‹ Mémoires. Publié avec préf., notes et tablesChapitre 153 sur 182 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

^M-M|es événemens dont je viens de rap- ^^S^ peler le souvenir ont tellement oc- \^=?j^^ cupé ma pensée qu'à travers tant de r^~àl calamités publiques je me suis presque oublié moi-même. L'impression que faisoit sur moi cette foule de malheureux étoit si vive et si profonde qu'il est bien naturel que ce qui ne touchoit que moi me soit très souvent échappé. Ce n'est pas cependant que, par des diversions de travail et d'études, je n'eusse tâché de me défendre de ces réflexions fatigantes dont la continuité pouvoit se terminer par une noire mélancolie ou par une fixité d'idées, plus dangereuse encore pour le foible et fragile organe du bon sens.

Tant que mon imagination put me distraire par d'amusantes rêveries, je fis de nouveaux Contes, moins enjoués que ceux que j'avois faits dans les

plus beaux jours de ma vie et les lians loisirs de la prospérité, mais un peu plus philosophiques et d'un ton qui convenoit mieux aux bienséances de mon âge et aux circonstances du temps '.

Lorsque ces songes me manquèrent, je fis usage de ma raison, et j'essayois de mieux employer le temps de ma retraite et de ma solitude en composant, pour l'instruction de mes enfans, un Cours élémentaire en petits traités de gramniaire, de logique, de mclaphysique et de morale, où je recueillis avec soin ce que j'avois appris dans mes lectures en divers genres, pour leur en transmettre les fruits.

Quelquefois, pour les égayer ou pour les instruire d'exemples, j'employois nos soirées d'hiver à leur raconter, au coin du feu, de petites aventures de ma jeunesse, et ma femme, s'apercevant que ces récits les intéressoient, me pressa d'écrire pour eux les événemens de ma vie.

Ce fut ainsi que je fus engagé à écrire ces volumes de mes Mémoires. J'avouerai bien, comme

1 . Publiés après la mort de l'auteur sous le litre de Nouveaux Contes moraux : Paris, J.-B. Garnery et Maradan ; Strasbourg, les frères Levrault, an IX ( 1801 ), 4 vol. in-8 et in-i 2 ; portrait gravé par Tassaert, d'après Boilly, et quatre figures de Monnet, gravées par L'Épine. Une partie de ces contes avait paru dans le Mercure, de 1789 à 1792. Le premier est intitulé la Veillée; c'est celui auquel l'auteur a fait deux fois allusion (voyez tome II, p. 160 et 206).

Page 1