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Peccais, non loin d'Aigues-Mortes

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gentil esprit de la Rochelle avoit proposé que ce grand affaire seroit mieux entre les mains de monsieur le duc de Bouillon : ce qui fut suivi gaillardement. Le conte tourna donc vers Sedan, et en arriva ce que vous apprendrés en l'histoire : le premier marchand demourant en croupe avec cinq cens pistoles de despence. Ses enfans seront songneux de garder les pièces justificatives de tout ce que dessus.

[1621] Les Bernois avoyent, durant cette négociation, envoyé à Genève le fils du premier avoyer requérir Aubigné de les visiter, sur le poinct que Frankendal estoit assiégé, ce qu'il accorda, et fut resu avec festins partout, canonnades et autres honneurs, desquels il blasme l'insolence; et ce premier voyage Tobligea à un segond, qui fut de trois à quatre mois.

En jettant l'œuil sur Berne, il entreprit (contre l'advis de tous les grands capitaines qui l'avoyent veuë) de la fortifier : c'estoit encore contre le vouloir des principaux du conseil du peuple, contre leurs loyx et serment, mais selon le besoin. Le duc de Bouillon luy en escrit, et à quelques uns des principaux conseilers, alléguant la desfaveur de la situation, et que elle estoit au cœur du pais : il eut pour responce que le sit se trouveroit tresavaniageux, et que ce cœur n'estoit qu'à un doigt des costés.

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Le peuple de la ville estoit tellement ennemy du mot de fortifications et imbu de celuy de bataille que, aux premières promenades qu'ils virent faire, quelques ivrongnes portèrent leurs halebardes, criant qu'il falloit jetter dans l'Ar les François qui estoyent venus pour violler leurs coutumes. A tous ces empeschemens l'entrepreneur, porté par Grafenried, d'Erlac et quelque peu d'autres, praticqua les ministres; desquels le principal ayant accompagné la seigneurie pour aller visiter le dessein, sur quelque esmossion de vollontez, demanda de rendre grâces à Dieu sur le champ de la bonne et salutaire délibération, et en ce disant et mettant le genouil atterre, la signeurie et la grande foulle qui les avoit suivis de mesme, et par là engagés. Presque toute la ville se trouva le lendemain au mesme lieu , où le ministre ayant faict une exhortation, après un chant de pseaume et un grande prière, Aubigné fit avancer ses picquets; avec une profonde révérence, en présente un à monsieur Manuel, premier advoyer, qui, voulant céder ce premier ouvrage à l'inventeur, qui le refusa, il fallut tenir conseil sur ces courtoisies; et lors contraint à le poser, à accepter cet honneur, il jetta son chapeau à terre, y mit un genou, et dit tout haut en donnant le premier coup de maillet : « Soit à la gloire de Dieu, à la conservation de son Esglise , et pour arrester les ennemis des Souisses Mémoires d' Aubigné. 19

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confédérés. » Ainsi le premier avoyer et tous les seigneurs de suite plantèrent les picquets de la fortification, que aucune de l'Europe ne surpasse en avantage naturel. Sous couleur de venir à ce travail, les Bernois firent voir les forces de tous leurs bailliages, estimés jusques à quarante huit mille hommes.

En après, se fit la Visitation de toutes les villes du canton, la recognoissance des campemens déclarés jusques à sept, et un réservé. Pour relever une consternation, monsieur de Graffenried , dans le conseil, mit la plume entre les mains de Aubigné pour signer le serment de capitaine gênerai : ce qu'il refusa, s'excusant sur l'ignorance de la langue; et lors, estant pressé d'en nommer un aux Bernois, il leur bailla le chois de trois, assavoir du vidame de Chartres, du sieur de Monbrun et du compte de la Suse '. Le dernier fut choisi. La seigneurie de Basle voulut estre conseillée de mesme main, le sieur de Lutzelman envoyé pour la conduitte; mais, de vint-deux bastions qui leur furent trassez par le sieur de La Fosse, ils se contentèrent d'en faire quatre, lessant leur ville en l'imperfection où elle est.

Durant ces voyages, l'ambassadeur Squaramel entra en traité de la part de la serenissime sei-

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