforinalion des mœurs, pour la construction des églises, pour la fondalion d'écoles: et à sa mort, il laissa t.. ni son bien pour celle dernière œuvre. En 1709, il se réunit à l'église élabiie. On a de lui la Vie de Vévéque Bull, son ami, où il examine quelques passages de l'écril de Ciarke sur la Trinité. Il a aussi composé quelques ouvrages de morale. C'ét;iit un liomme esliniab'e et fort attaché au . hristi;inismf'. Sa fimme éiail calbolique, el rési-la à toutes ses instances pour changer de religion. Nelson fut en relation de lettres avec Bossuel.

M mars. Gilbert Burnet, évêque anglican de Salisbury, était né à Edimbourg eu 1645. Il s'att;<cha au prince d'Orange en faveur duquel iléciivil; il fut un des instigateurs les plus actifs de la révolution de 1680, ei il accompagna en quililé de chapelain Guiliamne III, lors de son invasion en Angleterre. Il en fut récompensé par l'evêché de Salisbnry. Son grand ouvrage est son Histoire de la ré formation. Il y a moins cherché l'exacliiuiie que les iniérêls de sa communion, donl il colore, le mieux qu'il lui est possible, le vice originel. [[ M. Guizot en a porté ce jugement remarquable : « Gel ouvrage abonde en )) re.herch -s savantes : mais ce n'en est pas moins un livre de parli, » plein de vues éiroiies, de rélicences, de jui^ements passionnés, el » qui, maluié son prodigieux succès, ne niéiiie aujourd'hui l'cslime n ni du philosophe, ni de l'historien. » M. Gnizot, Notice sur Burnet, <ians la Collection des Mémoires relatifs ci la révolution d'Angleterre. ]] Btirncl éprouva des démôlés su g\îjet tl'ur.e McrpHcation des trente-

DES ÉCRIVAINS, 170i. 433

quatre articles, qui forment ia con&lituiioii de l'Eglise anglicane. Il l'avail publiée à la sollicitation de la reine Marie et de l'archevêque Tiijiitson, pour servir à la iciinion des anglicans et des presbytériens. Il reléguait duns la classe des ojiinions lliéolo^iques, lont ce qui n'est pas conipris diins le Synibo!e des Apôres. La cliiindtre basse de II convocation voulut le censurer; mais M fut soutenu par la chambre haute. Cet »'vèi|ue éiait tolérant, tant |iour les non-jureurs que pour les disscntcrs. Son caractère poliii(]ue n'a pas été monis censuré que ses écrits. L'historien Smolett le traite fort mal. Burnet était ardent ennemi de la Fiance.

27 septembre. — Thomas Burnkt, ministre anglicnn, né en Ecosse en 1633, fut accusé de scepticisme par ses confrères. Sa Théorie sacrée de la terre, où il prétend faire Ihistoire des révolutions passées et futures du globe, est un roman aujourd'hui oublié. .Sou Traité de la foi et des devoirs des chrétiens, et plu'^ encore celui Ue l'état des morts et des ressuscites, sont remplis de choses singulières. Il attaque neilement dans ce dernier réternité des peines, et vent qu'à la (in tout le genre humain soit sauvé. UArehéolufiie philosojiliiq}(e n'est pas moins hardie. Burnct y transforme en allégories beaucoup de faits de l'ancien Testament.

lo décembre. — Georges ITickes. prêtre anglican, né en 16i2, refusa les serments à la révolulioii de 1688, jierdil ses bénéficf s, et devint un des chefs dos nou-jureurs. Il vint à Paris, en 1695, pour voir le roi Jacques dont il soutenait les droits. De retour en Angleterre, il se lit sacrer évéqiie par les pré ats dépossédés. C'était un homme instruit, qui a beaucoup écrit en faveur des non-jureurs, contie Sherlock, Burnet, Tillotson, contre les (aiholiques et sur diverses matières ecclésiastiques. Il laissa des sermons.

S juillet. — Robert SowTH, prêtre anglican, né en 1633, prêcha d'abord contre les indépendants, et ensuite contre les presbytériens. Il écrivit contre Guillaume Sherlock en faveur de la Trinité, et prit part aux autres controverses de son église. Il était partisan de Sacheverell. C'était un théologien instruit, mais ardent dans la dispute. Ses écrits sont assez nombreux.

ATIT. III. PHILOSOPHES.

