‹ Mémoires. Publiés avec préf., notes et tablesChapitre 55 sur 155 · Morgueur, moqueur, dédaigneux · texte numérisé non relu

Morgueur, moqueur, dédaigneux

3. Claude-Antoine de Vienne, seigneur de Ciairvaux, tué au siège de Paris en 1^90. — Duplessis-Mornay.

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ce qu'il falloit, Aubigné en prit un, et, ojant qu'ils disputoyent des fardeaux, escrivit :

Non isthsec, Princeps, regein tractare doceto : Sed docta regiii pondéra ferre manu.

Cela fait, il tira le rideau, et puis se mesla dans la troupe, qui estant arrivée à la table de marbre, M. de Candalle dit au roy : « Voici mes tablettes » ; mais, les ayant descouveries et leu le distique, il s'escria par deux fois : « O ! il y a ici un homme ! » Le roy ayant replicqué : « Tenez-vous le reste pour des bestes? » pria son oncle de choisir à la mine celui qui auroit faict le coup; sur quoy il y eut d'assez plaisants propos, auxquels je m'amuserois trop.

La cour vint conduire la royne de Navarre jusques à Sainct-Maixens pour aller en cour; elle, qui depuis Libourne faisoit tousjours de mauvais traicts à Aubigné, l'ayant soupçonné d'une sfrisata^ faicte à madame de Duras 2, ou au moins de l'avoir conseillée à Clermont-d'Amboise, fit joindre la royne mère à sa demande, se jetta à genoux devant le roy, son mari, pour le prier que, pour l'amour d'elle, il ne vist jamais Aubigné; ce qu'il

1 . Sfrisata, littéralement balafre, mais ici avec le sens d'affront. Voy. L'Estoile à la date du 8 août 1582.

2. Barbe Cauchon de Maupas, femme de Symphorien de Durfort, seigneur de Duras.

lu y promit. Elle avoit sur le cœur quelques bons mots, entre autres cestuici : la mareschalle de Retz avoit donné à Entragues' un cœur de diamant; la royne, en ostant Entragues à la mareschalle, avoit eu aussi le cœur de diamant pour en triompher, et, comme Aubigné maintenoit la mareschalle contre la royne , elle replicqua trop souvant : a Mais j'ai le cœur de diamant. — Oui, dit le bon compagnon, il n'y a que le sang des boucs qui y puisse graver. »

Luy donc, feignant d'avoir quitté la cour, passoit les nuicts en la chambre de son maistre, et, par cette fausse alarme, fit preuve de ses faux amis. Il prit ce temps pour aller faire l'amour, durant lequel le roy escrivoit des lettres à sa maîtresse 2; lesquelles estants tenues pour contrefaites par les rivaux et par quelques parents, le roy vint luymesme, et, avec mascarades et course de bague, honora la recherche de son domestique. Cest amour mit en liesse tout le Poictou pour les balets, combats à la barrière, carrouzels et tournois, qu'entreprit l'amoureux, et à quelques-uns se trouvoyent le prince de Condé, le comte de la Rochefocaud

1. Claude-Catherine de Clermont, dame de Dampierre, femme de Jean d'Annebaut, baron de Relz, puis d'Albert de Gondi, créé duc de Retz en i58i. — Charles de Balzac, sieur d'Entragues.

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