‹ Mémoires pour servir à l'histoire et à l'anatomie des mollusquesChapitre 11 sur 107 · AD · texte numérisé non relu

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Concernanr l'animal de l'H YALE , UN NOUVEAU genre : de mollusques : nus , intermédiaire entre AH; YALE CË

le. Czro, et l’élablissement d’un nouvel ordre dans la classe des mollusques.

Par G CUVIER.

Cruaque fois que l’on trouve dans les êtres organisés, quelque forme qui ne se laisse point exactement comparer avec

celles des familles ou des groupes naturels déjà connus ,on

“peut présumer que l’on a découvert le premier échantillon, le premier indice de quelque groupe , de quelque famille nouvelle; 11 semble que la nature ait été trop féconde pour avoir créé aucune forme principale , sans la revêtir successivement de tous les détails accessoires dont elle étoit susceptible. Aussi les naturalistes modernes n’hésitent-ils plus à établir un genre nouveau pour une seule espèce, quand elle ne peut point entrer dans les genres reçus, säns rompre es affinités naturelles : ce parti est infiniment meilleur que celuique prenoient leurs prédécesseurs, de laisser ces espèces isolées, daris les genres les plus voisins, en les appelant des espèces aromales ; ét semblant annoncer par-là qu'elles ‘sont moins soumises que les autres aux lois de la nature.

Ils n’ont pas toujours été aussi hardis pour l’établissement des ordres, lorsqu'ils n’avoient qu’un seul genre à y placer ; et nous voyons que l’un des plus célèbres d’entre eux a inieux aimé ranger hors de ligne , à la fin de son ouvrage, les genres qui n’entroient dans aucune de ses familles, que de créer pour chacun d'eux une famille particulière.

El nous semble que pour donner une idée complète de la série des êtres, il faut que chacun d’eux occupe sa place, soit qu’il se trouve isolé, ou que des êtres nombreux l’entourent ou le lient au reste du système.

D'ailleurs ces vides apparens ne tiennent souvent qu’à ce que nous ne connoissons point encore tous les êtres, et 11 seroit bon de les marquer, ne fut-ce que pour rendre les observateurs plus empressés de les remplir, car plusieurs exemples prouvent que nousavons tout à attendre du temps à cet égard. |

En voici encore un notable : lorsque je disséquai le cho, je m’aperçusqu’il ne se rangeoit bien dans aucun des ordres que j'ai établis dans la classe des mollusques; et je présumai qu'il appartenoit à une famille nouvelle. Je n’osai cependant établir celle-ci, parce que je ne connoissois point encore les deux mollusques que je vais décrire, et qui y appartiennent comme le c/o.

Le premier a déjà été décrit quant à l’extérieur, ou cela est vrai du moins pour une espèce du même genre et irès-voisine. f'orskaohl qui la découvrit dans la Méditerrariée, la classa dans le genre azomia qui pour lors étoit encore dans la plus grande confusion , et la nomma aronua tridentuta.. Gmelin qui n’a rien fait pour mettre de Vordre: dans ce genre, y a laissé cette espèce ; cependant on

pouvoit déjà juger, par ce que Forkaohl avoit dit de Panimal qu’il ne ressembloit à celui d’aucune desautres anomies, Lamartinière, Vun des naturalistes de la malheureuse expédition de Lapeyrouse, reconnut, le premier, l’analogie entre l'animal de l’anomia tridentata et celui des petits testacés que Browne avoit nommés c/o, mais qui ne sont que voisins des clio d'aujourd'hui sans leur être congénères. Il est probable que Bruguière, sil eùt vécu, et s'il eût . continué son ouvrage, auroit placé cette coquille de Forskaohl, dans son genre fissurella, où il annonce lui-même qu’il devoit ranger les clio de Browne; mais M. Lamarck ayant réservé ce nom de fzssurelle aux patelles à sommet percé, a bien vu qu’il ne pouvoit y mettre notre animal, et il lui a consacré un genre particulier sous le nom d’Lyale qui a été adopté par M. Bosc. J’avois déjà fait sentir la nécessité d'établir ce genre dans mon tableau élémentaire , pag. 454. La coquille seule m’avoit donné alors cette idée ; elle n’est: en effet ni bivalve, ni univalve ; bivalve par la forme, elle a cependant ses deux parties soudées ensemble à l'endroit où devroit être la charnière; et comme il falloit bien qu’il y eût des ouvertures pour l'animal, les bords de ces deux pièces ou prétendues valves ne se correspondent point. L'une d'elles, oula valve ventrale (A. fig.2) est assez plane, de figure oblongue, légèrement festonnée par les côtés, plus étroite et un peu arrondie par devant ; son bord postérieur qui est celui par lequel elle se joint à Pautre, est plus large et présente trois pointes saillante, &, b,c; quatre côtes peu bombées, venant en rayons de la pointe du milieu &, occupent une partie de son disque. L'autre valve ou la dorsale ( A. fig. 1 ) est beaucoup plus courte que la précédente :

