‹ Mémoires pour servir à lhistoire du JacobinismeChapitre 25 sur 37 · Conspiration des Sophistes · texte numérisé non relu

Conspiration des Sophistes

même que les armées révolutionnaires devoieï pousser jusqu'à Lorette.

Tour- Frédéric prenant le ton des Rois , parut un mo'uvéer i^^stant révolté de ces spoliations; il sembla ourcjttc'es *blier qu'il avoit été le premier à les solliciter; il Frédéric, répondit : « Lorette seroit à côté de ma vigne , je » n'y toucherois pas. Ces trésors pourroient sé- » duire des Mandrin, des Conflans , des Turpin , » des Rich... et leurs pareils. Ce n'est pas que je » respecte les dons que l'abrutissement a cony> sacrés ; mais il faut épargner ce que le public » vénère , il ne faut point donner de scandale ; » et supposé qu'on se croie plus sage que les » autres, il faut par compassion, par commisé- » ration pour leurs foiblesses, ne point choquer » leurs préjugés. Il seroit à souhaiter que les pré- » tendus philosophes de nos jours pensassent de » même. î> ( Lett, du 7 juillet 1770. ) Mais bientôt le sophiste dominant les idées du monarque, Frédéric ne vit plus que les Mandrin dussent être les seuls à dépouiller l'Eglise. Dès l'année suivante , plus conformément aux vœux de Voltaire , il lui écrivit : « Si le nouveau Ministre fran- » çais est homme d'esprit , il n'aura ni la foiblesse » ni l'imbécilité de rendre Avignon au Pape. » ( Lett, du 2^ juin 1 7 7 1 . ) Il revint sur les moyens de miner sourdement l'édifice , de dépouiller d'abord les Religieux , en attendant qu'on pût dépouiller les Evêques. ( J^oy, Lett, du 1 3 août 1 7 7 5. ) Conseils Avant que d'en venir à ces spoliations , d'Alera- ,, /|*; bert eût voulu que l'on commençât par ôter au Lert. Clergé la considération dont il jouissoit dans l'Etat. Envoyant à Voltaire son thème à peu près fait , pour lui faire dire ce qu'il n'osoit pas trop dire lui-même ; « il ne faudroit pas oublier , lui yi écrivoit-il , si cela pouvoit se faire déiicate- » ment , de joindre à la première partie un petit

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» appendice ou postscript intéressant sur le dan- » ger qu'il y a pour les Etats et les Rois j de souf- » frir que les prêtres fassent dans la Nation un » corps distingué , et qui ait le privilège de s'as- » sembler régulièrement. » ( 96 Lett, an i 772. )

Ni les Rois ni l'Etal ne s'étoient encore apperçus de ce prétendu danger, qu'il y avoit à laisser le Clergé faire dans la nation un corps distingue comme les deux autres ordres de la noblesse et du tiers ; mais c'est ainsi que les chefs préludoient dans leurs conseils aux vœux et aux décrets spoliateurs des adeptes Jacobins qui les ont suivis.

Quant aux décrets d'exil , de violence , de sang ^^^^ et de mort, on ne voit pas non plus qu'ils fussent Voiiair» absolument étrangers aux vœux et aux conseils P**"^ '*''* des premiers chets. Quelque souvent qu on trouve viokus. chez Voltaire ces mots de tolérance, humanité, raison, on seroit dans une grande erreur si on croyoit que son vœu d'écraser la Religion chrétienne ne s'étendoit pas à celui d'employer d'autres armes pour y réussir. Quand il écrivoit au comte d'Argental : t< Si J'avois cent mille hommes, je jf) sais bien ce que je ferois. » ( i6y^V. 1761.) On le voit bien mieux encore quand il écrivoit à Frédéric : « Hercule alloit combattre les brigands , » et Bellérophon \e% chimères, je ne serois pas » fâché de voir des Hercules et des Bellérophons >î délivrer la terre des chimères catholiques. » ( 3 mars i 764^ ) Ce n'étoit pas sans doute la tolérance qui lui dictoit ces vœux, et l'on se sent porté à conclure qu'il ne lui manqua que l'occasion pour applaudir au massacre des prêtres par les Hercules et les Bellérophons septembriseurs. Lorsqu'il souhaite encore de voir précipiter tous les Jésuites au fond des mers avec un Janséniste au cou ; lorsque pour venger Ilelvélius et le pliilosophisme , il ne rougit pus de demander : Est-ce

