‹ Mémoires. Publié avec préf., notes et tablesChapitre 34 sur 182 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

cédoit son logement. Ainsi tout se passa de la meilleure intelligence.

Ce qui lendoit notre nouvelle situation encore plus agréable, c'étoit Taisance où nous avoit mis un accroissement de fortune. Sans parler du casuel assez considérable que me procuroient mes ouvrages, la place de secrétaire de l'Académie Françoise, jointe à celle d'historiographe des bàtimens, que mon ami M. d'Angiviller m'avoit fait accorder à la mort de Thomas, me valoient un millier d'écus. Mon assiduité à l'Académie y doubloit mon droit de présence. J'avois hérité, à la mort de Thomas, de la moitié de la pension de deux mille livres qu'il avoit eue, et qui fut partagée entre Gaillard et moi, comme l'avoit été celle de l'abbé Batteux. Mes logemens de secrétaire au Louvre et d'historiographe de France à Versailles, que j'avois cédés volontairement, me valoient ensemble dix-huit cents livres. Je jouissois de mille écus sur le Mercure. Mes fonds dans l'entreprise de l'ile des Cygnes ' étoient avantageusement placés; ceux que j'avois mis dans les octrois de la ville de Lyon me rendoient l'intérêt

I. Cette entreprise était une boyauderie, autorisée par lettres patentes du 29 janvier 1766, et sur laquelle on trouvera des renseignements curieux dans le Guide des étrangers deThiéry (II, 620).

tuel que nous avions de nous connoîtie. Dès nos premières entrevues, nous voir, nous goûter, nous chérir, désirer de nous voir encore, en fut l'etîet simultané; et, tout éloignés que nous sommes, cet attachement est le même. Au moins, de mon côté, rien, dans ma solitude, ne m'a plus occupé ni plus intéressé que lui. Desèze est l'un des hommes rares dont on peut dire : Il faut l'aimer, si on ne l'a point aimé encore; il faut l'aimer toujours dès qu'on l'aime une fois. Cras amet qui nunquam amavit, qui jam amavit cras amet. (Catul.)

Le jeune homme qui avoit pris soin de nous lier ensemble étoit ce Laborie', connu dès l'âge de dix-neuf ans par des écrits qu'on eût attribués sans peine à la maturité de l'esprit et du goût; nouvel ami, qui, de son plein gré, et par le mouvement d'une àme ingénue et sensible, étoit venu s'offrir à moi , et que j'avois bientôt appris à estimer et à chérir moi-même.

Dans cet aimable et heureux caractère, le besoin de se rendre utile est une passion habituelle et dominante. Plein de volonté pour tout ce qui

I. Antoine-Aihanase Roux do Laborie (1769-1840) s'était vu couronner dès 1788, par l'Académie de Rouen, pour un Eloge du cardinal d'Estouteville, imprimé la même année. Il a joué depuis, sous le premier Empire et la Restauration, un rôle diplomatique assez équivoque, au sujet duquel on peut consulter la Biographie Rabbe.

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