son disque d'est circulaire et extrèmement bombé ; ses bords sont plats. Les bords latéraux des deux valves ce, bf; laissent entre eux un vide long et étroit par lequel l'animal fait passer les bords de son manteau ; (9 A, et ik, À. fig: 3 et 4 )et c’est dans le large Sevalle qui règne entre leurs bords antérieurs, que passe la tête et les nageoires qui la couronnent ou plutôt qui la forment toute entière, /, m2, A. fig.1 , 2, 3, etc); car il n’y a entre elles que la bouche ñ, À. fig. 1), et l’on n’y voit point de tête saillante comme dans le clio.

Ces nageoires ne ressemblent pas mal aux ailes d’un pa: pillon, même par la couleur, car elles sont jaunätres avec une tache d’un beau violet foncé à leur base. Leur bord antérieur et inférieur, c’est-à-dire celui qui est voisin de là valve oblongue est le plus long. L’externe est le plus souvent divisé en trois lobes. Entre elles sont deux petites lèvres qui entourent la bouche et lissue de la verge.

Ces deux ailes ou nageoires sont portées par un cou charnu assez D qui est entre les deux lobes du manteau, (0, À, fig. 3.) Ceux-ci, (ghetik, À. fig.5 et 4, correspondent entièrement aux deux! valves de la coquille qu’ils débordent de toute part, et qu’ils recouvrent d’un épiderme mince comme dans tous les testacés.

La position des branchies est ce qui varie le plus dans les mollusques : nous avons vu que le co les porte sur la superficie de ses nageoires ; on devoit croire qu’elles étoient au même endroit dans l’Ayale, mais aucun microscope ne m'y montra ce réseau vasculaire si notable dans le co; il fallut donc les chercher ailleurs. Lorsque j’eus brisé la coquille , je vis qu’elles étoient entre les deux lobes du man-

teau, au fond de l'intervalle qu'ils laissent entre eux sur les côtés , et je m’aperçus que les fentes latérales de la coquille n’avoient d’autre but que d'amener l'élément am- -biant sur les branchies. Elles forment autour du corps, non en ceinture , mais dans le sens parallèle au dos, un cordon elliptique, de petites feuilles, et rappellent par conséquent celles des paelles, des phyllidies et des lingules. (Voyezp,.a;:r,s,A.fig. 4, bét 0.)

Les autres viscères remplissent la partie bombéeetarrondie de la coquille, ou lintérieur du cou;.ils sont enveloppés d’un péritoine noirâtre. En plaçant le ventre ou la valve plane dessous, le cœur est au côté droit, au bord interne de cette partie de cordon branchial, #, fig. 5 et 6; un muscle cylindrique , z, fig. 4, b et 6, se fixe dans la pointe inter- médiaire de la coquille, et traverse la masse des viscères pour aller s’insérer au cou, qu’il a le pouvoir de faire rentrer dans la coquille ; 11 se partage en quatre lanières avant que de s’insérer.

En avant de ses quatre branches est située la verge, et sur elle l’oœsophage qui, à son tour, est surmonté par le cerveau. Voilà ce qui remplit l'épaisseur du cou.

L’oœsophage, vv, fig. 5,6,7, est long et grêle; la bouche ne consiste que dans son ouverture antérieure, et à peine y voit-on intérieurement quelques rides PERS tenir lieu de langue.

Il se renfle en un espèce de jabot membraneux, # #, fig. 6,7, 9, auquelsuccède un gésier à parois musculeuses, un peu épaisses, en forme de cylindre court, xx, fig.6,7,9.

L'une et l’autre de ces cavités ont des rides longitudi-

225 ANNALES DU MUSÉUM nales; elles sont plus étroites et Ph nombreuses dans Je jabot que dans le gésier. Voyez fig. 9.

L’intestin yy, fig.6 et 7,'est grèle et d’un diamètre égal dans toute sa longuçur, qui est assez considérable; il fait deux tours dans l'intervalle des lobes du foie, zz, fig. D, 6 et 7. L’anus est au côté droit du cou , sous l'aile du même eôté ; le foie n’est pas considérable , il forme une masse àpeu-près globuleuse.