7 novembre. — Jean Locke, philosophe anglais, né en 1632, forma, en 1670, le plan de son Esnaï mr Ventmdemenf. humain, Ltant passé

Jl.ii LISTE CHRONOLOGIQUE

en Hollande, il s'y lia avec Limborch el Le Clerc, et d'autres ihéologiens arminiens ou sorinjens , dont les opinions inflnèrent sur les siennos. Il pnblia , en 1G80, sa pninière Lettre sur la tolérance , et retourna en Angleterre sur la floiie qui mena la princesse d'Orange, femme de Guillaume IIL En 1690, il publia VEssai, et peu après le Christianisme raisonnable , pour répondre aux vues de la cour, qui souhaitait une réiniion des d ssidents avec l'église élablie. Le docteur Edwards l'attaqua, en 1G9G, dans son Socinien démasqué. Locke se défendit. Il eut une dispute plus vive ^vec Stillingneel sur VEssai. A sa mort, il n*çul les satrements chez lui , suiv.mt le rite de l'église anglicane, et dit an ministre qu'il était «dans les sentiments d'une cha- » rite parfaite envers tous les hommes, et d'une union sincère avec » l'Eiilise de Jésu -Chist. sous qu^-lqiie nom qu'i lie fût. » Ceiie décl 'ration, dit la Biographie britannique, e-^l conforme à toute la con- (Itiiietle Locke, qui n'avait pas piusd'att;ichemeiit |)onr l'éi.'liseanplic;me que pour les antres comminiions protestantes. Il regardait l'Ëcrilure comme la seule lègle de foi. Il croyait en Dieu, en la; Providence, en une vie future. Il parle de ces deux dogmes dans nue lettre à Collins, datée du 2o a"iil 1704. Il ne pir;ijt pas qu'il adnu't la diviniié de .Tésus-Chri-t; il ne le considérait que comme le Messie. Les Anglais font cas de ses Paraphrases et ttotes sur les Epitres de saint Paul. Les déistes anglais modernes le regardent comme un de leurs précurseurs. Il a cppend ini trouvé q'elqins défeu'-eurs parmi les ao is de la révélation. C'est m grand p éjngé contre lui d'avoir eu pour amis et pour flisciples les écrivains de celle époque les moins lavoiables au christi nisme. L. P. Tab traud , dans son Histoire du philosophisme anglais, pié-ente im examen sévère, m lis bien fait, de la philosophie de Lo( ke. Voyez au-si le Traité de la nature de l'àme et de l'origine de ses connaissances, contre le système de Locke: 1759, 2 v<dume«. L'auteur est Antoine-Manin Roche, précédemment confrère de l'Oratoire, mort à Paiis, le 22 janvier 17od.

[[Ce qui a donné le p'us de célébritéà Locke, c'est surtout le système qn'il cherche à établir sur l'origine des idées dans ses Essais sur l'cjitendement humain. Le but piincipal de l'antei r était de réfuter le système cartésien, sur les idées innées. Il ( hercha dmic à établir que nous naissons sans aucune idée quelle qu'elle soit; mais que lame les acquiert, en reccNant les impressions sensibles, el en réfléchissani sur •■es prop es opérations. C'était une application plus ou moins légitime des |)rincipes de Bacon, (|ni avait pris l'expi^ience pour base de la pliiloso|)bie. Il est aisé de compiendre pont quoi les vues de Locke ont eu de nombreux partisans dans uit siècle oii le matérialisme lit tant d'adeptes. Le temps n'était pas loin où Condillac et son école devaient venir enseigner que toine idée, quelle qu'elle fut, n'était qu'une sensation tran formée. Locke eiail enco-e loin de celte exagéralion : il reconnaît formellement dans I esprit des idées qui n'ont pas une oiigine sensible, et que l'àine doit à la réfl-^xion qu'elle fait sur

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ses propres opérations; mais la manière dôfeclueuse dont il iraila un sujet si ttélical pnpara la voie à d(!S pi'iiS''urs bien plus hardis et diingcreux. Vovcz iriiMircN ob^ervaiions que nous avons faites sur Locke dans le Tableau liisturiquc, \). IG. ]]

ITOO.