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que la proposition honnête et modeste d'étrnngU le dernier des Jésuites auec les boyaux du dernier des Jansénistes , ne pourroit pas amener les choses à quelque conciliation ? Lors , dis-Je, qu'on entend Voltaire exprimer des vœux de cette espèce, on seroit au moins tenté de soupçonner que sa tolérance et son humanité n'auroient pas été bien révoltées de voiries prêtres catholiques amoncelés dans ces vaisseaux que Carrier faisoit percer pour les engloutir tous à la fois dans l'Océan. Voenx Frédéric sembloit plus approcher de la simple rrcdèiic tolérance, quand il répondit à Voltaire: « Il n'est pour » point réservé aux armes Ae détruire l'infâme forcée ^^ ( ^u la Rcligiou chrétienne ) , elle périra par niujeure. „ les bras de la vérité. » ( ^5 mars i 767. ) Frédéric cependant crut prévoir que le dernier coup ne seroit porté à la Religion que par une force majeure , et il ne paroît plus ennemi de cette force ; on voit même que si l'occasion eût été favorable 5 il auroit bien su la mettre en usage , lorsqu'il écrit encore à Voltaire : ^t C'est à Bayle » votre précurseur et à vous sans doute , que la 5) gloire est due de cette révolution qui se fait » dans les esprits. Mais disons la vérité, elle n'est y> pas complète ; les dévots ont leur parti , et ja- » mais on ne V achèvera que par une force ma^ « jeure : c'est du Gouvernement que doit partir y^ la sentence qui écrasera Vinfâme. Des Minis- » très éclairés pourront y contribuer beaucoup, » mais il faut que la volonté du souverain s'y » joigne. Sans doute cela se fera avec le temps , » mais ni vous ni moi ne serons spectateurs de ce » moment si désiré. « ( 97 iMt» an 1775.)

On ne peut s'y méprendre , ce moment si désiré pour le roi sophiste étoit celui où l'impiété , assise sur le trône , leveroit enfin ce masque de tolérance dont il est encore forcé de se couvrir

lui-même.

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înl-mcnie. Si ce moment tant désiré fut arrivé , Frédéric , tout comme Julien , auroit eu recours à la force majeure', il eiU porté cette sentence qui devoit écraser la religion de J. C. ; aux sopliismes des adeptes , il eût joint la volonté du Souverain, il eût parlé en maître, et alors peutêtre 5 sous peine d'être traité comme rebelle aux lois du Souverain , sous Frédéric tout comme sous Julien ou sous Domitien , il eût fallu choisir entre l'apostasie et la mort ou l'exil. Au moins est-il bien difficile d'accorder avec cette force majeure , avec cette sentence du Gouvernement qui écrase, le jugement que d'Alembert portoit du roi sophiste , quand il écrivoit à Voltaire : « Je le crois » aux abois , et c'est grand dommage. La philo- >i Sophie ne trouvera pas aisément un Prince tolé- 5> rant comme lui par indifï'érence , ce qui est la » bonne manière de l'être', et l'ennemi de la supers- » tition et du fanatisme. » (195 Lett, an i 762. )

Mais pour d'Alembert même cette manière ,, . , G être tolérant par maiiierence nexcluoit pas les netiqu» persécutions sourdes. Elle n'étoit pas même in- j,/!^ compatible avec le vœu de la r«îge même et de la beru frénésie, avec ce vœu qu'il exprune franchement dans ses lettres à Voltaire, de voir périr une Nation entière , précisément parce qu^elle a fait preuve de son attachement au cliristianisme. L'homme tolérant par indilférence n'auroit pas écrit ces paroles : << A propos de ce roi de Prusse , » le voilà pourtant qui surnage , et je pense bien » comme vous , en qualité de français et d'être » pensant, que c'est un grand bonheur pour la y> France et pour la philosophie. Ces Autrichiens » sont des Capucins insolens qui nous haïssent et î> nous méprisent , et que je i^udrois çoir anéaji^ » tir avec la superstition qu* ils protègent, »(i2 janv. 1763. )

ToMii L I

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Il n*estpas inutile d'observer ici que ces Autrichiens que d'Alembert voudroit voir anéantir , éloient précisément les alliés de la France, alors en guerre avec le roi de Prusse, aux victoires duquel il applaudit. Cette doid>le circonstance sembleroit annoncer combien la philosophie l'emporloit dans le cœur des conjurés sur Tamour de la patrie. Elle sembleroit dire que la tolérance les eût peu empêchés de trahir et leur Roi et l'Etat , si cette trahison leur eût fourni un nouveau moyen d'écraser l'infâme.

Cependant tous ces vœux inhumains échappoient aux conjurés, plutôt qu'ils n'étoient le véritable objet de leur correspondance et de leurs délibérations. Ils préparoient les voies aux séditieux et aux âmes féroces , qui dévoient exécuter ce que les sophistes ne pouvoient encore que mé-diter et projetter. Le temps des séditions et de l'atrocité n'étoit pas encore arrivé. Avec les mêmes vœux, les circonstances n'olîroient pas encore les mêmes rôles à jouer. Il me reste à exposer celui des premiers chefs, et par quels services chacun d'eux signalant son zèle pour la révolution antichrétienne , prépara le règne des nouveaux adeptes.

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