‹ Mémoires pour servir à l'histoire et à l'anatomie des mollusquesChapitre 93 sur 107 · N ET SUR LEUR ANATOMIE · texte numérisé non relu

N ET SUR LEUR ANATOMIE

J E suis obligé, comme à mon ordinaire, de commencer mes recherches par un exposé historique des variations bi- | garres que la nomenclature de ces animaux a éprouvées. |

Les Ascrnres sont du petit nombre des mollusques dont le nom ancien ne laisse point de doute. Aristote les appelle thethyum; 1 les avoit parfaitement bien observées, et la description générique qu’il en donne ( Æésé. An., lib. IV, cap. VI; et de Part. An., lb. VI, c. V) est aussi exacte que celles de nos auteurs modernes.

Rondelet paroît les avoir bien reconnues , quoique sa figure et sa descripuon (de {ns. et Zooph., 127) ne puissent faire déterminer positivement l'espèce dont il a parlé. On distingue un peu mieux deux autres animaux dont il traite ensuite (p. 128 et 129) sous le nom de r7entula marina, et qui sont également deux espèces d’ascidies. En effet, les pêcheurs de la Méditerranée, gens peu réservés dans leur langage, donnent encore aujourd’hui aux ascidies, dans leurs divers jargons, des noms qui équivalent à celui-là.

Gesner et Aldrovande commencèrent à embrouiller lhis-

toire de ce genre en joignant aux téthyes de Rondelet celles de Bélon ( Æquat., 433), qui ne sont que des alcyonature. |

Linnæus, dans sa IVe, édition, placa un #hethyum dans son système en défigurant un peu son nom et en l’appelant thethys ; 1 indiqua même que l'animal des bivalves étoit un thethys,ce qui prouve qu'il n’ignoroit pas l'analogie des bivalves avec les ascidies. Mais comme Redi ( Opusc. IL, pl. XXIT) avoit décrit une espèce d’ascidie, et l’avoit nommée 71crocosInus, à cause des petites coquilles et autres objets variés qui s’attachent àson enveloppe, Linnæus adopta aussi le genre 72icrocosmus, et je ne sais par quelle inconcevable confusion d'idées il donna ce petit mollusque pour identique avec le zz1crocosmus de Bartholin, prétendu animal de la mer du Nord assez grand pour paroître comme une île, et pour tromper les navigateurs.

Dans la 6e. édition, il se fit, sous le genre Taerys, un mélange presque aussi singulier des caractères des aæscidies et de ceux de la £ethys d'aujourd'hui; il n’y eut.même que celle-ci de figurée comme type du genre; et toutefois l’animal des bivalves porta encore le nom de fhethys, qui ne lui convenoit plus du tout.

Le rnicrocosmnus fabuleux, et celui qui reposoit sur un objet réel, disparurent également dans la dixième édition; s’il y fut question d’ascrdres, elles n’y furent indiquées que fort obscurément sous le genre priapus , et le nom de fhethys fut appliqué à l’aplysia où Lièvre de mer, qui y fut confondu avec le #.ethys d'aujourd'hui; néanmoins les bivalves eurent toujours des #Lefhys pour habitans.

Cependant Bohatsch ( Anim. mar. pl. X}, et Plancus ( Conch. min. not., pl V et VII), décrivirent et représentèrent avec assez d’exactitude plusieurs espèces auxquelles ils donnèrent leur véritable nom de #hethyum; Baster (Opusc. subsec., U, X, 5) en observa une qu'il caractérisa fort bien, et pour laquelle il imagina le nom d'ascidium, dérivé d’ésxor (outre ), parce qu’en effet cette espèce a quelque rapport de figure avec une outre. Ce naturaliste ajouta à sa description une remarque très-juste sur l'analogie de la structure intérieure de son aæscidium avec celle de l'huiître. Pallas ( Méscell. Zool., 54) proposa la réunion des {hethyum et de l’'ascidium, et Linnæus leffectua dans sa XIIe, édition, sous le nom d’ascidia, joignant aux trois espèces de Bohatsch trois autres espèces observées dans la mer du Nord par œnig, et donnant enfin aux bivalves, des ascidia pour habitans. C'est aussi seulement dans cette XIIe. édition qu'il fixa le nom de hethys exclusivement sur les animaux qui le portent aujourd’hui.

Depuis ce temps-là Ofton Frédéric Miller Zool.danic.), Otton Fabricius (Faun. Groënl.), l'abbé Diquemare (Journ. de Phys.), et Pallas (dans ses Spzezl. et dans les Mém. de Petersb. ), ont décrit et représenté un assez grand nombre d’ascidies, que Bruguières et Gmnelin ont rassemblées dans leurs compilations à peu près comme ils les ont trouvées dans ces auteurs, et sans apporter beaucoup de critique dans la distinction des espèces.

Il seroit, en effet, très-difficile de les caractériser d’après les documens que l’on possède. La forme extérieure des ascidies. étant sujette à beaucoup de variations, leur surface

offrant peu de différences, leur couleur ne se conservant pas après la mort, et différant probablement pendant la vie, selon l’âge et les lieux où elles ont pris leur croissance , il est malaisé de les distinguer sûrement, quand on n’a pas recours à leur intérieur, et cet intérieur n’a jamais été indiqué que d’une manière superficielle.

