‹ Mémoires. Publié avec préf., notes et tablesChapitre 128 sur 182 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

joie insensée quand il fut décidé que la Bastille seroit détruite. On n'eût pas vu avec plus d'allégresse, sous le règne de Louis XI, les cages de fer se briser. L'histoire rendra cependant ce témoignage à la mémoire de Louis XVI que, de sept prisonniers qui se trouvèrent à la Bastille, aucun n'y avoit été enfermé sous son règne.

Tandis que la ville de Paris se déclaroit hautement soulevée contre l'autorité royale, les moteurs de la rébellion triomphoient à Versailles, en paroissant gémir des malheurs et des crimes qu'ils avoient commandés ; et, pour en effrayer le roi, ils l'en affligeoient tous les jours. « Vous déchirez de plus en plus mon cœur, leur dit-il enfin, par le récit que vous me faites des malheurs de Paris. Il n'est pas possible de croire que les ordres que j'ai donnés aux troupes en soient la cause. » Non, ils ne l'étoient pas, car ils se réduisoient à maintenir la police et la paix.

Cependant l'Assemblée demandoit au roi, avec les plus vives instances, l'éloignement des troupes, le renvoi des nouveaux ministres et le rappel des précédens. Il commença par ordonner le renvoi des troupes qui étoient au Champ-de-Mars; mais le départ des autres camps n'étoit pas ordonné, et dans Paris, qui se croyoit toujours menacé d'un assaut, cette nuit du 14 au i5 juillet fut terrible encore. Le peuple, toujours plus farouche, frémis-

soit de peur et de rage; les motions du Palais- Royal étoicnt des listes de proscription. Le lendemain, à travers une foule d'opinions diverses qui agitoient l'Assemblée nationale, la voix du baron de Marguerittes ' se fit entendre. « Ce n'est pas, dit-il, dans une circonstance aussi affligeante qu'il faut discourir : toute parole superflue est un crime de lèse-humanité. Je persiste dans l'avis que je proposai hier d'envoyer au roi sur-le-champ de nouveaux députés, lesquels lui diront : « Sire, le sang « coule, et c'est celui de vos sujets. Chaque jour, « chaque instant, ajoute aux désordres atheux qui « régnent dans la capitale et dans tout le royaume. « Sire, le mal est à son comble; c'est en éloignant « les troupes de Paris et de Versailles, c'est en a chargeant les députés de la nation de porter en « votre nom des paroles de paix, que le calme peut « se rétablir. Oui, Sire, il est un moyen digne de « vous, et surtout de vos vertus personnelles : ce « moyen, fondé sur l'amour inaltérable des François « pour leur roi, est de mettre en ce jour toute « votre confiance dans les représentans de votre « fidèle nation. Nous vous conjurons, Sire, de « vous réunir sans délai à l'Assemblée nationale

I. J.-A. Teissier, baron de Marguerittes (1745-1794), député de la noblesse de la sénéchaussée de Nîmes et de Beaucaire.

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