XVIII PREFACE
trop de gré. C'est ce texte, offrant toutes les garanties possibles d'authenticité que je reproduis aujourd'hui en l'accompagnant des notes qui m'ont paru indispensables, et que j'emprunte, en les corrigeant, à ma première édition.
A ce résumé si incomplet de son existence aventureuse qu'il a écrit pour ses enfants, Aubigné a donné le titre de Journal de ma vie, titre fort trompeur, car rien ne ressemble moins à un Journal qu'un récit rempli de lacunes, et où l'on trouve à peine parci par-là quelques dates d'année et deux ou trois dates de jour. Nous avons donc cru, puisqu'il figurait dans une collection de Mémoires, pouvoir lui conserver le titre sous lequel il a toujours été connu.
Je ne veux pas finir sans adresser mes remerciements à M. Charpentier, qui, propriétaire de mon édition de 1854, a bien voulu m'autoriser à y reprendre mes notes et les pièces que j'avais ajoutées, et à mettre mon nom sur cette nouvelle édition.
LuD. L.
PREFACE
A Constans, Marie et Louise d'Aubigné.
>ES enfans, vous avez de l'antiquité de quoy puiser, dans les vies des empereurs et des grands, exemples et enseignements comment il se faut desmesler des attaques des ennemis et des subjets desobeissans : vous voyés comment ils ont remédié aux presses du costé €t aus sousievements du dessous ; mais vous n'y apprenets point à porter les fardeaux du dessus : et, ceste troisième sorte d'affaires requérant plus de dextérité que les autres deux, vous avez plus de besoing d'imiter les médiocres que les grands, pource qu'en la luitte que vous avés avec vos pareils, vous n'avés à vous garder que de l'adresse, laquelle manquant aux princes, ils se laissent cheoir de leur pesanteur.
Henri le Grand n'aimoit pas que les siens s'amusassent trop aux vies des empereurs; et ayant trouvé Neuvy ' trop attaché à son Tacite, et craignant que ce courage eslevé prinst l'essort, il l'admonnestoit qu'il cerchast quelque vie d'un sien compagnon.
C'est ce que je fays en ottroyant vostre requeste raison-
I . Bertrand de Neufvy, mestre de camp huguenot, tué en 1589 au siège de Villebois.
Mémoires d'Aubigné.
2 PREFACE
nable; et voicy le discours de ma vie, en la privauté paternelle, qui ne m'a point contrainct de cacher ce qui en l'Histoire universelle eust esté de mauvais goust : donc, ne pouvant rougir envers vous ny de ma gloire, ni de mes fautes, je vous conte l'un et l'autre comme si je vous entretenois encores sur mes genoux. Je désire que mes heureuses ou honorables actions vous donnent sans envie l'émulation, pourveu que vous vous altachiés plus exprés à mes fautes, que je vous descouvre toutes nues, comme le point qui vous porte le plus de butin. Espuis espeluchez les comme miennes ; mais les heurs ne sont pas de nous, mais de plus haut. J'ay encores à vous ordonner qu'il n'y ait que deux copies de ce livre; vous accordants d'estre de leurs gardiens et que vous n'en laissiés aller aucune hors de la maison. Si vous y faillez, vosire désobéissance sera châtiée par vos envieux, qui esleveront en risée les merveilles de Dieu en mes délivrances et vous feront cuire vostre curieuse vanité.