28 décembre. — Piorre Bayle, né à Cariât, au comté de Fois, en J6i7, fut é evé datis le calvinisme, se (il catho icjuo à Tài^e d'environ viuj-l ans, el retourna, piu île temps après, à son ancienne communion. Obligé de sortir >le France, à oau>e de et* cbansiomenl, il se rétira à Cofii'l, prè> Genève, puis à Sedan, cù il fui professeur de pbilopbie en IGTj. Sa chaire ayant été siipinimee, en 1G81, il passa en Ht) hnde; on érigea puur lui, à Roterdam, une chaiie de |iliili)sopliie et d'histoire. H en bit destitué, en 1G!)G, par les cfforls de Jiirien, ministre protestant, son advers.iire déclaré, aux plaintes ilu(iuel C;iyle domiail asS'Z I eu par sa hardiesse. Comme «m le soupçonnait de n'être pas pins :.liat hé dans le fond à la cause protestante qu'à la croy:ince c^.iboliqne, il eut de vifs «iémèlés avec plusieurs thologiens de sa communion, et surtout avec Jmieu el .iaqueioi.

Ceux des ouvrages de Bayle dont nous ferons mention sont : Pensées diverses sur la comète de UiSO; — Commentaire philosophique sur ces paroles de l'Ecanyile : Contrains-les d'entrer, onvrajje publié à l'o<casiou lie la révo(;;.iion de l'édil de Nantes;— Critique générale de l'Histoire du Calvinisme , du P. Maimbnnrg ; — et surtout le Dictionaire historique et critique. Nous sommes dispensés de parler au long lie ces div' rses pro'luctions, en ayant déjà lait mention dans le Tableau historique, p. -15, et dans le corps des Mémoires, sous le 12 decembr-, année 1714 On en coim;dt l'esiirit et le but. Elles tendent à intirinerles grands primipes du christianisme. Bayle se plai-ait à répéter sur toutes les matières des objectinns anciennes et à en inventer lies nouvelles. P a été réfnt'^ par mi gran I nnmbie d'écrivains des deux communions, et a passé ses dernières années dans îles ilisputes et 'les traverses qu'il avait provoquées par son impru'Ience et par son scepticisme. On lui aitriliue l'ilivs aux réfugiés, qu'il désavoua louJKins. Les prolestants y sont p n m 'na.'é». Ou cite encore de lui (lU'^lqnes autre» écrits : Ce que c est que la France toute catholique sous Louis le-Grand;^La porte des deux ouverte â toutes les reAgions par Juriiu, ouvrage dirigé coilre ce miid-tre, etc.

Pamii les réfutations dr^ Biyie, nous ne ferons nlion que de

VExamen criiique des ouvraaes de Bayle, par le P. Le Fèvre, jésu.le. La philosophie Je ce critique y est assez bien appréciée.

A février. — Antoine Ashley-Cooper, comte de Shafieshury, né à Londres en 1071, éi;>il iieiil-lils dn grand-i hîmcdier Asliley, ami intime de Lotke. Le jeune Sltafieshtny reçnl quelques leçuns de ee philosophe, vi'yagra, cl connut en Hollande Baylc, Le Clerc, Limhork, Le Cène, Van-Da!e,el les autres lilléraleurs de ce lemps-là qui ne se pqnaient pas de trop de crédulité, et qui , s'ils n'atlafpiaient pas le corps de la religion, comme les déistes anglais, Tébraniaient au moins par leuis opinions h rdiesclsociniennes. Shafie'^hiny Hideux voyages dans ce pays, et y séjourna as>ez longlj'ni|is pour prendre l'esprit des théologiens dont nous venons de parler. Il publia ensuite plu'^ieurs écrits, qui ont été réunis en 5 volumes, sous le litre de Caractéristiques. Sa Lettre sur l'enthousiasme , dirigée contre les f..natiqu> s des Cevennes, contient une critique snr des objets plus respectables. On Ten reprit, et il préiendil se ju-tili' r par le Sens commun, ou Essai sur la liberté de l'esimt et sur l'usage de la raillerie. Il y donne le li 'icule comme la pierre de tou( he «'e la vétilé. Le moins répréhent^ible de ses ouvrages est intitulé ; Kccherches sur le rnérite cl la vertu, que Diderot a traduit, ou plutôt ariangé à sa manière. Sliallesbury y soutient loplimismt'. Il n'admettait ni le péché originel, ni l'éiernité des peines. Ce dernier dogme le révo lail surtout, et il épuise, pour le combattre, les raisonnomenis, l'adiesse etTiionie. Il admet l'indifférence enlèie en fut de religion.