- À entendre la plupart des auteurs il n’y auroit qu’un intestin à deux issues, l’une qui admeitroit l’eau, la seconde qui. la rejetteroit. Les branchies et tous les autres organes ne sont annoncés que sous les noms vagues de tuniques, de membranes vasculaires, etc., et leurs vraies connexions ne sont jamais bien saisies. On peut juger de l’imperfection de nos connoissances sur les ascidies, et du peu de résultat

qu'ont obtenu les recherches de Miller, de Plancus ex des

autres naturalistes, pâr le résumé que l’on en trouve dans Varticle sur ce genre, que Bruguières a rédigé pour l'Encyclopédie méthodique. Lanalogie même que Zirnœus paroissoit avoir saisie, et qui a été plus explicitement indiquée par Paster et par Pallas, entre l’ascidrie et l’huëtre, quoique réelle à plusieurs égards, est un renseignement insuffisant parce qu’on ne dit point jusqu'où cette analogie va, ni à quel point elle s'arrête; et M. Pol qui sembloit naturellement appelé à traiter des ascidies, dans son bel ouvrage sur les coquillages des deux Siciles, et qui, sil s’en étoit occupé, ne nous auroit probablement rien laissé à désirer sur leur organisation, les a cependant omises, parce qu’il na voulu traiter que des testacés proprement dits, c’est-àdire, des animaux revêtus de véritables coquilles. Tout nouvellement encore, M. le chevalier Zverard Home, dans

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ses belles Lecons d’ Anatomie comparée, X, p. 350, etIf, pl. LXXIV, se borne à traiter des organes de la digestion, et ne parle des branchies que comme de tuniques qui envelopperoiïent les viscères. |

J’avois donc à compléter une lacune importante dans l’histoire des mollusques, et je me suis donné depuis longtemps beaucoup de peine pour rassembler diverses espèces d’ascidies, principalement de celles qui par leur grandeur pouvoient me faire espérer plus de succès. J'ai donné, il v a dix-huit ans, une courte Notice de mes premières observations à ce sujet ( Bulletin des Sciences, avril 1997 ). Jai inséré quelques détails de plus en divers endroits de mes Lecons d'Anatomie comparée , nommément au Ile. vol., p. 312, etau [Ve., p. 125 et 428; maïs je présenterai aujourd’hui l’ensemble de ce que j'en ai observé, à diverses époques, et je l’accompagnerai de figures.

Je regrette que mon travail soit encore aussi imparfait; mais les individus que j'ai eus à ma disposition n’ont pu me conduire plus loin; les naturalistes qui pourront en observer dans un état plus frais feront ce que je n’ai pu faire.

L’ascidie est toujours fixée, par sa base, aux rochers ou dans le sable, où sur des varecs, ou sur des coquilles sédentaires, telles que des huîtres, des anomies, où enfin sur d’autres ascidies, quelquefois d’espèces différentes,

Assez généralement cependant les individus d’une même espèce sont rapprochés les uns des autres et forment des espèces de groupes; lorsqu'ils s’attachent les uns sur les autres ils ont quelquefois l’air ramifié; mais cette ramification n’est qu’apparente et n'établit point d'union organique entre les

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individus, comme il en existe, par exemple, entre les branches d’un même tronc de polype (1).

On peut donc se borner à la considération des individus isolés. Chacun d’eux présente une masse, où une sorte de sac, fixé par sa base ou par un de ses côtés, dont la forme varie à l'infini, selon les espèces, et dans chaque espèce selon les corps voisins qui en ont gêné le développement; tantôt ce sac est globuleux, tantôt ovale, ou conique, ou cylindrique; dans certaines espèces sa base s’allonge en un pédicule grèle; sa surface est tantôt égale, tantôt bosselée, ou mammelonnée, ou ridée, ou plissée, ou tuberculeuse, ou même épineuse, ou enfin garnie d’excroissances branchues; mais cé qui est constant, et ce qui fournit le caractère extérieur le plus essentiel du genre, ce sont deux ouvertures, dont les bords forment un bourrelet que l’animal retire où fait saillir, dilate ou rétrécit à volonté, et qui est ordinairement sillonné en rayons lorsqu'il est rentré, et divisé en festons lorsqu'il est épanoui.

L’une de ces ouvertures, presque toujours placée au sommet du sac extérieur, reçoit l’éau de la mer et l’introduit dans la cavité des branchies; c’est aussi par elle que l’eau est rejetée quand Flanimal veut en renouveller la provision.

Lorsqu'on irrite une ascidie elle fait jaillir cette eau en un filet qui s'élève quelquefois à plusieurs pouces.

(x) Cette observation n’est certaine que par rapport aux ascidies proprement dites; mais il paroît qu’il existe des animaux composés, ou au moins groupés d’une manière intime, qui ont beaucoup d’analogie avec les ascidies dans leur structure individuelle. M. Savigny vient d’en faire l’objet d’un Mémoire trèsintéressant.

SUR LES ASCIDIES. si

La seconde ouverture est d'ordinaire placée un peu plus bas que la première, et si l’on s'en rapportoit aux auteurs qui ont parlé de ces animaux, l’ascidie rejetteroit aussi par cet endroit l’eau de la mer; il y en à même qui ont écrit que cette eau entre par une ouverture et ressort par l’autre.

L’anatomie ne confirme point ces idées; la seconde ouverture, comme nous le verrons, ne reçoit que le rectum et l'organe de la génération , il n’existe aucune communication entre elle et la cavité branchiale; et si il est arrivé quelquefois que l’eau de la mer ait été lancée par là, ce n’a pu être, àce qu’il me semble, qu’à la suite de quelque rupture occasionnée par les efforts de l'animal. J'engage toutefois les personnes qui observeront des ascidies vivantes, à s'assurer de ce qu'il peut y avoir de réel à cet égard.

