Ch. du Piessis-Liancourt, premier écuyer, mort en
2, Aubigné.
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Après plusieurs tels propos, Aubigné respondit ainsi : « Sire, je suis tombé en élection, que j'ay fuyie quand les autres la practiquoyent. On a tiré le serment de moy qui eschet en tel cas; je ne sçay que c'est de l'oublier, ni de l'explicquer; seulement je sçay que tous nos plus apparents, hormis monsieur de la Trimouille, vendoyent leur peine à vostre Majesté, comme estant là pour ses affaires: je mentirois si je vous en disois autant; j'y estois pour les esglises de Dieu, avec autant plus de juste passion qu'elles estoient plus abaissées et plus affoiblies, vous ayant perdu pour protecteur. Dieu miséricordieux ne veille pas laisser d'estre le vostre! Sire, j'ayme mieux quitter vostre royaume et la vie que de gagner vos bonnes grâces en trahissant mes frères et compagnons, » La replicque du roy fut estrange : « Cognoissez-vous, dit-il, le président Janin'? » Sur la négative il poursuivit : « C'est celuy sur la cervelle duquel toutes les affaires de la Ligue se reposoyent ; voila les raesmes raisons desquelles il me paya; je veux que vous le cognoissiez, je me fieray mieux en vous et en luy qu'en ceux qui ont esté doubles. »
A ce discours j'en veux joindre un autre qui se fit au despart; après une grande ambrassade, Au-
I. Pierre Jeannin, célèbre homme d'État et diplomate, né à Autun en 1540, mort en 1622.
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bigné congédié retourna auroy, et luydit: «Sire, en regardant vostre visage, il me donne les anciennes hardiesses suivant lesquelles j'ose demander à mon maistre ce que l'ami demende à l'ami; defaites trois boutons de votre estomac, et me dites pourquoy vous m'avez peu hayr. » Le roy, ayant pasli, comme il faisoit à tout ce qu'il prononçoit d'affection, dit : « Vous avez trop aimé la Trimouille. » Responce : «Sire, ceste amitié s'est faicte à vostre service. « Demande : « Ouy, mais quand je l'ay hay vous n'avez pas laissé de l'aimer. » Responce : « Sire, j'ay esté nourri aux pieds de vostre Majesté attacquée de tant d'ennemis et d'accidents qu'elle a eu besoing de serviteurs amateurs des affligez, et qui n'abandonnassent pas vostre service, mais redoublassent leur affection au prix que vous estiez accablé par une puissance supérieure; supportez de nous cest apprentissage de vertu. » Il n'y eut autre responce que l'ambrassade d'à Dieu.
Il est bon, puisque nous avons parlé de monsieur de la Trimouille, duquel vous verrez la probité au [tome 3e, livre 5^, chapitre lo,]' de vous conter comment ceux qui tenoient bon pour le parti, courants sans cesse grande risque de leur vie, et ayants serment de mourir ensemble, le roy