‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 14 sur 155 · Establer, mettre à l'écurie · texte numérisé non relu

Establer, mettre à l'écurie

MÉMOIRES d'aUBIGNÉ i3

l'autre sans lire celle qu'il expliquoit. Il avoit faict son cours de philosoph ye, et des mathematicques ; et nonobstant, sur l'ignorance de quelques dialectes de Pindare, on le remit au collège, ayant esté deux ans des publicques ' à Orléans : cela luy fit haïr les lettres, prendre les estudes à charge et les chastiments à despit ; il s'adonna à des postiqueries^ qui mesmes le faisoyent admirer. Monsieur de Beze les vouloit pardonner, comme tout estant de levron3 et rien du renard, mais les précepteurs estoyent des Orbilies4. Dont advint que, ayant esté deux ans à Genève, il s'en veint à Lion sans le sceu de ses parans, et se remit aux mathematicques, et s'amusa aux theoricques de la magie, protestant pourtant de n'essayer aucun experiment. L'argent luy ayant manqué à Lion, et son hôtesse luy en ayant demandé, il prit à tel contre cœur son manque que, n'osant retourner au logis, il fut un jour sans manger, et ceste mélancolie fut extrême. Estant en peine où il passeroit la nuit, il s'arresta sur le pont de la Saône; passant la teste

1 . C'est-à-dire probablement : ayant suivi déjà des leçons publiques.

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