On ne voit rien de plus au dehors de Vascidie, et pour connoître le reste de sa structure il faut ouvrir le sac extérieur, ce qui est d'autant plus facile, qu'il est d’une substance généralement cartilagineuse, se laissant aisément diviser, presque toujours demi-transparente, et d’une épaisseur variable, selon les espèces, depuis plusieurs lignes jusqu’à des fractions assez petites de lignes.

Cette substance est très - bien organisée; elle reçoit du corps proprement dit des troncs artériels et veineux, que sa substance demi-transparente, dans certaines espèces, permet à l'œil de suivre jusqu’à leurs dernières ramifications, et qui forment un magnifique réseau.

Outre un épiderme extérieur plus ou moins visible, cette première enveloppe est toujours doublée étroitement à lintérieur par une membrane d’une autre nature. Le plus sou-

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vent elle est très-mince et séreuse; dans quelques espèces elle prend de l'épaisseur et de la consistance et se rapproche de la nature du cartilage; elle est aussi généralement arrosée de vaisseaux très-visibles.

Le corps proprement dit de l'animal est suspendu dans la cavité du sac; il n’est jamais aussi volumineux que cette cavité, en sorte qu'il reste toujours entre le corps et le sac, un intervalle assez considérable et que je suppose rempli dans l’état de vie par quelque liquide; mais je pense que c'est un liquide sécreté. ou transsudé au travers de la tunique propre du corps ou de la membrane interne du sac, car ce corps a deux productions qui s’unissent aux bords des deux ouvertures du sac, en sorte que l’eau extérieure ne me paroit pouvoir pénétrer que dans le corps même et spécialement dans la cavité des branchies. En effet, la membrane qui tapisse en dedans l'enveloppe extérieure de l’ascidie, se réfléchit sur son corps proprement dit, et le revêt en dehors, comme le péritoine après avoir tapissé les parois de l’abdomen se réfléchit sur l'intestin, avec cette différence cependant qu’il n’y a point de mésentère, et que la connexion se fait seulement près des deux orifices. La veloutée et en général les membranes muqueuses se continuent de la même manière ayec l’épiderme de cette enveloppe extérieure; cependant comme j'ai trouvé souvent leur continuité déchirée, dans les ascidies que j'ai examinées , il se pourroit qu'il y eut, dans l’état de vie, auprès des deux ouvertures quelques pores ou même quelques communications plus directes, et c’est encore un point que j’engage les observateurs à vérifier.

Outre l’adhérence de ses deux productions aux bords des

deux ouvertures, le corps proprement dit tient encore au sac par le double tronc de vaisseaux qu’il y envoie, et dont nous avons parlé ci-dessus. Dans tout le reste de leur étendue le corps et le sac n’ont point d'union directe.

Le corps proprement dit a, comme je viens de le dire, une tunique propre qui l'enveloppe en entier; on peut y distinguer une lame extérieure séreuse, qui se continue avec la membrane interne de l'enveloppe extérieure, et un tissu musculaire, plus ou moins continu; l’on y voit aussi des ramifications nombreuses de nerfs et de vaisseaux. C’est à cette tunique qu'adhère le ganglion nerveux le plus considérable de l’ascidie. | |

Lorsqu'on ouvre avec précaution la tunique propre du corps, on voit que celle de ses productions qui va à l'ouverture supérieure du sac, ne renferme que le col de la cavité branchiale, laquelle cavité s’enfonce plus ou moins, selon les espèces, dans l’intérieur de la tunique propre, mais n’a d'autre ouverture dans son fond que la bouche, et ne communique nullement avec la seconde production de cette même tunique qui se rend à la seconde ouverture du sac, et qui ne contient jamais que l'extrémité du rectum et celle de l’organe génital. 0 \

Le reste des viscères est enveloppé dans un péritoine par-

tüiculier et le cœur a en outre son péricarde ; ainsi lon peut

considérer le corps proprement dit, comme divisé en trois

cavités : celle des branchies qui communique avec l’extérieur

par l'ouverture supérieure du sac, et dans le fonds de la-

quelle s’ouvre la bouche; celle du péritoine qui ne commu-

nique point avec l'extérieur par elle-même, mais qui: est

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traversée.par le tube intestinal, lequel après avoir pris naïssance dans la cavité branchiale communique au ‘dehors par le rectum. et la deuxième ouverture du sac; enfin celle du péricarde, qui n’a point de communication médiate ni immédiate avec l'extérieur.

La cavité branchiale est un grand sac qui REP l’eau, en conduit une partie à la bouche avec les petits animaux où autres molécules alimentaires qu’élle peut contenir, et: qui rejette l’autre partie après qu’elle a servi à la respiration; on pourroit donc dire en quelque façon que les ascidies ont leurs organes respiratoires dans. la: bouche ‘ou dans l’œsophage, mais alors il faudroit nommer bouche l’ouverture supérieure du sac, et pharynx ou cardia, ce que nous avons appelé bouché; or, je crois cette dérnière dénomination plus juste, parce que c’est le seul nom qui puisse convenir dans les huîtres et autres bivalves à l’orifice analogue: |

Quoi qu’ilen soit, cette cavité branchiale à uncol, ou un tube d'introduction, plus étroit qu'elle-mème, et dans lequel le tissu respiratoire ne s'étend point. Il est garni d’une rangée de filamens charnus, ou de tentacules très-fins, qui servent sans doute à l'animal pour Favertir des objets nuisibles; qui pourroientse présenter et qu'il doit repousser: [n’est pas impossible qu’en certaines oceaëions les ascidies renversent assez cet orifice de leurs branchies, pour que;:ces tentacules paroissent au dehors, et c'est ce qui les aura fait prendre pour des caractères particuliers de certaines espèces ; mais je les. crois communs à toutes. [LL y en a même qui en ‘ont. mie rangées.

