Le 24 août
24 MÉMOIRES d'aUBIGNÉ
des siens, entre lesquels on pouvoit trier une douzaine des plus hazardeux soldats de la France, ceste troupe se pourmenant sans dessaing, à une voix qui cria sans raison et sans advis : « Les voicy ! » tous fuirént-comme une troupe de moutons, si bien que l'haleine leur faillist plustost que la peur; puis, s'estants pris par la main trois ou quattre, chacun tesmoing du courage de son compagnon, se regardèrent, couverts de honte, et advoûerent que Dieu ne donnoit pas le courage et l'entendement, mais les prestoit. Le lendemain, la moitié de ceux là allèrent au devant de six cents massacreurs qui descendoyent par eau d'Orléans et de Boijansi '; ils attendirent derrière la levée qu'une bonne troupe eust mis pied à terre, et, se voyans descouverts, les menèrent tuants jusques dessous les batteaux, et sauvèrent le pillage de Mer^.
Aubigné, se retirant à Talcy, envoya quarante de sa compagnie dans Sanserre, et luy, se reservant pour la Rochelle avec ceux qui aimoyent mieux prendre ce costé, se cacha à Talcy quelques mois. Un jour il contoit au père de sa maistresse ses misères, et comment faute de moyens l'empeschoit d'estre dans la Rochelle. Le vieillard répliqua : a Vous m'avez dit autres fois que les ori-