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NOTICE

Claire-Josèphe-Hippolyte Leris clairon

DE LA TUDE, NÉE A SaINT-WanON DE CoNDÉ ETV 1723, MORTE A PaRIS EN 1 8o3.

Entue les arts que l'homme a créés et qu'il cultive pour ses besoins et pour ses plaisirs, il en est qui ont pour but de produire des ouvrages destinés à subsister long-temps : ainsi l'architecture élève ses magnifiques monumens; la sculpture fait respirer et ;^ivre le marbre et l'airain ; la poésie surtout consacre à l'immortalité ses chefs-d'œuvre plus solides que la pierre et le bronze, plus durables et plus hauts que les pyramides, comme dit Horace.

D'autres arts fournissent des protluits faits pour être consommés, et qui nous sont utiles par leur consommation mêmej tels sont les arts chimiques, et tous ceux par lesquels sont diiigés les différens genres d'industrie qui satisfont à la multitude variée de nos besoins.

Enfin, il est des arts qui ne produisent rien de durable, rien qui ait une existence réelle, si l'on

ij ÏSOTICE

peut ainsi s'exprimer; ce sont les arts unirpiement d'action, qui produisent des ejjcts , et non pas îles ouvrages ; en sorte que l'action de l'artiste finie, il n'en reste que le souvenir. Tels sont, par exemple, tous les arts relatifs aux exercices du corps, comme l'équitation, l'esciime, la danse, etc. On y peut joindre l'art de lire, et celui de réciter en public, soit des vers, soit de la prose.

La première et même la seconde de ces trois classes laissent dans leurs ouvrages qui subsistent plus ou moins long-temps , des exemples qu'on peut étudier avec fruit; cette étude fait naître des observations qui se généralisent et deviennent des règles de l'art.

Mais dans la troisième classe, celle des arts qu'on peut appeler de simple action , il est évident que les élèves et les amateurs sont privés du plus polissant moyen d'études et d'observations instructives; car il leur manque des ouvrages de l'art qu'ils puissent examiner, et dans lesquels ils puissent surprendre les seciets du génie qui a présidé à leur composition , découvrir les causes des beautés et des défauts qui s'y trouvent. On ne peut apprendie ces arts d'action que par les exemples des maîtres ou par leurs leçons.

L'art du comédien doit s'étudier au théâtre; il faut voir les grands acteurs jouer, agir. La toile une fois baissée, la leçon de l'exemple, la meilleure

SUR MADEMOISELLE CLMUON. iij

(le toutes, est finie. Elle ne peut plus être utile que par le souvenir et par les réflexions qu'elle tait naître. Les maîtres <le l'art peuvent y ajouter une autre source d'instruction, en faisant connaître les procédés qu'ils ont employés, en montrant la route qu'eux-mêmes ont jugée la meilleure à suivre.

Et si quelqu'un d'entre eux a pris la peii-.e de mettre en ordre, d'écrire ses observations sur l'art qu'il a cultivé avec succès; s'il a voulu révéler aux autres les secrets qu'il a pénétrés, et se survivre, enfin, dans la seule partie de lui-même qu'il puisse léguer à ses successeurs, qui peut douter que de pareils écrits ne soient très-bons à étudier et ne contiennent des préceptes précieux à recueillir.''

Au nombre et dans les premiers rangs de ces maîtres, a été mademoiselle Clairon, l'une des plus grandes tragédiennes qui aient paru sur notre scène française. Un instinct irrésistible semblait l'avoir destinée au théâtre; elle était, pour ainsi dire, lîée actrice tragique; une intelligence vive et protonde, un caractère élevé, énergique, une sensibilité prompte et délicate, étaient les dons quelle tenait de la nature; l'émulation, l'amour des applaudissemens publics s'y joignit; elle comprit toute l'étendue des travaux qu'elle avait à faire, elle s'y livra; l'étude, les réflexions et l'exercice de 1 art achevèrent ce que la natuie avait heureusement conunencé.

Elle a déposé , dans les Mémoires que nous

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