La cavité branchiale est un and sac let parles cétés,

SUR LES/ASCIDIES. F1 et qui varie beaucoup pour l'étendue; poûr la profondeur, et mêmepour la forme. Quelquefois, comme-dans d'ascidia clavata, elle n’occupe qu’une petite portion de la longueur du corps; plus souvent, comme dans l'œscidia microcosmus , elle occupe toute la longueur:et la largeur d’une des faces du corps, et le reste des viscères'occupe l’autre face;alors sa forme est oblongue; ovale ou rectangulaire; quelquefois, comme dans l’ascidiæ que je nomme r2ammillata, et dans le reclus marin de Diquemare que j'appelle æscidia monachus , après être descendue jusque dans le fonds de la tunique du corps, elle se recourbe, et son fonds à elle: est au milieu de la longueur et regarde sonentrée. C’est dans ce dernier cas que ses parois ont le plus d’étendue. Le plus souvent les parois du sac branchial sont étendues et sans plis; mais dans quelques espèces, et à ce qu'il paroït dans toutes celles dont la tunique propre du corps est très-coriace, ces parois forment des plis profonds et réguliers , premiers indices des quatre feuillets branchiaux des bivalves.

Quelle que soit au ‘reste la forme et la disposition générales de ce sac, le tissu ‘de ses parois reste le même, et, est fort rendit aussi plusieurs auteurs en ont-ils été frappés, sans en connoître l’objet. Il consiste en urne-infinité de petits vaisseaux qui se croisent à angles droits et interceptent des mailles quadrangulaires ; au microscope on remarque des vaisseaux plus petits qui subdivisent encore les mailles.

Avec un peu d'attention, l’on aperçoit bientôt que les petits vaisseaux verticaux viennent desivaisseaux transverses; et que ceux-ci tiennent par leurs deux extrémités à déux grands troncs, aussi verticaux, qui occupent chacun l’un des

-côtés ou plutôt'des'arêtes du sac; ainsi il est naturel de croire qué l’un de cestrones est l'artère et l’autre la veine branchiale.

L'un des deux aboutit au cœur, et quoique je n’aie pu bien distinguer les valvules, l'analogie des mollusques gastéropodes et plus encore celle des bivalves ne me permet pas un instant de douter que le sang n’aille de ce tronc dans le cœur, ou en d’autres termes que ce tronc ne soit la veine branchiale. Le tronc opposé qui est souvent double, sera donc l'artère, et recevra les veines du corps; en effet, l’on voit beaucoup de filets vasculaires qui s’y rendent, soit de la tunique générale du corps soit des viscères. L’ascidie n’auroit donc, comme les gastéropodes et les acéphales, qu’un ventricule gauche ou aortique, et il n’y auroit point de ventricule sur laréunion dela veine cave et de l'artère pulmonaire.

Ce ventricule, ou ce cœur aortique, n’est pas dr po facile à observer.

Lorsque la branchie est simplement oblongue, il est situé vers son fond, et par conséquent lorsqu'elle est aussi longue que le corps il est vers le fond de la tunique propre; et quand la branchie est plus courte que le corps il se trouve vers le milieu de cette même tunique. Ï

Lorsque la branchie est recourbée il se trouve dans sa courbure et alors il est toujours vers le milieu de la tunique propre où du corps.

En général, sa position paroît déterminée par celle de la bouche plutôt que par celle du rectum, et le rectum ne le traverse jamais, comme dans le plus grand nombre des bivalves. |

Sa forme est oHbhau) amincie aux deux bouts; sa sub-

SURULE S: Ats GI DIS. 13

stance est extrèmement mince et transparente, en sorte qu'on a souvent peine à le distinguer au milieu de son péricarde. Par une extrémité il recoit le tronc des veines branchiales, et par l’autre il donne l’aorte qui distribue le sang à toutes les parties.

Je dois cependant convenir que dans les espèces à branchies recourbées, il m'a été impossible d’apercevoir une dilatation assez marquée pour mériter proprement le nom de cœur; l’artère en fait-elle la fonction, ou n’aï-je pu découvrir le véritable organe? c’est ce que des observateurs plus heureux parviendront peut-être à déterminer.

Nous avons vu que la bouche est dans le fond de la cavité branchiale; ainsi quand cette cavité pénètre jusqu’au fond de la tunique propre, c’est aussi dans ce fond qu'est la bouche. Lorsque la cavité branchiale s’arrête au milieu du corps, ou lorsqu’elle y revient en se recourbant, la bouche se trouve aussi vers ce milieu. Tantôt la bouche est un simple trou rond, tantôt c’est une fente, ou même une ouverture divisée par plusieurs sillons, mais qui n’a ni lèvres ni tentacules particuliers. La position de la bouche détermine la position et la direction de l’œsophageet la’ position de l'estomac.