Quelques Anglais ont ch'^rché à justifier Sh.ifiesbury du reproche de déisme; mais Balgny, Brown , Warburlon ont bien saisi le caractère de ses principes, et en ont montré les conséquences. Leiand, qui n'a pas mis dans la liste des écrivains déistes de son pays tous ceux qui avaient droit dy être inscrits, n'a pu néanmoins se dispenser d'y assigner une p'ate à Shaflesbury, et son témoignage a d'autant plus de force, qu'outre les preuves sur lesquelles il est appuyé, il rénonce avec la niodéiaiion qui lui est propre.

14 novembre. — Godefroi-Guillaume de Le!Bnitz, célèbre philosophe, n;.quil à Lei|.sick, en Sa%e, en 4649. Après s'être distingué par une éducation brillante, il s'attacha aux princes de Brunswick, qui le destinèrent à écrire l'histoire de leur maison. Pour cel.i, il parcourut l'Allemagne et l'Italie, et fit de grandes r. cherches dans les archives des villes' et des abbayes. Qiioi(iue apjiliqué par les devoirs de sfv place à des recherches historiques, il ne négligeait aucune

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branche dos coniinissances biiniiiiies, et on ne comprend pas commenl sa prodigieuse activité («ullisait à tant de travaux, qui supposent des recherches et des modilations profondes. Le tlroil naturel, la jurisprnilence positive, les niaihéinaliiines, la poésie même, rocciipùi eut loiir-à-loiir, cl il a liissé d;ins ehaeiin de ces génies des preuves^ do son génie. On connaii sa dispute avec Newton sur le système des (luxions ; ils prélendiiient Tmi ci l'autre avoir inventé le (alrnl inlinilé>imal on dilfcrcntivl, et nn grand nombre de savants anieiirs ont adopté de |)relcreiice les termes et les démonsiralions du i.hdosophe allemand. I.cilmiiz n'usait pas .seulement do sa langue maternelle : il éciivailen latin el en français avec une égale ficiii é ; il est même remaripntbie qu'il a préféré noire lan!:ue pour nn liès-^rand nonibre de ses ouvrages. C'est surtout comme mét.ipbysicien (jn'il n<ms par;iîl avoir jeté un p!us grand éclat; et sa philosophie a dominé en Allemagne jusqu'à celle sorte de révolution qui s'est opérée du temps de Kant. Mais, de plus, on peut le consi'iércr comme thélogien dans l'aceeplion rigoureuse île ce mol. Il avait éindié les Pères et les docleurs, el il connaissait tous les monuments de la tradition ecclésiastique. Sa philosophie est tellement mêlée à sa théologie, que, selon l'observalion du sage et savanl Emery, il est impossible d'entendre l'une sans avoir une idée de l'aulre (I).

[[.Nous nous bornerons à rappeler (jnelques points de sa philosophie. Ses vues sur la logique et la méthode se trouvent princi|)a'emem exposés dans ses Méditations sttr la cannaismnce, la vcritc et les idées, et dans un Discours sur la méthode de la certitude. Les principes de tonte science font, selon lui, le principe de contradiction, et ceUii de la raison suffisante, en vertu du-iuel rien n'arrive, sans qu'il ne soit po.ssible, à celui qui connaît bien les choses, de rendre raison pouniuoi il en est ainsi, et non autrement. Leihnitz a spécialement développé ce second principe ; et l'application exagérée qu'il en a faite, I a conduit à admettre l'optimisme dans la création.

Sur l'orgine des idées, il a combattu le système de Locke dans ses Nouveaux essais sur l'entendement humain , qu'on doit regarder comme un des f-nits les plus mûrs de son esprit. A cet axiome du sensualisme : Rien n'est dans Vintclligence qui n'ait été d'abord dans les sens, il oppose cette vive réplique : liien, en effet, si ce n'est l intelligence elle-même avec sa nature et ses propres fondions.