Les organes de la génération ressemblent à ce qu’on voit dansla plupart des gastéropodes ; un ovaire , &, fig. 4, 5,6, qui remplit la plus grande partie du côté droit ; un oviduc-

tus de médiocre longueur; un testicule, 8, #4 6 , presque ‘aussi fort que l'ovaire ,.et un canal déférent commun.

La verge est encore ici un organe tout-à-fait séparé du testicule ; elle est placée, comme je l’ai dit , sous l’oœsophage, repliée sur elle-même, et sort par un trou situé en avant et un peu au-dessous de celui de la bouche. On la voit sous le cerveau, fig. 7, et à part, fig. 8.

Le cerveau d\, fig. 7, est assez grand , plat, carré, un peu plus étroit en arrière; les nerfs sortent sur-tout de ses angles : deux d’entre eux font former un double ganglion sous l’oœsophage.

Il faut que les glandes salivaires, s xl y en a, soient fort petites: je ne les ai pas vues.

Le second genre dont j’ai à parler ; est un mollusque nu, que dans l’ancienne manière de considérer ces animaux, on auroit sans doute regardé comme un clio, tant il resressemble aux espèces de ce genre; mais Ja position des branchies est toute opposée, et les tentacules placés aux

D'HISTOIRE NATURÉLLE. ». Sad

tôtés de la bouche, ainsi que plusieurs détailsanatomiques, confirment la différence du genre |

Lecorps, B. fig:a, «est ovale ; la tête d est ronde, portée sur un cou: rétréci; la bouche c s’ouvre à son sommet; en avant sont deux petites lèvres longitudinales et saillantes, dd , sous lesquelles est une espèce de menton ou d’appen* dice pointue et charnuee.

.‘ Deux pétites nageoires ovales, ff, partial des côtés de cé cou: elles sont charnues, se rident après la mort, et sont plus petites que celles du c/o; et sur-tout beaucoup plus que celles de l’Ayale. Il n’y a sur ces nageoires aucun tissu branchial.

Les branchies gg , sont placées à l’extrémité opposée du corps, et forment deux lignes saillantes en forme de 9C adossés, réunis par une barre transverse: Ces‘lignes sont garnies de chaque’ côté d’autres petites lignes ou feuillets saillans , disposés comme les ‘folioles des feuilles que les botanistes nomment aclées. | | * Au côté droit du corps, un peu au-dessus de lextrémité des branchies, est une ligne saillante simple , 2 ; l’ouverture de l’animal m’a montré que cette ligne est le‘tronc de la veine branchiale , et qu’elle donne dans l'oreillette du cœur, z, lequel avecson péricardeest situé dans ce côté, k£.

Lorsqu'on a ouvert la peau qui est d’une substance un peu molle, on trouve que la masse des viscèresestenveloppée d’une tunique charnue , dont les fibres sont pur toutes longitudinales, 6, fig. 4.

Le péricarde n’y est point renfermé; cette tunique charnue n’adhère presque à la peau qu’à l'endroit des branchies, | 4 | 1 à: 30

parce qu'il y a là des artères qui portent le sang du corps dans l’organe pulmonaire. : |

dde une fois fendue, fig. 5, on voit que presque tout l’espace est divisé à-peu-près également entre le foie; m , le testicule, », et l'ovaire, o. Celui-ci est cependant d’un peu le plus considérable. L’ovaire est au fonds; le testicule à gauche ; le foie à droite.

Ce qu'il y a de plus particulier dans tous ces viscères, c’est que: l'estomac est tres-vaste, enveloppé de toute part par le foie qui y adhère intimement , et qui y verse sa liqueur par une multitude de pores, absolument comme dans les bivalves. La membrane de l’estomac est mince, et son intérieur offre beaucoup de petites cavités dans le fonds desquelles cès pores s'ouvrent. Moses l'estomac ouvert, p, fig. 7. Le rectum est court, et s'ouvre sous l'aile droite; gg; fig. Get 7.

La bouche est une masse charnue considérable , qui se termine en arrière en deux appeéndices, charnus aussi , dont j'ignore Pusage , 7r, fig. 7 et 8. La langue est revêtue de petites épines, dirigées en arrière pour aider la déglution, s , fig.8, comme dans beaucoup d’autres mollusques. Cette partie postérieure de la bouche où est la langue, est séparée de lantérieure, &w, fig. 7et8, qui west que membraneuse!, par un rétrécissement charnu, où l’on voit trois tubercules, 6 46, fig. 8.