L’œsophage est court, et plissé longitudinalement. L’estomac est simple, médiocreme nt dilaté, diversement ridé à l'intérieur, selon les espèces, et a ses paroïs percées pour recevoir la bile; le foie adhère d’une manière intime aux côtés de l'estomac , et y verse sa bile par plusieurs orifices, comme dans les bivalves; l'intestin est simple, sans cœcums, et n’a généralement qu’un ou deux replis. Ses parois sont épaissies par un tissu glanduleux qui y verse probablement

aussi quelque liqueur. Il se termine par un rectum qui sort du péritoine pour faire flotter son extrémité dans la deuxième production de la tunique propre du corps, en sorte que les excrémens tombent dans cette production qui leur donne issue au travers de la deuxième ouverture de l'enveloppe extérieure.

Les ascidies ne me paroïissent devoir se nourrir que des molécules déliées qui pénètrent avec l’eau de la mer dans leur cavité branchiale. J’ai trouvé à la vérité assez souvent des petits crustacés et d’autres débris d'animaux dans cette cavité; mais comme ils doivent en blesser aisément le tissu délié, comme j'ai même observé de ces petits crustacés qui avoient déchiré ce tissu et avoient pénétré entre lui et la tunique propre , je pense que la déglutition de ces animaux est un accident fàcheux pour l’ascidie, et non pas son moyen naturel d'alimentation.

On ne trouve dans l'estomac qu'un magma très-atténué ; les intestins renferment des excrémens terreux moulés en petits filets courts comme dans beaucoup d’autres mollusques.

On ne peut guère considérer que comme appartenant à la génération, un organe glanduleux, blanchâtre, placé entre les replis de l'intestin avec le foie, mais dont le canal extérieur, souvent très-ondulé, suit le rectum et y débouche tout près de son extrémité. J'ai trouvé quelquefois de petits grains que je suis disposé à prendre pour des œufs, entre le sac branchial et la tunique propre. Cette position est assez analogue à celle que les œufs prennent dans l'épaisseur des branchies des bivalves. Comme le rectum débouche dans la deuxième production de la tunique propre, il ne seroit pas

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impossible que la liqueur séminale versée par le conduit excréteur dont j’ai parlé, allât féconder les œufs du même in- .dividu placés comme je viens de le dire; il seroit possible aussi qu'elle se répandit au dehors pour féconder ceux que d’autres individus auraient pondus dans le voisinage; cependant comme les ascidies n’ont point de locomotion, je pense qu’elles doivent se suflire à elles-mêmes.

La partie bien visible du système nerveux consiste en un ganglion oblong très-facile à reconnoître pour ce qu'il est, placé dans l’épaisseur de la tunique propre, entre la’ production qui donne entrée aux branchies, et celle où répond l'anus. Il donne des branches que l’on suit aisément, parmi lesquelles on en distingue dans les grandes espèces deux qui se rendent à l’œsophage et l'entourent d’un anneau. L’analogie ne permet pas de douter que cet anneau ne soit le cerveau. Le ganglion répond à celui qu’on trouve dans les bivalves, entre les branchies, et vers l’origine du tube qui amène l’eau. |

Telles sont les remarques générales auxquelles donne lieu l'anatomie dés ascidies dont j'ai pu disposer. Je vais maintenant passer aux observations relatives à chaque espèce en particulier.

Je commencerai par une espèce qui, bien que connue et décrite l’une des premières, ne figure point séparément dans Gmélin; c’est le rnécrocosmus de Rédi (Opusc. IL), qui me paroît le même que le #7entula marina informis de Plancus ( Conch. min. not. Ap: Nil, et Comment. bon., V, IL, 4-7), et que l’ascidia sulcata de M. Coquebert { Bullet. des Sc., avril «1797, 1, 1 ). Gmelin ne cite point

du tout le premier de ces synonymes , et place le second sous l'ascidia mentula, mais très-mal à propos, comme nous le verrons. Bruguière le transporte sans meilleurs motifs à l’ascidia rustica. C'est une espèce très-distincte, remarquable par sa grandeur, par la dureté tout-à-fait coriace, et par l'extrême rugosité de son sac extérieur. Ge sac est difficile à entamer avec des ciseaux, ridé comme un vieux parchemin qui auroïit été mouillé et desséché. Sa couleur est en dehors d’un gris jaunâtre, en dedans d’un blanc opaque. La dureté de cette enveloppe la rend sans doute à peu près insensible, puisqu'il s’y établit des corallines, des sertulaires, des sabelles, des néréides, toutes sortes de polypes, des fueus, et jusqu’à de petites coquilles sans que l’animal prenne aucun soin pour $’en débarrasser; c’est l'accumulation de ces êtres divers, qui avoit fait imaginer à Rédi, pour cet animal, l'épithète de zzicrocosme ou de petit monde. La forme générale de ce sac varie. Tantôt conique et assez allongé, comme dans l'échantillon de M. Coquebert, tantôt ovale ou reniforme, comme dans celui de Plancus et dans le nôtre, il devient quelquefois fourchu, comme dans celui de Rédi; mais les orifices sont toujours percés dans deux parties plus molles que le reste de l'enveloppe, comparables à deux mammelons, susceptibles de saillir ou de rentrer, et toujours légèrement striés en rayons. Leur position mutuelle diffère plus peut-être que dans les autres espèces. Dans mon échantillon, c’est l'orifice branchial qui est inférieur; dans celui de Plancus ils étoient à peu près à la même hauteur, et l'animal s’étendoit transversalement; dans celui de Rédi, le sac extérieur étoit fourchu, et chaque orifice étoit au som