Une des parties les plus cmieuses de son système sur la nature des choses est la Monadologie. Au lieu que, selon les Cartésiens, la divisibilité à l'infmi el retendue étaient les atliibuts de la matière, pour Leibniiz il n'y a pas de substances divisibles à l'inhui; il n'y a que dessub-tanc^-s indivi'luelles, simples et sans étendue, et douées d'activité et de propriétés diverses. Les corps eux-mêmes ne sont que des

(i) Pensées de Lfiibnitt, Disconrs iirélimiitaire.^, p. txv,

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aiïrégaiions de monades: Vcspacf nVsi que l'ordre entre les co-exislanis; comme le /emps nVsl que yordre des successifs. Ce qui spécifie spécialement les monades, c'est Te ta dans li-quel elles se trouvent, les unes ayaiii la conscience de leurs oper.ilions, les autres en étant privées; c'est ce (jui r)isiiiii;ue principalement les âmes «les corps. * L'harmonie pn'élablie est une conséquence du sysième sur les monades. Chaque mona le ayant en elle-même son principe d'acnon, et ne pouvani aiiirsur les aunes, il fallait trouver le moyen d'expliquer les phoiioniènes (jiti naissent des relations entre les ânit's et Its corps auxcpie's elles sont unies : c'est ce qu'il a clinrché à expliquer par la volonté du Créaletir, qui a réi-lé d'av:ince les opératicms des âmes et d'-s corps, de manière à ce qu'il y etlt entre les unes et les antres raccord le pus parfait, ce qui s'explique par la comparaison de deux liorlojics, qui, en veitu du mécanisme préétabli par l'ouvrier, seraient lonjonis d'ac<oid (1). ]]

Le principal ouvraije de L'-iltoitz est l» Théodicée, ou Essais sur la lonic de Dieu, la liberté de F homme, el l'origine du mal, 2 vol. iii-"2, (l7iU) Cet oti\rage est précédé d'un Dlsc(nirs sur la conformile de la raison avec lu foi. Ce setil titre indique (pi'd ne >'y borne pas à la pure métaphysique, mais qu'il s'applique aussi à défendre la rc!igi"ii révélée Dans h; corps de l'ouvrage, il s'altaehe particulièremeni à réfutei Bayle, qui avait cherché, comme on le sait, à renouveler les ariiimieiils des Manichéens sur l'origine du mal ; et il glorifia la Providence.

Piécédenniient, en 1G7I, il avait défendu le dogiîie de la Trinité centre le| socinien Wi-sovals, par un écrit intiluié : Sacro-Sancta Trinitas per nova inventa logica defr-nsa; et il s'altaehe à y prouver que titutC'- les sulitibiliiés, par lesquelles on alia(|ue cet art cle fondamental, ne viennent que d'une logi.|ue defec uense. Ce qui est plus élomiaiii eneore, ce sont ses vties sur l'Eiichariste. On sait que les luthériens n'admettent pas la iranssiibsiantiation ; mais Leibintz, au contiaire, s'est appliqué à justifier (C dogme de l'Eglise catliolii|ue; et il piétendiit en prouver la possibilité d'aitrès les principes même de la phdosophie, comme le prouve une correspondance suivie pendant les sept dernières années qui précédèrent sa mort, avec le P. Desbro.sses, Jésuite, il éiaii aussi fort favorable à l'autorité des Pafies, et même il voulut qu'ils eussent un cenain pouvoir sur le temporel; idée assez remarquable de la part d'un prittestanl.

Plusieurs se flattaient tpie Leibuiiz n'était pas éloigné d'embrasser la ielif,ion catholi(|ue. Celait lespi'rauce de télsson, qui eut avec lui une eoriespoudauc e suivie siu' la réuidon des catholiques et des protestants ; c'était aussi celle du docteur Pirot, d'Arnauld, qui était

(I) Nous n'avons pas à apprécier ces syslèraes, dont le seul énoncé indique (•e])eiulaii( «Us vues éltvées et profondes.

DES KCRI VAINS 1716. 4J9

en relatinn de leilrt^s avec le pliilcsoplie. Nous avons parlé d;iiis le Tableau Instorifiur do sn coircspoiidimce avec Roçsiiol sur l:i x'iinion. Elle nidiilie un lidiniiic ('xené d;ii<s la conlrriverse. Ii psi dillicile, en ex:iiniiiaiil les dolails de celle affaire, de n« pas reconnailre qne Leibnitz en empètlia le succès par des (■OIl^i(l(''^alinMs poliiiqii's bien ppn dignes d'un ami de la véii'é Quelques-uns n'oiil vu eu lui (lu'uii rigide sectateur de la loi naturellp; mais celte impulaiion vient sans donlc des ministres luthériens, mécontents de Torlhodoxie de Leibnitz, el qui le voynienl avec cli.igrin pemher vers le catliolicisme. D.ms tous ses écrits, el même sans ses lettres f:imilières, il n'y a pas un mol ({ui puisse autoriser le pins léger soupçon conirc le cbri-tiani-nie de ce grand liomnie. Il ne prie jamais do la religion qu'on bonime qui la révor.'it. S'il était lolorant, c'était dans le sens qu'il croyait que la persuasion élaii le soûl m-iyen dont on devait se servir pour amener les hommes à la croyance de la religion. Ou moins il pensait, quoique pruteslani, qu'on pouvait faire son salut dans l'Eglise romaine.