Le bord de la bouche est garni de deux ne de tentacules, cc, fig. 1 et 8 qui représentent deux jolis panaches: l'animal peut, à volonté, les faire rentrer dans la bouche ou les développer iemles faisant:sortir. Ces tentacules sont des filets terminés chacun par un petit tubercule dont le milieu

D'HISTOIRE NATURELLE. ‘231 est creux. Peut-être l'animal les emploie-t-il comme des suçoirs, pour s'attacher aux autres corps, comme le font les seiches.- |

Les glandes salivaires, pv, fig. 7 et 8, sont longues et amples; leur canal extérieur a en avant du cerveau un renflement marqué, x x, cb.

Le cerveau est un ruban transversal assez étroit, y, fig. 7; parmi les nerfs qu’il donne, il en est deux de chaque côté qui vont former sous la bouche un groupe de six ganglions: CO grands au milieu ; deux très-petits aux côtés, 2 8. 9

Je n’ai rien à dire de particulier sur les organes de la génération : ils sont les mêmes que dans l’Ayale et le clio. La verge est petite et située sous la bouche, &; fig. 9. Elle sort entre les deux petites lèvres de la face antérieure de la tête , dd, fig 1 et 5. Le canal commun des œufs et de la génération, s’ouvre un peu en avant de l’anus , et se prolonge en dehors en un sillon qui se dirige en avant, B, fig. 7.

Il est facile de voir que l’animal décrit jusqu'ici, diffère du clio et de l’Ayale, principalement par la position de ses branchies à la surface extérieure de la peau. Celui qui sen rapproche le plus, est l’hyale qui a ces mêmes branchies dans le fond d’un repli de la peau; mais outre cette différence qui est déjà très-importanté, la présence d’une coquille dans l’hyale , et celle des nombreux tentacules et des deux petites lèvres , et de l’appendice charnue dans mon animal, m’autorisent suffisamment a nn un genré de ce

dernier.

232 ANNALES DU-MUSÉU.M

Je le nomme Preumo-derme, parce que son cHEANS respiratoire est sur la peau.

Je dois le preumo-derme ainsi que l’Ayale aux soins que s'est donnés M. Péron, l’un des naturalistes employés dans l'expédition du capitaine Baudin, et spécialement chargé de l’anatomie comparée, de m'adresser un grand nombre d'échantillons tant de préparations anatomiques , que d’animaux entiers, pour en enrichir la collection que j’administre. | |

Le preumo-derme a été trouvé dans els atlantique. Quiconque comparera l’Ayale et le preumo - derme avec le clio , verra que: tous les trois ont. de commun avec les mollusques la présence d’un cerveau ,. d’un cœur et d’un foie ; qu'ils ressemblent en particulier à la plupart des gastéropodes par l’hermaphroditisme ; qu on. ne, peut cependant les ranger. dans! cet, ordre ,. puisqu'ils n’ont aucun pied, et qu'ils. ne rampent ni sur le ventre, ni autrement; qu'on ne peut non plus les regarder, comme des céphalopodes , puisqu'ils n’ont qu’un cœur, et qu’ils n’ont point. de bras : personne ne sera tenté d'en faire des acéphales ;: je crois donc qu'il faut : les: ériger. en famille nouvelle, et je leur donnerai le nom de pééropodes ou de mollusques à nageoires, mollusca pinnata.

Le caractère de cet. ordre sera, corps libre, nageant ; tête distincte; point d’autre membre ;que des nageoires.

Les trois genres que je range dans cet ordre, auront les caractères particuliers suivans :

Curo. Corps nu; deux nageoires aux côtés, Les branchies à la surface des nageoires.

PNeumo-perMe. Corps nu ; deux nageoires aux côtés du

cou ; deux panaches de tentacules à là bouche:Les branchies à be surface de la partie postérieure du corps. Hyare. Corps revêtu d’une coquille fendue par les côtés; deux nagcoires aux côtés de la bouche. Les branchies au fonds des replis de la peau , vis-à-vis des fentes de la coquille.

Le genre des FIROLES ou PrÉROTRACHÉES devra peut-être “aussi appartenir à cette famille, je m'en occuperai dans un autre mémoire.

Explication de la planche.

A. PH, yale et ses détails.

1. L’hyale entière, avec sa coquille, vue du côté de la br bombée.

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