met d'une branche. La plus grande dimension de cette espèce, varie de 3 à six pouces. Son sac intérieur ou son corps proprement dit, est remarquable par l'extrême épaisseur de sa lame musculaire, pl. I, fig. >; chacune des deux productions & et à, qui se rendent aux orifices, est garnie de fibres longitudinales, bientôt croisées à leur base par des fibres annulaires qui se répétant concentriquement sur le Corps même, viennent à se croiser encore obliquement avec les fibres annulaires de l'autre production. Il résulte de cet assemblage une sorte d’outre qui par sa contraction doit pouvoir éjaculer l’eau des branchies avec beaucoup de force. Il n'est pas si aisé de voir comment cette eau est introduite , mais on peut croire que les fibres longitudinales du sac G AN ense contractant lorsque les fibres annulaires se relächent, rendent la capacité de ce sac plus considérable, et que la dureté du sac extérieur résistant au poids du fluide ambiant et de l'atmosphère, l’eau se précipite dans cette capacité ainsi augmentée. Peut-être y a-t-il aussi une sorte de déglutition qui fait passer successivement l’eau du dehors dans le tube branchial, et de celui-ci dans le sac des branchies.

C’est dans cette espèce que le système nerveux est le plus difficile à voir, le ganglion n'y paroït que comme un filet délié un peu grisätre. | ! Dans cette espèce et dans l’ascidia papillosa, le sac branchial a aussi un caractère tout particulier dans les plis longitudinaux et saillans en dedans, qui règnent dans tout son pourtour. On en compte douze ou quinze, et ils sont maintenus constans, quelles que soient d’ailleurs les dilatations du sac branchial, par des ligamens et des vaisseaux sanguins

qui traversent sur leurs bases, et enveloppent tout ce sac, comme autant de cerceaux. Au fond du col des branchies (æ, fig. 4) et à l’entrée du sac branchial se voient d’abord cinq petits replis saillans, qui pourroient passer pour autant de valvules, lorsque lascidie contracte ce détroit, ce qu'elle fait peut-être quand quelque petit animal menace de pénétrer, mais qui doivent aussi pouvoir s’écarter assez pour ne point mettre obstacle à l'entrée et à la sortie de l’eau nécessare. poux la respiration.

Immédiatement au-dessous de ces petites proéminences est une membrane circulaire légèrement festonnée, et garnie sur son bord de petitsfilamens, et encore au-dessous, à l’entrée même de la cavité branchiale, est une. rangée circulaire de tentacules courts et fourchus. |

La bouche (4, fig. 4, 5 et 6 ) est dans le fond de la cavité branchiale , très-près de la place où le rectum. finit hors de cette cavité; l'ouverture .en est assez grande, et plissée.

La masse des intestins. est située toute entière d’un côté du corps entre une des. parois du; sae-branehial et la paroi correspondante de la tunique, charnue. Le foie. est composé de plusieurs lobes grenus, et! enveloppe les, côtés de l’estomac. Celui-ci est peu volumineux, et son intérieur est remarquable par des trous irréguliers, percés dans. leur. fond d’autres, trous, où aboutissent les. vaisseaux biliaires. Cinq petites papilles coniques rétrécissent le pylore.. L’intestin. (o, 0,0, fig. 5 et G:) se porte vers le.côté de l’entrée des: branchies, ne fait qu'un repli, revient près de la bouche, et, là se recourbe pour se terminer, à l'anus; celui-ci s'ouvre: derrière le bord de la cavité des! branchies, vis-à- vis la,

SUR LES ASGIDIES. | 19 deuxième production de la tunique musculaire. Deux larges valvules sémilunaires placées à la base de cette production et embrassant l’anus , empêchent que ce qui est sorti du rectum ne puisse rétrograder et s'introduire entre la tunique et le sac branchial. Le reste de la production est tapissé par une membrane blanche et conduit les excrémens en dehors.

Le cœur est à côté de l'estomac, très-mince, transparent, et en conséquence difficile à bien reconnoître. I n'est pas non plus très-facile de suivre ses connexions avec les grands vaisseaux, mais ce que nous allons bientôt dire d’autres espèces suppléera à ce que celle-ci n'a pu nous offrir clairement.

On observe dans cette espèce et dans l’asczdra papillosa, un petit tubercule ( d, fig. 4 et 5 ) situé à l'intérieur du sac branchial, non loin de son orifice, entre les deux veines branchiales que je n’ai pas revu dans les autres ascidies, et dont il m’est impossible d’assigner la nature (x).

Ce que le #7crocosmus a de plus particulier, ce sont des lobes d’une substance gélatimeuse sans organisation apparente ( d, d, d, fig. 3) interposés entre la tunique charnue et le sac des branchies. Ils servent ADP CEE de provision nutritive, comme la graisse des autres animaux.

L’ascidia papillosa ( Bohatsch., X 1); depuis long-temps décrite par Bohatsch, diffère beaucoup à l'extérieur de la précéderite, par son enveloppe régulière, et uniformément semée d’une petite scabrosité, comme &i elle avoit été sablée; mais à l’intérieur elle est presque la même. La substance de son enveloppe est également dure et coriace; la tunique

(1) On en retrouve V’'analogue dans toutes Je pese ascidies composées de M. Savigny.

propre de son corps est également munie de fibres charnues épaisses; ses branchies sont également plissées, et ont aussi le tubercule d’une nature inconnue dont j'ai parlé; mais on y voit bien plus distinctement le ganglion nerveux, placé entre les deux orifices; les tentacules sont disposés sur deux rangées autour de l’orifice branchial; la masse des intestins est plus concentrée vers le fond du sac, ete. Voyez les fig: 1, 2, 3 de la pl I.