On a(iprpndra à connaître les «entimonts de l.eibnj'z par ses Peti' sées sur la religion et lamnralc, publiées ptr M. En ery en I8(i5. L'éditeur y a rassend)lé un grand nombre de passages du philosophe, qui montrent en lui un esprit judicieux et un défenseur zolé des grands principes de la religion. On voit combien il avait l'athéisme en horreur. Il s'exprime en général comme le ihéoioiiien le plus orthodoxe ; el il propose de nouvelles démonstratons de la verilé de la religion. On trouvera, dans les volumes de ses Pensées, «les morceaux précieux sur l'bisloire, sur la discipline, sur des repioches faits aux catholiques, et sur dos questions de critique. Ces morceaux annoncent un controversiste exercé, et son langage sur le clergé, sur les ptpes, sur les ordres religieux, ferait honte à plus d'un catholique.

Depuis la pnb'icaiion de ces Pensées, M. Eniery avait découvert un autre écrit fort curieux de Loibniiz, qui était déposé dans la bibliothèque publique de Hanover. M. Emery s'étant procuré, quoique avec peine, cotte pièce importante, se propnsail do la pid)lier avec qu bpios autres dans un siiriidémonl qu'd devait donner aux Pensées de Leibnitz. Il avail passé l'hiver qui précéda sa mnrl à déchiffior le manuscrit, qui est fuiièrr ment de la main de Leibnitz, et chargé d'additions et de corioclions tontes de lui. Il se flallail de compléter ses Pensées par un morceau qu'd regardait à la fois comme lionoiable pour Leibnitz et comme impoitant pour la cause de la religion. La mort n'ayant pas permis au vénérable supérieur de publier ce livre, les Su'piciens achevèrent celte œuvre en 1818, sous le titre de Systerna thenloçficum. On peut voir ce que nous avons dit de cet ouvrage dans le Tableau liisto iquc, page 159. Quelles (jn'aienl été les vues de Leibnitz dans la rédaction de cet éci il, (|u"il a laissé incomplet, on ne

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peut qu'ailmirer la manière ferme et méthodique avec laquelle il envisage la plupart des points de controverse, jiisiifiant presque partout la foi oailioli{pio, parle simple cik liaînoriienl qui lie louli's les pariies de la do( li ine. Il n'en est que plus regrettable qu'un.tel homme soit mort hors de la communion catholique.

— Chri'^tian Wolf, professeur de Leipsick, puis à Hall et à Marpurg, quoique moi t dix-huit ans plus tard, ne nous paraît pas devoir être séparé de Leibnitz.

Les ouvrages de Leibiiilz np formaient pa< un cours régulier Pt systématisé, pr()[)re à re-iseignemcni (Ibrisli.m Wolf, fssaya d'y supp éer en puliliant une série de traités philosophiques systém;itiquemenl nuis dans un plan d'ensemble, il y suit presque toujours les principes de Leibniiz, avec quelques modifualions. Ce cours, écrit en latin, selon une marche scolastique et selon la méthode m;itliém:itique, offre en lieHUConp d'endroils des observations trèsutiles, et des raisonnements liès-soli(les,et l'on y retrouve généralement les pensées de Leibnitz: mais il est souvent obscui,irès-ililliciIe à suivre, et en général très-prolixe; il f;iil près de 20 vol. 111-4".

Woif fut souvent attaqué avec beaucoup danimosiié : ses aiiversaire^ lui repiocliaient de p(uler atteinte à Ii foi, par l'étendue des droiis qu'il atlrd)uaii à la raison, ainsi que par les développements qu'il donnait à la reliiîion naïuielle, et de tendre au punthéisme dans son Ontologie. Nous n'avons pas à discuter ces accusations. Il mourut en 1754.

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