Thumery de Boissise, conseiller d'État, diplomate
I 20 MEMOIRES D AUBIGNE
matin? » La responce fut : « Ce qu'il fit au vostre dés la première et n'asceu faire au mien en douze fois. » Là il perdit l'amitié de monsieur de Bouillon, qu'il avoit acquise et conservée depuis trente ans en bonnes occasions. Ce fut pource qu'il l'empesclîa de présider et s'opposa à luy en toutes les propositions curieuses qui le perdirent de réputation ; sur tout, sur ce que le dit seigneur duc ayant fait une longue harangue pour faire que le party se dessaisist de toutes asseurances pour se remettre en la disposition de la royne et de son conseil. Pour cest etfect, après une longue et affectée louange de la saison du martire, il oyt un autre discours tout contraire au sien duquel la fin fut telle : « Ouy, le martire ne se peut eslever par assés de louanges; bien heureux sans mesure qui l'endure pour Christ : se préparer au martire est le faict d'un vray chrestien, mais y engager ou y mener les autres, c'est de traistre et d'un bourreau. » A la fin de l'assemblée, Aubigné, qu'on tenoit pour ne dire jamais à Dieu qu'à ceux qui se vouloyent révolter ou mourir, dit devant tous à Dieu à Ferrier', ce qui fust receu fort aigrement de Ferrier et de plusieurs de la compagnie jusques à sa révolte qui fut dans deux mois.
1. Jérémie Ferrier, mort en 1626. Il se convertit au catholicisme avant 161 5.
MEMOIRES DAUBICNE 121
Dés lois commencèrent les affaires de la religion, et le parti tout entier à prendre une grande décadence, premièrement par la plus part des grands, et puis par l'avarice des ministres, desquels trois ayant esté infidelles, Ferrier et Récent furent punis de honte, mais Rivet descouvert en Poitou, pour avoir pension soubs le nom de son fils, fut détesté de peu de ses vieux confrères, courtizé des jeunes; ce qui fut accomparé à un mastin qui a mis la teste dans un pot de beurre, et les autres petits chiens, qui luy viennent lescher les barbes par congratulation; si bien que, à l'assemblée sinodale de Touars qui estoit pour la reddition de compte de Saumur, les fermes y receurent quelques atteintes. Là on veit, du milieu de deux cents personnes assemblées, le ministre de Parabelle, nommé la Fourcade, se lever debout huit ou dix fois pour interrompre les voix en s'escriant : « Messieurs, gardons nous bien d'olî'encer la royne. « Là on voulut grabeler ' les gouverneurs qui mettoyent leur garnison- en la bourse, quelques jeunes ministres dirent : « Ils sont pourvoyants et pacifiques. » On voulut toucher à ceux qui, aux despensdu party, prenoyent des pensions, un autre ministre disoit :
Principibus placuisse viris non ultima laus est.