L'espèce dont je parlerai maintenant sera le type de celles où le sac branchial, sans être plissé comme dans les précédentes, descend cependant de même jusqu’au fond de la tunique propre, mais sans s’y recourber.

Je la représente (pl. E, fig. 7), et je pense que c’est la même que f'orskahl a représentée pl. XX VII, fig. D, E, et à laquelle son éditeur a appliqué le nom d’alcyonium phusca. I est bien vrai que l’alcyoniun phusca de Forskahl est une ascidie, mais je doute que ce soit celle de la figure en question. Quoi qu'il en soit, l’espèce que j’examine se caractérise par son sac extérieur mince, demi-transparent, élastique, légèrement cartilagineux, à surface lisse, par ses deux orifices saillans en forme de mammelons striés. Elle se fixe tantôt par une extrémité, tantôt par le côté, et il naît de la surface du sac de petites ramifications, qui aident à affermir son empatement. Quelquefois la surface entière du sac extérieur produit de ces excroissances branchues qui ressemblent alors à autant de petits fucus qui y auroient pris naissance. |

Lorsqu'on ouvre ce sac et la membrane qui le tapisse à l'intérieur on est frappé ( fig. 8) du double tronc de vaisseaux

qui sy rend du corps proprement dit, ainsi que des belles ramifications qu'il y produit. La tunique propre du corps est beaucoup moins musculeuse et plus transparente que dans l'espèce précédente; on distingue très-bien au travers les contours de l'intestin:

On peut l’ouvrir en ménageant le sac branchial, qui n’est point du tout plissé. Son col est garni d’une rangée circulaire de tentacules très-longs et très-fins, qui dans l’état d'extension doivent pouvoir se montrer au dehors. La bouche est tout-à-fait dans le fond du sac, d’un côté, et le cœur est placé près d’elle, au-dessous du milieu de ce fond, en sorte que c’est lui qui occupe le fond de la tunique propre. L’estomac est membraneux, peu plissé; lintestin se replie une fois et se roule une fois en spirale avant de donner le rectum qui, vu la position de la deuxième production de la tunique propre, est plus éloigné de la bouche que dans l’espèce précédente.

Je viens à présent aux ascidies où le sac branchial, après être descendu jusqu’au fond de la tunique propre, se recourbe et remonte jusque vers le milieu du corps pour prendre plus d'extension.

Nous en avons une belle ét grande espèce de la Méditerranée que je crois proprement celle qui a servi de type au pudendurr marinum alterum de Rondelet, et qui en conséquence seroit la véritable ascidia mentula de Linnæus, mais non pas celle que Müller et Gmelin ont confondue ensuite avec elle.

L'espèce dont je parle à de 4 à 6 pouces de longueur sur 2 ou 3 de largeur; sa teinte est d’un jaunâtre clair; sa

surface est toute mammelonnée ou comme bosselée, par grosses inégalités arrondies. Sa substance est cartiiagineuse et épaisse, en quelques endroits, de plus de 6 lignes. Pour ne point donner lieu à de nouvelles confusions de synonymie, je lui assigne le nom d’ascidie bosselée, ascidia mammullata.

Le sac extérieur produit en dedans une arête saïllante qui s’insinue entre la partie droite et la partie recourbée du corps proprement dit, pour maintenir l’une et l'autre en situation, et c’est vers le bas dé cette arête qu'il reçoit les vaisseaux dont les ramifications pénètrent toute sa substance et y produisent un très-bel effet en se montrant au travers de sa demi-transparence.

La tunique propre est mince, ferme; son tissu est trèsdistinct et montre des fibres musculaires, des filets nerveux et des vaisseaux très-aisés à apercevoir. Le ganglion nerveux y est placé d’un côté et ne laisse aucun doute sur sa nature, tant à cause de sa couleur et de sa consistance que des rameaux qui en sortent. La ;

Le sac branchial peut aisément être dégagé de la tunique propre du corps, et se fait beaucoup remarquer par sa grande étendue et la régularité très-visible de son tissu vasculaire. Le cœur est plus difficile à bien voir dans cette espèce que dans les autres; je n’oserois même affirmer qu’il y existe autre chose qu'une réunion des gros vaisseaux, ce qui est d'autant plus singulier que ceux-ci sont bien apparens et très-aisés à suivre. Dans cette espèce, l'estomac a ses parois sillonnées longitudinalement par de gros plis; et l'intestin ne fait que deux replis. Le canal de la génération est gros et se termine au même point que le rectum.

L'espèce la plus voisine de celle-là, et que la plupart des auteurs ont confondue avec elle, est l’ascidia méntula de Müller ( Zool. dan. VIXE), le reclus marin del abbé Diquemare (Journ. de Phys., 1777, mai, pl. fig 152531) elle devient beaucoup moins grande, est d’une forme ovale, souvent aplatie, beaucoup moins bosselée, d'un brun foncé, quelquefois noirâtre; mais elle ressemble d'ailleurs à l’'ascidia mammillata , par Yépaisseur cartilagineuse de son sac, par son arête saillante à l’intérieur et par toute la disposition de ses viscères. Il suflit d’un coup d'œil sur la figure de Diquemare pour voir qu’elle ne peut être la même que l'ascidia rustica de Müller (Zaol. dan. XV), comme le pense Bruguières.

Je prendrai pour type des ascidies, où la cavité branchiale ne pénètre pas jusqu'au fond de la tunique propre, une espèce presque cylindrique, à orifices rapprochés vers lune des. extrémités , à sac extérieur demi-transparent, mince, mou, et presque membraneux, souvent un peu ridé transversalement, décrite par Rédi (Opusc., UE, XXE, 6) et Plancus ( Conch. min. not., V,fig. 5). C'est à ce que je crois la même que lascidia canina de Müller (Zoo. dan. XV }.et de Gmelin, et je ne pense pas qu'elle diffère du sac animal. de Diquemare (Jourr:. de Phys., 1777, février, pl. I, fig. 1-7 ), quoique Bruguières ait voulu faire de ce dernier une espèce particulière ( æsczdia trescens ), ni du thethyum de Bohaisch, X,4, ou du #hethyuni sociabile de Gunner ( Mém. de Drontheim, L, 111,3) que Gmelin réunit.sous le nom d’ascidia intestinalis. Peut-être mème l'ascidia patula Müll. LXV, et son ascidia corrugata,

LXXIX., 2,n’en sont-elles que de légères modifications. Le sac extérieur est très-mince, très- mou, très-transparent;, légèrement rugueux et à surface un peu scabre. La membrane qui le double est plus épaisse, plus consistante, souvent d’une transparence parfaite. La tunique propre est par ellemème entièrement transparente, et l’on voit les viscères au travers; mais elle est garnie de trousseaux de fibres musculaires qui descendent des deux orifices et se portent en se dilatant et s’'amincissant jusque vers son fond. Là figure de Müller ( Zool. dan., LV ) donne une idée de ces deux caractères, C’est du fond de la tunique propre que partent les vaisseaux qui unissent le corps au sac. Le ganglion nerveux est dans l’angle que font ensemble les conduits des deux orifices, assez gros, et bilobé. La cavité branchiale ne va que jusqu'au milieu du corps. Dans un angle de son fond est la bouche. Le cœur dans un large péricarde est derrière ce même fond. Il reçoit la veine branchiale, à ce qu’il m'a paru, du côté opposé à la bouche et donné de l’autre: côté l'aorte quise divise en troisbranches principales pourdistribuer le sang aux parties. L’estomac est membraneux, sans inégalités à l’intérieur. L’organe génital forme une masse bien séparée des viscères, logée dans un repli de l'intestin. Le conduit génital marche à côté du rectum et se porte plus avant que lui dans la deuxième production de la tunique propre. L’ascidia clavata de Bolteu ( Pall. Spic., fase. X, pL'T, fig. 16) (1) appartient à la mêmetribu que l’ascidia canina,

(1) Gmelin a brouillé ses caractères et ses synonyme$ avec ceux de lascidia pedunculata, }

malgré sa forme très-allongée. Sa cavité branchiale est fort pétite, son estomac peu ou point dilaté, son intestin tiré en longueur et ne faisant qu’un repli pour révénir sur lui-même, ‘et'atteindre lorifice anal. Du reste, son organisation est la même que dans la précédente (1).

Voilà ce que les ascidies, pour la plupart macérées dans l'esprit-de-vin, dont j’ai pu disposer, m’ont permis d'observer relativement à leur anatomie. Mes remarques pourront ètre complétées et rectifiées par ceux’ qui én disséqueront de fraiches. Telles qu’elles sont, elles suffisent pour marquer aux ascidies une place parmi les mollusques; et plus près des acéphales où animaux des bivalves. a d'aucune autre classe dé cet embranchement. RMS BD RER |

En effet, comme beaucoup a acéphales , elles sont dépourvues d'organes de locomotion; comme beaucoup d'autres elles sont renfermées dans'un sac à deux tuyaux; comme tous, elles ont leur bouche dans le fond du‘sac, à l'opposite du tuyau par lequel l’eau dela mer pénètre, et:de manière à ce que cette eau ne puisse y arriver qu'après avoir arrosé la surface des branchies; mais il y a cette différence essentielle que dans les acéphales ordinaires, les branchies représentent par leurs replis quatre lames ou feuilles parallèles, comme les feuillets d’un livre, tandis que dans les ascidies elles forment un sac ouvert seulement à l’orifice extérieur et à la bouche.

Les caractères pris du sac, de la position de la bouche, et

res

(1) C’est dans cette mème subdivision, et spécialement dans le voisinage de Vascidia clavata, que viennent ces ascidies aggrégées ensemble; 'sur lesquelles M.Savigny vient de communiquer à l’Institut des observations si curieuses,

de la disposition des viscères, sont lesmêmes dans les sa/pa ; mais les se/pa ne.sont point fixées; elles nagent librement au moyen des contractions et des dilatations de leur sac; elles ont bien deux ouvertures, mais autrement faites et autrement situées : l’une, en forme de gueulé et munie d’une valvule pour laisser entrer l’eau, est à l’opposite de la bouche; l’autre, en forme de tube pour faire sortir l’eau et les exérémens, est placée derrière.la bouche; enfin les branchies, au lieu de former. un sac que l’eau rempliroit, représentent un ruban placé en écharpe dans la a cavité du corps et que l’eau frappe, en passant.

Je dois dire à cette occasion a ‘il est mainténant constaté que les dagysa de Banks et de Gmelin ne sont autre chose que des salpa, comme :on pouvoit déjà le:soupçonner par le peu qui en.est dit dans le premier voyage de Cook. M. Æverard Home;:vient-de publier, dans ses Lecons d’ Anatomie comparée, LXXX, LXXITI ; deux figures de ces dagysa, faites pendant ce: voyage; et.qui ne laissent, aücun doute. La

seconde: estmême extrêmement voisine de mon salpa tilesi,

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